‹ Hydraulique agricoleChapitre 73 sur 92 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

TtACÉ IT PlOra. DU CàHÀL.

Réglas à mitre pour le tracé définitif. — fitablissement du profil tranarersal^ en tenant compte des diverses situations topographiqaes du sol. -- Types applicables anx cas les pins nsveb.

Tracé définitif. — J'ai cherché à faire ressortir, dans les chapitres précédents, Timportance , ainsi (|Qe la difficulté, da choix des pentes et des sections, dans le projet d*un canal d'arrosage. Tout cela n'existe pas pour les canaux de simple navigation, où il n*y a pas de courant proprement dit, et où les Tolumes d'eau à dépenser, pour le service des bateaux, se puisent dans des biefs à niveau mort. Les seuls points où elle soit en mouvement , dans les canaux de cette espèce , se trouvent dans l'emplacement des écluses , qui sont bien garnies de murs et de radiers ; de sorte que Ton n'a à s'occuper ni des difficultés relatives à la résistance du terrain, qui met des limites à la vitesse de Teau , ni de la détermination correspondante des sections, qui doivent varier ici, soit avec les modifications de la pente, soit d'après la diminution progressive du volume d*eau.

En raison de ces circonstances, le tracé des canaux d*arrosage est, comme je Tai dit au commence-

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ment de ce livre, une des plas difficiles de tontes les opérations qui réclament le concours d*ingénieurs habiles et spéciaux. J'ai donc dû, dans le chapitre précité , traiter cet objet avec les détails nécessaires ; et si les bornes de cet ouvrage m'eussent permis de donner quelques développements de plus sur ce sujet important, ils eussent été d'une utilité incontestable.

Le tracé définitif d'un canal d'arrosage, comme les tracés provisoires dont il a été question plus haut y est entièrement gouverné par la détermination préalable et fondamentale des pentes qui peuvent convenir dans une localité donnée; c^est donc sur ces pentes elles-mêmes, ou plutôt sur des inclinaisons un peu plus faibles , que Ton doit baser l'opération du tracé , qui peut se faire , soit au niveau de pente, soit au niveau horizontal, pourvu que Tun et l'autre de ces instruments, parfaitement vérifiés, soient d'une rigoureuse précision.

Quant à la manière de faire ce tracé , on ne saurait indiquer de règle invariable qui puisse convenir à toutes les localités; car suivant la déclivité naturelle et les mouvements du terrain, le mode d'opération varie nécessairement d'un lieu à un autre. Je ne puis donc que me renfermer ici dans quelques préceptes généraux, qui doivent toujours servir de guide dans les opérations de cette espèce, quelles que soient d'ailleurs les circonstances locales.

Encore bien que les opérations, tendant à l'établissement des canaux dont il s'agit, n'aient pas les

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mémee règles que celles qui se pratiquent dans le tracé des rontes on des cananx de navigation , quoiqu'il y ait, dans le cas actael, beaucoup de sujétions nouvelles, quoique Tégalité que Ton a ordinairement pour Ji)ut d*obtenir entre les déblais et les remblais devienne souvent iiipossible , il n'est pas moins vrai qu'entre plusieurs tracés admissibles il y en a ton» jours un plus économique, ou pour mieux dire, plus avantageux que les autres. C'est celui-là que l'on doit trouver et adopter.

n est d'ailleurs certaines règles applicables au tracé de tous les ouvrages analogues et dont la pru* dence la plus ordinaire doit conseiller l'observation. Ainsi l'on évitera également de traverser les terrains très4>as, qui exigeraient de trop grands remblais, et les terrains très«-élevés , où il faudrait creuser des tranchées d'une grand profondeur. On redoutera plus soigneusement encore les mauvais fonds et les sols éminemment perméables , tels que les bancs de gravier, les anciennes carrières et autres endroits semblables où les eaux ne peuvent être maintenues qu'au moyen de travaux d'étanchement très-coû* teux. Toutes les fois que Ton aura le choix entre plusieurs lignes, également bien situées, la plus courte ou la plus directe devra toujours être préférée. Enfin on tâchera de concilier, autant que possible, Tobligation de tenir le canal à la hauteur voulue, au-dessus du niveau des campagnes à arroser, avec l'économie des terrassements , et surtout des emprunts.

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Telles sont les seules règles générales sar lesquelles on puisse se guider dans le tracé des canaux d'irrigation. Mais chaque terrain a sa situa* Uon caractérisée par des circonstances différentes; et leur observation attentive, basée sur les considérations développées dans cet «ouvrage, conduira toujours à l'adoption des règles particulières pouvant faire connaître le meilleur tracé.

Une des plus sûres méthodes pour arriver i l'économie des terrassements et à l'égalité, aussi approximative que possible , entre les déblais et les remblais, consiste à faire d'abord, en se tenant, autant qu'on le peut , à zéro du terrain naturel , un premier tracé avec des pentes un peu inférieures à celles qu'on se propose de conserver ; et soit que ce tracé puisse être valable et définitif, soit qu'il doive être en partie abandonné, il jette toujours beaucoup de lumière sur les moyens d'approcher autant que possible de celui qui est plus économique» Mais il arrive, dans un grand nombre de cas, que les tracés faits de cette manière, et qui se tiennent généralement à mi-côte , dans les vallées , sont à la fois les moins coûteuvx et les meilleurs sous tous les rapports.

Si le terrain est un peu accidenté , et surtout entrecoupé de petits vallons ou de contre-forts , alors les nivellements , dans ce système , donnent des directions qui ne pourraient être conservées comme définitives, attendu qu'elles présenteraient beaucoup trop d'angles et de lignes brisées. Ici, plus qu'en

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toute antre circonstance , il est du plus grand intérêt d'observer que les courbures de Taxe sont as* sujetties à être presque insensibles , ou du moins extrêmement douces et arrondies ; comme le sont d'ailleurs toujours les contours des eaux courantes naturelles y d'un bon régime. Les coudes et les brusques sinuosités doivent être soigneusement proscrits ; car ils équivaudraient à une diminution notable du débouché, ou de la section, qui doit être exactement calculée. Il en résulterait donc le triple inconvénient : 1"* de déranger tous les calculs qu'on aurait basés sur l'emploi utile d'no certain volume d'eau; 2"" de rendre inutile la dépense faite pour établir le canal, avec sa section effective , dans les portions exemptes de cette fâcheuse influence ; 3* de supporter ou des irais de revêtements, ou des frais d'entretien et de curage, très- considérables, par suite des dégradations qui ne manquent jamais de se produire dans les coudes des canaux à eau courante. On comprend donc aisément combien ce défaut serait capital.

J'ai vu des projets de canaux d'arrosage que l'on présentait comme complètement étudiés et comme prêts à être mis à exécution , quoique cette précaution essentielle fût loin d'y avoir été observée. Leur plan, dans certaines portions correspondantes aux terrains accidentés, aurait pu véritablement être pris pour celui des fortifications d'une place de guerre, tant il présentait d'aspérités et de petites portions de lignes droites , se brisant sous des angles aigus.

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Hais de ce qu'aa traoé de cette espace est » dans certaioB cas, inadmissible pour l*axe môiae d*on ci« nal d'arrosage , il ii*est pas moins très-ntile comme opération transitoire servant à faire connidtre la ligne qui correspondrait au minimam de terrasso* ments; ligne qu'il est toujours très* important de connaître. Et attendu que c'est toujours dans son voisinage que se trouve le tracé le plus avantageux, on se sert de cette première indication du nivellement en y traçant, soit sur le papier, soit sur le terrain, une ligne à contours larges et adoucis, qui laissant à droite et à gauche les principales aspérités de la ligne brisée, résultant de cette première étude, suit néanmoins, dans son ensemble, sensiblement le même trajet. Le parcours primitif est alors toujours raccourci ; et conséquemment les pentes se trouvent un peu augmentées. C'est pourquoi j'ai eu soin de dire qu'on devait , en faisant ce premier nivellement de pente, employer constamment des inclinaisons un peu plus faibles que celles que l'on se propose d'adopter définitivement.

En ce qui touche le développement des courbes , il n'y a rien de fixe ; mais plus elles seront ouvertes on à grand rayon, plus elles seront convenables. On peut regarder 1 50 à 4 00 mètres comme un minimum qu'il ne faudrait pas dépasser.

Dès que l'on a ainsi bien arrêté la ligne du tracé qui doit être regardé comme définitif, on procède sur sa direction à un dernier nivellement très-exact qui donne le profil longitudinal du projet sur le*

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quel on établit la ligne d'eau et la ligne du fond du canal. Ce tracé définitif doit être indiqué exactement sar le terrain , tant dans les parties rectilignes que dans courbes, par des bornes solidement éta« blies; et de plus tous les brisements de pente doivent rétre par des repères invariables , que Von puisse toiqours retrouver, même au bout de plusieurs années, si des relards survenaient entre la rédaction du projet et Texécution des ouvrages* Un sillon de 0''y20 à 0",30 de profondeur, tracé à la charrue, indique sur le terrain remplacement réel de Taxe du canal , et enfin il est essentiel que deux sillons semblables , un peu moins profonds , puissent indiquer latéralement le périmètre des terrains à occuper pour rétablissement, soit du canal seul, soit du canal accompagné de ses francs-bords.

Telles sont les observations qu'il était utile de faire, sur le tracé des canaux d'arrosage. Si celui dont on fait Fétude doit servir en outre à la navigation, on devra tenir compte, comme je l'ai fait remarquer dans le chapitre précédent, du sens dans lequel aura lieu le principal mouvement des bateaux chargés. Dans le cas général, on observera, quant H' cette dernière destination , les conditions d'usage en ce qui touche le minimum de longueur des biefs et l'égalité , qu'il serait désirable d'obtenir dans les chutes des écluses. Je ferai remarquer que ce dernier point , qui est très-essentiel pour l'économie de l'eau sur les canaux de simple navigation , est moins indispensable à remplir sur ceux de navigation et d'ar-

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rosage, attendu que, dans ce deiliier cas, la prégence du pertuis spécial qui accompagne chaque écluse I permet toujours de transmettre, d*un bief à un autre, tel volume d'eau que Ton juge conve* nable pour en égaliser la répartition.

ÉaÊmMimmaÊmmt ém prmBÈ. — Je n*ai parlé , dans le chapitre précédent , de la section des canaux d'arrosage que comme capacité strictement nécessaire pour contenir le volume d*eau qu'il s'agit de conduire. Mais celte section, qui est représentée par le trapèze compris entre le plan d'eau et le fond du canal, n'est qu'une partie du profil transversal. Celui-ci comprend encore des berges, et des talus, tant pour les déblais que pour les remblais. C'est sur ce dernier point qu'il me reste à donner quelques renseignements.

La hauteur des berges, qui se mesure entre le niveau normal de l'eau et le couronnement des remblais , ou banquettes , doit être minime dans les canaux d'arrosage, surtout s'ils sont régulièrement alimentés. A la rigueur 0*,15 à 0",20 suffiraient; mais ne serait-ce qu'à cause des exhaussements que peut amener périodiquement la croissance des plantes aquatiques, on est obligé d'admettre plos de latitude ; et l'on prend , dans les cas les plus favorables, à peu près le double du chiffre ci-dessus, c'est^-dire de 0,40 à 0,45, comme cela est indigné dans les figures relatives à cet objet , représentant des profils de divers canaux particuliers de la Lon"

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bardie. Si le canal doit ôtre navigable on augmente, d*nne certaine quantité , cette hauteur de berge , a cause de Texhaussement produit par le volume d*eau déplacé par les bateaux, et à cause des. mouvements ondulatoires que leur cireulatiop occasionne.

Quant aux talus, soit en déblai, soit en remblai, leur inclinaison varie toujours suivant la nature du terrain sur lequel on opère.

Le double but qu'il s'agit de remplir est de concilier l'économie des frais de terrassements, dans l'exé* cution du canal, avec l'économie des frais ultérieurs de curage, qui sont excessivement augmentés quand les talus se dégradent.

Il est clair que si une portion de canal est à ouvrir dans le rocher on doit lui. donner la section corres* pondante au minimum de déblai ; elle est d'une forme rectangulaire; c'est-à-dire avec des talus nuls.

Dans les cas ordinaires, si Ton creuse dans des terrains solides, on adopte, pour les talus en déblai, des inclinaisons variables depuis i /2l jusqu'à 1 de base pour 1 de hauteur. Tout dépend, en un mot, du plus ou moins de stabilité du terrain, qui doit se dégrader le moins posible, sous les influences combinées de l'humidité et de la sécheresse, des pluies, de la gelée, etc.

Quand le plafond du canal ne se trouve qu'à une profondeur de 4 à 5 mètres au-dessous du niveau du sol, les talus en déblai se dressent toujours en un seul plan, sous l'inclinaison convenable à la nature du terrain, comme cela est représenté par les pro^

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fils qae donnent les flg. 8..».4S de la pK XI, où ces inclinaisons ont pour base environ 0*,75 de la hantean Au delà de cette profondeur, les déblais deviennent de véritables tranchées, et lenr profil, tout en conseirvant le môme talus, se dispose par re« traites successives, ou avec des banquettes, ainsi que le représmtent les fig. 43, 4i, pL XI; 43, 4B et 46, pi. XII.

Quelle que soit la destination du canal, il est ntile d'établir inférieurement ces banquettes, avec une largeur convenable, i une très«petite distance an dessus du plan d*eau, ainsi qu'on le voit dans les profils de la pi. XII, sauf à les reproduire dans la partie moyenne de la tranchée (fig. 4 8 et 45). S'il y a une navigation, ces banquettes inférieures sont indispensables pour le halage ; s'il n*y en a pas, elles sont presque aussi utiles, comme franc*bord, notam-i ment dans le temps des curages. Ce système, qui donne à la section des canaux, dans les tranchées, la figure résultant de la superposition de plusieurs trapèzes, a surtout Tavantage qu'on doit le plus rechercher ici, celui de recevoir sur les banquettes, où on les enlève facilement, les terres provenant de la dégradation des talus supérieurs ; car sans cela elles tomberaient dans le canal.

Les remblais que l'on péni avoir à former avec des déblais de roche prennent le talus qu'on veut leur donner, attendu que ces mêmes remblais approchent plus ou moins d*une maçonnerie grossière; on peut donc dresser leurs talus sous des inclinaisons infé-

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rieares à 45*, ce qui n^est pas possible avec toute autre nature de terrain. Pour les terres ordinaires, on presque toujours au delà de ce chiffre ; et si, pour économiser Tespace» on juge convenable d*adopter moins de 1 4/2, on ne peut guère rester au-dessous

de 1 4/2-

Les grands remblais sont assez communs sur les canaux d'arrosage; et j'en ai dit les raisons. On leur donne ordinairement pour profil un seul trapèze (fig. 1 4, pi. XII). La disposition par retraites (fig. 1 2) a été quelquefois adoptée, mais on ne s'y est pas arrêté, et Ton conçoit bien qu'elle n'a plus la même utilité que dans les tranchées.

Le cas où il y aurait, au pied du tains extérieur, un contre-fossé habituellement plein d'eau, est donc à peu près le seul dans lequel on puisse recommander cette disposition.

Pour avoir une idée des différents cas particuliers qui peuvent se présenter dans le tracé et rétablissement du projet transversal d'un canal dirrigation, placé dans des situations topograpbiques très-différentes, on peut consulter les diverses figures réunies dans les pi. XI et XII, lesquelles retracent ces diverses situations, relevées sur des canaux du nord de l'Italie et comprenant des spécimens de tous les cas usuels, depuis des coteaux très-escarpés et des passages en galerie, jusqu'à des terrains entièrement en plaine.

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