‹ HydrocéphaliesChapitre 4 sur 52 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis fort longtemps, les méningites ont été divisées en deux grands groupes : les unes, à l’aspect macroscopique normal, ont été baptisées méningites séreuses; les autres, au liquide trouble, méningites purulentes. Cette classification grossière, qui aurait dû être complètement bouleversée par les données nouvelles du laboratoire, a continué au contraire à bénéficier d’une faveur extraordinaire. Le terme de méningite séreuse est encore employé à l’heure actuelle en dépit des travaux de nombreux auteurs, pour désigner toutes les réactions méningées à liquide limpide, que ce liquide soit normal et simplement hypertendu, ou qu’il fourmille de germes.

Il semble bien que ce soit Billroth qui, en 1869, ait créé ce terme de méningite séreuse : il s'agissait, en l'occurrence, d’une méningite à liquide clair qui se termina par la mort et qui était secondaire à une ostéite du cubital vraisemblablement tuberculeuse. Eichorst, puis Hugenin, en 1887, publièrent à leur tour des cas de « méningites séreuses ».

Le premier travail d'ensemble qui a été fait sur la méningite séreuse est celui de Quincke en 1893. Dans cette monographie célèbre Quincke rapporte une quantité d'observations de méningite à liquide céphalo-rachidien clair. Il remarque déjà, mais sans se servir de ce fait pour les classer, que ces méningites présentent tantôt un liquide normal, tantôt une hyperalbuminose et une hyperleucocytose, en particulier lorsqu'il s’agit de tuberculose. Quincke pense que ces méningites séreuses relèvent de trois ordres de cause qui sont :

a) soit une stase sanguine comme celle des insuffisances cardiaques, qui donnent une grosse stase cérébrale et un œdème cérébral ;

b) soit une stase lymphatique, comme dans les œdèmes collatéraux au voisinage des foyers infectieux en général ;

c) soit des causes inflammatoires : parmi elles Quincke distingue des causes infectieuses qui déterminent des méningites septiques à

2 HYDROCÉPHALIES OTITIQUES

liquide céphalo-rachidien clair, et des causes non infectieuses : traumatisme, empoisonnement.

Il faut, selon Quincke, rapprocher ces dernières méningites des accidents angio-neurotiques que l’on peut observer au cours des urticaires, et en particulier des exsudats qui peuvent se produire alors dans les articulations.

Trois ans avant Quincke, Taylor semble avoir déjà remarqué l’existence d'accidents méningés hypertensifs d’origine otitique et sans rapport avec une altération infectieuse des méninges, puisqu'il écrivait: « Il faut se souvenir, comme il a été vérifié dans un nombre important de cas, qu’au cours d’une mastoïdite peut-survenir une névrite optique bilatérale, bien qu’il n’y ait ni méningite ni abcès, comme on a pu le prouver par des autopsies et par des guérisons survenues après simple trépanation des cellules mastoïdiennes. »

En 1897, Bæœnninghaus publie un remarquable travail sur la méningite séreuse aiguë. C’est là que nous trouvons rapportées les premières observations de méningites séreuses ventriculaires secondaires à une otite et guéries. Bæœnninghaus ne fait pas encore, à cette période, une classification basée sur la formule du liquide céphalo-rachidien ; cependant, il distingue :

a) les méningo-encéphalites séreuses aiguës, qui ne sont que des méningites septiques; « la mort, si elle survient, se fait par encéphalite »;

b) les méningites séreuses internes ou ventriculaires aiguës. Les ventricules sont distendus par un exsudat séreux, La participation du cerveau et de ses enveloppes est, quand elle existe, absolument accessoire. La mort peut se produire par « compression du cerveau due à l’exsudat ventriculaire ». Pour expliquer l’enkystement ventriculaire en dehors de toute atteinte proprement infectieuse des méninges, Bœnninghaus élabore sa théorie du blocage automatique du ventricule, si remarquable en bien des points, et que nous exposerons à notre chapitre de la pathogénie.

Le travail de Bœnninghaus eut le grand mérite d’attirer l'attention des divers auteurs et en particulier des otologistes sur la possibilité de ces hypertensions brusques, avec association de facteurs en quelque sorte mécaniques, justiciables de thérapeutiques elles aussi mécaniques.

Dans les années qui suivirent, divers auteurs comme Oppenheim, Kobrak, Muck, en publièrent de belles observations. En France, la première observation de méningite séreuse ventriculaire publiée fut celle de Lecène et Bourgeois, en 1902.

À mesure que les cas devenaient plus nombreux, il apparut de facon

Page 1