‹ Hydraulique fluvialeChapitre 63 sur 152 · I. DÉCLIVITÉS, VITESSES, DÉBITS · texte numérisé non relu

I. DÉCLIVITÉS, VITESSES, DÉBITS

que toute la masse du sillon, qu'ils avaient laissé en arrière, ait passé en détail au-dessus d*eux. C'est ainsi que le sillon tout entier se déplace en détail, en avançant peu à peu d*un espace égal à sa largeur : alors, le grain dont je parle se trouve au pied du nouveau glacis qui s'est formé en avant de lui ; et comme il s'y trouve de nouveau exposé à l'action de l'eau, il monte ce glacis et se précipite de nouveau, comme la première fois, en bas du remblai. Tandis qu'un sillon chemine ainsi forl lentement, tous les autres en font autant; si la vitesse de l'tau est modérée, il ne faut pas moins d'une demi-heure pour que chacun fasse ce pas progressif, qui est, de 4 à 5 pouces. Si la vitesse de l'eau augmente, l'ouvrage se fait avec plus de diligence, et il se ralentit au contraire quand elle diminue. Ainsi , dans un travail moyen, il faut environ deux ans pour qu'un grain de sable parcoure une lieue de 2,400 toises.

Les molécules les plus déliées du sable fin et de l'argile étant emportées avec moins de ménagement par le courant, le fond du lit se trouve garni du sable le plus gros, des petits cailloux, des pierres et des masses les plus volumineuses, qui tombent et s'arrêtent dans le fond du lit, et y forment souvent une couche solide, dont la résistance oblige le courant à élargir son lit, ou même à se déplacer tout à fait, s'il trouve moins de résistance de droite et de gauche. C'est presque toujours de ce principe, c'est-à-dire de l'amas des graviers ou de pierres dans le fond du lit, que naissent ses déplacements ; et cela est inévitable, lorsque le terrain n'est pas parfaitement homogène.

Comme le dit Duponchcl [Hydraulique agricole, 93), « par suite du défaut absolu d'adhérence de leurs éléments, les dépôts arénacés cèdent très aisément à la moindre action latérale. » Il suffit qu'il y ait des parties presque entièrement sableuses pour que des talus un peu raides, non défendus, soient facilement abattus par les eaux courantes.

La résistance ,que peuvent acquérir les sables en couches horizontales ou peu inclinées résulte de roricntalion des particules, sous Faction de faibles courants capables de les remuer surplace, mais non de les entraîner. Des courants plus forts, dans une certaine mesure, sont ensuite impuissants. Tel renchevètrementdes pierres cassées, sous l'action du rouleau compresseur, les met en état de subir sans bouger le passage des voitures, même avant Taddilion de la matière d'agrégation.

im CHAPITRE VI. LA LOIRE

L'équilibre stable que peuvent acquérir des sables, un certain temps après avoir été déposés, « ne peut résulter que deTorientation des particules qui, douées de formes définies, s'enchevêtrent et sMmbriquent les unes sous les autres, de manière à présenter une résistance considérable dans le sens du courant. Dans toutes les formations limoneuses, qui se retrouvent surtout à Tembouchure des rivières, on remarque des profondeurs d'autant plus grandes dans le courant, des talus d'autant plus raides sur les berges, que Tadhérence est plus prononcée, l'état limoneux plus caractérisé. Telles sont, à la limite, les berges presque perpendiculaires, parfois en surplomb, qui constituent les bords de la Charente et de toutes les rivières coulant dans des sols vaseux et tourbeux. Les matières organiques qui se trouvent dans la vase et la tourbe ont, en effet, la propriété de développer à un haut degré cette action d'adhérence. » (Duponchel.)

Par suite de l'absence de toute régularité de ses rives, le lit de la Loire est le siège, outre les mouvements ordinaires des sables, de transports spéciaux de grandes masses, dites grèves. Voyageant avec une sorte d'indépendance, elles se déplacent en grand, sauf le départ des grains les plus fins et l'abandon d'une partie des petits graviers. De 1878 à 1881, une grève a parcouru 300 mètres à Mauves. Une observation attentive a montré comment avancent les gros grains mêlés à la masse et quels relards ils doivent subir : Pendant les basses eaux, les menus grains courent sur le fond de la manière si bien décrite par Dubuat; de temps en temps, on remarque des arrêts derrière un grain plus gros, puis on voit celui-ci faire un mouvement en avant, sous forme de chute dans le petit affouillement qui s'est formé en aval.

Dans les parties bien endiguées de la Garonne au-dessous de Castets, les matières solides ne forment pas de grandes masses, occupant presque toute la largeur de la rivière; elles sont plus régulièrement cantonnées le long des rives convexes. Le débit de sable et de gravier existe toujours; mais il a lieu sans arrêts ni empiétements durables dans le chenal, puisqu'on a des profondeurs de 2 et 3 mètres au passage du maigre, se maintenant sans dragages pendant de longues suites d'années. Survienne une grande inondation, il y aura des désordres; mais

Page 1