‹ Hydraulique fluvialeChapitre 18 sur 152 · LES DÉFENSES · texte numérisé non relu

LES DÉFENSES

M. Philippe Breton, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a écrit un beau livre sur les défenses contre les torrents : On ne peut plus penser à ralentir récoulement des eaux dans les torrents, dit-il, dès qu'elles sont rassemblées. Il n'en est pas de même du ruissellement superficiel, depuis le point où chaque goutte de pluie est tombée jusqu'au prochain thalweg. Là on dispose d'une immense surface d'appui, pour la résistance à l'écoulement de quantités disséminées.

33. Qazonnements. — L'auteur cite une expérience remarquable de M. Gaymard, ingénieur en chef des mines, qui montre le rôle important des gazons sur les montagnes. M. Gaymard coupa sur une alpe en bon état un mèlre carré de pelouse pastorale, espèce de tapis végétal vivant, formé d'un feutre compacte de racines d'herbes vivaces, dont l'épaisseur s'accroît lentement quand une jouissance abusive ne la détruit pas. L'échantillon enlevé par M. Gaymard avait 20 centimètres d'épaisseur, il fut placé sur un plateau de balance et pesé exactement; puis on fit tomber dessus de l'eau divisée en pluie jusqu'à ce que le feutre de racines ne put en garder davantage ; alors une deuxième pesée montra que le mètre carré de gazon de 20 centimètres d'épaisseur avait absorbé 50 kilogrammes d'eau, c'est-à-dire le volume d'une couche ayant le quart de l'épaisseur du feutre de racines. . Or, une pluie de 50 millimètres est énorme *.

1. Pour.éviter de tirer de ces indications des conséquences exagérées, il sera bon de se reporter à la noie H des annexes.

3S CHAPiTRE II. LA MONTAGNE

En 1836, dans deux ou trois jours de la fin de mai, il tomba à Grenoble 70 millimètres de pluie ; mais c*était une pluie diluvienne, comme on n'en voit que rarement*. Les pelouses pastorales sont capables de garder quelque temps et de laisser ensuite écouler lentement de grandes quantités de pluie ; mais lorsque cette vaste éponge végétale est saturée, chaque goutte d'eau qui tombe dessus glisse à la surface sans pouvoir y pénétrer. Elle fonctionne comme tout autre réservoir ; si elle est déjà pleine au [quart, à moitié, ou aux trois quarts, lorsque vient une pluie, l'eau ne trouve disponible dans ce réservoir spongieux que trois quarts, moitié ou un quart du volume total qu'il peut contenir.

34. Plantations. — Quant aux semis ou plantations d'arbrisseaux ou d'arbres, on sait que les ingénieurs des forêts ont obtenu de beaux résultats en combinant ces opérations avec l'exécution de barrages.

Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans le détail de ces tra. vaux, qui permettent de fixer les bassins de réception^ non pas exclusivement, mais principalement en y ramenant la végétation. D'importants travaux sont aussi nécessaires en aval, et nous donnerons quelques indications à ce sujet à l'aide de l'ouvrage de M. Breton.

35. Clteniinenient des corps solides. — D'après M. Breton, les matériaux qui forment le fond mobile d'un torrent cheminent en roulant les uns sur les autres. Cependant quelques hydrauliciens ont pensé que les graviers en mouvement dans les crues sont suspendus dans l'eau, au lieu de rouler simplement sur le fond. Cela est vrai pour le sable dans une certaine mesure; mais d'après l'auteur les gros cailloux n^ont jamais voyagé en suspension dans l'eau '. L*usure de leur surface provient de leur roulement sur le fond et du frottement des cailloux moins gros et du menu gravier, qui ont marché plus vite vers l'aval.

4 . Nous avons cependant cité les sacs d'eau d'Elbeuf et de Lisieux, où la hauteur a atteint 73 et 106 raiUitnètres en quelques heures, (Voir ce qui ' concerne les orages dans le voisinage de la Méditerranée, Annexe B*) 2. Les gros cailloux peuvent, toutefois, se trouver momentanément séparés du fond dans des circonstances extraordinaires, et notamment quand, entraînés sur un dépôt de lave par un courant de vitesse énorme, ils sont choqués contre des dIocs. (Voir la note F.)

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