III. DÉBOUCHÉS DES PONTS
à un pli, et les bateaux obligés de franchir celte saillie a la remonte éprouveront une très grande résistance*. Mais allons plus loin', et supposons que, pour faire disparaître cet inconvénient, on ait donné au pont 300 mètres de largeur, c'est-àdire celle du bras lui-même, il n'y aura plus de pli au passage du pont*, mais il n'en restera pas moins un remous très considérable dans le bras; car, si la vitesse est double, la pente deviendra à peu près quadruple ; si la pente du courant était antérieurement de 0",40 de F en G, le remous sera d'environ : l-,60 — 0-,40 = 1"',20 en tète de l'île.
88. Oonflement A Taval et A ramont. — La ville G peut être complètement inondée, ainsi que le pays en amont. On doit insister sur ce que, dans cette disposition locale, les eaux se trouvent soulevées même à taval du pont, sur une longueur qui dépendra de celle de l'Ile en aval. Tous les désastres qu'amène une plus grande hauteur dans les crues se produiront sur une vaste étendue de pays, bien qu'il n'y ait aucun remous apparent aux abords du pont.
Remarquons en passant que le gonflement général, s'étendant à Taval comme à l'amont, n'est pas la conséquence de l'établissement d'un pont; mais bien du barrage d'un bras. Quand la rivière n'a qu'un bras et qu'on établit un pont avec des levées transversales pleines à ses abords, il y a à la fois, au moment des crues, gonflement général (levées) et remous local (pont). Par exemple à Montlouis, sur la Loire, l'espace compris entre les digues comprenant outre le pont une longue levée pleine, il y a nécessairement un gonflement général et un remous local'. Gelui-ci peut devenir considé-
1 . Il ne faut pas perdre de vue que les bateaux ont à vaincre, à la remonte, non seulemenl 1 effet du courant, mais celui de la pesanteur décom^ posée suivant la penle. S*il y a chute brusque de 0», 15 au passage d*un pont, il faut que Te tirage soit capable de résister au couraat et de soulever le bateau de 0™,15 sur une petite distance, sans compter Teffort correspondant à Fintumescence exceptionnelle oui se produit à Tavant, quand le bateau se trouve dans un canal étroit. L intensité du tirage peut devenir plus forte qu'elle ne Test pour une voiture sur une route.
2. On suppose dans ce passage que le pont n'a qu'une arche et que ses tympans ne sont jamais atteints par les eaux.
3. Cet exemple n'est pas donné par Dupuit. On assure que le remous local a été de 0"^,47 au moment au maximum de 1856; en ajoutant le gonflement général, on voit quelle influence ce pont a pu avoir sur rouvert ture des brèches dans le voisinage. Quand on établit un pont sur une ri-
rable, parce qu'il résulte de Texistence de la levée pleine que les courants se présentent mal en temps de grandes crues. Certaines levées n'ont pas sous ce rapport de conséquence grave ; cela dépend de la forme du lit majeur et du tracé de l'ouvrage.
Des inconvénients d'une autre nature pourront se manifes-r ter après la fermeture d'un bras ; nous voulons parler de ceux qui résulteront d'une augmentation de la vitesse ou d'un changement dans sa direction. Ainsi, la vitesse devenant double dans le chenal conservé, il peut y avoir des affouillemcnts, des corrosions de rives ; les travaux de défense, qui avaient suffi jusqu'alors contre une vitesse moitié moindre, pourront être successivement emportés ; de là d'énormes dégâts pour les propriétés riveraines, et même pour les travaux publics se trouvant le long des rives, tels que quais, chemins dehalage et autres. Ce n'est pas tout : le produit de ces affouillements ira se déposer à l'aval, former des îles, changer le régime de la, rivière, couvrir les propriétés particulières. De plus l'étranglement du courant, qui se trouve en amont, et l'épanouissement, qui se trouve à l'aval de Tllc, auront pour effet d'établir des courants transversaux qui pourront attaquer les rives contre lesquelles ils seront dirigés.
89. Antres désordres. — Examinons enfin ce qui se passera dans le bras de la rivière fermé par une levée insubmersible EH, Il est clair que, de l'amont à l'aval de cette lovée, l'eau prendra une différence de niveau égale à toute la la pente qui existe actuellement entre le point F et le point G, qui serait 1"»,60 dans l'hypothèse où nous nous sommes placés. II y aura donc contre cette levée une pression considérable, qui pourrait donner lieu à des filtrations et par suite
vièie dont on a eu le malheur de limiter le lil majeur par des digues longitudinales insubmersibles, il faudrait au moins faire régner les arches de diçue à digue.
il faut remarquer que M. Dupuit raisonne implicitement sur le cas de très bons raccordements aux deux exlrémités de lîle : la fermeture d* un bras n aurait pas autant de gravité, si ce bras correspondait à de mauvais raccordements en deçà et au delà de J'ile. Il y a d'ailleurs une certaine exagération dans le calcul : on applique l'équation Hl = bU«, sans tenir compte de la variation de H autrement que comme conclusion finale. Cela grossit le résultat numérique sans altérer d'ailleurs le raisonnement pénéral. "