III INONDATIONS
338. Dii^es insubmersibles. — Chaque digue provoque l'exhaussement des crues, quand elle tient. Lorsqu'elle ne tient pas, sa rupture donne lieu à des désastres.
Les digues do la Loire sont lo type des^ digues nuisibles. Plusieurs couvrent de petits vais sans largeur, dont l'exploitation pouvait se faire aisément sans cela. Il n'y avait donc pas lieu de les soustraire aux submersions, qui font plus de bien que de mal et augmentent la valeur des terrains.
D'autres digues couvrent de grands vais; on ne sait Irop si, tout compte fait, ceux-ci y ont gagné ou perdu ; mais il est certain que les intérêts généraux de la vallée en ont souffert.
La situation étant ce qu'elle est, que faut-il faire?
339. RelMiisement. — Nous avons vu que le reboisement n'a pas d'importance dans la question, en ce qui concerne la vallée de la Loire. Pour la Garonne et pour le Rhône, il n'est nullement prouvé qu'il puisse conduire à changer beaucoup la situation; nous savons même que le bassin de l'Ardèche, l'un des affluents les plus redoutables du Rhône, n'est pas boisable. Quant à la vallée de la Seine, elle a eu le bonheur d'échapper
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aux digues insubmersibles ; mais elle est cependant éprouvée par de grandes inondations, auxquelles le reboisement ne pourrait malheureusement pas grand'chose.
3^10. Oéversoirs. — On en établit sur quelques digues insubmersibles de la Loire, assez timidement, car on n'en est encore qu'au troisième ou quatrième. Pour cela on abaisse la digue sur quelques centaines de mètres, vers Tamont, et on la défend de telle manière qu'elle puisse supporter sans rupture le déversement des eaux. Une sorte de digue doublante, perreyée seulement sur le talus regardant le fleuve, est adossée à la digue au droit du déversoir; on la nomme banquette. Le sommet de celle-ci est à 1 mètre ou 1"25 audessous de la grande crue de i856, qui a rompu toutes les digues sans exception, et à 1 mètre au-dessus du déversoir. Quand la banquette sera surmontée, elle cédera sous Faction des eaux déversantes, et l'ouvrage adossé fonctionnera. Le val se remplira par l'amont et se videra par l'aval, soit que de ce dernier côté il soit déjà ouvert en grand, soit qu'on y pratique un reversoic Le gain, au point de vue des localités d'aval, consistera dans le retard du maximum de la portion de débit déversée, au point de réunion. Le débit maximum à la seconde se trouvera diminué, immédiatement au-dessous de ce point.
De grands offorls ont été et seront faits pour consolider les digues. Si ces eiïorts sont couronnés de succès, la situation de l'aval sera sérieusement aggravée, car on n'établit pas les déversoirs dans les conditions nécessaires pour équivaloir aux ruptures de 1836. Le val le plus important, celui de l'Authion, ne sera pas pourvu d'ouvrages de ce genre, et les intéressés voudraient même qu'on exhaussât la digue qui le couvre. Une écluse munie de portes de flot ferme l'aval en temps de crue, en sorte que les eaux du fleuve ne peuvent refluer dans la petite rivière d'Authion et sur les terrains avoisinants; ce ne serait d'ailleurs qu'un remède insuffisant, le val étant très long et sa pente totale très grande.
Pour bien comprendre la question des déversoirs, reportonsnous à la seconde figure de M. Kleitz (Annexe I). La courbe locale des débits dans le lit du fleuve, au droit du déversoir, sera modifiée, abaissée, vers son sommet; le débit maximum ainsi réduit se retrouvera vis-à-vis le reversoir, où il pourra
subir un léger exhaussement; en arrivant au premier affluent d'aval, la courbe locale des débits sera encore déprimée; mais si l'affluent est en grande avance, le maximum au delà de Tembouchure ne se ressentira plus de l'influence du déversoir. Ce débit maximum est en effet, dans ce cas, la somme d'une ordonnée antérieure au maximum qui s'est produit au-dessus de l'affluent et d'une ordonnée postérieure au maximum de celui-ci ; le second élément est indépendant du déversoir, et l'on voit qu'il pourrait en être de même du premier.
L'action des plaines inondables libres s'exerce dans de bonnes conditions pour diminuer, en aval, le débit maximum d'une crue, parce qu'elle agit pour le moins sur toute la moitié supérieure de la courbe de croissance; il peut n'en être plus de même quand les plaines latérales ne sont utilisées que par l'intermédiaire de déversoirs.
Mais cette remarque s'applique également à l'effet des brèches sur l'aval, quand elles se produisent peu de temps avant le maximum, ce qui est le cas ordinaire. Toute mesure qui n'ouvre pas les digues au niveau des chantiers, ou à une hauteur modérée au-dessus, est donc menacée de stérilité.
Les déversoirs auraient un effet plus réel sur l'aval si l'on n'avait pas ajouté la banquette au programme primitif; malheureusement ils auraient causé des dommages aux vais, dans des cas où cela ne serait pas indispensable, le système existant admis.
34L1. Réservoirs. — M. Gros a publié, en 1881, un mémoire oh il est dit « qu'il faut renoncer (Tune manière absolue à l'idée d'alténucr le danger des inondations par des retenues artificielles. »
L'auteur termine en disant que « tout bien considéré, on ne peut par ce moyen ni prévenir des désastres semblables à ceux qui ont été causés jusqu'à ce jour par les grandes inondations, ni les atténuer dans une mesure réellement utile. »
M. Kleitz, qui a traité cette question de main de maître (Annexe I), montre que, pour défendre la vallée du Rhône par des réservoirs, on arriverait à des dépenses hors de proportion avec les résultats utiles correspondants. Mais rien ne prouve qu'en appliquant sa théorie générale à la Loire, par exemple, on n'arriverait pas à une autre conclusion.
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Il est bou d'iusistcr sur les difficultés de la question, car le danger des ruptures de digues est très grave ; mais l'étude est à entreprendre pour chaque cas, et il y a bien peu de rivières où la complication et rimportance des affluents soient comparables à ce qu'ils sont dans le bassin du Rhône. Le service de la Loire inclinerait à penser, si nous sommes bien informés, qu'on ne peut résoudre la question des crues de ce fleuve sans réservoirs : les déversoirs ne seraient considérés que comme des palliatifs. Le maximum de l'Allier arrivant généralement au Bec en avance de quelques heures, on conçoit que des réservoirs dans la partie supérieure du bassin de la Loire puissent avoir d'utiles conséquences; mais les expropriations à faire, les accidents à craindre, les grandes dépenses, l'incertitude des résultats?... C'est une question d'espèce et nous manquons des éléments nécessaires pour la trancher. Il était utile cependant d^expliquer que le pessimisme de M. Gros n'a pas sa raison d'être, en ce qu'il a d'absolu. La conclusion de M. Kleitz, pour ce qui concerne le Rhône, est justifiée par des raisons économiques, par l'insuffisance des renseignements sur les combinaisons de crues dans le fleuve et les affluents, mais non par l'insignifiance des améliorations possibles dans un cas comme celui de 1856. Qu'il y ait moins de dépense proportionnelle à faire dans un autre bassin, que l'étude des crues antérieures démontre qu'en aucun cas les réservoirs projetés ne pourraient faire de mal, et la conclusion ne sera plus la même.
M. Kleitz a démontré que l'exécution des travaux étudiés par son service aurait conduit, en 1856, à des résultats dont nous citerons deux exemples :
1^ La crue se serait élevée à 7"*, 41 au Pont-Saint-Esprit, au lieu de 6™,77, s'il n'y avait pas eu de ruptures de digues. Les rései^oirs étudiés C auraient ramenée à 6", 38;
2** A Beaucaire : 7™,95 effectifs ; 8°',77 calculés pour le cas de non-rupture des digues ; 7««,2o avec les réservoirs (page 39 du mémoire autographié)*.
1. En général les digues du Rhône, au-dessus de Beaucaire, sont sabmersibles ; mais les plaines latérales ne se remplissent d'abord que par l'aval, ou les eaux s'étendent derrière la digue au niveau qu'alleinl le fleuve à rextrémité de celle-ci. Quand les eaux arrivent à déverser, elles rompent souvent les levées, ce qui hîlte l'emmagasinement dans le champ d'inondation.
406 CONXLUSIONS
3419. Oéffense des herges» — Le lit de la Loire est enicombré de sables jusqu'à la mer, notamment parce que les berges de TAUier ne sont que partiellement défendues. Nous n'insistons pas ici sur cette question, plusieurs fois traitée ; mais il fallait mentionner l'importance de la défense des rives au point de vue du dégagement du lit du fleuve, et par suite de l'abaissement du niveau de ses crues. En combinant cette défense avec une régularisation bien étudiée du lit mineur de l'Allier, il serait possible d'obtenir une amélioration immédiate du régime des crues de la Loire, parce que le maximum du débit de la rivière devancerait davantage celui du fleuve au Bec. Ce serait un premier résultat, en attendant celui que donnerait l'épuisement des sables. Il est vrai que si Ton rectifiait aussi les berges de la Loire supérieure, an amont du Bec, une accélération analogue pourrait se produire ; mais ce travail est moins urgent que l'autre.
34L3. Oéffense des villes. — Des travaux ont été faits pour défendre les villes de nos grandes vallées contre les inondations, conformément aux dispositions de la loi de 1858. Mais il n'y a encore de solution ni pour Toulouse sur la Garonne, ni pour Nantes sur la Loire.
Toulouse. Un projet a cependant été présenté pour Toulouse. Il comprend une digue insubmersible sur la rive gauche du fleuve^ l'élargissement partiel de la rivière, un canal de dérivation et la reconstruction du pont principal.
Malheureusement la propagation du maximum de débit aurait lieu à peu près dans le même temps par la rivière et par le canal, de Torigine à la lin de celui-ci; il en résulterait qu'au-dessous du confluent l'on aurait la même hauteur maxima qu'auparavant.
La disposition des lieux a d ailleurs amené à mal tracer le canal à son entrée, ce qui pourra provoquer en ce point un exhaussement de la crue (Dupuit, Mouvement des eaux.)
Le profil longitudinal ne pourrait donc guère difl'érer, le long de la ville, du profil ancien. Tout au moins faudrait-il rectifier la Garonne dans toute la longueur de la traverse, dû Ton remarque un passage étranglé non touché par le projet, et faire disparaître certain barrage du Bazacle (ou le transformer en barrage mobile). A défaut de ces mesures, il n'y a
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pas besoin d'être un grand prophète pour annoncer que Texécution des travaux ne produirait rien,
Nantes, M. Coinoy a calculé l'exhaussement des grandes crues de la Loire, en cas de non rupture des digues ; cet exhaussement serait énorme. On espère lamoindrir au moyen des déversoirs, mais nous avons vu qu6 ces ouvrages ne pourront avoir une grande influence. D'un autre côté, ni le Val de TAuthion, ni tous ceux qui sont compris entre la Maine et Nantes n'auront de déversoirs; l'augmentation du débit maximum provenant de la consolidation des digues insubmersibles ne sera donc pas sérieusement atténuée. En 1872, on a vu une crue, moins haute que cella de 1856 à Ancenis, monter davantage à Nantes. Les quais principaux ont été sérieusement envahis, et l'on peut craindre de grands désastres dans Tavenir, les circonstances météorologiques de 1856 venant à se renouveler*.
Que faire? Rectifier la Luire à la traversée de la ville, en remplaçant les bras de la rive droite (qui seraient transformés en un bassin à flot) par un large bras concordant mieux avec les directions d'amont et d'aval, et dont le lit ne présenterait plus l'encombrement dû aux obstacles accumulés parles siècles dans les bras actuels.
On aurait une section d'écoulement plus grande, surtout si l'on construisait un barrage au-dessus de la ville, barrage au pied duquel le thalweg serait approfondi sans cesser de se trouver dans de bonnes conditions de raccordement avec l'aval. Nous avons expliqué qu'on pourrait résoudre en même temps la question de la navigation et celle de l'écoulement des crues.
Le grand bras de décharge de la rive gauche, dit de Pirmil serait conservé tel quel. Cependant il pourrait y avoir quelque chose à faire ultérieurement de ce côté, car ce bras consti-
1. Il y a des quais étroits que l'on ne pourrait exhausser ou'en entier, ce qui entraînerait dans d'énormes dépenses, à cause des clommages aux propriétés riveraines. Les procédés ordinaires de défense des villes ne sont donc pas applicables à la basse ville de Nantes, assise le lon^ de ses six bras de rivière. Il semble que tout se réunisse pour rendre la situation plus menaçante : le débit maximum augmenté (digues insubmersibles consolidées et môme exhaussées en amonlj^l'écoulementgôné en aval par la surévélation des chemins (Trentemoult), l'exhaussement du lit dans la traverse, des ponts à piles et à tympans énormes, l'envasement des bras secondaires, etc.
tue en temps de crue uue dérivation du courant principal, et Ton va voir que les dérivations ont été condamnées par Texpérience en llalie.
344L. Les dérivations en Italie. Opinion deBaccarIni.
— Dans la seconde partie de l'introduction à son ouvrage sur les crues du Tibre, Tingénieur Baccarini, ancien ministre des travaux publics du royaume d'Italie, s'exprime de la manière suivante :
K Quant à Teniploi des dérivations pour abaisser les crues, toute Técole italienne le regarde comme un moyen trompeur. Paléocapa a fermé le Caslagnaro, dérivation de TAdige; le même et Fossombroni ont fermé le Basinello, dérivation du Sile.
« Si les dérivations rentrent dans le fleuve, c'est encore pis : la pente de Teau dans les deux branches est réglée par la surface de la crue dans la section de réunion, qui demeure constante. Les dérivations ne sont que des varices du lit. Le (4avamenlo n'a pas abaissé les crues dans le Panaro. »
Ce qu'on a dit au chapitre IV peut sembler contradictoire avec ces faits, au premier abord; car si Ton détruisait le barrage du bras droit la rivière serait rétablie dans la situation antérieure, meilleure d'après Dupuit. Mais la figure montre qu'il s'agit de deux bras se raccordant bien à l'amont et à l'aval, et, d'après les expériences de Roanne, l'influence des tracés est extrême dans ces cas de division d'un courant.
La vérité ne sera connue tout entière, sur cette question des dérivations, qu'après des expériences méthodiques sur des canaux artificiels de dimensions suffisantes, dans lesquels on fera varier les tracés, les débits, etc.
34&« Lies crues A Paris. — Le doute est permis sur ce q^ue produirait le canal de dérivation étudié par M. Mfiiry. Cependant il faut remarquer qu'il y a ici une circonstance spéciale : l'accumulation d'un grand nombre de ponts en aval.
Le trouble apporté dans l'écoulement par la dérivation, vers l'embouchure de la Marne, ne permet pas de compter sur un abaissement immédiatement au-dessous ; mais les chutes aux ponts devenant moindres, par suite de la diminution du débit de la Seine, et le niveau d'aval (au confluent) n'étant pas supposé modifié, il pourrait y avoir un utile changement dans