Voir le rapport fie M* Mary, pagos 4 et suivantes
divers états de hauteur des eaux. Malheureusemeut, il u existe, dans les bureaux du service de la navigation, aucun renseignement à ce sujet. Et cela se comprend jusqu'à un certain point, quand on considère toutes les préoccupations des ingénieurs pendant la durée d une crue exceptionnelle. On est alors plus occupé à parer aux dangers que courent les hommes et les propriétés publiques et particulières, qu'à constater des hauteurs d'eau et à faire des jaugeages.
« J'ai pu toutefois apprécier assez exactement l'effet des obstacles qui gênent l'écoulement de la Seine, entre le pont de la Tournelle et le pont Royal, en me reportant à une note que M. Poirée, inspecteur général en retraite, a eu l'obligeance de me communiquer vers 1843, lorsque je m'occupais du projet d'un établissement hydraulique au Pont-Neuf.
« 11 résulte de cette note que la pente de la Seine, dans Fiiitervalleque je viens d'indiquer, variait alors de la manière suivante avec la hauteur des eaux.
« Lorsqu'elles étaient à l'étiage du pont Royal la pente était de 1",27; quand elles étaient à 0",20 au-dessus de Fétiage, l«,32;à 0",9a, 1",27; àl",08, 1"»,19; à 1",6S, 1",12; à2-,23, 1",04 ; à 2»,82, 0",95 ; à 3^,40, 0"»,87 ; à 4^10, 0"»,83 ; à 4»,70, 0",83; à 5»,70, 0",87; à6»,08, 0"^,91 ; à 6-^,24, 0»,98; à6™,50, l'",06.
« A cette époque, dit M. Mary, la pompe Notre- Dame existait encore et faisait obstacle à l'écoulement. D'un autre côté les ponts au Change et Notre-Dame avaient les larges empâtements de leurs fondations élevés au-dessus de l'étiage, et une des arches du pont Notre-Dame était masquée à plus d'un mètre par un déversoir en maçonnerie, de sorte que la pente sWcroissait jusqu'au moment où ces obstacles étaient cou* verts d'une certaine tranche d'eau. Mais une fois cette hauteur atteinte, la pente diminuait au fur et à mesure que leur influence sur la section croissante de l'écoulement devenait moins sensible, et cette diminution continuait jusqu'à ce que l'influence des reins des voûtes vînt se faire sentir.
« J'avais espéré, dit M. Mary, que l'enlèvement de la pompe Notre-Dame, et la suppression des empâtements des piles des ponts au Change et Noire-Dame auraient diminué la pente de la Seine, entre le pont de la Tournelle et le pont Royal. Il n'en
§ nr. LES INONDATIONS 285
a rien été. Un profil fourni par M. l'Ingénieur en chef Vaudrey, le 29 novembre 1866, indique 1",20 pour la pente à Fétiage entre ces ponts, et 0",80 pendant la crue de septembre 1866. M. Poirée avait trouvé 1",27 et 0",83 dans les mêmes circonstances de hauteurs d'eau.
« On voit donc, d'une manière incontestable, l'influence qu'exercent les reins des voûtes lorsqu'ils sont atteints par les eaux d'une crue.
« Lorsque Ton a construit les nouveaux ponts, on ne s'est préoccupé que des moyens de concilier, aussi bien que possible, deux intérêts opposés : d'un côté la navigation réclamant une hauteur sous clef suffisante pour assurer, en grandes eaux navigables, le passage sous les ponts des bateaux chargés de charbon de bois, de foin, etc. ; de l'autre, la circulation sur les ponts exigeant des rampes d'accès d'une inclinaison modérée sans enterrer les maisons voisines. On a pris un moyen terme et on a adopté généralement une hauteur de 8",59 au-dessus de l'étiage au pont de la Tournelle et 8*,80 ou 8",90 pour ceux d'aval, et on ne s'est même pas conformé u ces dispositions, puisque le pont de l'Aima ne s'élève qu'à 8",49. >)
9413. tl^nditions dang^ereases de la traversée de Paris — « D'après ces considérations, il y a lieu de craindre que la ville de Paris ne soit sérieusement compromise, s'il survient un jour une crue comparable à celle de 1658, parce qu'elle s'élèverait certainement à un niveau supérieur à celui que cette dernière a atteint, et que, malgré l'exécution de quais neufs h la place des bas ports, malgré l'exhaussement des anciens quais ot des quartiers bas, la Seine couvrirait plus de 1166 hectares du sol de la ville de Paris, si elle parvenait à surmonter ou à renverser quelques portions de parapets.
« Il y a donc intérêt, et même un intérêt très puissant, h rechercher les moyens de prévenir un tel désastre ; car dans l'état actuel, avec de doubles caves servant de magasins, une inondation qui envahirait les quartiers bas causerait des dommages immenses. »
9441. Inondations de 1809 et de 1809. —La crue de 1802 est la plus grande à Paris depuis qu'on note chaque jour
la hauteur de la Seine, c est-à-dire depuis 1777. Elle s'est élevée à 7", 43 au pont de la Tournelle*, le 3 janvier. De 1777 à 1802, M. Dausse a calculé la moyenne des maxima annuels ; c'est seulement 4™,S6.
Le 3 mars 1807, la Seine s'est élevé à Q'^JO au pont de la Toumelle.
1S4&. Crues postérieures Jnsqa^en 1899. — En janvier 1812, la Seine est montée à 7'",40 à Paris; les 16 et 17 décembre 1836, à6",40; le 29 septembre 1866 à 5»,21 ; le 7 décembre 1872 à 5",85. La crue de 1866 est extraordinaire, non par sa hauteur, mais par Tépoque où elle s'est produite; on remarque, en effet, que presque toutes les autres crues citées ont eu lieu en décembre, janvier, février ou mars. La crue de 1866 est « le type, dît M. de Préaudeau, d'une crue torrentielle due à une grande perturbation atmosphérique unique et très générale : elle exprime à peu près la limite des effets produits par une seule et même pluie. »
Il ne faut pas être surpris de ne point trouver 1856 dans notre dénombrement, puisque c'est une crue de juin. La Seine a monté en même temps que les autres fleuves ; mais on n'a eu qu'une crue ordinaire.
« Les crues exceptionnelles ne peuvent se produire dans la Seine, dit M. Mar}% que dans deux cas : lorsque les fissures du sol étant remplies d'eau, à la suite d'une saison très humide, il survient des pluies d'une abondance et d'une durée extraordinaires, ou quand, à la suite d une gelée très intense qui a durci la surface de la terre, il survient une neige abondante, puis un dégel rapide accompagné d'une pluie chaude*. »
D'un autre côté, dit le même auteur, les vallées du bassin de la Seine, où l'on a eu la prudence de ne pas élever de digues', soufflent peu des inondations, parce que le limon
1. Nous ferons remarquer, cependant, que la cote donnée par le registre de la préfecture de police n'est que de 7™,32. Si cette indication était exacte, la crue de 1802 aurait été dépassée par la crue de 18i2 ; mais la cote de 7°*, 45, qu'on trouve dans le récit de l'ingénieur Bralle, mérite plus (le confiance.
2. Voir plus loin les explications de M. Belgrand ; elles diffèrent de celles de M. Mary, et sont généralement considérées comme définitives.