XXIV PROLÉGOMÈNES
1° Que toute inflammation ou congestion est l'effet d'une dilatation des capillaires de la partie ;
2° Dilatation provoquée surtout dans l'état aigu , par le changement survenu dans la caloricité et la constitution des éléments du sang, c'est-à-dire dans sa crase, comme disaient les anciens.
C'est si réellement ainsi , que, observez une contusion : les capillaires ont été meurtris, déchirés, le sang s'épanche dans les tissus, et malgré la douleur, l'irritation par ce sang épanché, il ne se fait point d'inflammation. Mais qu'après cela l'individu se fatigue, que son sang s'enflamme, et la partie ellemême s'enflammera.
D'où il suit que l'on peut dire, pour résumer le grand phénomène pathogénique de l'inflammation : tel sang, telle inflammation ; tel abaissement de la contractilité des tissus , tel développement de l'inflammation ; phénomènes radicaux d'autant plus vrais que Ton peut dire encore pour les maladies chroniques : tel sang , tels tissus ; ce qui explique toutes les cachexies où la pauvreté et l'altération du sang sont en rapport avec l'état de la texture organique qui en est alimentée. Ces faits physiologiques, démontrés par tant d'expérimentations, le sont encore aujourd'hui par les conséquences cliniques de l'hydrothérapie générale qui a montré que, si l'on voit des tissus régénérés par les modifications obtenues dans la constitution des liquides au moyen des actions des eaux minérales, de même le retour de la tonicité fibrillaire, c'est-à-dire de la contractilité générale, sous l'action des bains froids, modifie le sang, comme on le voit par les guérisons d'anémie, de constitutions lymphatiques, scrofuleuses.
Tel sang, telle inflammation, ai-je dit. Peut-on en douter lorsqu'on voit certaine disposition dans des familles amener des inflammations rhumatiques,. strumeuses, cancéreuses, dartreuses; qu'on trouve chez d'autres familles une prédisposition particulière aux virus syphilitiques , varioliques, etc.? Chez un sujet scorbutique, est-ce que l'état général des liquides ne précède pas les symptômes locaux? Et d'ailleurs, dans toute maladie, est-ce que les causes générales ne
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portent pas sur les fluides, et ne découvrons-nous pas les premiers rudiments du mal dans ceux-ci ? Les étiologies, reconnues par Galien à cet égard, me paraissent d'une justesse incontestable, et d'ailleurs « les inflammations sont quelquefois précédées d'une fièvre d'invasion : on l'observe surtout lorsqu'elles sont ou paraissent être spontanées', mais des phlegmasies causées par le froid, comme une pharyngite, une pleurite, une pneumonite, sont môme souvent précédées de frisson et de fièvre d'invasion. » (Gerdy, ouv. cit., t. II, p. 32.)
Le quelquefois du savant professeur ressemble déjà par ses additions à un toujours. D'ailleurs , de ce que la douleur pleurétiqueestle premier symptôme qui a attiré l'attention du malade, s'ensuit-il que ce soit le premier phénomène pathologique? Il ne resterait donc en dehors de tous ces faits que la fièvre traumatique. Mais ici encore , outre que l'on peut comprendre qu'un travail pathologique suscite de la fièvre par les réactions produites, les observations, que fournit aujourd'hui l'anesthésie par le chloroforme, attestent qu'en supprimant la douleur de l'opération , c'est-à-dire la commotion générale, on supprime la fièvre.
Nous pouvons donc toujours dire tel sang, telle inflammation , comme tel défaut de contractilité organique , telle localisation phlegmasique; ce qui, par conséquence naturelle, entraîne cette double idée : Telle modification dans le sang et telle e.icifation dans la contrac/i/ifr, telle résolution. Voilà la source de toutes les indications thérapeutiques ; car il ne s'agit jamais en médecine appliquée que d'augmenter cette contractilité dans la partie locale phlegmasiée pour obtenir la dérivation (sédation) , et de la diminuer dans les parties éloignées pour déterminer la révulsion. Concours de mouvements organiques qui effectuent la résolution , puissamment facilitée par les actes généraux des élaborations et des sécrétions, changeant la plasticité et rendant ainsi au sang ses qualités et, par elles, des influences organiques perdues dans le trouble pathologique. Restent les modifications spécifiques à obtenir; mais là, !a science en est encore à ses
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premiers essais. Heureusement que, comme nous le prouverons, la synergie organico-vilale supplée bien des fois à notre insuffisance , puisqu'il est manifeste que , en réveillant seulement la contractilité générale, on atteint les élaborations ; de même que, en provoquant en général les sécrétions, on modifie ces mêmes élaborations et par suite la contractilité. Actions et réactions , au moyen desquelles on peut arriver ainsi, par les voies les plus opposées, aux résultats de résolution et de régénération, dans des maladies fort différentes.
Tels sont donc les phénomènes qui , en proclamant encore la solidarité d'action de l'organisme, expliquent cette maxime, par laquelle notre faiblesse est aussi bien dévoilée qu'est rehaussée la grandeur prévoyante de l'Être suprême , qui a présidé à l'organisation de l'admirable mécanisme de notre machine vivante : Pessimâ methodo medendi non omnes trtccidentur. Raisons et conséquences, néanmoins, dont l'enchaînement n'indique que mieux que nous sommes dans la voie de la vérité, puisque nous reconnaissons les véritables motifs de ces causes et de ces effets. Dès lors il ne reste plus qu'à chercher comment il doit être plus utile et avantageux de toucher ces facultés physiologiques médicatrices, pour les diriger le plus promptement et le plus sûrement possible vers le but cherché.
C'est en regard de ces principes moteurs de tout l'organisme et directeurs de toute la thérapeutique , que nous allons étudier les eaux de mer en particulier et les eaux froides simples et minéro-thermales en général , dans leurs actions sur les divers appareils organiques et leurs résultats sur les différentes conditions pathologiques.
Cependant, comme, peut-être déjà et dans le cours de cet ouvrage plus encore, on pourra me reprocher d'énoncer ou de formuler des opinious trop positives, trop arrêtées, je dois d'avance me justifier en disant : que c'est, au contraire, la force de mes convictions, qui seule a pu m'engager à mettre au jour ce travail; que, d'ailleurs, il est manifestement avéré dans l'esprit de chacun et dans celui de la science même, que si notre époque pêche sur quelque point, c'est surtout par