IX RÉSUMÉ SUR LES LNONDATIONS
189. Reboisement'. Réservoirs. — Les moDlagnes du bassin de la Loire ne'sonl guère démolies par les agents atmosphériques; par conséquent il ne peut y avoir qu*exceplionnellement à faire intervenir la question du reboisement dans les mesures h prendre contre les inondalions.
Il est possible qu'on puisse établir utilement des réservoirs dans le haut de la vallée de la Loire, à t exclusion de celle de f Allier. Mais les emplacements nécessaires seront difficiles à trouver, et les dangers que présentent ces sortes d'ouvrages obligeront en outre à construire chèrement les barrages de retenue. Il n'est donc pas possible de conclure autrement, sur ce point, que par une demande d'éludés détaillées; il est probable que celles-ci ne seraient plus à faire si la question des inondations était restée dans une seule main, comme au temps de M. Comoy, pour tout le bassin de la Loire.
tOO. Défense des rives. — La plus grande partie des sables et des graviers du lit de la Loire provenant des éboulements qui se produisent sur une grande échelle, le long du fleuve et de certains affluents, il est essentiel de s'occuper de la défense des rives. Les propriélaires peuvent êlre contraints à s'organiser dans ce but en syndicats. Les rives fixées, le lit du fleuve se désencombrerait graduellement.
191. Diipies submersibles. — Il y a lieu de les réduire en général à la fermeture des dépressions qu'on rencontre dans les berges, en complétant toujours ce travail par rétablissement de petits barrages dans les plis de terrain que pourraient suivre des courants rapides au moment du débordement.
199. Dignes Insubmersibles. — Elles sont souvent nuisibles à ceux qu'elles sont censées défendre, par suite des rup-
f. Voir chap. IF, § i.
tures qui se produisent, et elles sont nuisibles aux aulres parce qu'elles amènent l'augmentation du débit maximum à la seconde pendant les crues. Les déversoirs de superficie qu'on établit sur quelques points ne résoudront pas la difficulté. Pour des crues de 5 mètres et plus, ces déversoirs ne fonctionnent pas, et les levées auront toute leur action de digues fermées; elles continueront à provoquer l'augmentation du débit maximum et par conséquent à nuire à d'autres parties de la vallée. Pendant les crues faisant fonctionner les déversoirs, les débits au delà du premier affluent d'aval pourront n'éprouver aucune atténuation, parce que le maximum combiné se compose en général du maximum de l'affluent augmenté du débit fluvial en un moment antérieur à son maximum d'amont.
193. C:^nclasions. — Le législateur et l'administration peuvent améliorer sérieusement la situation de la vallée de la Loire. Il faut principalement pour cela :
1° Exiger que les riverains se réunissent en syndicats pour la défense des rives, partout où les eaux amènent des éboulements*, ou opérer à leurs frais après l'accomplissement des formalités nécessaires (lois de 1865 et de 1807);
2** Obliger par une loi les propriétaires des vais à ouvrir les digues dans un délai déterminé pour recevoir les eaux des crues. Inscrire dans la loi même les exceptions qui pourraient être admises, avec règlement des sommes à verser par les syndicats des Vais exemptés, à titre de fonds des concours (à distribuer par le Ministre) aux dépenses des autres associa* tions";
3"* Admettre le concours de l'Etat dans les travaux de défense des villes et même des bourgs, partout où Ton rétablirait des communications suffisantes entre les vais et le fleuve ;
1. (( La loi qui organisa les travaux obligea les riverains des affluents de la Linth à garder sur leur territoire les défections de leurs torrents ; » chacun s'ingénia, et le canton de Claris est cité comme un modèle d'ordre et d'aménagement. (Cézanne, p. 27.) Dans le bassin de la Loire, les déjections proviennent de l'éboulement des rives, et il serait encore beaucoup plus admissible d obliger les propriétaires à les empêcher de tomber dans la rivière.
2. Ces versements auraient p©ur contre-partie un service actuel rendu par Touverture des autres vais, puisque la hauteur des crues diminuerait, et par suite les chances de rupture des digues.
4** Au cas où la conclusion (2") ne serait pas admise, interdire législalivement toute subvention dans le cas de consolidalion ou d'exhaussement des digues dites insubmersibles.
« De 1755 à 1872, ce que les Italiens appellent la massima piena, au-dessus de laquelle ils élèvent leurs digues (du Pô) d'un certain franco^ porté d'ordinaire pour les digues neuves ou refaites à 0",70 ou 0",80. Eh bien! cette prétendue massimapiena n'a pas cessé de s'élever de plus en plus, constamment et avec une sorte de régularité qui épouvante. Le surcroît total dépasse aujourd'hui 2" (à Ostiglia), et où s'arrêtera-t-il?
i< Quel argument dans ce seul fait contre le système des digues dites insubmersibles!... quelle éloquence il y a en lui, en effet, et quelle prophétie!... »
(Dausse, Répojise à Lombardini, page 6.)
1941. État ancien {vers 1800.) — Nous avons trouvé des détails très intéressants sur la Loire dans les Recherches sur la formation et texistence des ruisseaux, rivières et torrents qui circulent sur le globe terrestre, par le citoyen Lecreulx, inspecteur général des ponts et chaussées (an XII, chez Bernard, libraire de l'École polytechnique et de celle des ponts et chaussées, quai des Augustins, 31). Quelques passages, abrégés, seront lus avec intérêt; nous leur consacrerons le présent article.
Les bateaux de la Loire montent à la voile et descendent au bâton ferré. Les plus grands ont quinze à seize toises de longueur sur onze pieds de plus grande largeur dans le fond et quatorze par le haut. Le fond est plat.
Il ne se trouve à l'étiage « que vingt pouces d'eau de profondeur, depuis Nantes en remontant jusqu'au lieu dit la Pointe ; » ensuite jusqu'à Saumur il n'y a que dix-sept pouces.
222 CHAPITRE Vî. LA LOIRE
Cela dure un à deux mois; on est forcé de chevaler dans quatre ou cinq endroits ; l'opération est faite par un atelier de quelques hommes : « Les uns traînent des planches et les conduisent à la main, tandis que les autres les tirent avec des cordages. » On arrive, en six heures à un jour et demi, à Tapprofondissement que comporte ce système ; mais le chenal se comble en quelques jours. De Saumura Orléans, la profondeur à Fétiag-e n'est plus que de treize à quatorze pouces, puis jusqu'au Bec-d' Allier dix pouces. « Une grande masse d'eau coule alors sous les sables. »
« La Loire est marchande avec deux pieds de crue sur Tétiage, de Nantes à Saumur. » Les grands bateaux complètement chargés prennent quarante pouces d'eau. Ils portent deux cents pièces devin, ou soixante-cinq tonnes de 1,000 kilogrammes de marchandises diverses.
Il y a dos trains do cinq à sept grands bateaux à la file ; quelquefois neuf. « Les trois ou quatre premiers portent des voiles dont le grand mât a jusqu'à soixante-dix à quatre-vingts pieds do hauteur. Le bateau chef de file porte la plus forte voile, le second une moins élevée et ainsi de suite en diminuant. Lorsqu'il s'agit de faire passer un pont à un train de bateaux montant à la voile, on envoie à l'avance un petit bateau qui est chargé de jeter l'ancre cinq cents à six cents mètres au-dessus du pont; ensuite le batelier chargé de cette opération laisse filer, en descendant, un câble dont un bout est fixé à cette ancre. Pendant cette opération, les trains de bateaux qui remontent avec le vent ont soin de baisser les voiles et les mâts, au moment où ils arrivent en aval du pont.
« Les mariniers du pays ont coutume de manœuvrer en ce cas avec une telle précision qu'au moment où ils baissent les voiles, en se tenant fixes ou était sur leurs bâtons ferrés, le grand mât du premier bateau, en s'abaissant, est souvent près de toucher, avec la différence de quelques pieds, la clef de la voûte de l'arche marinière par laquelle le train doit passer.
« Ensuite, im bout du câble qui|tient à l'ancre s'attache à un treuil, qui se trouve établi à l'arrière du premier bateau ; alors quatre hommes, fixés aux leviers de ce treuil, en enveloppant le câble autour, font remonter le train de bateaux jus* qu'à Tancre. » Dans un temps où les routes n'étaient pas en
bon état, et où les chemins de fer étaient à naître, on comprend quelle importance devait avoir la navigation de la Loire, malgré toutes ses difficultés.
19&. État actuel. — (( Si la Loire est le plus beau fleuve de France, c'est aussi celui donf la navigation est la plus irrégiilière et la plus difficile. » (Stéphane Flachat.) — Entre Combleux, embouchure du canal d'Orléans, et Tours, on trouve dans la Loire pendant deux mois par an. . 1",00 au moins.
Pendant trois mois 0"',75 —
Pendant trois mois 0",60 —
Pendant deux mois 0",40 —
Pendant deux mois Plus de navigation.
De Tours à la Pointe :
Pendant deux mois 1",00 au moins.
Pendant quatre mois 0",75 —
Pendant trois mois 0",60 —
Pendant trois mois (avec Taide de chova-
lages) 0"*,40 —
De la Pointe à iNanles :
Pendant trois mois 1",S0 —
Pendant quatre mois 0",85 —
Pendant trois mois (au moyen de chevalages) 0»,7o —
Pendant deux mois (au moyen de chovalages 0",6?> —
Tonnage. — En 18G1 : 78.0C0 tonnes on moyenne d'Orléans à La Pointe ; 2i9.000 de La Pointe à Nantes.
En 1879: 23.400 et 104.100.
En 1880 : 25.800 et 106.100.
En 1881 : 47.000 de la Vienne à la Maine; 103.000 de la Maine (La Pointe) à Nantes.
En 1879, il ne reste, d'Orléans à la Maine, que les trente centièmes du tonnage de 1861 ; de la Maine à Nantes, les quarante-huit centièmes. Il y a dans ce dernier chiffre, qui ne varie guère les années suivantes, quelque indice de vitalité. Cela tient au meilleur état de la rivière à parlir de la Maine et atix communications de la Mayenne et de la Sartho canalisées avec le port de Nantes.
■^T'^^^is^^
19G. Avenir possible. — C^csi à Decize, sur la haute Loire, que M. Poirée a fait Tune des premières applications du système qui a rendu son nom célèbre. Il serait difficile d'expliquer pourquoi Ton n'a pas essayé d'utiliser ce système plus en aval, si l'introduction des chemins de fer n'était venue bouleverser les anciennes idées.
On verra, dans les troisième et quatrième parties, à quelles conditions la Loire peut devenir un grand instrument de transport; les barrages mobiles de Decize et de Roanne ayant réussi) il n'y a pas lieu de douter qu'on puisse canaliser ce fleuve.