‹ Hydraulique fluvialeChapitre 47 sur 152 · OébÀde de 1890-1880 sur la Seine. —Au fur · texte numérisé non relu

OébÀde de 1890-1880 sur la Seine. —Au fur

et à mesure qu'on a agrandi les arches des ponts, dit le même auteur (page 318), pour les besoins de la navigation, la hauteur des montées dues aux grandes débâcles a été en diminuant. Ainsi, depuis 1830 (jusqu'en 1872), aucune débâcle n'a donné lieu à une crue qui ait attiré Tattention, et cependant il y a eu des froids très extraordinaires, par exemple ceux de l'hiver 1871-1872, qui ont déterminé la prise complète du fleuve.

Depuis 1830, beaucoup de ponts ont été reconstruits, des arches marinières ont été pratiquées dans les vieux ponts conservés ; « les débâcles s'effectuent donc aujourd'hui avec une grande facilité ; à peine, sur les feuilles des variations du niveau de la Seine, les distingue-t-on des autres crues. »

La débâcle de 1879-1880 est venue donner un cruel démenti à l'optimisme de Belgrand. Nous allons en indiquer les principales circonstances d'après les rapports du service ht/drométique du bassin de la Seine.

Ce sont surtout les petits cours d'eau torrentiels de ce bassin, issus des terrains imperméables, qui g^>lent facilement; quand cela arrive aux petites rivières tranquilles des terrains perméables, ce n'est qu'à une grande distance des sources. La température de celle-ci ne varie pas beaucoup d'un moment à l'autre de l'année^ et est toujours assez rapprochée de dix degrés. Malgré les grands froids de décembre 1879, la Vanne n'a même pas chamé de glaçons; en aval de son confluent, la rivière d'Yonne, complètement prise sur tout le reste de son cours, est restée dégagée sur plus de 80 mètres de longueur et 30 mètres de largeur.

Le dégel des petits cours d'eau a eu lieu le 30 décembre ; dans la campagne, la fonte des neiges avait commencé le 29 d'une manière sérieuse. « La débâcle de l'Yonne, commencée le !«' janvier, arriva au pont de Montereau à huit heures et demie du soir; le 2 janvier, après deux arrêts successifs entre Montereau et Melun, elle devint très intense dans la traversée de cette ville, de neuf heures du matin k midi. La masse des

glaçons suivit une marche régulière jusqu'en amont de Corbeil, où le mouvement se ralentit sur un baissier vers une heure et demie du soir. A deux heures, arrêt; un embâcle considérable fit gonfler les eaux et creva vers quatre heures. Arrêtée un instant au pont de Corbeil, la débâcle passa au barrage d'Evry à cinq heures et demie du soir ; mais à ce moment le phénomène devint plus complexe, car toute la masse déglaçons comprise entre Eviy et Paris se mit en mouvement.

Avant d'atteindre Paris, cette grande débâcle subit des alternatives d'arrêts et de ruptures successifs. Le premier flot, arrivé aux portes de la ville le 2 janvier entre 9 eliO heures du soir, s^arrèta subitement en amont du pont National. La Marne était en crue et, à la même heure, elle amenait en Seine un train de bois qui avait été entraîné. La haute Seine continuant à charrier, les barrages successifs étaient grossis, et notamment celui qui s'était formé entre Villeneuve-Saint-Georges et Choisy. L'eau arrêtée par cet obstacle monta en arrière à une hauteur inconnue jusque-là, et le 3 janvier, quand la masse vint à crever, le grand flot arriva à Paris. » La surélévation, par rapport à la crue de 1876, ne s'»ist pas maintenue en aval du barrage d'Ablon et au pont d'Austerlitz on est resté à 1", 09 audessous de celte crue.

« C'est à Paris que les efl'ets de la débâcle étaient le plus à craindre, tant à cause de sa position en aval du confluent de la Seine et de la Marne qu'en raison des nombreux ponts qui formaient autant d'obstacles à l'écoulement des glaces. En outre, le pont des Invalides était en reconstruction et une passerelle provisoire avait été établie un peu en amont. C'est dans la jouruée du 2 janvier que la débâcle a commencé à se produire dans la traversée de Paris, sous l'influence d'une température relativement douce, et favorisée d'ailleurs par les ruptures opérées aux abords des pon^s à laide de substances explosibles. Ce jour-là, vers midi, un embâcle considérable se formait en s'appuyant contre les avant-becs des piles du PonliNeuf : sous l'influence de ce barrage artificiel, les eaux s'élevaient à Tamont, puis le barrage ayant cédé sous la pression allait se reformer et se rompre successivement, à la rencontre de tous les ponts. Les chocs auxquels les piles étaient exposées ont momentanément donné des craintes pour l'existence do

§ Vr. CRUES DE DÉBÂCLES 109

quelques-uns de ces ouvrages : ils ont amené le samedi la chute de trois des quatre arches du pont des Invalides, deux vers onze heures, une vers deux heures. » La passerelle avait été emportée dès le vendredi soir.

Au pont d'Austerlitz, lemaximum, observé le 3 janvier 1880 à trois heures et demie du soir, a été de S^'jBO, soit une montée de 4",70, Sur l'Yonne, à Sens, le maximum n'a eu Heu que le 4 j an vier ; les prévisions publiées par le service hydrométrique le vendredi 2 janvier indiquaient seulement comme maximum possible, jusqu'au mardi 6, 4", 80 à l'échelle d'Austerlilz, soit 0*,60 de moins que la réalité.

« En résumé, le maximum de la crue de débâcle, observé à Paris, a été dû à une cause artificielle. Les circonstances du phénomène, sans ébranler en rien Tautorité des lois empiriques établies par M. Belgrand pour Tannonce des crues, expliquent comment ces lois ont cessé d'êlre rigoureusement applicables pendant les premiers jours de janvier. Elles s'appliquent au régime naturel du fleuve; elles sont donc plus ou moins troublées lorsque des causes locales y substituent un régime plus ou moins artificiel. » Quand le service hydrométrique juge que des causes de ce genre sont en jeu, il importe de faire connaître au public que les annonces faites sont plus sujettes à eri-eur que les annonces ordinaires, ce qui n'est pas peu dire, comme on peut le voir en se rapportant à l'article 98. Le régime naturel n'existe pas à Paris, et c'est pour Paris que les règles de M. Belgrand ont été formulées. Par conséquent, il faut seulement entendre que ces règles deviennent encore plus incertaines qu'à l'ordinaire lorsque, hors de Paris, les conditions normales des crues sont troublées (par exemple en cas d'embâcle), et quand dans Paris des accidents spéciaux se produisent, tels que l'arrivée de trains de bois en détresse, etc.

11141. Glaciers de la Sadne. — Parmi les embâcles de 1879-1880, celui de la Saône mérite d'être cité ; M. Pasqueau a donné tous les détails qui le concernent dans sa conférence du 26 mars 1881 à la Sorbonne. Nous le prendrons pour guide.

La Saône présente, immédiatement au-dessus de Lyon, une mouille large et profonde, qui sert de port général pour

no CHAPITRE IV. LES CRUES

les radeaux et de chantier pour la construction des bateaux.

Dès les premiers jours de décembre 1879, les glaces venant d'amont s'amoncelèrent dans cette fosse, se soudèrent sous rinfluence d'une température de 15 à 18 degrés au-dessous de zéro, et formèrent une vaste nappe de blocs enchevêtrés sur 3.000 mètres de longueur, entre la gare d'eau de Vaise et l'extrémité amont de l'île Barbe. Cet embâcle englobait un certain nombre de bateaux et plus de quatre mille pièces de bois assemblées en radeaux le long de la rive droite.

On commença par ouvrir un chenal de 30 mètres de largeur, pour isoler les radeaux du massif des glaces, et tâcher de les faire descendre avant la débâcle. Trois moyens ont été employés concurremment :

1** On lançait des barques en chêne à toute vitesse contre la glace, en les faisant tirer par vingt ou trente manœuwes attelés à des cordages ; le batelet montait sur la glace de la moitié de sa longueur; les hommes sautaient alors en cadence sur la proue, pourfendre la glace et lui imprimer ensuite un balancement pour provoquer le départ des banquises détachées.

2® On employait aussi un vapeur, anné de tôles foimant une étrave tranchante ; on le lançait à toute vapeur contre les glaces, aux points où la dynamite avait ouvert des fentes; mais ses aubes se brisaient constamment sur les banquises flottantes qui entouraient la coque de toutes parts.

3* Enfin, c'est principalement avec la djmamite qu'on a opéré. Deux cartouches de dynamite, ficelées à l'extrémité d'une perche, étaient introduites dans des trous de manière à correspondre à la face intérieure du massif. Dix ou douze trous étaient percés à la hache sur une ligne circulaire ; on calait les perches. avec des morceaux de glace ; les mèches étaient allumées en même temps et il se produisait des explosions presque simultanées. Les blocs existant sur la nappe principale obligeaient à ouvrir des fossés dans leur enchevêtrement, avant de percer les trous. On a reconnu plus tard qu'il vaut mi^ux augmenter les charges et supprimer toute cette maîad'œuvre.

Le 3 janvier, à deux heures et demie du soir, sous l'influence d'une crue, le glacier tout entier se mit en mouvement d'une seule pièce, broyant absolument tout ce qu'il rencon-

trait sur son passage. Les blocs montèrent contre les rives, en formant de véritables moraines latérales dépassant de plu* sieurs mètres les chemins de halage. Après un parcours de 800 mètres, le glacier s'arrêta.

Le 7 janvier, vers onze heures du matin, la masse entière, soulevée par une crue, descendit encore de 200 mètres.

Quatre ponts avaient été obstrués par les débâcles partielles des 3 et 7 janvier. Des chocs de radeaux ayant amené la rupturo des glaces, des soulèvements de débris jusqu'au dessus des garde-corps s'étaient produits. L'enchevêtrement au pont d'Ainay descendait presque jusqu'au fond de la rivière et formait une retenue de plus de 1 mètre en amont. On attaqua ces forêts de bois pour tirer les pièces sur la rive, entières ou brisées, ou pour les faire dériver. En six jours les quatre ponts ont été entièrement dégagés ; la traverse de Lyon était libre, mais en amont la mer de glace, menaçante, s'étendait sur plus de deux kilomètres ; son volume était de 3 millions de mètres cubes. Le massif portait presque partout sur le sol, son épaisseur variait de 6 à 12 mètres. Il soutenait une chute de 3",07, cubant 6 millions de mètres d'eau. Une crue instantanée pouvait amener de grands désastres.

On recourut pour ouvrir un chenal à des charges de deux, trois et jusqu'à cinq kilogrammes de dynamite.

Quand une banquise, détachée par l'explosion simultanée d'un ensemble de grosses charges, prenait le fil de l'eau, des mineurs s'embarquaient dessus, perçaient rapidement cinq ou six trous de 0",80, plaçaient des pots de un kilogramme et regagnaient la rive en batelet. Avant d'arriver au pont de la Gare, la banquise était divisée en morceaux.

Les principales barres de fond ayant été coupées par les travaux et la crue ayant diminué, la chute s'effaça.

Le 20 janvier, une dernière série d'explosions à fortes charges coupa la dernière bande de glace. Tout danger de débâcle violente était conjuré.

flOS. Embàole delà E4»lre. — Vers la même époque, la banquise de Saumur soutenait une chute de 2™,S0 répartie sur 12 kilomètres. Il y avait un grand intérêt à empêcher le volume d'eau correspondant de s'écouler en masse. On procéda comme à Lyon avec la djmamite et, le dégel aidant, la

retenue se vida peu à peu, et la débâcle arriva sans causer les désastres qu'on avait eu à redouter.

tue. JLe f^lacier de Glétroz. — Ce glacier débouche dans la vallée de la Dranse, en Suisse, à une grande hauteur au-dessus de la route du Saint-Bernard. En 1818 une partie tomba dans la vallée et barra la Dranse par une digue de glace de 200 pieds de hauteur, derrière laquelle les eaux s'accumulèrent. Les moyens dont on disposait alors étant insuffisants, on n'arriva pas à vider tout ce lac; le 16 juin la digue fut emportée ; trente-quatre personnes périrent et cinq cents maisons furent rasées.

109. JLtt formation des embâcles. — M. Pasqueau l'explique de la manière suivante : Les embâcles résultent presque toujours de la soudure des glaces flottantes,^ retenues dans une partie trop large et trop profonde de la rivière, par le ralentissement du courant dû à cet élargissement du lit.

Ces glaciers s'enracinent au sol par l'action du regel sur les glaces qui viennent plonger sous la première nappe. Ils s'accroissent rapidement en terrasse vers Tamont, par la superposition d'une série de gradins dus à la soudure des glaces qui flottent dans un bief de plus en plus élevé, à mesure que l'obstruction de la rivière devient plus complète.

Ces barrages de glace arrêtent les eaux de la rivière. Ils forment des retenues, des lacs suspendus qui peuvent causer d'effroyables désastres, si la digue fusible qui les soutient vient à céder sous l'action d'une crue ou d'un dégel trop rapide.

Pour conjurer ce péril, il faut entamer l'embâcle par l'aval, ouvrir un large chenal en Tattaquant vigoureusement par la dynamite à fortes charges, sans s'encombrer d'un trop nombreux personnel.

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