Le mélèze supporte des froids de quarante degrés
leurs, on a exécuté depuis plus de trente ans des essais de reboisement, combinés avec des mises en défends, dont les résultats fournissent de précieux renseignements. Partout où le sol s'est trouvé simplement abrité par un jeune peuplement de mélèzes, il se montre recouvert d'une véritable pelouse de gazons que l'on n'y 1i pas introduits, mais qui s'y sont développés naturelletnent, et qui présente le même aspect et la même composition cpie les pelouses situées dans des conditions d'altitude et de climat analogues. Partout au contraire où, toutes circonstances égalés cTatlleurSy le sol a été abandonné à lui-même et préservé seulement par une mise en défends tout aussi rigoureu*?e, la pefouse ne s*est 1*08 formée^ les gazons anciens subsistent seuls et leurs intervalles sont demeurés nus par suite de l'absence d'abris.
Qu'au contraire, par suite de la mise en défends, il se soit manifesté une végétation ligneuse sur le sol, ce fait a eu pour conséquence îmmé. diate la production du gazoj;i. M. Mathieu, sous*directeur à l'École forestière, dans son rapport sur le reboisement et le gazonnement des Alpes, avait déjà relevé en 1865 une observation de ce genre que nous avons pu multiplier par centaines depuis cette époque. Nous trouvons dans son rapport le passage suivant (p. 42) : « Aux environs de Barcelonnette, une partie du bassin de réception du torrent de Gaudissart, où les travaux facultatifs et principalement des barrages sont en cours d'exécution depuis une vingtaine d'années déjà, la mise en défends a permis à Vaune blanc et à Vhippophaë ramnoîde^ tun et Vautre véritable providence de ces terrains^ de se développer assez pour constituer des fourrés dont les intervalles sont actuellement dotés de beaux pâturages. >
Cette mise en défends datait de 1846 et avait été accompagnée sur certains points de semis de mélèze qui, depuis le passage de M. Mathieu, ont pris un développement remarquable entraînant avec lui la constitution de plus en plus prononcée de la pelouse.
Dans le reste des Alpes, en Dauphiné, en Savoie et en Suisse, tous les explorateurs de la montagne constatent, en le déplorant, l'abaissement graduel et constant de la limite supérieure de la végétation forestière, attribué exclusivement au fait de thomme.
m II n'est pas possible de supposer, en l'absence de toute preuve à cet égard, que le climat soit devenu plus mauvais par des causes physiques extérieures indépendantes de l'homme, et auxquelles il ne pourrait opposer aucune résistance. La diminution de plusieurs glaciers, dont l'augmentation et la diminution répondent d'ailleurs aux années froides et aux années chaudes, parlerait plutôt contre cette hypothèse qu'en sa faveur. La fertilité des Alpages a diminué, leur limite supérieure s'est abaissée, les forêts ont disparu des régions élevées, l'état climatérique est devenu moins favorable à la végétation ; les dévastations causées par les eaux, par les avalanches et par les chutes de pierres sont devenues plus fréquentes et plus considérables, ainsi que les éboulements
H. REGAZONNEMENT ET REBOISEMENT 433
sur les pentes et les amas de débris dans les vallées. Telle est la longue liste des désastres dus à Tégoîsme de l'homme, qui a méconnu les lois de la nature en exploitant les forêts d'une manière désordonnée et en abusant d'elles avec une imprévoyance coupable. Aussi le châtiment ne ' s'est-il pas fait attendre et se fera-t-il sentir encore plus fortement dans l'avenir *. »
De l'ensemble des considérations qui précèdent, nous tirons les conclusions suivantes :
Les gazons formant aujourd'hui des pelouses continues au-dessus des forêts actuelles ne sont que les témoins de l'existence des forêts supérieures, qui ont disparu par le fait de rhommCy après avoir été la cause dominante de la production de ces gazons.
Ces pelouses, qui subsistent encore, sont destinées, si l'homme n'y prend garde, à disparaître à leur tour, et à suivre la loi d'abaissement que son imprévoyance ou son égoîsme a imposée aux forêts.
La création de nouvelles pelouses sur des terrains supérieurs absolument dénudés ne peut être assurée que par l'intervention dé la forêt, agissant comme celle qui a provoqué la production des pelouses qui existent encore dans la même région.
Les plantes herbacées qui végètent encore au-dessus de la limiie réelle imposée à la végétation forestière, non par l'homme, mais par la température du lieu, ne forment pas des pelouses sérieusement exploitables pour le pâturage et susceptibFes de protéger le sol contre les influences météorologiques.
Ces conclusions s'imposent avec plus d'énergie dans les Alpes de Provence ([ue dans toutes les autres, par suite du climat très sec qui caractérise cette région. La végétation herbacée est loin d'y rencontrer en effet les conditions d'humidité si générales en Suisse, par exemple, que les forestiers que nous avons eu loccasion de visiter, en parcourant ce pays, avaient peine à concevoir la signification du terme gazonnement, - tant ils étaient peu habitués à l'absence d'une végétation herbacée quelconque sur des versants montagneux.
L'on rencontre enfin dans ces conclusions la justification de l'extinction des torrents par le reboisement ; car, sans elle, on se trouverait pour la plupart du temps réduit à ne reboiser que la région inférieure du bassin de réception et à abandonner tout le reste aux vaines tentatives d'un enherbement sans produits comme sans perpétuité assurée. Dans le cas donc d'un torrent à éteindre, on devra ne pas hésiter un ' seul instant à porter le reboisement beaucoup plus haut que ne peuvent l'indiquer les forêts actuelles et ne s'arrêter qu'aux terrains oh les neiges sont susceptibles de demeurer pendant plusieurs années de suite. Il est
1. Landalt. Rapport au Conseil fédéral sur les forêts des hautes montagnes de la Suisse,
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évident que les conditions de la végétation des essences forestières présenteront certaines difficultés, surtout dans les premières années ; mais Tart forestier saura bien les surmonter et rétablir, là où elle fait si ' cruellement défaut, la végétation ligneuse disparue par le fait de rhomme seul.