CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
0UTAAGI8 B'àIT 0U»WAnB8.
DéUiU des ouTrages ordinaires qui tronTent leur application dans la constraetion des canaux à eau courante. — Étanchements. — Murs de soutènement. — Souterrains. — Radiers et roTètements. <— MaiteUières , clapets, etc. — Prises d'eau ou embouchures.
Les ouvrages d'art ordinaires relatifs aux canaux dMrrigation peuvent être divisés en dix classes, ainsi qu'il suit : 1* fondations en général; — SI* étanchements ; — 3"" murs de soutènement et canaux en maçonnerie ; — i"" radiers et revêtements de berges ; — 5* vannes, clapets et déversoirs ; — 6* prises d'eau ; — 7* barrages; — 8* ponts; — 9* aqueducs, pontsaqueducs, siphons ; — 40"* écluses.
Je ne donnerai, sur chacune de ces diverses espèces d'ouvrages, que des détails succincts, attendu que les documeùts les plus essentiels à cet égard se trouvent dans les planches de mon atlas, qui sont toutes des planches d'exécution, en ce sens que les dessins qu'elles présentent sont pris sur les meilleurs ouvrages d'art des canaux, domaniaux ou particu-*
FOHDATIONS. 581
liers, existant dans la Lombardie et le Piémont. Us ont, déplus, été choisis de manière à donner Texemple des cas particuliers qui se présentent, dans les pays de grandes irrigations, par suite du croisement, sur un même point, ou sur des points voisins, de plusieurs dérivations existant à des niveaux différents.
En jetant les yeux sur l'ensemble des ouvrages d^art représentés dans Tatlas ci-joint, notamment sur ceux qui font le sujet des pi. XV, XVI, XVII, XXII, XXV, XXVI et XXVII, on voit que le système des pilotis y domine presque exclusivement. Il est vrai que parmi ces ouvrages il en est quelques-uns qui datent d'une époque ancienne, mais la plupart d'entre eux sont très-modernes, puisque leur construction ne remonte qu'à dix, quinze ou vingt ans.
Cependant, aujourd'hui, dans la Lombardie, comme dans la plupart des pays d'une situation analogue, les bois sont devenus fort rares, et un pilot de chêne, mis en place, qui, il y a seulement cinquante ans, ne serait revenue, en ancienne monnaie, qu'à un prix équivalant au plus à 3',50 ou 4 francs, y coûte aujourd'hui trois ou quatre fois autant.
Il faut bien admettre qu'il y a un avantage réel dans l'emploi de ce mode de fondations, puisque la plupart des ouvrages précités ont été construits sur les projets d'ingénieurs habiles et expérimentés. Néanmoins j'ai peine à croire que les belles dalles granitiques que Ton exploite aujourd'hui à très-bas prix, et qui sont un objet de commerce important pour le Milanais, ne rempliraient pas le même but, d'une manière plus
S62 0IITIÀGI8 D'AIT OtDlNAlRBS.
économiqae, surtout eo considérant qne ces fondations ont lien, presque tons exception, sur un terrain de gravier naturellement incompressible. On pourrait objecter peut-être que les terrains de cette nature ont besoin d'un encaissement» afin d*étre préservés des dégradations que Teau pourrait y occasionner latéralement ; mais dans tous les cas il résulterait de là que remploi des bois, en fondations, devrait être restreint à des enceintes jointives de pieux et palplanches, qui sont infiniment plus économiques qu'un pilotis complet. Des ponts et autres ouvrages hydrauliques, que j'ai eu Toccasion de fonder dans ce dernier système, soit à nu sur le gravier et la glaise, soit sur ces mêmes terrains, avec addition d'une plale-forme de béton, ont parfaitement réussi et jouissent d'une stabilité parfaite. H est à présumer qu'à mesure qu'on s'éclairera davantage sur les systèmes modernes de fondations sans épuisements , on restreindra de plus en plus l'emploi dispendieux des pilotis. Par suite de l'adoption des anciens modes de fondation, et sans doute aussi d'après l'abondance des sources que Ton rencontre en ouvrant des canaux dans le territoire milanais, les ingénieurs de ce pays sont dans l'usage de comprendre dans leurs devis des sommes élevées pour épuisements ; et, après l'exécution, cette nature de travaux s'élève souvent au dixième de la dépense totale. Ce chiffre a été atteint, au nouveau canal de la famille Taverna, qui s'achève en ce moment sur les projets et sous la direction de M. Brioschi, ingénieur milanais de beaucoup de mérite.
iTANCmnNTS. sss
^tàmnmhnmmmtm. — C'est particulièrement dans les parties en remblais que les cananx artifideb sont ex* posés aux fillrations et aux pertes d*eau. Ceux qui ne servent qu'à la navigation, et qui peuvent être plaoés dans des terrains bas, où ils avoisinent, et même où ils rencontrent quelquefois, les nappes d*eau 80q«terraines existant alors à peu de profondeur, ne sont que faiblement exposés à cet inconvénient, en comparaison des canaux d'arrosage, qui doivent occuper une situation élevée au-dessus des terrains environnants, et qui, de plus, sont à eau courante. On peut encore ajouter que les filtralions y sont plus défavorables que partout ailleurs, puisque i*eau que renferment ces canaux a une valeur vénale fort élevée ; on doit donc chercher à les en préserver avec le plus grand soin. Si les travaux étaient toujours exécutés avec les précautions voulues, si les digues, construites exclusivemeut en terres de qualité convenable, étaient exactement damées, si Ton était pas souvent obligé d'y introduire l'eau un peu plus tôt qu'il ne conviendrait, les chances de flltration pourraient être bien diminuées. L'expérience prouve cependant qu'on ne peut jamais les éviter complètement, et j'ai donné, dans le chapitre XXI, d'après l'observation faite sur les grands canaux du Milanais, une évaluation du chiffre auquel s'arrête, en moyenne , l'effet des filtrations et autres pertes d'eau , sur ces canaux d'une construction ancienne. Celles-là ne pourraient pas être facilement combattues perdes moyens de précaution, parce qu'étant ordinairement disséminées sur toute la
584 OUTIÂGIS D'àIT OAOIHAIIBS.
ligne d'QQ4>aDal, on ignore le point précis sar lequel elles ont lien.
Au contraire, dans les premiers temps qui suivent Tachèvement d*an ouvrage de cette ' nature, il y a toujours des veines perméables de terrain qui se trouvent mises à nu, toujours quelque remblai imparfaitement comprimé, et alors on éprouve, lors de la mise en eau , et souvent pendant un temps plus ou moins long, au delà de cette époque, des pertes oa filtrations temporaires, occasionnées par des imperfections locales, dans Texécution des terrassements ou dans celle des maçonneries. Ces pertes-là sont souvent très-considérables, ou, pour mieux dire, elles n'ont pas de limites. Lorsqu'on aperçoit, à la base d'une digue ou remblai d'un canal nouveau, un simple suintement, par lequel Teau commence à se faire jour, si Ton n'y porte pas immédiatement remède, le mal s'accroîtra avec rapidité, et il aboutira inévitablement à une brèche, dont la réparation sera toujours grave. C'est donc surtout ici qu'on doit prendre pour règle cette sage maxime : principiU obsta.
Mimi de ••atcneitteiii et emaamwK €m
— Quand le terrain sur lequel doit être établi nn canal d'arrosage, surtout d'une dimension médiocre, est trop incliné, ou trop perméable, on ne doit pas hériter à remplacer, par des murs en maçonnerie hydraulique, les terres rapportées qui seraient exposées à glisser sur les plans inclinés du sol naturel. Alors on forme toute la section du canal en maçon-
. 80liTE&EAlX8. 385
nerie, avec un rejointoiement intérieur en ciment bydrauliqne de la meilleure qualité. Quand ces ciments sont excellents, comme ceux que donne la pouzzolane, leur emploi dans les maçonneries de briques ou de moellons suffit souvent pour empêcher toute perte d'eau, sans le secours d'aucun rejointoiement.
Les planches XI et XII, représentant les principaux profils en travers d'un canal d'arrosage, projeté en Piémont, par M. l'ingénieur Calvi, dans des terrains de gravier, de schiste, et de rochers fendillés, indiquent les situations dans lesquelles ce système doit toujours être adopté.
u — Les canaux de navigation à point de partage ont généralement un souterrain d'une longueur notable. L'inconvénient de la dépense qu'il nécessite est compensé par plusieurs avantages, dont les principaux sont : 1 * de diminuer la hauteur du seuil ou du col à franchir, en réduisant le nombre des écluses; 2* de pouvoir placer les réservoirs alimentaires de ces sortes de canaux dans une situation plus basse, où ils reçoivent l'eau d'une superficie plus étendue, et où ils la retiennent plus facilement.
Sur les canaux d'arrosage , les souterrains n'existent qu'accidentellement ; cependant il y a des cas où ils y sont indispensables. On ne pourrait prendre pour règle la situation exceptionnelle du canal de Marseille, qui, sur une longueur totale de 92 kilomètres, compte il souterrains, dont deux ont 3.500 mètres, et dont les longueurs réunies sont de plus de 1 6 kilomètres.
S8€ OUTRÂGIS D'AAT ORDDTAIRBS.
Il est inutile de remarqaer que ce canal, destiné principalement à satisfaire, an point de vne de la salabrité et de Tagrément, les besoins d*ane opalente cité, ne serait pat un emploi de fonds avantageux, pour une entreprise qui n'aurait que Parrosage pour objet ; et s*il eût été ouvert pour cette seule destinatiout Aon tracé aurait dô être différent.
Je n*en connais point sur les canaux de la Lombardie ; mais en Piémont, on remarque, sur le canal de Cainso, les deux galeries de Saini-Georges, ayant ensemble 4 416 mètres de longueur, sur un peu plus de 3 mètres d'ouverture. J'en ai déjà parlé en donnant précédemment la description de ce canal ; leur section se trouve représentée pi. XII , fig. 1 7. La flg. 7 indique une galerie à ouvrir dans le rocher, sur un canal projeté dans la province d'Alexandrie. L'emploi de la maçonnerie y est restreint à la cuvette du canal.
Les plus petits souterrains, ceux de 8*, 50 à 3 mètres de largeur, ne peuvent guère coûter moins de 4 50 à 800 francs le mètre courant ; les plus grands, ceux qui ont de 8 à 9 mètres d^ouyerture, comme cela a lieu aux points de partage des canaux de navigation, coûtent, dans des circonstances ordinaires, de 1 SOO à 1 500 francs le mètre courant* Mais il y a des souterrains de cette dimension dont le prix dépasse 2000 francs ; pour d'autres il va bien au delà.
tdiem mi revétoitteiite* -— Les revêtements en usage sur les canaux du nord de l'Italie, sont de différentes espèces. On y voit quelques perrés^ à sec, ou
■ADiBM iT uvfiTkttnnrs. S8T
a mortier. Dans le voisinage des embouchures^ là où les pentes et la vitesse sont considérables, ces revè^ tements sont ordinairement formés en blocs^ dalles OQ libages^ d'un gros volume; mais dans le plus grand nombre de cas ils sont de véritables murs en brique et à mortier^ ayant une épaisseur suffisante pour être mtirô de soutènement La face antérieure de ces revêtements est en outre ordinairement garantie contre le choo des bateaux par des pieux de rivci couronnés de moïses horizontales, et dont Tespacement varie del'^ySO à 2 mètres au plus. Leur parement extérieur présente un fruit ou inclinaison assez considérable, tandis que le parement du côté des terres est vertical, et accompagné d'éperons, ou contre-forts intérieurs, qui pénètrent, plus ou moins, avant dans les terres. L'épaisseur et Tespacement de ces contre-forts sont variables, suivant la nature et la hauteur des terres à soutenir. Quand le fond est mauvais, ces mura êont fondés sur pilotis. La fig. 15, pi. Xn, et les fig. 5, 6, 7, pi. XXV, représentent ces diverses dispositions.
On conçoit que c*est là un accessoire assez disjpendieux dans la construction des canaux. Il est très à désirer que les dépenses de cette nature soient prévues et évaluées dans les projets, plutôt que d'être faites ultérieurement à titre d'augmentations; d'autant plus que quand les ouvrages de cette espèce deviennent nécessaires, c'est ordinairement sur de grandes longueurs, à cause du développement des deux rives. Sur les principaux canaux du Milanais,
MS OUYRAQU D'AET ORAUIAUIBS.
rétendue de ces revêtements, dont ia nécessité est bien reconnue! a été continuellement augmentée et s'accroîtra encore. Pour trois seulement de ces canaux, la longueur des revêtements dans ce systràie est aujourd'hui répartie ainsi :
kfl.
Naviglio-Intemo 64.200
Naviglio-Martesana (y compris le canal intérieur) 58.000
Canal de Pavie 49.800
Ensemble 172.000
Un aperçu de la dépense de cet ouvrage accessoire donnera Tidée de son importance.
Supposons que l'épaisseur des revêtements dont il s'agit ne soit que de O'^TO, eu égard aux contreforts, et leur hauteur de l'tSO, y compris fondations; le cube, par 2 mètres courants, sera de 2",1 0. Dans le pays, le mètre cube de maçonnerie de briques, revient à 1 5 ou 16 francs, dans les cas ordinaires, et à 24 francs, pour peu qu'il y ait d'épuisements ; adoptant le prix minimum de 1 6 francs, on trouve pour la dépense de cette maçonnerie 33',60 ; et en supposant qu'il n'y ait que de 2 en 2 mètres, un pieu, coûtant, mis en place et moisé, le prix minime de 1 0',iOy on trouve que la dépense des revêtements dont il s'agit revient moyennement à 44 francs les 2 mètres, ou à 22 francs le mètre courant. Ci pour 172.000 mètres. . . 3.784.000 fr.
Dans les pays où l'on aura un mètre cube de maçonnerie, de qualité convenable, pour moins de
HÀftTBLllDUS^ TÀimBS^ GLAPBTS, BÉYBRSOttS. 389
46 francs, et un pilot, mis en place et moisé, pour moins de 10', 40, on pourra peut-être n'estimer cette dépense qu*à 20.000 francs par , kilomètre, ou à 80.000 francs par lieue. Mais, dans tous les cas, c^est là un des éléments notables de la dépense des canaux de navigation et d'arrosage.
HarieUières; Taimes; clapet*; dévenwiM. —
J'ai déjà parlé précédemment d'un système de vannes à clapet qui peuvent se placer à l'extrémité des colateurs ou des canaux de décharge quand ceux-ci aboutissent à un cours d'eau sujet à de grandes crues, et pourvu de digues. Il existe un système de vannes analogues, ayant aussi leurs tourillons placés dans un axe horizontal, et que l'on a employées quelquefois aux embouchures des canaux d'arrosage, en les disposant de manière que, tout en laissant passer les eaux jusqu'à un niveau moyen, elles s'opposent à leur entrée lorsqu'il arrive une crue subite ayant Tinconvénient de les rendre troubles ou chargées de graviers. Sans doute ces moyens sont ingénieux, mais ils sont peu pratiques, et l'on fera toujours mieux d'adopter, pour le même objet, de simples vannes ou martellières, surveillées et manœuvrées par des eygadiers bien soigneux.
Les vannes qui servent à l'établissement des déchargeoirs sont faites, dans le système connu de tout le monde, avec seuil, jouées, pétilles et chapeau; et, quand on en a la facilité, ces parties fixes s'établissent tout en pierre, préférablement au bois, qui eat
390 OUTIAOIS D'AIT OKMUAIIIIS.
périssable. La seule observation que j'aie à faire ici porte sur leur diaiension et sur leur manœuvre.
Les vannes de fond sont le principal et pour ainsi dire le seul ouvrage régulateur du niveau daa eaux dans les canaux; car récoulement spontané qui s'opère superficiellement par les déversoirs est r6# serve pour les moments des crues, dans le but surtout d'éviter des dommages* Plus les eaux sont précieuses, plus leur distribution et leur partage de» mandent à ôtre faits avec exactitude ) plus par coq* séquent les vannes, servant à opérer cette réparti^ tion, ont besoin d*élre manœuvrées avec oôléritô. Cette observation est tout à fait confirmée par la pra-^ tique du MilanaiSf où Ton remarque que les vannes des décbargeoirs ont une disposition normale coa<»> stamment observée.
Dans les autres pays les vannes de oette espèce ont des largeurs variables, qui vont quelquefois jusqu'à 1"iS0, ou même 2 mètres, et plus. Lear ma«nœuvre s'effeotue au moyen d'engrenages, ou au moyen de grands leviers, entrant dans des trous pratiqués le long du montant des vannes; ou enfin, à Taide de vis à écrous, soit en fer (flg. 1S, pi. YIII), soit en bois (fig« 1 4). Dans le Milanais, les vannes de distribution ou de décharge, établies sur les canaux d'irrigation, ont, pour les hauteurs d'eau habituelles de l'^ySO à l^'ySO, une largeur à peu près uniforme, qui n'excède jamais 0",87. Quand il y a plus de profondeur, leur partie supérieure, sur une hauteur qui varie de 0"',35 à O^yii, est mobile séparément.
BARTBLIÈUSj YAlflfBSj CLAPBTS^ DATIlSOnfl. ^91
et s'enlève tout à fait, à Taide de deux petits montants verticaux (fig. 1 i). Par cette manœuvre trèS'^xpéditive, les martellières fonctionnent à volonté comme des déversoirs, et qaand elle est sui&sante on n*a pas besoin de recourir à celle des vannes elles-mêmes. Mais dans les localités où les divers usages de Teau ont atteint un extrême développementi comme cela se voit au sud de Milan, où il se fait un échange continuel entre les eaux de sept ou huit canaux diffé* rents, le déversement superficiel ne suffît pas^ tt les vannes elles-mêmes sont presque constamment en mouvement.
C'est sur ces points-là que Ton peut être certain de rencontrer les dispositions que l'expérience a consacrées comme les plus avantageuses, pour obtenir la manoeuvre» à la fois simple et facile» des ouvrages servant à la transmission des eaux ; c'est en effet ce que j'ai remarqué sur les canaux du Milanais.
Les vannes de fond, réduites toujouri, comme on vient de le voir, à une largeur limitéPde O'^^S?, ont leur queue pourvue d'une crémaillère en fer, qui y est incrustée et fixée } et c'est avec un levier court, également en fer, du poids de 1 5 à 20 kilogrammes, appuyé» soit sur un morceau de bois, soit sur une saillie quelconque, que Teygadier obtient, avec toute la célérité désirable, la manœuvre des vannes» qu'il n'opère que d'après l'inspection des hydromètres.
Sntre les mains d'un homme robuste, comme doivent toujours l'être les agents de cette classe, trois secondes et trois coups de levier suffisent pour pt*o«
S91 outEAGU D'art ordinaires.
carer à Feau, par ces vannes de fond, un débouché de 0"^y50 de hauteur, qui, sous rinfluence de la pression supérieure, agit immédiatement avec une grande puissance sur le volume d*eau. Cette promptitude, qui, dans le cas actuel, constitue la perfection des appareils de distribution, sera jugée également nécessaire partout où i*eau courante sera devenue, comme dans le Milanais» une marchandise précieuse.
Quant aux déversoirs, qui complètent le système des ouvrages régulateurs des eaux dans les canaux d*arrosage, il n'y a rien de particulier à en dire, attendu qu'ils ne diffèrent en rien de ceux que Ton établit sur les biefs d^usines, ou partout ailleurs. Je me bornerai donc à remarquer quMls sont un des plus sûrs moyens de remédier aux dommages que les crues d'eau occasionnent toujours dans les canaux artificiels, quand ils n'ont pu en être entièrement préservés. Avant rétablissement des six grands déversoirs qui existent aujourd'hui sur le Naviglio* Grande, cet important canal éprouvait à chaque crue du Tessin de véritables désastres. Depuis leur construction, il est presque entièrement à l'abri de ce danger. On ne doit donc jamais épargner ce genre d'ouvrage sur les nouveaux canaux, pour peu que l'utilité s'en fasse sentir.
Prluefl d'ean oa emlMMliiire* des
Les prises d'eau des canaux secondaires dans un canal principal doivent toujours se faire au moyen
PRISES D'BâU. 39S
de modules régulateurs, parce qu'il s'agit d'obtenir une distribution en quantité exactement déterminée. Mais les embouchures des canaux principaux dans les fleuves et rivières ne sont pas assujetties à une limitation aussi rigoureuse. Vu la nécessité où Ton est partout d'encourager l'agriculture, c'est ordinairement par concession gratuite que la faculté de dériver l'eau nécessaire, des rivières, même domaniales, est attribuée aux fondateurs de canaux d'irrigation. D'un autre côté, comme l'administration publique, chargée de cette importante attribution, ne pourrait, sans les plus graves inconvénients, accorder des concessions illimitées, ainsi que cela se faisait autrefois, c'est par les procédés ordinaires de jaugeage qu'on détermine les dérivations de cette espèce.
Cette formule, et l'expression plus générale de Técoulement par un orifice, au lieu d'indiquer un débit exactement proportionnel à la largeur du pertuis ou du déversoir, devraient donc être complétées, d'après une expérience spéciale, par une certaine fonction de /, qui pût accuser ces excédants de débit, sur lesquels* j'ai donné précédemment des explications suffisantes. J'ajouterai encore que rien n'est plus incertain que la justesse de la même formule, pour le cas où il faut tenir compte d'une vitesse préalable de l'eau arrivant sur le déversoir, et donner comme équivalant de cette vitesse une certaine hauteur génératrice, qui s'ajoute à la hauteur représentative de la vitesse d'écoulement, quand le liquide, en amont du déversoir, est à l'état de repos.
394 0DTBAGB8 D'AET OIDINAIIBS.
Par tOQd ces motifs il est donc préférable de régler la section, ou la portée d'eau, des canaux de dérivation au moyen de la formule de Tadini , basée sur soixante expériences spéciales, faites sur ce mode particulier d'écoulement. Son emploi est d'ailleurs tout aussi simple que celui de la formule des déversoirs dont je viens de signaler les imperfections.
Les dispositions à adopter pour la nature, l'emplacement et la direction des ouvrages accessoires que réclame toujours rétablissement d'une dérivation, m peuvent être l'objet d*aucune règle générale; parce que tout, à cet égard, est subordonné au régime de la rivière, à ses pentes, à l'état habituel de ses eaux, suivant qu'elles sont claires ou troubles, aux modifia cations qui peuvent être à craindre dans sa direction, etc.
A moins de rares exceptions, fondées sur la nature torrentielle, et surtout sur l'instabilité du lit du cours d'eau dans lequel on établit l'embouchure d'un canal, le système à préférer pour les prises d'eau est celui qui est à peu près universellement adopté, sur les canaux du nord de l'Italie, tant dans la Lombardie que dans le Piémont. Les pi. VI, VII et VIII, et lexplication qui y est jointe, donnent d'une manière complète le détail des ouvrages de cette catégorie.
On voit d'après cela que les prises d'eau sont toujours établies à l'aide d'un barrage-déversoir, qui est généralement d'une grande longueur, et placé dans une direction très-oblique au courant. Celui qui est situé en tête du Naviglio-Grande(pl. VI, fig. 1), ne
forme qn^QQ barrage iDoompIati d'aprèa l'exiatence* à wn extrémité d'amont, de la grande ouverture de 65 mftree de largeur, qu'on nomme ta bouche dé Pavie; on plc)t6t d'après la direotion de ce barrage, dans le bras principal dq Tedsin* on pourrait dire qu'il fait principalement fonction d'un simple parti» teur entre le canal et le cours inférieur de. la rivièret Au canal de la Martesanat dont la prise d^eau est représentée pU YII, fig« Si le barrage^éversoir s'é* tend depuis l'origine de la dérivation jusqu'à la rive opposée. Mais il est muni de quatre grands pertuis toujours ouverts , qui offrent un paissant moyen de décharge aux eaux de l'Adda, dont elles régularisent le niveau, aux abords de cette embouchure.
Une semblable précaution n'a point été observée au barrage de prise d'eau du canal de Paderno (fig. 1 ). Ce barrage, quoiqu'il aille comme le précédent d'une rive à l'autre , n'offre cependant, aux grandes eaux de l'impétueux Âdda, qu'un débouché superficiel. Il est hors de doute que ce( état de choses contribue beaucoup à la violence des crues que ce canal éprouve dans toute leor force, et qui mettent fl*équemmeiit son existence en question. Les nombreux déehargeoirs que l'on a établis auocessivement sur sa rive gauche, ne remédient que très*incomplétement à cet inconvénient) tandis que deux ou trois pertuis de grande dimension, ouverts dans le massif du déversoir, atténueraient beaucoup l'effet funeste de ces crues*
Un déversoir semblable B«rt à la vérité à l'étaUis-
S96 OmrftAQIS o'ait oediraus.
sèment de la nouvelle prise d'eaa da canal de Parella (fig. 3), dérivé dn torrent de Chiuselle, dans la province d'Ivrée, en Piémont ; mais on peut remarquer qu'il ne barre ainsi qu'un des bras de ce torrent, et que la prise d'eau, placée presque d'équerre sur le bras principal, s*opère par un aqueduc ou pertuis couvert, dans lequel l'introduction de Teau est toujours très-limitée ; tandis que ce déversoir luimême, placé dans une direction peu oblique sur le courant, est franchi très-facilement par les grandes eaux.
Môme en conservant le barrage tel qu'il est, l'établissement d'une semblable embouchure couverte, faite en matériaux suffisamment résistants, serait peut-être un des moyens de conjurer les dangers qui menacent le canal de Paderno.
Sauf un très-petit nombre d'exceptions , tous les canaux de la Lombardie, dérivés du Sério, de l'Oglio, de la Mella, de la Chiese, etc., et tous les canaux du Piémont, dérivés de la Dôire-Baltée, de TOrco, de la Ghiusella , de la Sesia et du Tessin , ont leurs prises d'eau établies dans ce système ; c'est-à-dire ont pour ouvrage principal un barrage -déversoir plus ou moins oblique à la direction de la rivière ou du torrent dont ils dérivent , et des ouvrages accessoires , tels que murs de jouée, déchargeoirs , revêtements et défenses de rives , pilotis et pieux d'enceinte , grillages en charpente avec enrochements, etc.
Dans la plupart des anciens canaux ces embouchures sont libres , et il faut des batardeaux tempo-
PB1SB8 D'baU. 397
raires pour les mettre en chômage. Dans ceax que Ton établit actaellemeot, il est toujours utile que lesdites embouchures soient pourvues de portes ou martellières , qui permettent , 1 * de régler, comme cela est convenable, l'introduction du volume d'eau qui doit rester, autant que possible» invariable ,en tout temps ; T d'isoler entièrement le canal de la rivière, pour le temps des réparations et des curages annuels.