‹ Hydraulique fluvialeChapitre 136 sur 152 · G. LES TOURBILLONS · texte numérisé non relu

G. LES TOURBILLONS

un peu la densité de l'eau au moyen de sel marin, la colonne d'aniline vient quelquefois rejoindre à travers l'eau la dépression supérieure.

«En diminuant la densité de l'eau, un effet inverse se produit : on voit descendre un cône d'huile presque jusqu'au fond du vase.

« Ces ejçpériences, faites à Paris l'hiver dernier, ont été répétées à la Rochelle dans ma dernière mission, en employant une grande cuve et en remplaçant l'aniline par du sable ou de la vase. Les rotations étaient produites soit en donnant à l'eau des mouvements circulaires et réguliers à l'aide de palettes actionnées par des poids variables, soit en arrêtant brusquement une rotation rapide de la cuve, même lorsque cette rotation avait persisté assez longtemps pour entraîner par frottement latéral toute la masse de l'eau.

« Dans toutes ces expériences les résultats ont été les mêmes : le sable qui garnissait le fond de la cuve a été ramené au centre et soulevé. Une disposition particulière a permis de mesurer la valeur de la dépression centrale correspondant à chaque vitesse de rotation.

« Ce système de tourbillons, dont l'analogie est si grande avec ce qui se passe dans les trombes observées à la mer qu'il me semblait par instant, dans les premières expériences, voir une trombe réelle avec les mêmes inflexions et les même rotations, donne la clef des effets de transport qui se passent dans les cours d*eau.

« Tout le monde a vu, en effet, que les courbes des rivières sont accompagnées de tourbillons à dépression centrale, dont la formation est due au frottement des filets liquides contre la paroi concave.

« Ces tourbillons, créés aux dépens de la vitesse de la rivière, sont entraînés en aval, en provoquant sous les points où ils passent un soulèvement des particules sableuses, analogue à celui que nous avons constaté dans nos expériences.

« Ce soulèvement permet la descente en aval des matériaux ténus, quelque faible que soit la vitesse du courant général.

« Si nous examinons maintenant l'ensemble d'une rivière à son entrée dans une partie courbe, on peut comparer le mouvement de ses filets liquides à ceux qui sont provoqués par une rotation dans notre cuve à expérience, en prenant le centre de la cuve pour les points successifs de la rive convexe et le bord pour la partie concave.

« Or nous constatons dans nos expériences un mouvement du sablç allant du bord au centre ; ce mouvement est vérifié dans la nature par ce qui se passe quotidiennement en aval des courbes. Le transport du sable coexiste dans les deux cas avec un même système de rides garnissant et le lit de la rivière et le fond de la cuve.

« Cette action de torsion de toute la rivière sur elle-même complète celle des tourbillons, en soumettant les sables dans les parties courbes à trois actions différentes, dont une de soulèvement.

« Indépendamment des tourbillons à axes verticaux, on peut indiquer

qu'il s'en produit à axes horizontaux, ou diversement inclinés, lorsqu'il y a au fond de la rivière des roches saillant du lit, ou lorsque deux courants marchant en sens contraire se superposent.

« Ce dernier effet se produit dans les rivières à marée à l'arrivée du flot, toujours accompagné d*un soulèvement de vase caractéristique.

« C'est à ce phénomène que les pilotes font allusion, lorsqu'ils disent que le flot trace les chenaux, tellement leur esprit est frappé du trouble produit sous cette influence. » (Bousquet de la Grye. Extraits,)

« Une trombe est une machine soufflante, qui souffle en bas de l'air chaud si l'air des hautes régions où elle prend naissance ne contient ni cirrus ni eau vésiculaire à basse température, et de l'air froid dans le cas contraire. Dans le premier cas la trombe est invisible *, car ses contours ne sont indiqués que par la condensation de vapeur qui s'opère sur ses flancs, lorsque rabaissement intérieur de température atteint le point de rosée des couches traversées. Il arrive parfois ([u'une trombe semble être interrompue si elle traverse une couche d'air relativement froide et sèche : j'en ai cité quelques exemples frappants. Mais il arrive plus souvent qu'au début, quand on la voit descendre du ciel, l'air qu'elle entraine en bas, dans ses spires descendantes de plus en plus étroites, n'est pas assez froid pour former tout de suite, en bas, une gaine de vapeurs condensées comme celle qui forme en haut son contour.

« On n'en voit pas moins, en bas, le travail effectué par cette trombe, en partie mvisible, sur le sol et sur la mer, avant qu'elle ne paraisse l'avoir touché. On sait en quoi consiste ce travail en mer : il se dessine autour du pied de la trombe, visible ou non, une sorte de buisson formé par les gouttelettes d'eau soulevées avec violence. C'est la trombe qui agit sur l'eau à la manière d'une écope mue circulairenient à grande vitesse. Puis, par l'afflux sans cesse renouvelé de l'air froid supérieur, la gaine de vapeurs se forme en bas autour de la trombe et il semble alors que le tronçon inférieur aille rejoindre, en montant, le cône supérieur qui descend des nues. De là aussi la forme en hyperboloïde de révolution, forme qui tient à ce qu'on confond avec le pied étroit de la trombe le buisson beaucoup plus large qui se forme extérieurement autour du pied. » (Faye.)

1. C*est ù ce cas que se rattachent le foehn et les tempêtes sèches de TAfrique ou du Mexique. L'air amené en bas par ces cyclones est extraordinairemenl chaud et sec. Dans les déserts de sable, les torrents de poussière soulevés par la trombe, à son pied et autour d'elle, peuvent en rendre les contours visibles par une sorte d'opacité. -

H. REGAZONNEMENT ET REBOISEMENT 431

H. — Le reg^azonnement; et le reboisement.

(Extrait du Traité pratique, de Demontzey)

Dans les Alpes de Provence, situées entre le 44* et le 45* degré de latitude et où la limite des neiges éternelles dépasse 3.300 mètres d'altitude, les forêts en massif n'arrivent guère aujourd'hui qu'à 2.200 mètres et sont surmontées par des pelouses de gazons qui, dans les conditions les plus favorables à leur bonne végétation, atteignent une altitude de 2.800 à 3.000 mètres. Au premier aspect, ces pelouses semblent déterminer une zone toute spéciale ; mais si Ton observe de près, on est tout étonné de rencontrer, dans bon nombre d'entre elles, des traces évidentes d'anciennes forêts se manifestant tantôt par quelques pieds isolés, derniers témoins de l'antique végétation, tantôt par de vieilles souches presque entièrement recouvertes de végétation herbacée. De plus, en consultant la tradition du pays, on ne tarde pas à apprendre que les végétaux forestiers ont fait place à ces pâturages, qui n'occupent seuls aujourd'hui le sol que par le fait de Vhomme à l'exclusion de toute autre cause.

En remontant vers les sommets, on ne tarde pas à voir cesser la pelouse de gazons bien garnis formant un tapis vert continu ; on ne trouve plus que des touffes de plantes chétives poussant à l'abri des rochers ou dans les intervalles de leurs débris, et souvent de grands espaces de terre nue, privés de végétation par suite du séjour des neiges qui y persistent parfois pendant deux ou trois ans, et interdisent alors tout développement des plantes.

Lorsque l'on considère les pelouses, malheureusement trop rares, on se prend à se demander comment ce beau gazon, qui forme un épais feutre, a pu s'établir sur des terrains si maigres en apparence, et immédiatement les rares vestiges de l'ancienne végétation forestière se présentent à l'esprit ; on reconstitue par la pensée les forêts clairiérées de mélèzes et de pins cembro qui devaient jadis occuper ce sol, dans un climat où certainement la température la plus basse n'atteint pas quarante degrés au-dessous de zéro *, et l'on comprend facilement dès lors que la pelouse a pu se former, grâce à l'abri procuré aux jeunes plantes herbacées par les essences forestières et au fertilisant engrais fourni par leurs aiguilles à un sol assez pauvre d'ailleurs.

L'observation des faits contemporains apporte avec elle des conclusions absolument concordantes.

Dans les mêmes contrées, en effet, toutes circonstances égales d'ail-

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