III. DÉBOUCHÉS DES PONTS
à une rupture. De plus, si la crête de cette levée n'a été calculée que sur les anciennes grandes eaux, elle sera franchie par les nouvelles. Remarquons maintenant que le réservoir EHF contient des eaux plus élevées que le chenal laissé aux eaux courantes, tandis que le réservoir EHG en contient de plus basses. Si dans Tétendue de Tile insubmersible FDG il se trouve quelque dépression, que les grandes eaux actuelles puissent surmonter, il y aura des avaries dans l'île, et les rives situées en face pourront être attaquées.
Nous n'irons pas plus loin dans l'énumération de tous les inconvénients qui peuvent résulter de l'établissement d'une route et d'un pont de 300 mëtrcs sur la ligne EHDC, quoiqu'un pontde 200 mètres se trouve suffisant en aval dans l'emplacement âB. Au reste, ce n'est pas le pont qui est insuffisant sur la ligne EHDC, car si au lieu de faire un pont de 300 mètres, dans le bras DC, on faisait un pont de 100 mëtrcs dans chacun des bras, on n'aurait plus qu'un faible remous général avec une cataracte assez forte, il est vrai, au passage des ponts. Ainsi, on voit que, datis cet emplacement, la question de distribution du débouché est bien plus importante que celle de t étendue.
Eie pontde la Bolmlda. — M. Dausse a lu à l'Académie des sciences, le 17 novembre 1862, un mémoire sur les ponts italiens, mémoire dont nous allons résumer une partie.
La Bolmida divague en serpentant dans la plaine d'Alexandrie. Sa pente moyenne et de 1" par kilomètre et elle apporte beaucoup de limon, de sable et de gravier. La largeur du lit des crues est de 200 à 250"" ; mais le pont, établi sous l'Empire (1809-1810), entre Alexandrie et Marengo, n'a que 120* de débouché linéaire entre culées en maçonnerie. Ce débouché est encore réduit par des palées, au nombre do quatoi*ze. Un radier général avait été jugé nécessaire pour défendre l'ouvrage, et l'on comptait beaucoup d'ailleurs sur la submersibilité de la route aux abords. Cependant dix jours après l'inauguration, en mai 1810, une crue exceptionnelle emporta quatres palées. On les rétablit et l'on consolida le radier. Plus tard, on releva la route^ en ménageant seulement trois travées de secours de 10" chacune. Celles-ci ayant été cmpor-
tée» en 1816, on remblaya leur emplacement. Quelques années plus tard, en 1823,1a ruine du radier était complète. Enfin la crue du 17 février 1824 ayant emporté les quatre premières palées de gauche, un pont de bateaux fut établi à 114°» à l'aval, en un point du Ut qui était devenu fixe et encaissé. Après la crue du 22 décembre 1825, on constata dans remplacement du pont des affouillements énormes.
En 1826 on résolut de reconstruire le pont de 1809.Llngénieur en chef, M. Negi'elti, fut très frappé de la régularité acquise par la rivière depuis la construction de ce pont, sur plus de 500'* en aval, suivant une direction perpendiculaire à la route, et de rinvnriabilité de la section à l'emplacement du pont |âe bateaux. « Il s'expliqua cet important phénomène par la chasse que Teau des crues, retenue en amont et formant lac, produisait à Tétroile issue qui lui était laissée. »
M. Dausse fait ensuite connaître qu'on s'arrêta au parti économique de réparer l'ancien pont, en le défendant au moyen de travaux analogues aux T de la Durance. On est ainsi parvenu à faire cesser ou à atténuer les tourbillons qui avaient entraîné de si grandes avaries. Notre auteur attache une importance extraordinaire à ce procédé de défense des ponts, grâce auquel « le Piémont, en dépit du nombre et de la violence des cours d'eau qui le siUonnent, doit d'avoir maintenant partout des ponts qu'aucune crue ne peut rompre. »
Bien qu'il s'agisse d'un procédé encourageant pour les constructeurs de ponts à trop petits débouchés, uous allons reproduire le résumé que M. Negretti a donné de son système. Mais il est entendu que nous n'approuverions nullement qu'on réduisit les débouchés des ponts, sous prétexte qu'on est en possession de procédés pour les tenir debout quand même. Cela n'empêche pas les désordres qui résultent de l'exhaussement du niveau des crues.