Crue de 1866. Hauteurs. — En octobre 1866 on a eu
A Digoin 5'",56
A Orléans 6 92
A Saumur 6 88
A Nantes S 58
A Moulins-sur-l' Allier 4 95
C'est la dernière crue d'invasion pour Orléans. Elle a causé dans la Loire moyenne de grands désastres.
Nous n'avons guère à noter ensuite que la crue de décembre 1868: 2»,47 à Orléans; 5»,23 à Saumur et 5'",26 à Nantes, avant d'arriver à la crue de 1872, maxima à Nantes.
s VI. CRUES DE 1872, 1876, 1879 ET 1882
193. Cinq gvttnden oraest en trois mots. — En 1872, il y a eu cinq grandes crues accumulées en quelques mois. Eu voici le tableau :
Fin octobre 1872
Fin novembre 1872
3 décembre 1872
14 décembre J872
Janvier 1873
On remarquera dans ce tableau les hauteurs à Sablé, sur la Sarlhe, rivière centrale du groupe de la Maine.
Il n'était pas fait d'observations régulières dans ce bassin avant 1863.
1 941. Influence du Cher et de la Maine. — La crne du 14 décembre 1872, la plus forte de tout le groupe à Saumur et à Nantes, la plus forte du siècle en ce dernier point, correspond à un maximum sur le Cher et à un quasi-maximum dans le groupe de la Maine, tandis que les hauteurs sont modérées à Digoin et à Moulins. C'est donc la crue des affluents inférieurs qui a joué le rôle principal. On comprendra combien Nantes peut être menacée, sans pour ainsi dire que la Loire supérieure et TAllier s'en mêlent, si Ton songe qu'une partie des quais est à plus de trente centimètres au-dessous du niveau atteint par la crue.
11*95. Hanf^er dé la situation de Mantes. — Un fait à noter, fait très effrayant pour l'avenir de Nantes, c'est que a crue de 1872 a été de 0",34 plus élevée en ce point que celle de 18S6, tandis qu'à Ancenis cette dernière a dépassé de 0»,26 le niveau atteint en 1872.
192 CHAPITRE VI. Lk LOIRE
Quelles sont les circonstances qui ont ainsi aggravé la situation de Nantes, comparativement à celle d'Ancenis, de 0°',34 plus 0'*,26, soit de O^'jGO, quant au niveau des grandes inondations ? Ces circonstances sont multiples et nous citerons les deux plus apparentes :
1*^ La levée insubmersible la plus voisine, celle de la Divatte, a crevé en 1856, comme toutes les autres; mais, consolidée, elle a résisté en 1872;
2" Il a été fait des travaux imprudents dans le champ d*inondation aux abords de Nantes, notamment le relèvement des chemins au voisinage de Pont-Rousseau et de Trentemoult.
La bonne tenue des digues de la Basse-Loire en 1872 doit donner à penser qu'ailleurs, aussi, Ton pourrait bien avoir réussi à consolider ces ouvrages d'une manière sérieuse. Comme, d'un autre côté, les travaux entrepris jusqu'à présent pour atténuer les inondations ne peuvent avoir aucune influence sur les parages de Nantes, il n'y aurait rien de très surprenant à voir dans cette ville une crue notablement supérieure à celle de 1872.
Chose difficile à comprendre, et qui prouve bien la nécessité d'instruire le public dans les questions de rivières : Depuis 1872 la ville de Nantes et le département de la Loire-Infé* rieure ne se sont pas occupés sérieusement de la question des inondations. Les choses sont dans le même état qu'en 1872, et il n'y a peut-être pas, à l'heure actuelle, un seul citoyen de cette grande ville qui se préoccupe véritablement de ce qu'amèneraient des circonstances météorologiques semblables à celles de 18S6.
Nous ne disons pas qu'on n'ait point délibéré à Nantes, émis des vœux dans les conseils électifs ; mais on sait que ce ne sont pas là des signes suffisants, pour qu'on puisse considérer une question comme tenant une grande place dans les préoccupations publiques. La multiplicité des vœux est souvent telle, et dans le nombre il y en a de si évidemment émis pour la forme, qu'il faut autre chose pour qu'une affaire marche vers une solution. Le mieux serait, quand une question à la fois importante et controversable se trouve posée, d'étudier d'abord cette question avec des gens de son choix, pour ensuite se présenter au gouvernement avec une base sérieuse de dis-
cussion. Les choses n'en marcheraient pas plus mal, quant au fond, et dans certains cas on gagnerait du temps.
La petite planche ci-jointe montre que le profil longitudinal passant par les sommets du thalweg se relève brusquement lorsque, venant do la mer, on arrive à la traverse de Nantes, et que la ligne passant par les points de plus bas étiage y subit des influences extraordinaires. Des obstacles artificiels déforment le profil des basses eaux comme le ferait un barrage proprement dit.
La route nationale li'' 23 traverse les six bras de la Loire sur autant de ponts. Presque tous ces ouvrages ont été détruits plusieurs fois par les crues et les débâcles, et ont toujours été rétablis dans remplacement primitif, où le fond se trouve rehaussé par des débris d^anciennes maçonneries, par des pieux et enrochements de pêcheries, etc.
En ce qui concerne les crues, la situation est aggravée par le défaut de hauteur de nombreuses arches, où les clefs sont surmontées par les eaux bien avant que les grandes inondations n^arrivent à leur maximum. Ce maximum n'est pas sérieusement influencé par la marée \ bien qu'on Tait dit : les très grandes crues dominent trop le niveau de l'Océan. Pendant la crue de 1882-1883, l'oscillation est restée parfaitement sensible à Rouen, malgré le plus grand éloignement de la mer, parce que le* phénomène s'accomplit à moindre hauteur au-dessus de celle-ci. On était en vive-eau au moment de celte crue, comme à Tépoque de la crue de 1872 dans la Loire.
Une partie seulement des arches de Nantes présentant de la marge, pour la section d'écoulement au-dessus du niveau de 1872, l'accroissement du débit maximum (que la consolidation des digues porte à prévoir) correspondra surtout à une augmentation de la vitesse. Le relèvement des eaux sera plus fort à Tamont de la ligne des ponts qu'à l'aval ; des courants s'établiront à travers les îles. L'Hôtel-Dieu, assis sur un remblai de sable dans l'une de celles-ci, sera probablement emporté; on verra se répéter à Nantes les déplorables événements de Toulouse en 1875. Lorsque le danger
1. Le jour du maximum à Nantes de la crue de 1872, roscillation produite par la marée n'a été sensible qu'à une grande distance en aval de ce port. (Voir TAnneze L.)