I. RESERVOIRS D'EMMAGASINEMENT DES CRUES
la crue du Rhône immédiatement en aval de l'embouchure de l'affluent dans la vallée duquel elles seraient établies.
Lorsqu'on considère comment les retenues faites sur un cours d'eau influent sur la réduction du d3)it maximum en aval de son confluent avec un autre, on s'aperçoit de suite qu'elles sont bien loin d'être toutes utilisées. Ainsi si la retenue est faite sur l'affluent (figure 2) elle se videra déjà au moment du nouveau maximum, après le confluent; elle est donc commencée beaucoup trop tôt au point de vue de cette région. Si la retenue est faite sur le cours d'eau principal (fig. 2 bis\ elle se prolonge longtemps et sans utilité après le nouveau maximum. Dans le premier cas (fig. 2) les retenues anticipées seront à la vérité profitables en partie aux régions situées à une grande distance en aval, mais dans le second cas (fig. 26f.s) les retenues prolongées ne peuvent servir nulle part.
Il est donc bien certain que les volumes d'eau retenus dépasseront toujours de beaucoup ceux qui seraient nécessaires dans une localité inférieure, si le barrage de retenue était placé immédiatement en amont de cette localité. Cela revient à dire que si, d'après la courbe des débits dressée dans la région où il s agit d'abaisser les crues, on reconnaît qu'un certain abaissement pourrait être obtenu par une retenue d'un certain volume, il faudrait, pour réaliser le même abaissement avec des retenues faites à de grandes distances en amont, qu'elles aient un volume beaucoup plus grand.
V. Nous avons considéré jusqu'ici une crue simple ayant un seul maximum. En 1856 les choses se sont passées généralement ainsi ; cependant comme celte grande crue a été précédée de deux autres, dans un intervalle de quinze jours, il est probable que tous les réservoirs remplis par celles-ci n'auraient pas eu le temps de se vider.
En 1840 il y a eu aussi plusieurs crues successives, notamment dans les vallées du Doubs et de la Durance, et très probablement encore refl*et utile des barrages aurait été considérablement diminué.
En général, des crues successives ne peuvent pas faire qu'immédiatement en aval de l'emplacement d'un barrage les crues atteignent des débits maxima supérieurs à ceux qui auraient eu lieu sans le barrage. En effet pendant que le réservoir se vide, le débit sortant est bien augmenté dans la période décroissante d'une première crue ; mais la vidange cesse dès que le débit entrant fourni par une nouvelle crue devient égala celui sortant, et après ce moment le réservoir se remplit de nouveau jusqu'après le maximum de cette nouvelle crue (si le barrage n'est pas surmonté), de sorte que le débit maximum, sortant sera encore moindre que celui entrant * . Lors même que le barrage serait dépassé et qu'il cesserait d'augmenter sensiblement la retenue, le débit sortant ne pourrait jamais
1 II faudrait un très vaste bassin se vidant au moment de l'arrivée d'une crue relativement faible pour que celle-ci n'arrêtât pas la baisse du bassin.
excéder le débit entrant dans la période qui précède le maximum de celui-ci. Toutefois on pourrait perdre en grande partie, et même presque en entier, la réduction du débit sortant qui résultait de Temma^rasinement naturel antérieurement à l'établissement du barrage; cela arriverait si cet emmagasinement naturel était plus fort que celui qui se produirait dans le réservoir barré, dans Tétat où la nouvelle crue le trouverait. Pour cela il faut que le réservoir s'étende sur une vallée ayant une grande puissance d'emmagasinement, c'est-à-dire qu'il occupe de vastes et larges plaines. Ce serait là, sans doute, un cas exceptionnel dans un système de réservoirs nombreux et répartis dans toute l'étendue d'un bassin, mais on voit néanmoins que ce serait dans tes emplacements les mieux disposés que cet inconvénient serait le plus à craindre, et qu'on ne pourrait pas le négliger si l'on se bornait à faire seulement d^ barrages dans les emplacements les plus favorables à augmenter l'emmagasinement.
Ce n'est donc que dans les localités où, en l'état naturel, le débit maximum ne s'aplatit pas notablement dans l'étendue du réservoir, qu'on doit admettre qu'un barrage (sauf bien entendu le cas de rupture) n'aggravera pas la situation de la localité immédiatement en aval de son emplacement lorsque plusieurs crues se succéderont. Mais, même dans ce cas, il pourrait n'en être pas ainsi pour des régions éloignées ; car si le débit maximum y est alimenté par un débit bien antérieur au maximum dans l'emplacement du barrage, il pourra être augmenté par la baisse de la retenue avant qu'elle ait été arrêtée par la nouvelle crue, comme par exemple le lac de Genève en baisse peut augmenter les crues à Valence et en aval.
En tout cas, l'effet utile des barrages pourrait être annihilé, et serait pour le moins considérablement amoindri, par des crues successives. Ils deviendraient très probablement nuisibles si des crues^uccessives avaient lieu sur des affluents sans barrages, tandis qu'il n'y en aurait qu'une seule dans ceux avec barrages; car les débits de la seconde crue des uns s'ajouteraient avec des débits augmentés par la vidangre des réservoii-s établis sur les autres.
VI. Dans ce qui précède, nous avons supposé des barrages à ouvertures permanentes. Nous avons déjà dit que les barrages pleins ne devaient être, selon nous, que d'une application restreinte aux petits cours d'eau très éloignés des points à défendre. Il resterait à considérer les barrages à fermetures automobiles, ou manœuvres par les hommes. Ces barrages nous paraissent tout au plus applicables lorsqu'il s'agit de défendre une localité située à peu de distance en aval. Alors il peut n'y avoir pas trop d'incertitude sur le moment opportun d'opérer la fermeture. Cependant, si le réservoir n'avait pas une capacité surabondante en prévision des crues successives, on pourrait bien avoir à regretter quelquefois de l'avoir fermé trop tôt. Mais à part ces cas exceptionols, justifiés par des circonstances locales, nous croyons que des barrages' non manœuvres seront généralement préférables, que cette manœuvre se fasse par des