DE LA QUALITÉ DES EAUX DE SURFACE
ment venant des étangs de Trappes et de la forêt de Rambouillet.
D autre part, pour alimenter les machines à vapeur, les eaux de surface offrent souvent de très grands avantages. On les préfère aux eaux souterraines quand ces dernières sont assez chargées en sels de chaux. Mais à égalité do degré de minéralisation, on préfère encore les eaux souterraines qui, plus propres, n'introduisent pas dans les chaudières des particules de sables. Celles-ci contribuent à l'usure des robinets.
Les compagnies de chemin de fer font un grand usage de ces eaux superficielles pour alimenter leurs locomotives.
Le degré de minéralisation d'une eau de surface diminue quelquefois au fur et à mesure qu'on passe de Tamont vers l'aval. Ainsi la Seine qui a un degré hydrométrique de 21» à Montereau, n'a plus qu'un degré hydrométrique de 1 70 à Paris.
Ceci tient à la végétation qui se développe sur le fond et la surface des fleuves, laquelle absorbe du gaz €0^ des bicarbonates contenus dans l'eau et favorise le dépôt de CO»Ca.
La qualité d'une eau superficielle est souvent très compromise quand, à l'amont de l'endroit où on doit faire la prise, se trouve des usines ou des agglomérations qui envoient leurs résidus dans Feau du fleuve ou de la rivière.
Parmi les industries qui contaminent ainsi les eaux superficielles, soit par leurs produits organiques (animaux ou végétaux), soit par leurs substances toxiques ou nuisibles à l'organisme, 11 faut citer : les fabriques de poudrettes et d'engrais, les féculeries, teintureries, tanneries, sucreries, distilleries, papeteries, buanderies, abattoirs, équarissages, industries textiles, fonderies, buanderies, lavoirs, fabriques de soude, lavage de laines, chapelleries, macérations des bois, rouissages,
fabriques de draps, lavage des peaux tannées, fabriques de couleur d'aniline (1).
11 est donc nécessaire, avant de s'engager à prendre de Teau dans un fleuve ou une rivière, de rechercher le» causes de contaminations tout le long du cours d'eau. Quand le volume de celui-ci est important, les eaux usées d'une usine se diluent suffisamment pour ne pasêtre très nuisibles; mais il est certaines substances^ comme le goudron, qui donnent à l'eau une odeur spéciale et désagréable. 11 faut empêcher leur arrivée ou renoncer à prendre ces eaux.
Voici la technique que nous recommandons dans ce cas : on remonte le cours d'eau et on fait des prises d'eau à l'aval et à l'amont de chaque agglomération et également dans la partie où les usines évacuent leurs eaux résiduaires. L'analyse de cette dernière prise indique la* nature des eaux évacuées, celle des deux premières le degré de dilution de ces eaux dans le cours d'eau. Les contaminations par les égouts sont toujours très suspectes. Ces eaux superficielles ainsi contaminées ne sont potables qu'après un traitement approprié. Certaines eaux résiduaires, comme celles contenant de la potasse ou de la soude, ne sont plus nuisibles lorsqu'elles sont suffisamment diluées. On ne doit jamais tolérer la présence des goudrons dans les eaux potables.
Pour ce genre d'études le choix de la saison est important. A l'étiage, c'est-à-dire au moment des basses eaux, la contamination des eaux sera la plus grande, c'est donc à cette époque qu'il importe de faire des prélèvements. Pour l'interprétation des analyses, on se rapportera à tout ce qui à été dit relativement aux eaux souterraines. On a l'avantage, dans un cours d'eav superficiel, de pouvoir faire une prise à l'amont et une autre à l'aval des points de contamination, ce qui était
(1) I. Ogier et Ed. Bonjean : Le Sol et VEau, p. 352 (Traité d'hygièn«t de Brouardel et Masny, fasc. II).
généralement impossible pour les cours d'eau souterrains. Comme pour ces derniers, si c*est nécessaire, on diminuera quelquefois momentanément la vitesse de la rivière qu'on rétablira quelques heures après.
Les fosses d'aisances, les fosses à purin laissent très souvent écouler dans le sol une partie de leurs liquides.
Ces eaux contaminées qui s'infiltrent auraient bientôt infecté toutes les eaux souterraines si, pendant leur parcours souterrain, elles ne perdaient leur nocivité.
Les causes qui influent sur cette épuration sont d'ordre physique, chimique et biologique. Pour chacun de ces processus la question temps est importante. C'est pourquoi, toutes choses égaies d'ailleurs, les eaux souterraines sont d'autant plus pures qu'elles seront restées plus longtemps dans le sol.
Les éléments qui varient dans le cours de l'épuration d'une eau sont : les microbes, les matières organiques, l'ammoniaque. Certaines substances comme les phosphates sont retenues par le sol arable, d'autres au contraire, comme les chlorures et surtout les nitrates, sont entraînées facilement jusqu'à la nappe. La nature a donc limité à un petit groupe d'éléments son action épurante .
On recherche de préférence l'épuration microbienne, laquelle dépend de nombreux facteurs.
^ Qc ThE
UNIVERSiTY
Action physique.
L'épuration physique d'une eau comprend : i<^ la filtration ; 2° l'action solaire ; 3° l'influence de la radio-activité ; 4° la décantation ; 5° l'agitation.
Filtration. — Le phénomène de fdtration résulte d'une action physico-moléculaire générale. Lorsqu'un liquide quelconque, tenant en suspension et en dissolution diverses substances, arrive en contact avec la surface d'un solide, il s'exerce entre le solide et les substances dissoutes ou en suspension dans le liquide, une force attractive telle, qu'après le contact, le liquide "se trouve avoir une composition très différente. Cette force est appelée très souvent : force adhésive. C'est ainsi que nous la désignerons dans ce paragraphe. Elle ne s'exerce pas au delà d'une très faible distance de la surface du solide. Tout l'espace au milieu duquel cette force adhésive s'exerce est désigné sous le nom de sphère d'activité.
M. Spring a montré que les gaz étaient absorbés par les sables. 11 se fait autour de chaque grain une atmosphère particulière, malgré la présence de liquide. C'est pourquoi, dans une eau chargée de gaz, le tassement du sable ne se fait pas de la même façon qu'avec de l'eau bouillie. Ce phénomène ne se produit guère que pour les solutions très riches en gaz et voisines de leur point de saturation. Pour les autres, au contraire, l'affinité du gaz pour le liquide peut dépasser de beaucoup celle du gaz pour le sable.
Certaines substances chimiques dissoutes dans l'eau, comme l'acide propionique, filtrant à travers le sable ^ sont retenues énergiquement par celui-ci.
L'eau en contact avec le sable augmente de densité» Ceci a été démontré en 1894 par M. V. Garcin de la Cruz pour les eaux troubles. Ce qui se passe pour les substances
dissoutes se manifeste encore pour celles en suspension dans l'eau. Quand elles passent dans la sphère d'activité d'un grain de sable, elles sont attirées et retenues par celui-ci.
Plus le corps passe près de la surface solide, plus la. force adhésive est grande.
Dans les sables, les grains sont rapprochés les uns des^ autres et les eaux qui s'infdtrent ont les plus grandeschances de passer dans l'intéri'eur de la sphère d'activité» Les microbes sont retenus en très grande quantité à la surface des sables, non pas parce qu'ils sont trop gros pour passer au milieu des espaces lacunaires, mais parce que^ la force adhésive les applique énergiquement sur cette surface. C'est ce qui constitue le phénomène de filtration.
Lorsqu'on sature un sable d'eau,' Spring a démontré qu'il arrivait un moment où les grains s'écartent. Il se produit une augmentation des espaces lacunaires . Les particules en suspension passent à travers ces pores élargies, peuvent échapper, en partie au moins, à l'action de la sphère d'activité qui entoure chaque grain de sable. La filtration est alors très compromise. Cette propriété des sables non saturés d'eau est utilisée dans la purilicacation des eaux par le filtre Miquel.
Dans les terrains fissurés, où l'espace lacunaire est bien plus grand que dans les sables, la filtration est réduite encore. Quand la fissure est trop grande il n'y a plus de filtration, sauf dans les endroits où des sables ou limons sont venus boucher cette cavité. M. Imbeaux a donné pour les fissures du Bajocien des environs de Nancy un exemple de ce dispositif.
Ceci ne veut pas dire qu'il n'y eût aucune filtration! dans les calcaires fissurés. M. le D' Raymond (1), étu^ diant les eaux infiltrées dans le calcaire de la région des Causses, en Ardèche, a montré :
(1) D' Raymond, La Nature, 15 février 1896.
4« Que l'eau provenant des stalactites, de la voûte suintante, des gours dans lesquels Teau n'a pas été remuée depuis longtemps reste stérile ;
2*» Que les eaux provenant des fissures et arrivant en filets sont claires très généralement, quoique entrées boueuses dans le sol, mais chargées de microbes malgré une épaisseur de 250 mètres de calcaires.
Les microbes arrêtés ne sont pas morts. Us peuvent se développer quand on leur donne de la matière organique pour former un bouillon de culture. En se développant les microbes rampent à la surface des grains de sable et peuvent atteindre ainsi la nappe souterraine. Or, dans les sables, les infiltrations de liquides organiques trop concentrés se transforment difficilement en nitrates. Les microbes se multiplient dans le sol et viennent ainsi contaminer la nappe souterraine. Le sol n'est plus filtran au sens propre du mot. On pourrait craindre que les microbes en s'amoncelant viennent boucher les pores ■des sables. L'expérience montre qu'il n'en est pas ainsi. Les germes nocifs disparaissent complètement au bout d'un certain temps, laissant ainsi la place aux nouveaux germes que l'eau apporte.
Action solaire. — Le soleil est un très grand épurateur des eaux. De nombreuses expériences ont été faites sur ce sujet. On trouvera dans le livre de M. Kayser (1) le résumé des travaux relatifs à cette question. Nous nous contenterons de rappeler que le soleil semble agir par ses rayons chimiques situés principalement dans la partie ultra-violette du spectre. Le soleil n'agit pas dans le sol, son action se limite exclusivement aux eaux superficielles, aux eaux de rivières et de fleuves. L'action du soleil est très rapide, mais elle ne s'exerce guère que dans les eaux claires. Les eaux troubles opposent à son action un obstacle considérable.
(1) Ed. Kayser. Microbiologie agricole. Encyclopédie agricole.
On admet jusqu'ici, que l'action solaire est surtout chimique. 11 se produit une oxydation intense des microbes et des matières organiques.
Radio-activité. —L'influence de la radio-activité se fait également sentir sur les microbes. La radio-activité est cette émanation qui quitte les sels de radium pour se répandre dans l'air. Elle jouit d'une propriété remarquable, celle de dissocier les gaz et de les rendre conducteurs de l'électricité.
On sait depuis quelque temps, que cette émanation jouit de la propriété de détruire les microbes. Les travaux de Danytz par exemple démontrent nettement cette action microbicide (1).
Or les eaux souterraines possèdent, pour la plupart, de l'émanation. Avec M. Bouquet, nous avons réussi à en déceler dans les sources captées par la Ville de Pans. Voici les résultats que nous avons obtenus :
Intensité en ampère du courant de décharge de l'électroscope par rémanalion dégagée par litre d'eau, unités G.G.S. Source Gochepies 1 . 33 x 10-« \
— Flacy 1.91 X lO-i^ / ^^^^^
— Pâture 1.94x10-13 1
— Miroir 1.34 x 10 i3 )
Source de la Dhuys 9.87 x i0-i3 Dhuys
Source de Bourron 0.56 x lO-is
— Chaintréauville.. 0.58 x 10-13 ) Loing et
— Saint-Thomas ... 0.23 x 10-i3 > Lunain
— Villemer 0.35 x 10-i3 )
Source du Nouvet 1.40 x 10-i3 \
— Érigny 1.70xl0-i3(
— Rivière 2.03 x 10-13 ( ^^^®
— Breuil 2.55x10-"^
MM. Curie et Laborde avaient montré précédemment en 1904 qu'un certain nombre d'eaux minérales en contiennent également.
(1) L'émanation du radium a pour effet de diminuer la virulence des bactéries chromogènes, en particulier du bacille pyocyanique (Bouchard et Balthazard, C. H., 2 avril 1906).
Aux sources de Plombières, les eaux viennent des terrains très profonds pouvant contenir du radium en quantité appréciable. Elles sont très radioactives.
Dans les terrains sédimentaires, non entrecoupés de failles, les eaux sont beaucoup moins radioactives^ L'émanation provient très probablement de traces de radium ou de substances identiques contenues dans l'intérieur même de ces terrains.
Cette faible radioactivité est-elle suffisante pour tuer les microbes ou tout au moins pour atténuer leur virulence ?
Les expériences que nous avons entreprises à ce sujet ne sont malheureusement pas encore terminées et il est assez difficile de se prononcer actuellement sur cette action ..
Les eaux de surface sont très peu ou pas radioactives. Si peut-être l'influence de la radioactivité se fait sentir sur les eaux de sources, elle est nulle pour les eaux de fleuves ou de rivières.
La radioactivité semble également très faible dans les terrains sédimentaires riches en sables, ou recouverts de sables. C'est pourquoi aux sources du Loing, on n'a trouvé qu'une simple trace de radioactivité. En résumé, il semble résulter jusqu'ici des faits que la radioactivité existe principalement là où la fîllration n'existe pas.. Toutefois elle est la plus forte dans les terrains très argileux. L'expérience montre que dans ces derniers les eaux sont très pauvres en bacilles du côlon. On. n'est pas encore fixé sur l'action physiologique des traces d'émanation.
Décantation. — La décantation est également un moyen physique de purification. Elle se produit toutes les fois que des particules de substances en suspension dans l'eau peuvent s'unir entre elles, se précipiter et se déposer. La décantation permet aux eaux, surtout quand elles sont calcaires, de se débarrasser d'une grande partie des matières en suspension.
Ainsi dans l'eau distillée, l'argile se maintient très longtemps en suspension, au contraire dans l'eau calcaire elle se dépose très vite. Chaque particule d'argile possèdeune sphère d'activité. Des microbes se fixent sur ce& particules et sont entraînés avec elles. Ce phénomène de décantation n'est donc qu'une modification plus grossière du phénomène de filtration. Par le repos et après un certain temps quelquefois considérable, les microbes arrivent eux-mêmes à se déposer au fond descavités que les terrains fissurés possèdent. 11 ne faut pas^ trop compter sur l'intensité exagérée de ce phénomène pour purifier des eaux impures. 11 n'est guère sensible que dans les eaux troubles, très chargées en germes y souvent nocifs. L'entraînement de ceux-ci ne se fait qu'incomplètement. L'épuration, par ce moyen, est donc insuffisante.
Agitation. — L'agitation a également une influence nocive sur certains microbes.
D'après Howath et Wernich, elle gêne la multiplication et favorise la destruction des bactéries.
Cette action mécanique s'explique très mal. Comme les eaux souterraines sont relativement peu agitées^ sauf là où il y a des chutes, l'influence de l'agitation se fait très peu sentir dans le sol. Il en est à peu près de même pour les eaux superficielles ordinaires. Dans les torrents son action est certaine, mais elle est faible et insignifiante comparée aux précédentes.
Action chimique.
Les actions chimiques d'épuration se réduisent à peit près uniquement à l'action de l'oxygène et de l'ozone. C'est une oxydation plus ou moins énergique qui brûle non seulement les microbes mais encore les matières organiques. En réalité, on connaît encore très mal cette partie de l'épuration. Les réactions multiples qui se passent
incessamment dans le sol peuvent dégager quelques substances nuisibles pour certains microbes. On sait, par exemple, que toutes les bases un peu fortes comme la potasse, la soude, la chaux, la magnésie, sont des antiseptiques surtout énergiques pour certains microbes pathogènes tels que le bacille du côlon et le bacille typhique. Mais aussitôt que ces bases se trouvent combinées avec l'acide carbonique elles n'agissent plus ou à peu près. L'action antiseptique est encore faible pour le carbonate de soude ou de potasse, elle est nulle pour le carbonate de chaux ou de magnésie. Dans la nature, dans des conditions toutes particulières, un de ces alcalis peut prendre momentanément naissance : sous l'influence du gaz carbonique toujours présent, il se transforme rapidement ^n carbonate. Cette action antiseptique n'est donc que passagère et tout à fait locale. On ne peut guère compter jsur elle.
Le D"^ Félix a montré que les silicates alcalins sont nocifs pour le bacille coli (1).
Quelques sels de métaux tels que le zinc, le plomb, l'étain, toutes les fois qu'il existe dans leur molécule un groupement OH, ont aussi une action antiseptique. Le carbonate de zinc, le sulfure de zinc qu'on rencontre dans la nature peuvent détruire, par leur contact, le bacille d'Ebertb ou le bacille coli. Ces substances n'agissent qu'autant qu'elles sont en contact intime avec les microbes. Dans la nature ces corps n'existent guère que dans certains terrains et principalement dans les failles. Leur action est donc très limitée et peu fréquente. Elle s'exerce encore dans certaines occasions, comme par exemple sur les eaux de citernes provenant de toits en zinc.
Le zinc est généralement très peu employé pour récolter les eaux de pluies et les amener dans les citernes. 11 leur
<1) D' Félix, Revue moderne de médecine et de chirurgie, 1904, p. 874.
donne un goût un peu métallique et une limpidité douteuse. Ces eaux dissolvent, en effet, une assez grande quantité de zinc sous forme d'hydroxyde, lequel reste à l'état colloïdal dans l'eau. Les acides du sol, tels que l'acide humique, exercent également une action antiseptique sur certains microbes. On sait, par exemple, que le bacille d'Eberth (bacille typhique) est sensible à leur action. Avec l'accoutumance, les microbes nocifs arrivent à ne plus être très sensibles aux acides humiques.
Voici comment on peut expliquer l'accoutumance d'un germe à une substance antiseptique quelconque, quand une contaminalion est tant soit peu abondante.
Figurons-nous, en effet, un groupe de microbes formant une colonie (fig. 78). ^'^'^^^WMW^ Il y a des microbes exté- '^'f-^"\~ , rieurs à la colonie et des ^•^- ?o;,;ran?urco"'''" microbes intérieurs. Les
premiers seront immédiatement en contact avec le corps antiseptique et périront rapidement. Les derniers au contraire, ne recevant que progressivement le corps nocif, auront le temps de s'accoutumer et résisteront à leur action antiseptique.
Le même fait se reproduira toutes les fois qu'une colonie de microbes quelconque sem à l'abri d'une action antiseptique trop rapide. ^
Les auteurs qui ont voulu étudier la vitalité du bacille d'Eberth dans le sol sont arrivés à des résultats très contradictoires. Certains trouvent que dans des conditions d'asepsie complète, le bacille d'Eberth peut vivre de 3 à 90 jours. Entre ces deux extrêmes il y a une très grande marge et on a seulement opéré avec des cultures de laboratoire. On peut se demander si, avec
des germes très virulents sortant de l'intestin humain^ on ne pourrait encore dépasser cette limite de 90 jours. Ce& résultats discordants tiennent aux conditions différentes, dans lesquelles se sont placés les différents auteurs. Certaines favorisaient plus ou moins l'accoutumance des germes au milieu dans lequel on les introduisait. D'autre part, le bouillon de culture servant à déceler la vitalité de ces germes a ici une très grande importance. Tel expérimentateur qui emploiera peu de microbes se mettra dans des conditions moins bonnes pour obtenir l'accoutumance de quelques cellules que celui qui en emploiera beaucoup. Enfin nous avons reconnu que l'eau dans laquelle le bacille d'Eberth avait macéré quelque temps (8 à 10 jours), pouvait ensuite servir à conserver très longtemps vivants les germes de cette espèce. De l'ensemble de tous ces faits il résulte que l'action chimique naturelle est très complexe et fort aléatoire. On ne peut guère compter sur elle avec confiance.
Action biologique.
Dans le sol, sous l'influence des microbes, la matière organique s'oxyde et se transforme, comme termes ultimes, en acide carbonique, azote nitrique, eau, hydrogène,*etc.
Cette transformation exige la présence d'oxygène et de carbonate de chaux pour s'accomplir complètement.
Dans les sables, si l'oxygène nécessaire à lanitrification est présent, il manque très souvent la quantité de chaux nécessaire.
.- Les liquides provenant des purins ou des fosses d'aisances, très riches en matières organiques, nitrifient alors très difficilement dans les sables. Un puits creusé dans ces terrains, quoique filtrants, n'est donc pas à l'abri des contaminations voisines.
Nous avons déjà dit, à l'occasion de la filtration, que^
ÉPURATION NATURELLE DES EAUX. 30a
malgré la force adhésive^ les microbes, retenus à la surface des grains de sable, peuvent se multiplier dans ces liquides, riches en matières organiques. Les cellules glissent à la surface du sable et, de proche en proche, gagnent la nappe souterraine qu'elles contaminent.
Les eaux de purins, diluées suffisamment, nitrifient bien mieux et en raison du pouvoir filtrant des sables ne peuvent contaminer les eaux phréatiques de ces terrains.
Dans les sols calcaires, au contraire, la nitriflcation est excessivement active tandis que la filtration y est à peu près nulle. Au fur et à mesure que l'eau se débarrasse de ses matières organiques, la vie des germes pathogènes, comme le bacille d'Eberth, devient très difficile.
La disparition de ces germes n'est pas instantanée.^ Elle n'est que progressive et, d'après ce que nous avons dit au sujet de l'accoutumance, on se rend très bien compte que certains de ces germes deviendront plus résistants à l'influence nocive des eaux de plus en plus pauvres en matières organiques.
L'action biologique produit également une destruction énergique des germes pathogènes.
On sait depuis longtemps que si on introduit dans une eau de source ordinaire non stérilisée, des bacilles typhiques, en grande quantité, il devient bientôt très difficile de déceler ceux-ci à l'analyse.
On introduit ainsi une quantité de germes typhiques dépassant de beaucoup la quantité de microbes que ces eaux contiennent. On ne peut expliquer la disparition de ces germes que par l'influence de la concurrence vitale.
En remplaçant l'eau ordinaire par la même eau stérilisée à travers une bougie Ghamberland, on arrive très facilement à déceler les germes typhiques introduits. Ce sont donc bien les autres germes de l'eau qui le& avaient fait disparaître.
On sait qu'il existe un certain nombre de germes
capables de détruire les bacilles d'Eberth et le bacillus coli. Emmerich et Fehrs, Otto-fluntemûUer ont trouvé, par exemple (1), que les protozoaires font disparaître ces germes de l'eau en trois ou quatre jours.
On a également signalé un certain nombre de microbes tels que le bacille pyocyanique, par exemple, et les streptocoques , détruisent le bacille d'Eberth. C'est également par une influence biologique que les germes, retenus à la surface des grains de sable, sont détruits. C'est cette influence qui semble la cause la plus énergique de la disparition des germes suspects dans les terrains calcaires. Après une épidémie de fièvre thyphoïde d'origine hydrique on constate une disparition rapide de la maladie bien qu'il subsiste encore des germes typhiques dans le sol. Ainsi, à Besançon, en 1902, une épidémie de fièvre typhoïde se déclara. En recherchant la cause de cette épidémie on s'aperçut qu'elle était probablement due à la contamination de la source d'Arcier, captée pour l'alimentation de cette ville, par les déjections typhiques du village de Nancray. Ce village est parcouru par un ruisseau qui se perd dans les calcaires jurassiques et dont les eaux viennent rejoindre la source d'Arcier.
Comme toujours les fosses d'aisances étaient proches du ruisseau et les linges étaient lavés à la rivière. Les germes jeunes et virulents des nombreux typhiques de ce village se trouvaient ainsi entraînés par les eaux engouffrées.
La ville de Besançon fut atteinte par la fièvre typhoïde aussitôt que ces germes, véhiculés par l'eau, arrivèrent chez le consommateur.
Quand l'épidémie de Nancray eut disparu, celle de Besançon cessa également. Et cependant, il est évident, d'après ce qu'on sait sur l'hydrologie souterraine de ces terrains, qu'une certaine quantité de ces germes devait encore exister dans l'eau des lacs souterrains, au milieu
(1) Otto-HuntemûUer, Destruction des bactéries de Ceau par les proto^ zoaires.
des multiples méandres des canaux souterrains. Ces germes ou bien ont perdu leur virulence ou bien sont morts en cours de route; toujours est-il qu'ils furent sans grande influence sur les organismes qui absorbèrent par la suite Feau qui les contenaient. Dans ce cas, c'est surtout à la concurrence vitale qu'on attribue la purification de ces eaux.
Cet examen rapide montre que la nature a multiplié les causes d'épuration naturelle. Cette constatation était à prévoir parce que, sans ces obstacles nombreux, les germes nocifs auraient eu depuis longtemps raison de notre organisme. Aucun d'eux n'a une action certaine, c'est entendu, mais, chose assez remarquable, on s'aperçoit que lorsqu'un moyen d'épuration manque dans un terrain, il semble être remplacé par un autre.
Le tableau ci-dessous met en regard les procédés naturels d'épuration dans les terrains perméables en grand et perméables en petit :
Terrains perméables Terrains perméables
en petit. en grand.
FiltratioD. Décantation.
Oxydation et nitrification . Nitrification .
Action des silicates. Radioactivité f ?
Concurrence vitale. Concurrence vitale.
Leur total est sensiblement le même dans les deux cas, toutes réserves faites relativement à leur importance.