‹ Hydrologie agricoleChapitre 26 sur 67 · DES RESSOURCES EN EAU · texte numérisé non relu

DES RESSOURCES EN EAU

peuvent être poursuivies que là où on désire s'assurer d une grande quantité d'eau. Il serait trop onéreux de faire une étude complète de ce genre pour obtenir Veau simplement nécessaire à une très petite exploitation agricole ; quand au fur et à mesure du développement des besoins en eau il en faut capter de plus grandes quantités, il est alors utile de savoir au préalable l'endroit à peu près exact où on trouvera ces ressources d'eau.

Les premières études et les exemples que nous avpns donnés ont montré comment se faisait la circulation souterraine. Elles nous serviront à mieux faire comprendre d'autres méthodes empiriques, ne nécessitant aucune expérience, et qui peuvent rendre très souvent de très grands services dans le cas de petites exploitations agricoles.

Depuis les temps les plus anciens, on s'est ingénié à trouver des méthodes pour déterminer les endroits riches en eaux souterraines. Les Romains, grands consommateui*s de ce liquide pour leurs multiples besoins, s'étaient ingéniés à indiquer quelques moyens empiriques. Voici ce que Vitruve et Pline (1) le naturaliste écrivaient à ce sujet :

« Pour connaître les lieux où il y a de l'eau, il faut, un peu avant le lever du soleil, se coucher sur le ventre, ayant le menton appuyé sur la terre où l'on cherche de Teau et regarder le long de la campagne ; car le menton étant ainsi affleuré, la vue ne s'élèvera pas plus haut qu'il est nécessaire ; mais assurément elle s'étendra au niveau, et si l'on voit en quelque endroit, une vapeur humide s'élever en ondoyant, il y faudra fouiller, car cela n'arrive point aux lieux qui sont sans eau.

« De plus, quand on cherche de l'eau, il faut examiner la qualité de la terre, parce qu'il y a certains lieux où elle se trouve plus en abondance ; car l'eau que l'on

(1) Vitruve, Les 10 livres d'architecture, traduction Perrault, livre VIII^ chap. I, Paris, 1684.

500 HYDROLOGIE SPÉCIALE.

trouve dans la craie n'est jamais abondante ni de bon goût. Parmi le sable mouvant, elle est en petite quantité même bourbeuse et désagréable, si on la trouve après avoir fouillé profondément.

« Dans la terre noire, elle est meilleure quand elle s'y amasse de pluies qui tombent pendant l'hiver et qui, 4iyant traversé la terre, s'arrêtent aux lieux solides et non spongieux; celle qui naît dans une terre sablonneuse pareille à celle qui est au bord des rivières est aussi fort bonne, mais la quantité en est médiocre, et les veines n'en sont point certaines. Elles sont plus certaines et assez bonnes dans le sablon m&le, dans le gravier et dans le carboucle. Dans la pierre rouge, elles «ont bonnes aussi et abondantes, pourvu qu'elles ne s'échappent point par les jointures des pierres. Au pied des montagnes, parmi les rochers et les cailloux, elles sont plus abondantes, plus froides et plus saines. Dans les vallées, elles sont salées, pesantes, tièdes et peu agréables; si ce n'est qu'elles viennent des montagnes et qu'elles soient conduites sous terre jusque dans ces lieux, ou que l'ombre des arbresleur donne la douceur agréable que l'on remarque en celles qui sortent du pied des montagnes.

« Outre ce qui a été dit, il y a d'autres marques pour connaître les lieux où l'on peut trouver des eaux, savoir : lorsqu'il y a des petits joncs, des saules qui sont venus d'eux-mêmes, des aunes, des vitex, des roseaux, du lierre et de toutes les autres plantes qui ne naissent et ne se nourrissent qu'aux lieux où il y a de l'eau. Il ne faut pourtant pas se fier à ces plantes, si on les voit dans les marais qui, étant des lieux plus bas que le reste de la campagne, reçoivent et amassent les eaux de la pluie qui tombe dans les champs d'alentour et durant l'hiver, et se conservent assez longtemps mais si dans les lieux qui ne sont point des marais, ces plantes se trouvent naturellement, et sans y avoir été mises, on peut y chercher de l'eau.

DES RESSOURCES EN EAU. 20t

• Que si ces marques défaillent, on pourrait faire cette épreuve : Ayant creusé la terre de la largeur de 3 pied» et de la profondeur de 5 au moins, on posera au fond, lorsque le soleil se couche, un vase d'airain ou de plomb,, ou un bassin, car il n'importe; ce vase étant frotté d'huile par dedans et renversé, on couvrira la fosse avec des cannes et des feuilles, et ensuite avec de la terre. Si le lendemain on trouve des gouttes d'eau attachées au dedans du vase, cela signifie que ce lieu a de l'eau.

« Ou bien on mettra un vase en terre non cuite dans cette fosse que l'on couvrira comme il a été dit : s'il y a de l'eau dans ce lieu-là, le vase sera moite et détrempé par l'humidité.

« Si on laisse aussi dans cette fosse de la laine et que^ le lendemain il en coule de l'eau, ce sera une marque que ce lieu en a beaucoup.

« Si Ton enferme une lampe pleine d'huile et allumée, et que le lendemain on ne la trouve pas tout à fait épuiséeet que l'huile et la mèche ne soient pas entièrement consumées, ou même que la lampe soit mouillée, cela, signifiera qu'il y a de l'eau sous ce lieu, parce que la ehaleur douce attire l'humidité.

« On peut faire aussi une autre épreuve, en allumant du feu en ce lieu ; car si après avoir beaucoup échaufféla terre, il s'élève une vapeur épaisse, c'est un signe qu'il y a de l'eau.

« Quand on aura fait toutes ces épreuves et que le» signes que nous venons de dire se rencontreront en quelque . lieu, il le faudra creuser en manière de puits. Si l'on y trouve une source, il faudra faire plusieurs autres puits tout alentour, et les joindre ensemble par des conduits sous terre ; mais il faut savoir que c'est principalement à la pente des montagnes qui regardent leseptentrion qu'il faut chercher les eaux, et que c'est là qu'elles se trouvent meilleures, plus saines et plus abondantes : parce que ces lieux-là ne sont pas exposés-

202 HYDROLOGIE SPÉCIALE.

au soleil, étant couverts d'arbres fort épais et la descente de la montagne se faisant ombre à elle-même, ce qui fait que les rayons du soleil, qu'elle reçoit obliquement, ne sont pas capables de dessécher la terre.

« C'est aussi dans les lieux qui sont au haut des montagnes que l'eau des puits s'amasse, et que les arbres qui croissent en grand nombre y conservent la neige fort longtemps, laquelle, se fondant peu à peu, s'écoule insensiblement par les veines de la terre : et c'est cette eau qui, étant parvenue au pied des montagnes, y produit des fontaines. Mais celles qui sortent du fond des vallées ne peuvent pas avoir beaucoup d'eau, et quand même il y en aurait en abondance, elle ne saurait être bonne, parce que le soleil qui échauffé les plaines, sans qu'aucun ombrage l'en empêche, consume et épuise toute l'humeur, ou du moins, il en tire ce qui est de plus léger, de plus pur, de plus salubre, qui se dissipe dans la vaste étendue de l'air et ne laisse que les parties les plus pesantes, les plus crues et les plus désagréables pour les fontaines des campagnes. »

Pline (1) , en plus des observations précédentes, ajoute :

« La terre indique la présence des eaux quand elle est semée de taches soit blanches, soit vertes. Rarement des eaux vives et permanentes ruissellent sur une terre noire, la terre à potier enlève toute espérance d'en trouver. Ceux qui font les puits cessent de creuser, lorsque, en observant les diverses couches qui sont comme les pellicules de la terre, ils arrivent de la terre noire à la verte. »

Depuis longtemps, dans les campagnes, on se sert de la baguette de coudrier qu'un spécialiste, connu sous le nom de sourcier, emploie pour la recherche des eaux souterraines.

(4) Pline, Histoire naturelle, traduction par Ajanin Grandsagne. Paris, Panckoucke, 1829-1833.

Cette baguette, en forme de V, tenue d'une façon spéciale, doit tourner dans les mains de l'opérateur quand celui-ci passe au-dessus de l'eau.

Ce procédé, qui ne repose sur aucune notion scientifique, ne peut guère être préconisé avant d'avoir été l'objet d'études approfondies, faites avec toute la prudence et la méthode scientifique. M. le D"* Vigen vient de faire paraître une brochure sur les aptitudes spéciales des sourciers. Malgré les nombreux exemples qu'ils donnent sur leurs succès, ceux-ci peuvent s'interpréter sans faire appel à une force inconnue.

C'est, au fond, depuis l'abbé Paramelle que la recherche scientifique des eaux souterraines a pris une certaine importance. Les travaux de Belgrand, Daubrée, Buras, Dana, Philips, Martel, Goulet, V^an den Broeck, etc., ont démontré certains points obscurs de la circulation souterraine et rendu plus scientifiques et plus précises les méthodes de recherches des eaux souterraines.

Page 1