TABLEAU COMPARATIF DES DIVISIONS DE L'ÉTAGE CRÉTACÉ
M. IIbdeiit.
Craie supérieure.
Craie à Bcleniiiitcs
quadrnta et à U.
miicrouata.
Craie à Micraster
corail {{uinum.
Craie à Micraster
corleslucliiiariuni.
Craie à llolastcr pla-
nus.
Craie à luoceramusl Croie marneuse, labiatus. |
Craie chloritée.
Craie glauconieuse. | Craie clibritée sableuse.
Marne bleue.
Craie pisolithiquc.
Craie blanche.
Craie magnésienne.
Craie dure compacte.
/ Craie supérieure.
Craie moyenne.
Craie inférieure.
M. D'OnDIGNY.
Étage sénonien.
Étage turonien.
Étage cénomanien.
Étage aptien.
Dans ce qui xa, suivre, nous emploierons la classification adoptée par notre savant maître, M. Hébert, dans son travail intitulé : Observations sur la craie du bassin de Paris, et publié dans le Bulletin de la Société géologique de France, en 1872.
L'élément prédominant, à Heudreville, est la craie blanche ou craie à Belemnites quadrata et à Belemnites mucro7Uita, de Hébert ; c'est l'assise qui s'élève jusqu'au sommet ; à micôte, on y retrouve deux bancs de silex à polypiers, puis audessous, la terminaison d'une couche de craie magnésienne ou craie à micraster coranguinum (Hébert). C'est dans cette dernière assise que se trouve le niveau où émerge la source qui alimente le puits fournissant l'eau minérale.
La craie blanche proprement dite est facile à caractériser ; elle est riche en fossiles, et outre ceux qui servent à la dé- .signer, nous y retrouvons, en abondance, dans le bassin de Paris, les :
Ananchytes cjibha.
— ovata.
Holaster pilula.
Ostrea vesicularis.
Rhynconella limbata.
— octoplicata.
Pecten [Janira) quinquecostattis.
Spondylus œqualis, etc.
Ainsi que de rares débris de vertébrés, comme ceux du Gaslornis parisiensis, par exemple; mais ce qui la rend surtout remarquable à Heudreville, c'est la présence des bancs de silex à polypiers, car au point de vue scientifique, l'origine de ces silex est fort intéressante. Les silex à polypiers sont le trait d'union qui uuit la craie, c'està-dire la chaux carbonatée au silex ou acide silicique. Levir étude a fait surorir de nombreuses théories, tendant toutes à expliquer comment ont pu se former dans la craie, ces dépôts hétérogènes de silice. D'après M. Albert Gaudry (thèses de Paris, pour le doctorat es sciences), dont l'opinion paraît aujourd'hui adoptée, ces bancs seraient dûs à une agglomération de plus en plus intime des particules siliceuses condensées dans les tissus vivants des divers animaux rayonnés, qui forment les nombreux dépôts que l'on nomme polypiers ; à force de se trouver de plus eu plus comprimée par les couches de craie en voie de formation, la silice s'est agglomérée isolément, tandis que l'enveloppe calcaire de l'animal s'est réunie à la formation environnante. Telle serait la cause de la régularité de ces bancs que l'on trouve en couches horizontales dans les terrains non disloqués et de formation régulière, dans ceux n'ayant éprouvé aucun soulèvement. La couleur du silex est souvent un bon caractère, permettant de reconnaître l'assise que l'on étudie, car s'ils sont noirs en général, dans la craie supérieure, ils sont bien plus pâles dans la craie inférieure et
ils se revêtent de nuances brillantes dans la craie cliloritée, où souvent môme ils forment des géodes contenant des cristaux transparents ou des mamelons de quartz agate, quartz calcédonieux ou quartz hematoïde.
La craie magnésienne est dure, subcristallisée, compacte, offrant souvent des parties concrétionnées ; c'est la craie à inicraster coranyuinum, de Hébert ; on lui donne encore le nom de craie dolomitique. Un écliantillon venant d'Heudreville, et que nous avons examiné, contenait 4,5 0/0 de carbonate de magnésie. Elle est d'un blanc assez pur, et l'on peut, sans la faire s'écailler, y tracer très nettement des caractères ; elle peut prendre souvent un assez beau poli, bien que quelquefois certaines parties soient plus tendres et s'imbibent assez facilement d'eau, au point de devenir gélives.
Cette assise contient peu de fossiles, les principaux sont les :
Micrastei' coranr/uiyium
— cortestudinarium.
Ciclaris sceptrifera.
— clavigera.
Eolaster suborbicularis .
Spondilus spinosus.
Terebratula carnea..
Micr aster breviporiis, etc.
Elle renferme peu de silex épars; ceux-ci sont surtout concentrés à la base de quelques-uns de ses bancs, sans qu'il y en ait dans les parties intermédiaires. Alors que dans la
1. Ces deux premières espèces longtemps confondues sous le premier nom, sont r.ujoiird'liui l)icn distinctes, quok|ties auteurs, cependant, ne portent encre dans la craie maguisionne que le microstcr coranguinuni, bien à tort selon nous. (Voir d'ailleurs sur ce sujet, la note publiée par M. Hébert dans le Bulletin de la Société Géoloyique de France.)
craie blanche supérieure on trouve souvent des fissures multipliées, verticales ou horizontales, dans la craie magnésienne, on n'en trouve qu'en petite quantité.
Près d'Heudreville existe, tout contre la craie à Belemnites quadrata et mucronata, le diluvium avec ses bancs d'argile sableuse et ses silex. Ces derniers diffèrent de ceux de la craie supérieure par leurs grandes dimensions ; ils ne paraissent pas avoir été transportés ou roulés. Le diluvium entoure souvent d'une large ceinture de longues assises de terrain crétacé.
C'est dans l'étage calcaire comprenant les deux assises que nous avons décrites, qu'a été creusé le puits du prieuré d'Heudreville. Ce puits, situé au milieu de la propriété, offre l^jôO de diamètre et ne présente de maçonnerie qu'au niveau du sol, il est directement taillé dans le roc et a une profondeur de 37'",87.
Sa coupe géologique présente les deux assises de la craie blanche et de la craie magnésienne ; aussi y retrouve-t-on les lits alternatifs de silex que nous avons signalés ; à 1°,50 même de la surface de l'eau, hauteur variant d'ailleurs avec la quantité d'eau puisée chaque jour, on a remarqué, au fond de ce puits, une sorte de galerie circulaire, de 0™,30 de profondeur, régulière, et sans aucune fissure communiquant avec les couches voisines; cette excavation paraît due à deux lits de silex qui existent en cet endroit, et dont la craie intermédiaire aura été enlevée par le séjour prolongé et le clapotement d'une nappe d'eau demeurant à la même élévation.
La hauteur de l'eau était, le 26 avril 1878, à quatre heures de l'après-midi, de 2 mètres environ ; au-dessous d'une couche liquide, de transparence parfaite, on pouvait voir le fond, constitué par une roche d'une complète blancheur.
Sur les parois du puits, ainsi que dans le fond, malgré la
plus grande attention, il n'a pas été possible de trouver de brèche, de solution de continuité ou même de fissure notable ; il n'y a aucune infiltration mouillant la pierre au-dessus du niveau de l'eau ; la seule remarque que l'on ait pu faire est de constater la présence d'abondantes végétations rougeâtres, analogues à celles que l'on avait déjà reconnu exister sur les voûtes et les parois des souterrains du prieuré.
L'examen que nous avons fait de cette plante, nous a permis de la reconnaître pour une algue du genre Bangia, la Bangia atro-purpurea (Agardh, syst. 76 ; Pyram. de Caudolle, Botanicon galliciim, 2^ édit., p. 985), ainsi que le montrent les caractères suivants que l'examen microscopique a pu faire reconnaître :
« Filaments capillaires flexibles, formés d'une membrane continue, sans interruptions, contenant à l'intérieur des gi'anulations cylindro-elliptiques ou. globuleuses, disposées en faisceaux cylindriques déprimés, faisant des stries transversales par agglomération de ces sortes de cavités intérieures; granulations au nombre de 1-8, tandis que dans les autres espèces, comme dans le B. crispa, elles sont au nombre, de 1-4 et de 1-8 dans le B. fusco-purpurea.
Les observations suivantes ont été recueillies à la date du 26 avril, lors de la descente au fond du puits :
Pression barométrique : 762 millimètres ;
Température de l'air ambiant, au midi et à l'ombre sur un thermomètre isolé : 12°, 2 ;
Température de l'air extérieur pvise au fond du puits, à 1^,80 du niveau de l'eau : 15",8 ;
Température de l'eau dans la source : 12", 5,
Nous n'avons pas à revenir sur la question de la composition de l'eau d'Heudreville, son analyse a été faite par un savant des plus autorisés, M. Bonis, professeur à l'école de
Pharmacie de Paris et directeur du laboratoire de l'Académie de Médecine ; mais ce qu'il est important de retenir, c'est la nature et le poids des éléments minéralisateurs de l'eau de la source, car, par comparaison, on pourra juger, en voyant la composition d'eaux voisines, s'il est possible d'admettre qu'une même nappe d'eau alimente les puits du voisinage, ou si la source du Prieuré n'est que le résultat d'infiltrations venues de la rivière l'Avre.
Voici quelle est la composition de la source d'Heudreville, d'après M. Bonis.
COMPOSITION DE l'eAU DU PRIEURÉ d'HEUDREVILLE :
Azotate alcalin 06^303
Carbonate de chaux 0 320
Chlorure de sodium 0 139
Carbonate de magnésie 0 096
Sulfate de soude ; 0 030
Résidu insoluble et perle 0 016
Ajoutons que son degré hydrotimé trique est de 13°. Les 303 milligrammes d'azotates alcalins qu'elle renferme sont le point le plus intéressant de sa composition, puisque, ainsi que nous l'avons déjà dit, aucune eau française n'a offert jusqu'à présent une aussi grande quantité de nitrates.
Il nous faut démontrer que c'est bien une source spéciale, de composition différente de celles que l'on retrouve dans le voisinage.
Tout d'abord, l'on peut constater facilement que jusqu'à présent personne n'a encore signalé cette source. Nous ne voulons pas parler des ouvrages récemment publiés, comme le Dictionnaire général des eaux minérales, de M. Durand- Fardel, le Guide, du même genre, de M. Constantin James et autres,- qui ne pouvaient reproduire des analyses n ayant pas encore été faites ; mais nous tenons à relater que dans
es ouvrages spécialement écrits sur la Normandie ou le département de l'Eure, rien n'a été indiqué sur la source en question, bien qu'il soit démontré que ses propriétés étaient depuis longtemps connues.
Lepec de la Clôture, en effet, dans les Maladies et conslitutions épidémiqiie.s de la Normandie, livre publié à Rouen en 1778, ne signale pas de source minérale à Heudreville, il parle de celles existant à Conches et à Bernay, et la réputation de" celles-ci n'est guère appréciée, même sur place. Carrière {Cat. 503) indique, dans le département de l'Eure, une source appelée l'Allier, d'après la Gruéroulde ou Terrède. M. Ant. Passj, dans sa description géologique du même département, cite dix-sept sources différentes : mais il ajoute que toutes celles connues sont ferrugineuses, et encore à un faible degré. Ce sont là tous les renseignements que l'on trouve, ou, pour être plus exact, on ne trouve pas autre chose dans ces ouvrages spéciaux.
Un premier point à examiner était la nature de l'eau des puits voisins. î^"ous avons le même jour -(26 avril) prélevé un échantillon d'eau dans le puits de M. Jolibois, instituteur à Mesnil-sur-Estrée. Son habitation est à la même altitude que le Prieuré, est séparée de ce dernier par une distance de 100 mètres environ, et son puits a une profondeur de SO^ôO.
L'analyse de l'eau a fourni la composition suivante :
Azotates de chaux et de soude Os'. 070
Chlorure de sodium 0 08o
Sulfate de chaux 0 014
— de soude 0 021
Carbonate de chaux 0 232
— de magnésie 0 058
Fer et matières organiques traces.
Silice 0B'.0I2
Résidu desséché à 100° 08^492
Le degré hydrotimétrique est de 18°.
Comme on peut le remarquer, si les éléments minéralisateurs de cette eau sont à peu près les mômes que dans celle du Prieuré, ils sont en bien moindre quantité ; il y a une différence de près de moitié, et, point surtout essentiel, s'il existe aussi des nitrates, dans l'eau d'Heudre ville, on en trouve 303 milligrammes par litre, tandis que celle de Mesnil-sur-Estrée n'en fournit que 70 milligrammes. Il est donc bien évident que ce n'est pas la même source qui alimente les deux puits ; ce qui est naturel, au contraire, c'est de voir, dans un terrain dont la constitution géologique est bien probablement identique, les mêmes composés chimiques se trouver dissous par l'action de l'eau.
La rivière l'Avre est alimentée, près d'Heudreville, par une certaine quantité de sources, telles sont la fontaine Dubos qui coule près de l'usine des forges ; la petite fontaine de l'Estrée qui sort d'un jardin cultivé par le fermier de MM. Didot, enfin la grande fontaine, que l'on voit dans le voisinage de l'usine.
Ces sources donnent une eau bien différente ; il n'est pas utile, d'indiquer la composition de chacune d'elles, quelques renseignements permettront de juger, par comparaison, de leur qualité. Nous puisons ces détails dans les travaux de M. Réné Bonnin, agent voyer en chef du département de l'Eure. On a trouvé :
Degré hydrotimétrique de Ja fontaine Dubos 28"5
— de la petite fontaine 22»
— ' de la grande fontaine 23»
D'autre part, la composition de l'eau de la source de la fontaine Poisley, qui alimente également l'Avre était la suivante :
Résidu insoluble dans les acides 08^014
Alumine et oxide de fer 0 012
Chaux 0 075
Magnésie 0 015
Potasse et soude 0 OU
Chlore 0 002
Acide sulfurique 0 006
Matière organique et eau combinée. ... 0 017
Acide carbonique et perte 0 064
0BM96
Du mélange de ces diverses sources avec le cours d'eau, résulte une eau qui se trouve assez modifiée comme on va pouvoir en juger par les détails suivants :
DEGRÉS HYDROTIMÉTRIQUES DE i/AVRE :
A Armentières, près sa source H°o
A la papeterie des Forges 17°3
A Vert 170
Au pont Motel, avant sa jonction à l'Eure. . l?" Lors de la prise faite, le 26 avril, à cinq heures du soir, dans le bras principal de la rivière, près du petit bras de la Pelhuche, en amont de la fabrique de papier à cigarettes de M'"" v' Joseph Hatterer, de
Paris Igo
L'eau puisée ce jour-là avait la composition suivante :
Chlorure de sodium 0e^00o
Sulfate de chaux 0 OIO
— de fer traces.
Carbonate de chaux 0B^089
— de magnésie 0 026
Alumine 0 OH
Matière organique 0 029
Silice 0 017
0BM87
différence fort grande entre la composition trouvée à eau et celle du Prieuré, prouve encore ce fait : que
malgré le rapport qui existe entre l'altitude du niveau de la rivière et celui de l'eau prise dans le puits d'Heudreville, puisqu'il y a une hauteur de 41 mètres de différence entre le niveau de la vallée et celui du Prieuré, et que le puits a une profondeur de S7'°,87, on ne peut en aucune façon admettre que la nappe d'eau retrouvée sous les dépendances de ce Prieuré, est alimentée par des infiltrations provenant de la rivière voisine, surtout lorsque celle-ci se trouve en contre-bas.
Ainsi se trouveraient détruites les objections qui pourraient être faites, dans le cas où l'on viendrait à supposer que l'eau du prieuré d'Heudreville ne vient pas d'une source spéciale. L'eau des puits voisins est bien moins riche en principes salins et surtout en nitrates ; l'eau de la rivière la plus proche n'est pas azotée et contient une très notable quantité de matières organiques ; ce sont là des différences des plus importantes, et les points que nous voulions faire ressortir dans le travail que nous venons de présenter.
Nous ne doutons pas que ces faits une fois bien connus, la thérapeutique ne tire un grand parti de l'avantage tout spécial des eaux du prieuré d'Heudreville, les seules qui, nous le répétons, aient été jusqu'à ce jour signalées en France, comme eaux nitratées.
l'ari*. — Imp. E. Capiomont et V. Rknault, rue des Poitevins, 0.