LES LACS
Lorsque les montagnes ont acquis leur relief actuel, les fonds des vallées étaient bien loin de présenter les formes adoucies et continues qu'on y observe maintenant. Les thalwegs étaient d'abord au moins aussi accidentés que les faîtes dentelés des montagnes ; ils se divisaient naturellement en une série de bassins communiquant par des cols plus ou moins étranglés.
S8. Chapelete de Imes, — Ces bassins, retenant les eaux pluviales, formaient des lacs disposés en chapelet; le trop plein du lac supérieur se déversait dans le lac inférieur par une cascade ou par une cataracte. « Chacun de ces lacs a pu commencer à recevoir des lacs supérieurs de l'eau trouble, lorsque ceux-ci eurent perdu une assez grande part de leur profondeur pour que l'eau de leur trop plein ne fût pas entièrement clarifiée. Ainsi les particules terreuses les plus ténues ont dû opérer le comblement de la partie la plus profonde de chaque lac des montagnes. » (Ph. Breton.)
• Profil en long d'un chapelet de lacs.
Comblement d'un ancien lac.
Les talus des montagnes ont fourni des matériaux d'encom. brement, et souvent le phénomène a pu marcher plus vite dans le lac d'amont, alimenté de débris solides à son origine en même temps que par les côtés. Après avoir été transportée seule, la vase a été accompagnée de sable, et enfin le lac a laissé couler du gravier vers Taval, quand les eaux des ravins n'y ont plus trouvé la profondeur nécessaire pour perdre entièrement leur allure torrentielle.
Dans toute la moitié septentrionale de la Suède^ les détritus des roches supérieures n'ont pas encore achevé le comblement des lacs, dus à l'irrégularité primitive des thalwegs et à leurs contre-pentes. Les lacs actuels de la Suisse ne sont que les restes d'anciens chapelets de lacs, pour la plupart comblés d'alluVions.
En approchant des grandes lignes de partage des eaux, les montagnes prennent des formes si brusquement accidentées que les lacs y deviennent presque aussi fréquents qu'ils l'étaient primitivement dans les longues vallées inférieures ; mais ils
§ m. LES LACS 43
sont extrèmemeûi irréguliers et leur largeur est souvent presque égale à leur longueur. C'est seulement dans les cols principaux très allongés qu'on retrouve des lacs étroits, qui ont pu se conserver faute de dépôts suffisamment abondants. Les grands lacs, disposés anciennement en chapelets au fond de toutes les grandes vallées, recevant les dépôts d'une vaste région montagneuse, se sont au contraire presque tous comblés (1).
« On peut constater le long de la Durance, dit Surell, que cette rivière a dû s'écouler autrefois par une suite de lacs allongés, séparés par des rapides ou cataractes. Les lacs sont devenus des plaines, et les rapides sont marqués par des défilés plus ou moins étroits et encaissés. On retrouve les mêmes vestiges sur le Buêch, le Drac, la Romanche, etc. » [Les Torrents des Hautes- Alpes y page 3.)
39. Ije lac de Genève. — Le lac de Genève s'encombre peu à peu; la réduction annuelle de sa longueur par les déjections du haut Rhône est évaluée à 2°',S0. Mais sa superficie est encore de S4,000 hectares, ce qui en fait un précieux réservoir d'emmagasinement. D y a longtemps déjà que M. Vallée a proposé de suspendre l'écoulement de ses eaux pendant les crues du Bas-Rhône. On estime que le Rhône supérieur et les autres affluents peuvent fournir au lac 1,200 mètres cubes d'eau par seconde, au maximum, tandis qu*à la sortie du lac le débit du Rhône n'a jamais dépassé 875 mètres.
Il n'atteint que rarement 400 mètres, et n'a été que de 300 à 325 mètres cubes au moment des grandes crues extraordinaires de 1840 et de 1856.
On voit combien le lac est utile au pays d'aval. Le service supplémentaire qu'on pourrait lui demander ne correspondrait qu'à 300 ou 400 mètres par seconde. Il faudrait construire à la sortie du lac un barrage permettant d'arrêter au besoin toutes les eaux qui s'en échappent aujourd'hui en temps de crue du Rhône; malheureusement celte retenue n'aurait abaissé le maximum à Lyon, en 1840 et 1856, que d'environ* vingt centimètres.