M. Philippe Breton, page
40. Le lae do Boorgpet. — Ce second lac, avec sa plaine de la Chantagne, est latéral au Rhône. En temps ordinaire, il verse son trop-plein dans le fleuve ; mais il constitue un réservoir pour les eaux de celui-ci en temps de grande crue. On ne doit donc pas, au voisinage du confluent, séparer du Rhône le bassin du lac du Bourget par un barrage de réservoir, sous prétexte d'emmagasiner les eaux de la rive gauche et de les empêcher d'arriver au fleuve pendant la crue. Cela conduirait à augmenter le maximum du débit par seconde au passage de Lyon, toutes les fois que l'état actuel amène un déversement du Rhône dans le lac, c*est-à-dire pendant toutes les inondations, car leur marche est rapide dans la grande vallée, tandis que Texhaussement de l'affluent est entravé par Faction du lac.
Il pourrait arriver que la dérivation latérale des eaux, en apportant un élément de désordre dans Técoulemcnt, provoquât un exhaussement local du Rhône; mais, avant d'atteindre Lyon , la translation du flot de crue redeviendrait aussi normale que les autres circonstances le comporteraienU et le bénéfice de la réduction du débit serait entièrement acquis.
Il faut donc conclure que le lac du Bourget et la plaine de Chantagne ne pourront avoir qu'une heureuse influence au point de vue de la grande ville voisine, tant qu'on respectera leur libre communication avec le fleuve.
La végétation arborescente et pastorale ne pourrait qu'être utile dans un bassin comme celui de TArdèche, où l'eau ruis- •selle à grande vitesse sur des rochers dénudés; mais le boisement de ces surfaces semble malheureusement impossible. Nous ne disons pas le reboisement, car il est au moins douteux qu'elles aient jamais porté des forêts.
^ll.Résainéde Belsrand. ^ D'après Dausse, les forêts, <( en atténuant en été Taclion du soleil sur le sol, en empêchant révaporation et en entretenant l'huraidité de Tair ambiant, accroissent nécessairementlaquantitédelapluie locale. On doit reconnaître encore, ajoute-t-il, que ces forêts conservent cette pluie et Taménagent au profit des rivières, et rendent enfin celles-ci plus abondantes, moins variables et moins troubles. » Cette conclusion n'estpas appuyée sur des observations précises.
Belgrand résume ainsi, dans son mémoire de 1834, des observations dont il donne le détail : « 1° Le reboisement par les arbres feuillus n'est pas propre à retarder Técoulement des eaux pluviales à la surface du sol des formations imperméables, et n'égalise pas, entre l'hiver et Tété, le tribut que ces eaux apportent aux thalwegs ; 2^ dans les terrains boisés comme dans les terrains déboisés, les cours d'eau torrentiels ont un régime d'hiver très différent de celui de Tété. Dans les terrains boisés, le passage d'un régime à l'autre est même plus marqué que dans ceux qui ne le sont pas, parce qu'il correspond toujours à la pousse et à la chute des feuilles; 3* ... les bois ne retardent pas en réalité le ruissellement des eaux pluviales; i^ dans les terrains perméables boisés, le volume des sources augmente très notablement l'hiver par les temps pluvieux et va presque toujours en décroissant du commencement à la fin de l'été, quoique cette saison soit plus pluvieuse que l'hiver ; 5** on ne doit donc pas attendre du reboisement une régularisation quelconque du régime des cours d'eau; G** les bois défendent très bien les terrains en pente contre les ravages des eaux pluviales, et, suivant la pittoresque expression de M. Surell, peuvent même servir à éteindre d'anciens torrents ; 7" les ravages que les eaux pluviales exercent dans les terrains déboisés peu accidentés ne doivent être considérés que comme des calamités privées; ce n'est que dans les hautes montagnes que les désastres causés par les torrents sur les sols déboisés deviennent de véritables calamités publiques. »
Ses conclusions. — « En €te\ les feuilles qui couvrent les bois forment une vaste surface évaporante, qui absorbe à peu près la totalité des eaux pluviales, comme le réseau des petites fissures qui couvrent le sol dans les terrains déboisés ; les crues
dans cette saison sont extrêmement faibles. En hiver y les obstacles n'existent plus (les arbres ayant perdu leurs feuilles) ; les crues sont considérables, et presques également élevées », que le sol soit ou non couvert de bois.
Les forêts d'arbres résineux, dans les bassins à terrains imperméables, auraient une importance réelle sur le régime des eaux. Mais il faut reconnaître que, dans le bassin de la Seine^ les forêts n'aménagent pas la pluie au profit des rivières comme l'a écrit M. Dausse.
49. Eies eoltores pennanentes. — Ce qui est incontestable, comme le reconnaît Belgrand, c'est l'action des forêts pour défendre les terrains inclinés, que les eaux tendent à bouleverser. Mais il ne faut pas perdre de vue que la résistance au ravinement, la fixation du sol, peut être souvent obtenue par d'autres cultures permanentes. Nous allons faire connaître les détails donnés par Belgrand à ce sujet {Études hydrologiques, de 1872) :
Le ravinement se produit surtout dans les terrains imperméables à grandes déclivités, rendus meubles par la culture» On trouve des ravins sur les pentes des argiles de l'Auxois ou du granit du Morvan. A la suite des grandes pluies, on remarque toujours un petit amoncellement de terre détritique au bas de chaque sillon, et un petit ravin à la partie haute.
Les bois. L'opération du reboisement est donc excellente quand elle est pratiquement possible; mais il paraît démontré que le déboisement du bassin de la Seine ne peut être considéré comme ayant contribué à augmenter ou à diminuer la hauteur et le nombre des inondations. Les bois diminuent très notablement le volume des matières terreuses transportées par les cours d'eau, puisqu'ils empêchent le ravinement des terrains meubles; mais le fleuve ne reçoit qu'un faible volume de sables et de graviers, en sorte que la question de son encombrement n'existe pas.
Le reboisement des terrains fertiles est une opération impraticable ; mais il est d'autres cultures qui s*opposent, comme les bois, au ravinement des terres. Ce sont les prairies naturelles et la vigne.
Les prairies naturel/es et les vignes. Les prairies naturelles fixent complètement la surface du sol. Il est très rare, même
après de fortes pluies, de voir trace du passage des eaux sur les terres qu'elles occupent.
Les vignes sont rarement ravinées, malgré l'état parfait d'ameublissement du sol, lorsqu'on a soin, comme dans le lias de FAuxois, d'y creuser de distance en distance de larges fossés presque horizontaux, destinés à arrêter les terres et les eaux.
Dans les saisons d'irrigation, les propriétaires conduisent sur les prés les eaux des champs voisins, qui sont chargées de terre. Ces eaux y sont dépouillées de tout leur limon. Ainsi, non seulement un pré ne se laisse pas raviner, mais encore il arrête des alluvions.
Ce qui précède est susceptible d'une grande généralisation : les prés et les bois sont partout le meilleur obstacle à opposer au ravinement des terres imperméables, les prés surtout, parce qu'ils peuvent être obtenus à peu de frais et en peu de temps; le reboisement, au contraire, es tune opération dispendieuse et qui, de plus, laisse la terre improductive pendant longtemps.
11 vient d'être fait une grande application de ces principes dans les Alpes françaises. On sait que l'abus du pâturage avait détruit toute végétation sur ces pentes, et rendu le terrain tellement meuble que les torrents y causaient d'affreux ravages. C'est par le gazonnement et le reboisement des pentes que l'administration des forêts est parvenue à arrêter ces gigantesques ravinements. Elle a promptement reconnu, d'après M. Belgrand, que le reboisement général était une opération trop dispendieuse pour des terrains si pauvres. Le gazonnement, au contraire, n'exige presque aucune dépense, et les propriétaires entrent immédiatement en jouissance; c'est ainsi qu'on a réussi à fixer le sol des Alpes, entreprise que tout le monde jugeait téméraire et inexécutable.
43. Observations de M. Demontzey. — M. Belgrand se montre trop optimiste dans ce qui précède, car il reste encore beaucoup àfaire et le regazonnement des hautes montagnes ne peut souvent être obtenu dans de bonnes conditions sans le reboisement. M. Demontzey a constaté que les belles pelouses de nos Alpes ont été autrefois mélangées à des essences forestières, et qu'il faut généralement planter pour en créer de nou-
velles sur des terrains supérieurs dénudés. (Voir aux Annexes la note H.) Cela n'atteint pas la justesse des remarques de M. Belgrand en ce qui touche le bassin de la Seine ; mais on voit qu'il a trop généralisé.