SECTION VI
DU VERITABLE MODE D A6TION DES EAUX DE MER EN PARTICULIER ET DES EAUX THERMO-MINÉRALES EN GÉNÉRAL.
Si-
La première question qui se présente dans cet important problème posé par l'Académie de médecine de Marseille, est celle que je résolus contrairement à son opinion ou du moins aux idées de la commission du concours de 1851. (Voyez le rapport de M. Ulo , déjà cité.) Cependant je viens aujourd'hui soutenir mes principes avec une nouvelle assurance, tant de faits nouveaux sont venus se joindre aux anciens pour les appuyer. Prenons donc pour point de départ la proposition même de la société savante : L'eau de mer agit-elle plus particulièrement par ses sels ou par sa température froide et les vagues ?
Question complexe que les matériaux que nous avons déjà rassemblés serviront à élucider, mais qui entraîne tout aussitôt la division de cette étude , en action de l'eau de mer à l'intérieur et à l'extérieur.
Tandis que, par ce dernier fait, surgit cette autre question incidente, mais primordiale : si les eaux de mer agissent plus favorablement ou plus sûrement , plus complètement, avec moins de danger et d'inconvénients à l'extérieur qu'à l'intérieur?
Ici, pourrait-on dire , tout est particulier et relatif, et ces cas ressortent précisément des études auxquelles nous nous sommes livré précédemment; d'où il résulte que ces deux médications peuvent être adjuvantes l'une à l'autre prises en
boisson et en bains, mais ne sauraient être impérieusement nécessaires et indispensables en même temps. C'est ainsi qu'on ne peut pas objecter que l'eau de mer, très-bon vermifuge à l'intérieur, ne saurait avoir cet effet si on l'administrait uniquement à l'extérieur.
C'est là un fait entièrement exceptionnel, unique aussi, qui ne peut pas entrer dans une question aussi générale que celle que nous traitons , si l'on ne considère que l'action toxique de l'eau de mer sur les entozoaires. Il rentrerait, au contraire, dans la question générale , si de même que nous l'avons déjà fait pressentir, il importait de changer le tempérament, qui, comme tant d'observations d'étiologie porteraient à le croire , pourrait être la source originelle des vers intestinaux. C'est ainsi que je conseillai ces jours-ci à un jeune homme affecté d'une grave maladie, et qui n'a jamais pu se débarrasser d'oxyures fort nombreux , un traitement marin complet pour ses vers, aussitôt qu'il sera rétabli de la maladie dont il est atteint. Je serai très-curieux de voir le résultat d'une pareille médication.
Désormais, donc, nous n'aurons à parler que de l'action physiologique curatrice de l'eau de mer, dans tout dérangement survenu dans les fonctions ou dans certaines altérations pathologiques , qui toujours comme nous avons pu le voir, sont les conséquences de prédominances ou d'abaissements organo-plastiques.
Action curatrice qui ne peut sortir que des conséquences réunies de ces deux grands ordres de faits : effets physiologiques des eaux de mer et résultats obtenus dans les maladies auxquelles elles conviennent plus particulièrement.
Maintenant, donc, que nous connaissons et leurs actions physiologiques et les maladies auxquelles elles conviennent, même les prédominances et les abaissements organo-plastiques, (.riginels ou acquis, qu'elles modifient particulièrement , nous pouvons établir tout d'abord :
Que les eaux de mer agissent plus favorablement, plus généralement, plus innocemment à l'extérieur qu'à l'intérieur; et ce qui le prouve : c'est que jamais on ne s'est passé de
bains de mer dans le traitement des maladies en remplaçant ceux-ci par l'eau de mer transportée ; c'est que le chlorure de sodium, à qui on a dû rapporter sa principale action et même l'iode, tant prônée depuis les exagérations de M. Lugol, n'ont pu remplacer les bains de mer; c'est, enfin, que nous avons vu des cas fort graves guérir ou s'amender fort bien sans le secours de l'eau de mer à l'intérieur, puisque Delpech ne la donnait que lorsque l'organisme était déjà remonté et que M. Guersant dit : « Nous avons vu guérir uniquement, par les bains de mer, dès maladies scrofuleuses qui avaient résisté à tout autre moyen. » (Dict. en 21 vol., art. Scrofule.)
De plus , il est des maladies qui guérissent merveilleusement sous l'influence des simples commotions physiologiques opérées par les bains de mer à fort courte durée, telles que des restes de phlegmasies ou des inflammations chroniques des organes intérieurs. Dans tous ces cas, l'usage de l'eau de mer à l'intérieur serait plus nuisible qu'utile.
Enfin, quoi de plus significatif que ces résultats de la simple eau froide que nous avons constatés après Cullen et d'autres encore. Cependant l'enthousiasme guidé, ici comme toujours en pareil cas, par notre ignorance, avait fait reconnaître à l'eau de mer une spécificité particulière pour les maladies scrofuleuses. Que devient donc aujourd'hui cette spécificité et partant l'absorption des sels marins devant les guérisons de ces maladies par la simple eau de rivière ou de fontaine ?
J'ai parlé plus haut d'un malade que je visitais avec M. Aillaud du Castellet : eh bien ! ce malade qu'on croyait désespéré et sur lequel l'amputation de la jambe avait déjà paru imminente, tant le pied était gravement affecté depuis plusieurs années, a été complètement guéri en six mois par l'eau froide de sa fontaine et , depuis un an , n'a plus pour trace de maladie qu'une sorte de cal, sur le scaphoïde et la tête du métartasien, qui témoigne autant de la guérison que de la maladie de l'os. En effet, la couleur de la peau est à cet endroit parfaitement normale, cette petite grosseur est tout à fait indolente et ne l'empêche pas de faire les plus longs exercices à
la chasse. Cependant, le pied s'était abcédé de toute part, il était énorme, tant l'altération de tous les tissus était considérable et profonde. Les orteils étaient extrêmement effilés et amaigris, circonstance qui jointe au gonflement du pied donne un aspect particulier aux maladies strumeusesde cette région, en même temps qu'elle témoigne de la chronicité du mal.
Malgré toute cette gravité, la guérison a été obtenue sous la seule influence des douches froides, d'une compression méthodique permanente, d'une nourriture moitié herbacée, moitié de viandes rôties très-animalisées, de la combinaison de l'insolation pendant le jour avec l'air frais que ce jeune homme respirait la nuit, en laissant sa fenêtre ouverte.
Est-ce à dire pour cela que les eaux froides simples sont aussi efficaces que l'eau de mer comme le voulait Culleri ? Non, certes, mais de telles observations sont suffisantes pour attester qu'il ne s'agit ici que d'une question de degré, degré auquel concourent, et l'air de la mer par sou action sur l'accomplissement de la respiration et par suite l'hématose, et même les sels marins qui, comme nousl'avons vu, accroissent la densité de l'eau. Densité qui, augmentant la compression à laquelle vient puissamment ajouter l'action de la vague, donne à l'eau tout autant de propriétés dont le concours hâte en même proportion les résolutions, soit par le mouvement circulatoire qu'elles déterminent, soit par les sécrétions qu'elles provoquent, en portant plus activement les liquides sur les surfaces sécrétantes intérieures.
Les effets sont donc analogues sans être identiques. Il en est ainsi des différents modes d'administration intérieure et extérieure de l'eau de mer, qui par tant d'effets divers arrivent aux mêmes conséquences.
En effet, l'eau de mer, prise à l'intérieur à petites doses, facilite l'artérialisation du sang et augmente par conséquent la vitalité générale et la décarbonisalion de l'économie; prise en plus grande quantité et surtout d'une manière soutenue et persévérante, elle liquéfie le sang, entraîne la décomposition et la fièvre hectique. De telle sorte que d'un côté elle facilite les élaborations et l'assimilation et de l'autre elle devient
altérante et assure la résolution des lésions pathologiques. Preuves nouvelles et évidentes de sa puissance et de ses effets, mais aussi nouveaux témoignages de ce que nous nous sommes tant efforcé d'établir : qu'il importe de distinguer les individualités morbides, c'est-à-dire les radications humorales des maladies.
Toutefois, ceci n'atteste que mieux qu'il n'est jamais question que d'un certain degré d'action thérapeutique et pour lequel le médecin doit être averti des conséquences extrêmes, mais toutes utiles, puisque le praticien peut déjà comprendre parfaitement à quelles formes particulières de maladie chacun de ces modes d'administration s'adresse. De même doitil distinguer que si les eaux de mer ont plus de puissance que les eaux ordinaires, c'est qu'on peut les utiliser à l'intérieur pour en multiplier les effets. C'est pour cela égalemenL que les eaux de mer priment sur nos médicaments puisque , par leurs propriétés physiques, on peut provoquer directement nos mouvements organiques, et, par leurs propriétés chimiques, modifier nos fluides.
Aussi, maintenant qu'il est avéré que l'eau froide simple agit sur les maladies scrofuleuses d'une manière très-efficace, serait-il attesté que les bains de mer agissent encore par l'addition des sels du liquide, que ce nouveau fait ne serait qu'une superfétation prouvant seulement toujours mieux ce que nous soutenons depuis longtemps , que notre machine organique n'est qu'un mécanisme à engrenage, qui nous donne souvent des résultats analogues , même par le mouvement d'un de ses rouages les plus opposés. C'est ainsi que la gymnastique, comme le fer, comme les purgatifs, comme l'iode, comme le traitement par l'eau froide simple ou l'eau de mer. guérit la maladie scrofuleuse.
Certes, ceci prouve bien qu'il suffit quelquefois d'attaquer la composition humorale pour agir indirectement sur la fibre organique ou d'activer celle-ci pour modifier ces mêmes élaborations plastiques qui en dépendent1. L'essentiel est de
1. Telles sont les lignes et même le chapitre que j'écrivais en IS'iO et qui sont restés déposés dans les archives de la Société de médecine de Marseille.
bien comprendre ce grand phénomène physiologique qui tient au cercle sans fin de la vie. Mais, par ce même fait, l'eau de mer aura toujours la prééminence sur toute autre puissance thérapeutique, parce qu'elle agit sur ces deux grands phénomènes vitaux à la fois et en même temps ; tandis que le traitement externe dominera toujours l'interne, et parce qu'il est d'une application plus générale sur les différents troubles de notre machine organique , et parce qu'il agit sur notre économie , physiquement sur nos organes extérieurs, chimiquement sur le sang par la respiration de l'air de la mer.
Dans ces deux traitements externes et internes, il n'y a d'ailleurs , comme nous l'avons dit , qu'une différence de choc primitif sur nos différents organes , et, dans leur concours , qu'un degré de puissance de plus.
Ainsi , tandis que les eaux de mer agissent en facilitant l'hématose par la respiration, par les évacuations séreuses qu'elles déterminent, les bains de mer, portant par leur action compressive les liquides de l'extérieur à l'intérieur, doublent la vitalité intérieure organique d'autant plus , qu'ils l'excitent par un sang mieux animalisé , plus décarboné , moins séreux. Et comme ici tout se tient , se touche , se lie
Je n'ai pas voulu y toucher pour mieux montrer que par l'étude attentive des phénomènes, on pouvait arriver aux plus certaines conclusions physiologiques, à quelque point de l'observation qu'on se place, pourvu qu'on sache bien comprendre les rapports des faits de la physiologie avec ceux de la pathologie qu'il faut toujours mettre en regard. Aussi , l'ouvrage de M. Fleury, par les faits nouveaux qu'il renferme, entre-t-il exactement dans toutes ces idées et ces principes. 11 n'y a que cette différence qu'avec des faits sur l'eau froide simple, M. Fleury conclut d'une manière particulière, toute dépendante de l'activité organique qu'il a vu donner à la contraciilité par sa douche. Pour nous, étudiant encore les phénomènes avec les diverses eaux minérales, nous avons dû remarquer les modifications primitives obtenues sur ces liquides par les sécrétions et les conséquences des actions et des réactions de ces deux effets, agissant par retour sur les liquides et les solides de tout l'organisme en mouvement. C'est ainsi que nous avons fait la part de toute chose, et que sortant de l'observation empirique, sans nous emprisonner dans les étreintes d'un système, nous avons considéré tous les phénomènes d'une manière beaucoup plus complète qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, ce qui nous a amené à fixer réellement le degré de puissance et le genre d'effets des principales eaux.
et s'harmonise , plus ce sang sera dépuré par les sécrétions , animalisé par la respiration , mieux il activera la fibre des organes eux-mêmes , déjà impressionnés par la vitalité qu'en ont aussi reçu les centres nerveux qui les meuvent , les dirigent et les provoquent à l'accomplissement de leurs fonctions.
D'autre part, les résultats thérapeutiques sont en tout d'accord avec ces effets. Aussi, voyons-nous bien évidemment que les bains de mer activent la fibre énervée dans une longue maladie et remontent ainsi les ressorts principaux de la machine organique , ou bien ils la tonifient de l'extérieur à l'intérieur, en augmentant les sécrétions intérieures. Grands mouvements circulatoires dont on peut tirer un parti tel, que les résolutions les plus importantes de maladies dyscrasiques en sont la conséquence, parce qu'il peut en résulter à la fois5 une élimination et une régénération dans les fonctions de la nutrition générale.
En effet , ce mouvement de sécrétions intérieures ne peut que déterminer une élimination de l'albumine , en même temps que la transformation en fibrine de la partie la plus parfaite qui en reste; car l'activité chimico-vitale des vaisseaux lymphatiques ne peut s'exercer que dans le sens de la circulation de ce système vasculaire qui se trouve ici accrue de toute l'énergie imprimée, énergie d'autant plus puissante, qu'elle agit encore selon la direction de la fonction. Aussi en résulte-t-il une action toute spéciale pour les maladies scrofuleuses en général, qui réclament, comme l'a dit M. Bégin, la prédominance de l'appareil sanguin ou des élaborations rouges, que nous croyons plus positivement exprimer par fibrineuses.
Donc, l'expérience entraine ici la théorie ; ce qui donne désormais, je pense, tous les droits possibles à cette même théorie de diriger la pratique ultérieure, mieux que ne peut le faire l'observation empirique, tout à fait déchue de ses prétentions , s'il est bien prouvé que nous n'agissons sur le mal que par les impulsions que nous pouvons donner à notre organisme. La chose la plus importante, alors, consiste à connaître les mouvements de ce même organisme, si l'on veut
obtenir des résultats assurés des moyens qui peuvent les provoquer.
Cependant, cherchons mieux encore le véritable mode d'action de l'eau de mer, ce principe résultant de l'expérience, c'est-à-dire recherchons le dernier mot théorique de cette expérience générale dans chacun des modes principaux de l'administration de l'eau marine.
Du véritable mode d'action de l'eau de mer à l'intérieur.
De même que les dernières transformations vitales , qui s'opèrent dans la profondeur de nos tissus , dans le conflit de la molécule des fluides avec celle des solides, consistent en une opération chimique ; de même l'eau de mer , prise à l'intérieur, après avoir excité la contractilité de la fibre qui en supporte le choc , agit chimiquement , comme nous l'avons vu , sur les différentes humeurs avec lesquelles elle peut être en contact. Et surtout , que ce soit l'air de la mer qui pénètre par la respiration , que ce soit l'eau de mer absorbée sur la surface intestinale parles veines et les vaisseaux chilifères, que ce soient les excrétions qui surviennent à la suite de l'action purgative et diurétique , le dernier retentissement s'opère sur la composition du sang, tandis que celuici réagit alors sur les tissus eux-mêmes qu'il modifie pareillement. Ces derniers phénomènes sont parfaitement d'accord avec tout ce que nous apprend la physiologie; il s'agit toujours d'une chaîne dont les anneaux se suivent, à quelque point de son circuit que nous la touchions.
En effet, les organes digestifs débarrassés de leurs mucosités seront plus actifs , les purgations débarrassant le sang de sa partie la plus séreuse , celui-ci étant d'autre part plus oxygéné, mieux décarboné , deviendra à la fois et plus vital et plus animalisé. C'est ainsi que le sang sollicitera plus puissamment les organes, et que l'action de ceux-ci, plus relevée, entraînera mieux à son tour les matériaux excrémentitiels
de ce sang , sur lequel les organes auront encore une action d'autant plus prononcée, que les éléments du sang seront plus concentrés et plus chargés des principes de la décomposition.
Le fait de cette décomposition pathologique est attesté depuis les premiers temps de la médecine , et c'est sur eux que les anciens avaient établi et fondé cette idée si belle , si vraie de coction , qui n'est que l'opération physiologique dont nous traitons. Les urines sédimenteuses , les selles et les sueurs critiques en avaient assuré Hippocrate , comme les recherches modernes l'ont garanti pour jamais, puisqu'on a trouvé dans les selles du pus , de la mélanose , de la matière tuberculeuse, des concrétions, des matières grasses et huileuses. M. Schœlen, de Wurtzbourg , y a découvert de petits cristaux chez des individus affectés de fièvre typhoïde ; tandis que les urines , outre des sels variables et multipliés , charrient aussi de l'albumine et du pus , comme j'en ai vu des exemples dans maintes solutions critiques des maladies.
Ainsi donc nous pouvons dire , avec Bordeu , que dans l'action physiologique des organes , par les excrétions naturelles ou provoquées , il arrive un moment où ces mêmes excrétions se trouvent chargées des matériaux de la résolution. Question thérapeutique immense autant que féconde , parce qu'aujourd'hui, mieux que jamais, on peut dire avec Galien que les deux causes primordiales de nos maladies consistent dans ce qui pénètre dans notre corps ou dans ce qui n'en sort pas; qu'en conséquence, si les surfaces inhalantes sont les atria morborum, les surfaces exhalantes en sont les portes de sortie. Toute la médecine se réduit à cette appréciation physiologique , sauf ces cas où il faut à la fois et en même temps par un effet violent, enlever subitement une quantité notable de tous les matériaux de nos humeurs trop riches ou trop abondantes. C'est alors que nous ouvrons les veines pour débarrasser l'économie des conséquences d'une pléthore qui empêcherait l'action organique , dont la liberté est nécessaire pour la résolution d'une congestion ou celle d'une inflammation. Moyen thérapeutique qui ne fait d'ailleurs que suppléer ou prévenir les mêmes conséquences critiques de
la réaction physiologique , puisque Sydenham disait avec raison : Je tire à volonté par la saignée les crachats de mes pneumoniques.
Donc, à l'exception de ces cas, la thérapeutique consiste à ouvrir des issues aux sécréLions pour rétablir la liberté organique ou pour réveiller sa contractilité en rendant aux humeurs, et leurs qualités vitales ordinaires , et leur juste proportions de rapports dans leurs éléments; circonstances qui facilitent tous les jeux organiques et notamment ceux de circulation , qui entraînent l'absorption et la résolution, dès l'instant qu'une prédominance humorale a été détruite. En effet, comment veut-on obtenir la résolution d'une altération anatomo-pathologique, constituée en partie majeure d'albumine, lorsque cette même albumine se trouve en excès dans le sang et qu'elle y arrive continuellement pour en imbiber perpétuellement chaque molécule de nos tissus? N'est-il pas reconnu, par un des principes physiologiques les mieux établis , que chaque molécule des solides appelle sa similaire dans les fluides et se l'approprie (J. Muller)? Par conséquent, la première condition de résolution, pour une altération anatomo-pathologique, consiste au moins à empêcher son accroissement, en soustrayant à la constitution les matériaux par lesquels celle-ci alimentait la lésion organique.
Si l'on se rappelle tout ce que nous avons dit dans nos études physiologiques, on comprendra parfaitement comment l'administration de l'eau de mer à l'intérieur, en provoquant certaines sécrétions, peut solliciter la résolution. Il ne s'agit que de bien reconnaître si les organes qui doivent servir de support au remède peuvent en subir le choc, ou si l'organisme lui-même, la situation momentanée de l'état humoral, peuvent tolérer l'énergie d'une telle médication. Ce sont là les difficultés pratiques attachées à chaque individualité, que nous avons cherché à expliquer par des faits généraux les plus saillants, les plus importants et les plus ordinaires, et nous croyons, dans ces justes appréciations, avoir rendu service à la pratique, parce que jamais, juscju'ici , la science n'avait pénétré à de si intimes profondeurs.
Toutes ces raisons expliquent toujours mieux , comme nous l'avons établi en principe, que le remède n'agit que par les ressorts organiques qu'il active , les fonctions qu'il modifie, la faculté physiologique qu'il impressionne , et non par ses qualités spéciales sur la maladie même. Toujours, il faut si bien compter avec les forces générales organiques pour réveiller l'absorption dans ses jeux complexes, qu'il est impossible de déterminer la résolution d'une maladie, dès l'instant qu'on ne peut plus solliciter ces mouvements physiologiques locaux et constitutionnels. En voici une preuve qui a dû être manifeste aux yeux de M. le docteur Dugas de Marseille, comme elle a été évidente pour moi.
Un vieillard , de près de quatre-vingts ans , affecté d'une dartre squammeuse humide au périné et au scrotum, avait usé de tous les remèdes prétendus spécifiques ou modificateurs, sans aucune espèce de succès, ce qui ne m'étonnait nullement. Consulté, je déclarai qu'ici , comme d'ordinaire, on ne pouvait atteindre le but qu'en modifiant à la fois la contractilité locale, sous l'action de laquelle devait se faire la résolution, et en corrigeant la dyscrasie générale par les sécrétions, afin d'empêcher cette alimentation de la lésion. Mais, comment faire pour déterminer de pareils mouvements organo-plastiques sur un vieillard , où il est toujours à craindre de troubler les principaux organes et d'enrayer les premières fonctions? Nous dûmes prendre des termes moyens , encore les organes qui devaient servir de support aux premiers chocs médicateurs parurent s'y refuser. Il fallut y renoncer, et le malade a gardé sa maladie. Pourquoi, s'il existait véritablement des modificateurs de la maladie même , ces modificateurs n'agiraient-ils pas aussi bien sur un vieillard que sur tout autre individu? La raison m'en paraît péremptoire et la réfutation impossible \ !
T. Une nouvelle preuve de la question soulevée : c'est que, après qu'on eût reconnu pour impossible d'exciter la contractilité locale, comme d'obtenir la dépuration constitutionnelle générale, on a essayé encore les bains au sublimé , les eaux de Gréoulx , ruais on n'en a retiré rien de plus que ce que j'avais annoncé. Par conséquent, la maladie dartreuse est restée ce qu'elle était,
Ces questions de haute philosophie médicale, qui doivent entraîner et diriger la pratique , comme nous l'assurent et l'observation et les tendances nouvelles de la science , soulèvent cet autre problème : comment être assuré des sécrétions qu'il faut particulièrement exciter , et comment pouvoir comprendre que ces mômes excrétions entraînent des matériaux pathologiques plutôt que tous autres?
Ici réside sans doute le dernier et plus microscopique nœud à délier ; aussi, malgré tous les efforts de M. Fourcault, malgré les nôtres propres, se recommande-t-il plutôt aux progrès à venir de la science qu'à sa situation actuelle.
Cependant, déjà nous pouvons remarquer que la nature, dans sa prévoyance, nous a indiqué que toutes les dyscrasies que nous avons à combattre, pouvaient être heureusement modifiées , quelles que fussent les voies excrémentitielles que nous ouvrissions, puisque nous voyons des maladies scrofuleuses être guéries également par des eaux thermales ou par des eaux froides; comme, également des maladies rhumatiques , par des eaux froides aussi bien que par des thermales. Précisément , doit-on reconnaître que ces faits dépendent des conséquences fortuites de la dynamie organique générale mise en jeu, et de l'harmonie survenue dans les mouvements organiques de la synergie fonctionnelle.
Toutefois, il ressort bien manifestement de l'observation hydrothérapique en général, c'est-à-dire des résultats obtenus par les eaux froides et thermales, avec lesquelles, soit dit et passant, on pourrait faire bien plus sûrement toute la méJecine des maladies chroniques, ainsi que l'avait pressenti Bordeu et comme le reconnaît implicitement mon ami , M. Yulfranc Gerdy , que toutes les fois, comme nous l'avons dit déjà, qu'il fallait diminuer la quantité des sels, des globules et de la fibrine du sang , il fallait aussi relâcher les tissus en général et exciter spécialement les sécrétions de la peau et des reins. C'est pourquoi , dans ces cas, les eaux thermales sont plus spécialement utiles et réussissent mieux , notamment dans la goutte, le rhumatisme , les dartres sèches, les
phiegmasies chroniques intérieures. C'est donc par le mouvement circulatoire, provoqué de l'intérieur à l'extérieur, que s'effectuent le mieux ces sortes de sécrétions; tandis que c'est en même temps un régime alimentaire, sédatif, affaiblissant qui les favorise le plus, comme le prouvent les observations de Massa, Hutin , Mathiole, qui , en voulant constater l'action de certains médicaments sudorifiques, n'ont fait qu'établir plus sûrement, que la faiblesse radicale, amenée par le régime diététique rigoureux, déterminait, plus réellement que le remède, de telles sécrétions.
Par contraire , dans les maladies albumineuses qui manquent de sels terreux , de tonicité de la fibre, le mouvement circulatoire doit être porté de l'extérieur à l'intérieur pour provoquer non-seulement les évacuations séro-albumineuses, qui ne s'opèrent bien que sur l'intestin, mais encore pour activer la tonicité de la fibre organique et lui demander des élaboralions plus complètes , qui déjà , par ce fait de la direction de la circulation , s'opèrent dans les lymphatiques. C'est pourquoi les purgations intestinales, comme les eaux froides, sont particulièrement utiles et avantageuses dans les maladies tuberculeuses, rachitiques et scrofuleuses, et qu'un régime alimentaire dépuratif sec et animalisé trouve ici son indication.
Il résulte donc déjà de nos connaissances théoriques et pratiques que, tandis que, dans certains cas de maladies, il est nécessaire de provoquer des excrétions vers la peau pour diminuer la plasticité des liquides et faciliter la décomposition des tissus, il faut, dans d'autres, pousser la circulation et les sécrétions dans les organes intérieurs, et notamment sur la surface gastro-intestinale, dont l'état dyspepsique, suivant MM. Tood et Clark, serait cause de tous les désordres constitutionnels. C'est par les mêmes raisons que les mouvements physiologiques curateurs à produire, dans les maladies aiguës, réclament ordinairement l'ouverture de toutes les issues, parce qu'ici, le danger est pressant, et que, y ayant surabondance générale , les diacrises doivent se faire par tous les émonctoires et le plus promptement possible , pour empêcher que les ressorts
organiques s'arrêtent sous le faix de leur oppression, et pour diminuer aussitôt l'obstacle qui se présente à l'accomplissement harmonique des fonctions.
Il est vrai que ceci n'explique pas encore comment une sécrétion sollicitée évacuera plus spécialement des matériaux pathologiques que d'autres. Mais, outre qu'on doit concevoir que pour arriver à ce résultat il faut que le consensus organique soit réveillé de proche en proche jusques à retentir sur les opérations moléculaires de la nutrition, on reconnaîtra, j'espère, que c'est déjà un grand pas de fait; car on trouve ainsi à parer à ces deux grandes classes de maladies qui, à différentes époques de l'âge de la médecine , embrassaient toute la nosologie sous l'étiquette générale de strictum et de laxum, ou sous celle de sthénie et d'asthénie, que nous ne répudions pas toujours, et que nous adopterions plus généralement encore si leurs auteurs n'avaient pas cru ainsi scinder le cercle de la vie , et ne la représenter que par l'un de ses segments, les solides.
D'ailleurs tout est harmonie dans les jeux de l'organisme, et dès l'instant que la vitalité de l'organe est réveillée, c'est à lui à sentir par son impressionabilité ou son irritabilité , comme dirait l'école hallérienne, le choix qu'il a à faire dans ses excrétions. C'est donc à lui alors que nous devons confier le dernier terme de l'élimination , et la pratique, mieux que la théorie peut-être, atteste que c'est en effet le meilleur parti à suivre , puisque nous voyons Delpech retirer de bons résultats de l'administration de l'eau de mer à l'intérieur, lorsque l'usage de cette eau à l'extérieur a remonté les forces, et j'ajouterai lorsque les matériaux des résolutions ont été poussés dans le centre circulatoire.
En effet, ce n'est que lorsque l'organe est lui-même malade que s'effectuent des sécrétions désordonnées; tout nous le prouve ainsi, depuis le simple coryza jusqu'à la diarrhée colliquative des phthisiques. C'est de la même manière que l'attestent plus particulièrement les urines albumineuses dans la maladie de Bright, la diarrhée blanche de Piso et d'IIillary, le flux cœliaque de Cullen , même le flux intestinal cholé-
rique, dû, tout au moins, à une sidération profonde de la vitalité du système nerveux ganglionnaire.
Cette ébauche grossière et rapide de tant de merveilleux phénomènes qui se passent dans la profondeur de nos organes, dans leurs actions et leurs réactions harmoniques, dans les opérations moléculaires de la nutrition, comme dans celles des sécrétions , n'est autre chose que la coction. La coction, ce grand phénomène physiologique curateur qu'Hippocrate et tous les anciens, dans leur sagacité, avaient aperçu, mais qu'ils attendaient fortuitement , tandis que les modernes le provoquent , le déterminent , l'effectuent , le remplacent par l'activité de leur médication. En effet , la coction n'est que le résultat des conséquences dernières de ce mouvement organique tout entier, que Ton peut résumer dans ces deux mots : absorption, élimination. Or, la nature, abandonnée à ses propres forces, l'effectue dans un sens, et l'art dans un autre. Tandis qu'elle commence par faire réagir la fibre sur les liquides, nous, nous diminuons, nous atténuons ces mêmes liquides, ou nous les concentrons, pour faire contracter sur le vide opéré cette même fibre. C'est ainsi qu'en partant d'une idée très-connue de Sydenham, on peut comprendre comment la fièvre va réveiller la contractilité de la fibre générale, et comment ensuite ce mouvement d'expansion ouvre les canaux sudipares de la peau. Ce mouvement est une contractilité développée, agissant de l'intérieur à l'extérieur et qui s'opère toujours au début des maladies, dans leurs plus grandes périodes d'acuité. Mais, comme notre mécanisme organique, même pour soutenir son action motrice, pour conserver sa synergie , est forcé de réagir après avoir agi, ce même mouvement d'expansion a son retour, retour qui implique l'idée de la contractilité de la fibre de l'extérieur à l'intérieur. C'est alors que s'opèrent véritablement les sécrétions intérieures, et, si on l'observe de près, les selles critiques : conséquemment les évacuations bilieuses n'arrivent qu'à la fin des maladies, lorsque le pouls s'est resserré , que la peau a perdu de sa turgescence et de son activité fonctionnelle. Voyez, en effet, ces fièvres typhoïdes abandon-
nées pour ainsi dire à la nature, et vous verrez que des flux intestinaux , qui s'effectuent souvent sans conscience de la part du malade, alors qu'il y a eu résolution des forces extérieures, jugent la maladie et ramènent le malade à la santé.
Lorsqu'au contraire nous purgeons par les eaux de mer, ou par tout autre agent médicinal, nous déterminons tout d'abord une évacuation et une certaine fluxion sur l'organe, de sorte que les liquides se trouvent sollicités vers ce courant, ce qui pareillement entraîne la contractilité dans cette direction. Seulement, ici, les tissus ne se contractent que sur la stimulation directe ou sur le vide opéré. D'où il suit que, pour que le retentissement ait lieu jusque dans les opérations moléculaires de la nutrition, il faut un temps plus ou moins long et toujours la répétition prolongée du même phénomène. Mais, il arrive un moment où ce courant et les matériaux de lanutrition, qu'il entraîne, sont bien manifestes, car, je pourrais produire nombre d'observations qui en témoigneraient. 11 en est cependant fort peu de plus significative que cette induration du sein dont j'ai rapporté l'histoire, lésion et transformation anatomique tellement grave, que cette femme me disait ces jours-ci, que peut s'en était fallu qu'elle consentit à l'amputation qu'on lui avait proposée. Cependant, dès que par l'effet des purgatifs répétés, l'amaigrissement fut sensible, et qu'il fut évident que le retentissement portait jusque dans les opérations intimes de la nutrition générale , la résolution de l'altération marcha si rapidement, qu'on pouvait eu suivre les progrès journaliers.
Les eaux de mer donc, parleur action. purgative, diurétique, et même par leur action altérante, qui n'est peut-être qu'une conséquence des sécrétions lentement provoquées, ainsi que le pensent MM. Trousseau et Pidoux, diminuent la masse du sang, l'atténuent et même le fluidifieraient, à force de pousser à la contractilité fibrillaire, réveillée sous l'influence des évacuations provoquées et répétées.
Cependant, comme on ne peut donner à l'organisme un courant trop longtemps continué dans la même direction éliminatrice, surtout sur les intestins, organes dont l'action in-
?>lti HYDROTHÉRAPIE GÉNÉRALE.
verse a besoin d'agir pour soutenir la vie; que d'ailleurs, dans les maladies auxquelles les eaux de mer à l'intérieur s'adressent, il s'agit en même temps de régéuérer : il s'en suit qu'il n'y a dans ces cas que certains matériaux du sang éliminés et que les éléments qui sont absorbés par la digestion ne font qu'ajouter aux principes qui restent dans la circulation. De sorte que, ce même sang ne s'atténue et ne se fluidifie pas toujours par les effets diacritiques intestinaux : au contraire, il peut s'animaliser davantage, soit par sa plus grande vitalité acquise dans l'accomplissement plus parfait de la respiration, soit parce que les évacuations intestinales, hépatiques, pancréatiques, rénales, etc., entraînant tout d'abord la la partie la plus séreuse du sang, l'albumine la moins parfaite, de même que les principes les plus excrémentitiels et les éléments les plus carbonés, l'autre partie plus physiologique, étant retenue dans les lymphatiques, n'est que mieux tranformée en fibrine, en même temps que les nouvelles élaborations lui apportent de meilleurs matériaux fibrineux. C'est ce qui explique pourquoi les purgatifs sont particulièrement utiles aux constitutions séreuses et albumineuses, et comment ils deviennent nuisibles à moins de certaines conditions diététiques dans les tempéraments avec prédominance fibrineuse, qu'on a appelés à tort, sanguins, nerveux ou bilieux; car de telles dénominations n'expriment rien de suffisamment déterminé , comme nous le montrerons dans un autre ouvrage.
Le genre d'alimentation concourt donc puissamment aux derniers résultats obtenus par l'eau de mer, et par conséquent, il n'est plus douteux qu'on pût en obtenir d'autres, si, au lieu de permettre une nourriture tonique, restaurante etanimalisée, on ne prescrivait qu'une diététique sédative, rafraîchissante et atténuante; mais, ce serait aller évidemment à l'inverse du véritable mode d'action de l'eau de mer, qui, comme on doit le voir toujours mieux, tend manifestement à l'élimination albumineuse, à une meilleure élaboration de cette partie soluble du sang, et enfin à une transformation de cette albumine en fibrine. Résultats définitifs amenés par l'action
complexe des diverses substances renfermées dans l'eau de mer et que nous avons appréciés plus haut.
Cependant ce résultat final de l'action de l'eau de mer à l'intérieur, par les conséquences dernières de tous ses effets physiologiques, n'empêche pas de pouvoir utiliser quelques-unes de ses actions intermédiaires qui, avec des applications résultant des considérations qui précèdent, trouveront leur opportunité dans plus d'une situation de différents états pathologiques. En effet, la transformation organo-humorale que nous venons de constater est nécessairement fort lente, tandis que le premier phénomène apparent est l'exaltation des sécrétions, l'élimination. Les premières actions de l'eau de mer tendent donc à diminuer la quantité des liquides et des solides de l'économie. Dès lors la tonicité de la fibre est nécessairement réveillée, ce qui permet les résolutions sous l'influence de l'absorption, excitée par la réaction des solides sur les liquides. Seulement, que le praticien se souvienne bien que de tels phénomènes ne s'opèrent que dans certains moments que nous indiquons, et que, s'il avait besoin d'en prolonger les effets avant la transformation albumineuseen fibrineuse, il faudrait qu'il joignit à l'action de l'eau de mer celle du régime alimentaire, toujours adjuvant ou correctif. Ces considérations sont de la plus grande importance en pratique; elles la constituent, même en partie majeure, comme nous l'indiquerons plus longuement dans un autre chapitre. Tout ce que nous pouvons dire ici, c'est que, tant qu'il s'agira de résolutions, comme on ne peut les obtenir que par les éliminations, on se trouvera bien mieux d'un régime herbacé pour les dyscrasies que d'une nourriture forte et animalisée, qui devra être réservée pour le moment de régénération. De la même manière les phlegmasies chroniques, liées encore à une réaction constitutionnelle puissante, réclameront avantageusement un régime lacté ou végétal.
On doit comprendre véritablement que, de cette façon, la médication marine doit retentir le plus directement possible jusque dans la molécule même des tissus, dans les opérations intimes de la nutrition. Action extrême et capitale, constam-
ment favorisée par la contractilité de la fibre ; car, nous l'avons vu, c'est toujours lorsque l'amaigrissement est plus prononcé que les liquides humoraux sont plus diminués, que les résolutions s'effectuent plus souvent et plus rapidement. L'observation clinique sanctionne ce fait aussi bien que le démontrent les expérimentations de divers physiologistes etdeM. Magendie en particulier.
Or, cette contractilité est encore nécessairement activée directement et depuis les premiers rudiments fibrillaires, par le contact immédiat de l'eau marine, qui finit par imbiber tous les tissus, dès l'instant qu'elle a été absorbée depuis longtemps et qu'elle sature l'individu. En effet, ce qu'il y a de certain, c'est que ce contact impressionne la contractilité locale, comme l'attestent les divers cataplasmes résolutifs faits avec le sel marin, la propriété styptique enfin qu'on lui reconnaît par son action hémostatique.
Faits qui ne contrarient nullement son action purgative particulière sur l'intestin , ni même son action généralement diacritique ; car ces diverses circonstances tiennent aux doses et aux modes divers par lesquels on l'administre, ce qui n'empêche pas l'action immédiate et l'action de retour. C'est ainsi que l'on voit l'eau de mer, prise à petites doses, constiper, et qu'on observe surtout une constipation opiniâtre après une abondante purgation, etc. D'ailleurs, je l'ai déjà fait remarquer ! dans quelque organe que ce soit, par le fait d'une impressionnante quelconque, mettant toujours enjeu la contractilité et la sensibilité de ses tissus , il n'y a pas d'action sans réaction. C'est une loi de la vie !
Aussi, le véritable mode d'action de l'eau de mer, même à l'intérieur, consiste à contracter la fibre organique en général, ce qui ne fait qu'aider à son action diacritique, éliminatrice , résolutive et régénératrice, que l'observation nous démontre, et que l'on conçoit d'autant mieux que la contraction générale des tissus force ceux-ci à exprimer les liquides qu'ils contiennent, dans les couloirs des sécrétoires. D'où l'on peut induire encore que, lorsque, par une médication altérante, telle que celle de l'eau de mer, prudemment et habilement di-
rigée , nous sollicitons des éliminations, des résolutions et des régénérations, nous copions pour ainsi dire le mécanisme d'action qu'emploie le consensus organique naturel dans la coction, et nous agissons alors, dans les maladies chroniques, comme la réaction entière de l'organisme, par sa synergie vitale, agit dans les maladies aiguës.
Dernière conséquence qui explique, ce qu'avait tant cherché Bordeu, la nature et la manière d'être des maladies chroniques dont il avait peut-être déjà soupçonné le phénomène physiologique, lorsqu'il conclut en finale, qu'elles ne sont que des aiguës allongées.
Du véritable mode d'action de l'eau de mer à l'extérieur.
Nous avons déjà répondu à la première moitié de la proposition de la Société impériale de Médecine de Marseille : Les eaux de mer agissent-elles plus spécialement par leurs sels ou par leur température et les vagues? Oui, avons-nous dit, les eaux de mer , prises à l'intérieur , agissent particulièrement par leurs sels et leurs divers agents chimiques.
11 nous reste donc maintenant à examiner s'il en est pareillement ainsi, lorsqu'on les prend en bains seulement.
Or, pour être bien assuré de cette action, nous avons trois circonstances de l'observation à étudier.
1° Ne déterminent-elles pas encore des effets fort remarquables par des bains à courte durée?
2° Même daus les bains assez prolongés, l'absorption cutanée est-elle possible?
3° Comment expliquer l'action analogue de l'eau froide ordinaire dans les maladies où l'eau de mer paraissait même avoir eu une action spéciale , qu'on décorait de spécifique?
Les effets des bains de mer à courte durée sont tellement prononcés, que bien des praticiens distingués et expérimentés s'en sont fait une règle générale ; tandis que ce mode d'administration est impérieusement commandé dans tous les cas
de faiblesse trop marquée, dans ceux où la maladie conserve trop d'excitation, l'individu plus d'irritabilité.
Néanmoins, dans toutes ces circonstances, ils déterminent des résultats thérapeutiques favorables , non-seulement pour ces maladies ou ces restes de maladies, qui ne demandent qu'une impulsion organique devant réveiller la synergie vitale, l'équilibre des fonctions ; mais même quelquefois dans les dyscrasies les plus graves. Certaines observations de Delpech, sur les maladies scrofuleuses des os, des articulations, sur le mal de Pott, l'attestent suffisamment.
Or, dans ces résultats , l'action des sels de l'eau de mer y est-elle absolument étrangère? Oui, si l'on veut comprendre cette action par les effets chimiques qui peuvent résulter de l'absorption de ces sels ; non, si l'on ne veut tenir compte que de la densité plus grande que ces sels donnent au liquide.
Véritablement, les effets de la densité de l'eau sont immédiats à l'immersion. Il suffit de se plonger dans ce liquide pour que cette propriété physique de l'eau se fasse immédiatement sentir sur notre organisme, la raison l'implique indubitablement. C'est un effet physique que l'on pourrait calculer mathématiquement , et qui est tellement sensible , que plusieurs praticiens auraient distingué que les bains tièdes,dans lesquels on jetait une ou deux livres de sel marin , étaient moins énervants. Est-ce encore une illusion, ou y aurait-il également ici une action astringente, styptique, et par conséquent tonique sur la contractilité ?
Quoiqu'il en soit, on ne saurait admettre l'absorption de l'eau de mer dans les bains à courte durée. A peine, si la chose eût été supposable quoique irrationnelle, alors qu'on croyait que les bouches hydrophores de la peau étaient aussi bien aptes à exhaler qu'à inhaler. Mais aujourd'hui, après les travaux de Rudolphi, Lauth, Fohmann, Panniza, Haasse, Doëllinger, Magendie, Fodera, cette opinion est impossible; tandis que les recherches de Cruikshank, Meckel, Humboldt, Beclard, Dutrochet et surtout Breschet et Roussel de Vauzène, démontrent qu'il n'existe que des rapports de contiguïté entre la surface cornée del'épiderme et les lymphatiques qui se ter-
minent par des anses sur le derme. D'où il suit que, pour croire à l'absorption, il faut tout d'abord comprendre l'imbibition de Tépiderme et de la paroi de l'anse lymphatique. Or, je demande si c'est possible dans un bain de courte durée ? tout le monde répondra hardiment : non !
L'absorption de l'eau de mer, dans les bains à courte immersion, est donc rationnellement inadmissible. Alors, c'est dans les effets de la température, de la densité de l'eau et du mouvement des vagues, qu'il faut en chercher le véritable mode d'aciion.
Mais, voyons maintenant, si, dans un bain prolongé, cette absorption n'est pas possible ; pour cela faire, il faut premièrement constater sur quoi on s'était fondé pour admettre cette même absorption.
Ce qu'il y a de plus manifeste , c'est qu'on en avait jugé à priori, et de ce qu'on avait vu clairement des narcotiques, du mercure, pénétrer dans la peau par des frictions, de la digitale, de la scille, appliquées sur la surface cutanée retentir évidemment sur les sécrétions urinaires, on avait d'autant mieux conclu à l'absorption de l'eau marine, comme de tout autre :
1° Que la soif après l'immersion était diminuée ;
2° Que les déjections de l'urine étaient plus fréquentes.
Post hoc ergo propter hoc ! Il n'y avait malheureusement qu'un léger inconvénient : c'est que les prémisses qui entraînaient la conclusion étaient fausses.
1° Il n'y avait pas, ici, de frictions qui excitaient la peau et forçaient à la pénétration ;
2° La diminution de la soif au lieu d'être la conséquence de l'absorption, était celle de la suppression de l'exhalation cutanée, comme l'atteste la suppression, aussi très-rapide, du sentiment éprouvé.
3° Les applications dont on tirait la conséquence étaient de fort longue durée, et donnaient tout le temps à l'imbibition.
4° Enfin, les déjections urinaires dans le bain ont lieu tout aussitôt par l'effet de la contraction musculaire, déterminée
de la même manière que par des linges imbibés d'eau froide appliqués sur l'hypogastre et le périnée. Bien des praticiens ont constaté cet effet dans des dysuries; tandis que M. Cazenave, il n'y a pas bien longtemps, a conseillé d'entourer le bassin de glace dans le cas de paralysie de la vessie.
D'ailleurs, ces urines, celles surtout que l'on rend après le bain, pour être le résultat de l'eau absorbée, devraient être plus limpides. Or, j'ai manifestement observé le contraire: elles sont peu abondantes et plus colorées ! preuve évidente qu'elles sont la conséquence de la congestion sanguine qui s'opère sur les surfaces intérieures, que tant d'autres raisons nous ont aussi démontrée.
Donc, les motifs qu'on a donnés pour l'absorption de l'eau de mer manquaient de base, de faits suffisamment vrais. Elle n'a, par conséquent, jamais été établie, bien que l'on répète partout et sans discussion, que, d'après les expériences de Cruikshank et Falconnet, la moyenne d'eau absorbée, dans un bain tiède, est de quatre à cinq livres environ par heure.
Cependant, il paraîtrait manifeste, d'après les expérimentations de M. Fourcault, que l'absorption cutanée est évidente: les animaux qu'il aurait mmergés avaient tellement absorbé, qu'il trouva en abondance de l'eau infiltrée dans le tissu cellulaire, et que leur chair avait perdu la majeure partie de sa saveur : c'était enfin une vraie macération. Mais M. Fourcault opérait sur des canards plumés et les laissait jusqu'à la mort, c'est-à-dire environ vingt heures dans le liquide.
Or, qui peut assurer que ce déplumage ne soit pour rien dans le phénomène d'imbibition? Qui peut assurer que ce n'est pas dans la dernière heure, dans le dernier quart d'heure, alors que la contractilité est éteinte ou près de l'être, que se fasse cette imbibition et non cette absorption?
Ce qu'il y a de certain, c'est que j'ai pris des bains tièdes d'une heure et plus,. en ayant soin de tenir compte des liquides excrétés, et je n'ai pas plus pesé après qu'auparavant. J'ai longtemps été étonné de ce résultat après tout ce qui a été dit de l'absorption cutanée, et, cependant, je ne suis pas le seul à être arrivé aune telle conséquence; car j'ai lu depuis dans
Bordeu : « Une personne plongée dans les bains de Baréges pendant environ une heure, ne change presque pas , quant à son poids, et assez souvent, elle pèse moins après le bain qu'auparavant. .. Un corps plongé dans l'eau de nos bains, n'en reçoit rien ni ne lui communique rien ordinairement.... Par conséquent, l'opinion suivant laquelle on assure que l'eau du bain pénètre toujours les pores de la peauet produit des changements dans les organes et les humeurs, doit être mise au rang des opinions hasardées , et qui ont besoin d'un examen ultérieur. » (Ouv. cit., p. 927.)
Aussi, physiologistes, comme praticiens, sont d'accord aujourd'hui sur ce point : qu'il n'y a d'absorption ni dans le bain froid, ni dans le bain chaud; tandis qu'ils l'admettent, par raison seulement, dans le bain tiède. (Voy. V. Gerdy, études sur les eaux d'Uriage, p. xxvn). On ne peut, en effet, pas plus comprendre l'absorption d'un liquide alors que la peau est contractée, qu'elle a exprimé ses propres liquides, qu'alors que ses vaisseaux sont distendus, ses tissus turgescents, et sous l'influence d'une vitalité active dans un cas comme dans l'autre, vitalité bien plus puissante qu'une simple action physique d'imbibition.
Or, d'après ces faits et ceux que je produis , il restera démontré que l'absorption n'est possible ni dans le bain froid ni dans le bain chaud , et que si elle l'est dans le bain tiède, ce n'est qu'à la condition qu'il soit très-prolongé.
D'autre part, par d'autres raisons, sans doute, M. le professeur Rostan aurait dit, dans le Dictionnaire en 25 volumes : « Que la plupart des eaux minérales thermales n'ont, sous forme de bain , que l'action des bains chauds ordinaires. »
Certes, cependant, ici, on a tellement cru à l'absorption de la peau , qu'on a invoqué le fait des eaux thermo-minérales pour conclure en général à ce phénomène physiologique. Cela paraissait bien naturel, dès l'instant que les sueurs des baigneurs sentaient le soufre et en contenaient réellement.
Malgré ce fait indubitable, le professeur de l'école de Paris a raison ; car , ici encore , on a confondu les phénomènes.
Oui, les sueurs sentent le soufre; oui, les sueurs en contiennent; mais, est-ce la preuve que ce soufre s'est introduit parla peau?
Tout atteste le contraire ! Dans les eaux thermales sulfureuses , l'hydrogène sulfuré se dégage ou le soufre sublimé se volatilise en majeure partie, de telle sorte que ce soufre est plus facilement appréciable dans l'atmosphère des thermes que dans l'eau. Aussi , l'absorption de cette substance se fait par la respiration plutôt que par la peau , car , chacun peut remarquer qu'il suffit de descendre dans les vestibules des thermes, dans les lieux où l'eau en s'écoulant se volatilise, pour être dans une atmosphère de vapeur, au milieu de laquelle on ne tarde pas d'être en nage , quoique les vêtements empêchent le contact de cette vapeur avec la surface cutanée. Donc, c'est à l'endosmose pulmonaire qu'est due cette sueur , et , pour me rendre entièrement compte du phénomène, j'ai voulu voir si, pendant que tout mon corps serait dans l'atmosphère thermale et ma respiration à l'air extérieur, la même action continuerait. L'expérimentation était facile, d'autant que Bichat nous eu avait indiqué le moyen , pour un motif à peu près semblable. Mais la raison de l'observation m'a forcé d'en conclure à l'opposé de l'illustre anatomo-physiologiste; car ma sueur passa presque aussitôt que je respirai l'air extérieur, et ne revint de nouveau que lorsque je rentrai encore dans la vapeur hydrosulfureuse.
Donc, dans bien des circonstances de la nature de celle-ci, ce qu'on a attribué à l'absorption de la peau doit être rapporté à Finhalation pulmonaire, et Bichat a dû se méprendre, dans une telle question, d'autant plus facilement, qu'il cherchait à prouver l'absorption de la peau, sur lui, par l'atmosphère de l'amphithéâtre , lui si saturé de l'odeur du cadavre, qu'Alibert, son camarade et son ami, me racontait, au milieu de plusieurs anecdotes, dans lesquelles figurait aussi leur ami Richerand , que le laborieux anatomiste , quoi qu'il fît , ne pouvait s'approcher des personnes de la société.
Par tous ces motifs assez probants, j'espère, je conclus
donc que l'absorption cutanée dans le bain de mer n'est pas possible, et qu'il faut, par conséquent, aller chercher ailleurs la cause de ses effets physiologiques curateurs.
Or , elle est vraiment ailleurs , cette cause , puisque nous avons rapporté des guéiïsons par l'eau froide sim pied ans les maladies scrofuleuses, pour lesquelles on avait cru à la spécificité de l'eau de mer. Ces observations sont évidentes, et ne sont encore que la continuation de celles de Cullen, de Priessnitz, et d'autres praticiens que nous aurions pu invoquer; car, Graëfenberg et différents établissements hydrothérapiques en ont fourni des exemples, même à notre connaissance.
Les eaux de mer ne peuvent donc agir en bain par leurs qualités chimiques. Et ici , je dois repousser plus énergiquement encore que le fait imaginaire de l'absorption, cette autre pré- ■ ten lion , que par l'irritation amenée à la peau , elles révulseraient des phlegmasies intérieures, réveilleraient la tonicité de l'en- I veioppe extérieure , d'où s'en suivraient toutes les magnifiques I conséquences qu'on bâtissait après Broussais sur la révulsion. | C'est ainsi que j'ai repoussé, ailleurs, toute cette théorie de i la poussée, produite exceptionnellement par les eaux miné- I raies thermales, comme par les eaux froides de mer ou de fontaine , car toutes l'amènent également. Aussi était-il absurde, comme on l'avait fait, de fonder sur cet épiphénomène accidentel toute l'action thérapeutique complexe et harmonique des eaux minérales. Pour avoir une idée aussi pauvre, il fallait ignorer le mécanisme par lequel se résout et se dissipe toute phlegmasie ; il fallait fermer les yeux devant les actions physiologiques réactionnelles de tout l'organisme , lorsque s'opèrent les résolutions. Ces résolutions , qui ne sont que la conséquence des réactions fonctionnelles de nos organes, sont entraînées par la contractilité, augmentant le mouvement de la résorption. Or, c'est cette condition physiologique surtout, que les anciens appelaient coction, lorsqu'elle amenait des éliminations sensibles par les sueurs, les selles, les urines. Évidemment, cette éruption à la peau, constituant un fait exceptionnel , individuel , accidentel, ne peut rien venir faire
dans une question aussi générale que celle-ci, où nous avons besoin de trouver la résultante de toutes les actions de l'eau de mer. Elle ne peut tellement rien , et les principes chimiques de l'eau marine sont si étrangers à de tels épi phénomènes, que M. Champouillon , en parlant de la thérapeutique de l'eau ordinaire, dit : « Dans les expériences que j'ai faites, j'ai été moins frappé des guérisons obtenues que des phénomènes critiques qui les ont précédées. Lorsque les symptômes avaient perdu toute leur gravité, au moment où les malades entraient en pleine convalescence , j'ai vu apparaître plusieurs fois, sur différentes régions du corps, des abcès, des furoncles phlegmoneux avec mortification du derme et du tissu cellulaire sous-cutané... . Lorsque ces abcès se multipliaient, le malade succombait presque toujours à l'abondance de la suppuration, » (Citation de M. Fourcault.)
Certes, voilà des effets bien graves et assez significatifs pour de l'eau simple. Que pourraient-ils être, s'ils étaient amenés par les propriétés chimiques des eaux minérales ? Cependant on n'en a jamais observé de comparables par ces eaux, de quelque nature qu'elles soient. Aussi , ne voyonsnous pas dans ce cas une crise, comme M. Champouillon; nous n'y voyons que la preuve d'une administration hydrothérapique imprudente , parce qu'on n'a pas su mesurer l'action de l'eau avec la synergie physiologique générale.
De tels résultats, avec de l'eau froide comme avec de l'eau chaude, simple ou minérale, ne témoignent, en effet, que d'une chose : c'est qu'on s'est obstiné à pousser le mouvement organique à la périphérie, tandis qu'on aurait dû se borner à obtenir un simple courant à la peau, ou peut-être uniquement, à rétablir une certaine harmonie organique, pour laisser distribuer les éliminations aux couloirs des divers appareils sécrétoires. Je pourrais produire divers faits qui attesteraient directement cette manière de considérer les choses ; mais ce qui l'assure encore , c'est que , lorsque fortuitement un pareil épiphénomène est amené par les eaux de mer ou les eaux minérales , les médecins les plus prudents et les plus expérimentés arrêtent aussitôt la médication et
prescrivent la diète, le repos, des saignées même, souvent des bains tièdes, qui, en ramenant l'équilibration fonctionnelle, changent ce mouvement d'expansion exagéré en un mouvement bien évident de concentration , comme dans la fin des maladies aiguës, qui se jugent aussi par des sécrétions alvines ou urinaires. J'ai, en ce moment , une dame, en traitement parles eaux de rivière, et quoique les bains froids ne soient pas encore allés jusqu'à la poussée, mais simplement à la fièvre , j'ai suspendu la médication.
Ainsi donc, qu'il soit bien entendu que de pareils épiphénomènes ne peuvent être rapportés aux propriétés chimiques de l'eau de mer, mais encore et toujours, aux réactions physiologiques amenées par les qualités physiques de l'eau , qualités, je suis forcé de le reconnaître, d'autant plus puissantes qu'elles seront plus prononcées. Aussi , c'est à la densité, à la température froide et aux mouvements des vagues que l'on doit rattacher les actions physiologiques et partant thérapeutiques des bains de mer. Peut-on en douter aujourd'hui, après les merveilleux résultats qu'a obtenus M. Fleury, avec sa simple douche froide ?
Mais ces effets ont été assez étudiés plus haut pour que nous n'y revenions pas. Seulement, nous devons dire que l'eau de mer, à moins d'être employée à une température trop froide et par des immersions trop courtes, tendra manifestement à la contractilité générale de l'extérieur à l'intérieur, comme tank de faits cités l'ont prouvé. Ici, même, tout y concourt, et d'une manière à rendre cette action absolument vitale, soit par la densité de l'eau, soit par la température , soit surtout par la pression intermittente des vagues, qui excitent la contractilité selon le propre mode d'action physiologique de la fibre, c'est-à-dire par action et repos alternatifs, condition infiniment importante, qu'aucune autre eau que celle de mer ne saurait jamais fournir, et que ne remplace , ni l'action limitée de la douche, ni celle trop continue de l'eau courante. D'autant encore, que cette vitalité amenée ainsi à la libre, suivant la propre impulsion de sa nature, est sans doute accrue, par l'inlluence que reçoit, de l'électricité de la mer, la sensi-
bilité qui anime la fibre. Cette influence est pareillement d'autant plus prononcée, que l'intromission du fluide électrique dans l'organisme se trouve plus considérable, et l'impressionnabilité de la fibre plus souvent excitée par l'intermittence de la vague , qui , chaque fois , met en contact de la surface du corps une autre partie du liquide, venant ainsi se décharger de l'électricité qu'il contient.
Ces effets de contractilité de l'extérieur à l'intérieur, sans compter leur retentissement sur ces organes intérieurs et la réaction de ceux-ci , rappellent ces mouvements, en tout semblables, qui amènent cette opération sublime de l'exaltation de la résorption qu'on a appelée coction. En effet, nous avons constaté que ce phénomène était dû à ce mouvement de contractilité de retour qui, en poussant les liquides à l'intérieur, déterminait et les résolutions et les éliminations, en présentant les fluides et les matériaux pathologiques qu'ils contenaient aux bouches exhalantes des sécrétoires. Le même résultat est ici la conséquence des mêmes effets. C'est la contractilité de tous les tissus sus-squelettiques , c'est le spasme vital périphérique déterminé qui refoule les liquides dans les capillaires intérieurs et qui augmente de cette ma- ; nière les sécrétions intestinales, hépatiques, rénales, etc., d'où les résolutions, d'où les éliminations, d'où les régénérations, et, par une suite de conséquences, par la continuité ou la répétition des mêmes phénomènes physiologiques , la transformation albumineuse en fibrineuse que nous avons assez expliquée.
Donc , il y a accord parfait , quoiqu'avec certaines différences dans les premiers effets , entre le véritable mode d'action de l'eau de mer prise à l'intérieur ou à l'extérieur, ce qui témoigne , nous le répétons encore , de la puissance d'une telle médication et par conséquent de sa supériorité , toutes les fois qu'il est possible de faire concourir ses différents modes d'administration dans leur ensemble et leur simultanéité d'action.
En effet, que son action soit physique ou chimique , le véritable mode d'action de Peau de mer consiste à ranimer le
mouvement organique, c'est-à-dire la contractilité générale de la fibre , sous l'influence de laquelle s'exécutent les fonctions des organes , les sécrétions et les élaborations.
A l'intérieur, l'eau de mer, introduite et mêlée aux liquides, excite indirectement cette fibre, soit par ses propriétés chimiques avec lesquelles elle l'impressionne, soit par les évacuations des liquides provoquées directement à la suite de son action purgative et diurétique. Alors, encore, la contractilité est augmentée par le retour de la fibre sur la moindre quantité de liquide, existant dans le torrent circulatoire.
A l'extérieur, par sa température froide et sa densité, elle excite directement cette même fibre , qui détermine indirectement à son tour ces mêmes évacuations.
D'où il suit toujours et les résolutions et les éliminations et les régénérations que nous observons, et cette prodigieuse conséquence, que le cycle de la vie se trouve ainsi impressionné sur chacun de ses deux segments : solides et liquides.
Solides et liquides qui représentent ces quatre aboutissants physiologiques de toutes nos fonctions : la sensibilité, la contractilité, la caloricité et la nutrition.
Sensibilité, contractilité, caloricité et nutrition, dont les liens inséparables expliquent comment en relevant l'une on ranime l'autre. D'où suivent aussi l'explication de tant d'actions thérapeutiques diverses, et notamment celle des différents modes de toute la médecine hydrothérapique froide.
Mais est-ce là avoir compris tous les phénomènes? Est-ce que cet emploi en thérapeutique du froid et du chaud se bornerait à diriger le courant organique par la contractilité dans telle ou telle direction, et ses conséquences se limiteraient suivant cette direction aux élaborations ranimées, ou par le genre d'organes sécréteurs activés à l'espèce de sécrétion? Est-ce que cette soustraction ou cette imbibition de calorique n'aurait pas encore une action importante sur ces mêmes sécrétions, soit en modifiant les mouvements mêmes de composition et de décomposition, par le choc des molécules des solides et des liquides dans les derniers phénomènes de la nutrition, soit en impressionnant la sensibilité même? et cela
lorsqu'on assure comme Currie , le thermomètre à la main , que l'eau froide soustrait du calorique.
Dès lors, nos conclusions sont-elles justes lorsque tous les auteurs classent le calorique parmi les excitants les plus énergiques, et que nous le déclarons au contraire affaiblissant par ses conséquences?
Pour arriver à la solution de ce nouveau problème, il faut d'abord ne pas oublier les divers faits que nous avons produits et ne pas confondre le calorique en lui-même avec la faculté organique de le produire.
Sans doute nous ne craignons pas de considérer, avec Récamier, le calorique comme le stimulant du sens vital, puisqu'il est l'élément de toutes les réactions salutaires, ainsi que le font remarquer MM. Trousseau et Pidoux {Traité de Thérapeutique , t. I, p. 362, lre édit.); mais à propos de la face de la question qui nous occupe, voici, je crois, où en est arrivée la science : La chaleur et la faculté animale de la produire sont si distinctes, que « l'organisme recèle en lui les moyens de neutraliser le froid et le chaud, de conserver au Sénégal ou en Sibérie, dans une étuve ou dans une glacière, la somme invariable de calorique. » (Trousseau et Pidoux , ibid., p. 365. ) « Ce qui ne veut pas dire que la température effective du corps soit plus élevée en hiver qu'en été : il ne s'agit que de Impuissance capable de produire ce résultat
suivant le besoin. (Ibid., p. 367.) La conclusion
forcée de tout ce qui précède est donc la suivante , que nous tirons du bel ouvrage de M. Edwards : (De V Influence des agents physiques sur la vie). « lise fait un changement considérable dans la constitution des animaux à sang chaud par l'influence des saisons : l'élévation soutenue de la température diminue leur faculté de produire de la chaleur, et l'état opposé l'augmente. » (Ibid.,]). 368.)
En même temps Currie constate l'abaissement de la température par le thermomètre. Comment concilier tout cela? Lorsque Giannini , « tout en reconnaissant la vérité de cet axiome d'hydriatie pratique, reproche à Currie d'avoir trop restreint l'action de l'eau froide sur l'économie , en ne con-
seillant de l'appliquer que dans les cas où la chaleur se trouvait augmentée, tandis que lui, Giannini, s'était trouvé fort bien de son emploi dans les dernières périodes du typhus, lorsque la chaleur animale était plutôt diminuée qu'augmentée.» (Schedel, Examen clinique de l 'Hydrothérapie, p. 10.)
En ajoutant à tous ces faits ceux de nos recherches analytiques, nous ne pouvons voir ici que des phénomènes expliqués isolément, lorsqu'ils auraient dû l'être dans tous les éléments de l'organisme, comme dans toutes les conditions où celui-ci se trouvait.
Ainsi les faits nous disent assez haut que si, en hiver, nous avons plus de puissance calorigénésique , c'est que l'acte de la respiration s'accomplit mieux avec un air plus dense ou plus pesant, comme nous l'avons montré par l'observatiun de tant de phénomènes et le rapprochement de tant de faits. Aussi, avons-nous pensé que plus le sang est oxygéné, plus il y a de carbone brûlé dans les capillaires , plus il doit y avoir de chaleur produite. La faculté calorigénésique se trouverait donc tout à la fois dans les conditions de l'air, l'accomplissement de l'acte de la respiration et la contractilité des capillaires, pouvant favoriser le conflit organoplastique qui se passe dans les derniers phénomènes de la nutrition. Maintenant, que notre corps puisse s'imbiber de calorique, c'est ce que démontrent les expériences de M. Magendie. (Constantin James, ouv. cit., p. 461.) Mais ce qu'il y a de certain, c'est que lorsque les excrétions cutanées peuvent s'effectuer, elles entraînent une certaine quantité de fluides animaux, et, avec eux, une déperdition de calorique qui ne tarde pas à rétablir l'équilibre normal. Par conséquent, dans de telles circonstances, cet effet du calorique n'est qu'un passage à travers notre corps, et non pas du calorique intrinsèque produit, puisque la respiration manquedes conditions premières pour lui fournir l'élément primordial. Or, ces conditions manquent si réellement, qu'on doit se rappeler les laits que nous avons produits sur l'action de l'hiver et de l'été dans la chlorose ; que l'on a pu apprécier les conséquences de la chaleur sur la respiration et la constitution du petit
vieillard qui garde les étuves de Néron ; et qu'enfin tout obstacle nouveau, autre que le calorique , à cette respiration, augmente encore ce qu'on regardait comme les conséquences du calorique. C'est ainsi que des étuves sèches ou humides ont des effets bien différents pour l'intensité des phénomènes, sans doute, parce que ces dernières portent un plus grand obstacle à la respiration. En effet, MM. Fordiceet Blagden, Dabson, Berger et Delaroche ont prouvé que des personnes pouvaient résister dans des étuves sèches au delà du degré de l'ébullition, et que, pour les étuves humides, la température ne peut-être facilement supportée au delà de 45 degrés. « Aux étuves de Néron, dont la vapeur est humide, j'étais suffoqué par une température de 50 degrés, tandis qu'aux étuves de Testoccio, dont la vapeur est sèche, je n'éprouvais, au milieu d'une atmosphère à 80 degrés, qu'un très-léger malaise
« Enfin , et de nombreuses expériences le démontrent , un animal meurt beaucoup plus vite dans une étuve humide que dans une étuve sèche. » (Constantin James, ouv. cit., p. 466.) Or , pourquoi cela , si ce n'était par la plus grande difficulté de la respiration, puisque les animaux meurent avec un sang noir incoagulable ?
La raison de tous ces faits conduit donc à conclure :
1° Que si le bain froid peut diminuer la chaleur momentanée du corps, dès qu'il peut activer la respiration, déterminer le conflit des molécules du sang et de la fibre organique dans l'intimité des capillaires, il ne peut qu'augmenter la faculté calorigénésique et toutes les conséquences auxquelles cette action vitale peut être liée.
2° Qu'au contraire, dès l'instant que le bain chaud, tout en pouvant accumuler de la chaleur dans notre corps et élever la température du sang, comme l'a prouvé M. Magendie, ne favorise pas la respiration , il ne peut que diminuer la faculté calorigénésique.
Il doit donc rester démontré que le bain froid active la faculté calorigénésique et que le bain chaud la diminue, et cela, sans empêcher que les applications froides puissent soustraire
du calorique et que les bains chauds puissent en accumuler momentanément.
C'est ainsi qu'on peu! constater tous ces derniers phénomènes par le thermomètre, et que la raison seule de l'ensemble des faits peut faire comprendre ce qui a rapport à la faculté vitale elle-même pour la production de ce calorique; faculté sans doute liée avec les derniers phénomènes de la nutrition , puisque nous en avons observé des conséquences bien différentes. Aussi, les phénomènes que nous étudions, et les conséquences cliniques réunies arrivent également aux conclusions suivantes :
1° Les bains tièdes, par le rayonnement extérieur qu'ils favorisent, et les affusions froides, par l'évaporation , sont, parmi les pratiques hydrothérapiques, celles qui peuvent enlever assez de calorique, en môme temps qu'elles sont sédatives , parce qu'elles excitent moins la faculté calorigénésique.
2° Les applications froides, longtemps prolongées et renouvelées, sont celles qui enlèvent le plus de calorique local, soit par la loi physique des deux corps en contact, soit par cette faculté vitale que la contractilité étant augmentée au point de diminuer l'abord des liquides et leurs mouvements, il y a moins de combustion de carbone dans les capillaires de la partie, et plus ailleurs, à cause de la plus grande proportion de sang qui s'y porte et s'y renouvelle. C'est par toutes ces raisons que les applications froides renouvelées et prolongées sont extrêmement antiphlogistiques, et que nous avons appelé les phénomènes produits dérivation , parce que , eu effet , le sang est détourné de la partie.
3° Les bains très-froids et de courte durée, les douches trèsfroides et à haute percussion sont les pratiques hydriatiques les plus excitantes, parce qu'elles ne peuvent enlever que très-peu de calorique et qu'elles doivent nécessairement augmenter la faculté calorigénésique dans la partie. C'est ce que prouvent en effet les frictions de glace sur un membre gelé, la rougeur et la chaleur d'une partie, à la suite de la percussion de la douche.
4° Les bains froids prolongés, ceux de mer surtout, par les percussions de la vague, sont les plus toniques, parce que, quoiqu'ils puissent enlever momentanément une certaine somme de calorique, la respiration étant favorisée, la contractilité périphérique déterminant l'excrétion des fluides les moins animalisés et de plus parfaites élaborations, ils relèvent toutes les conditions organo-plastiques, et, par toutes ces conséquences de la puissance animale, la faculté calorigénésique. C'est en effet ce que démontre la résistance au froid des malades soumis à un tel traitement , ainsi que cette tonicité générale qu'assure plus de force, plus de vascularisation, plus de chaleur à la peau.
Donc, l'action du froid et du chaud, sur quelque face de la question qu'on l'observe , aboutit toujours à des effets contraires, mais parfaitement d'accord avec les conséquences thérapeutiques que nous avons observées.
C'est pourquoi, en prenant l'ensemble des questions traitées dans ce chapitre, relativement à l'action du froid et du chaud, de la densité du liquide, de la percussion de la douche , de la pression des vagues et de l'impossibilité de l'absorption cutanée dans la plupart des conditions de toutes ces applications hydriatiques , nous pouvons définitivement conclure que le véritable mode d'action des eaux minérales froides et thermales prises en bain, ne réside pas dans leurs sels, mais dans leurs propriétés physiques ; propriétés physiques dont nous avons suivi l'action dans les mouvements organiques, selon le vœu de M. Ferrus, jusqu'à prouver, pour les eaux froides, ce que M. Fleury avait pressenti à la suite de l'enseignement direct de l'observation pratique : que l'eau froide était le meilleur moyen de relever la prépondérance de l'hématose, ou celui « de substituer au tempérament lymphathique un tempérament sanguin acquis. » ( Ouv. cit., p. 419.)
C'est ce que nous avons mis , je crois, hors de doute depuis trois ans devant l'Académie de Marseille, puisque nous avons pu suivre les transformations hémateuses mêmes; tandis que nous avons prouvé que les qualités minérales des
eaux chauffées ou thermales aidaient chacune, pour la plupart, par les sécrétions particulières qu'elles sollicitaient en coïncidence de la température, ces mêmes actions physiques particulières. D'où nous pouvons définitivement poser en principe :
Que le véritable mode d'action des eaux froides est d'être excitantes des fonctions de l'organisme, parce qu'elles peuvent relever chacune des facultés primordiales que nous lui avons reconnues, et qu'on peut entraîner ainsi toutes les régénérations constitutionnelles aboutissant à la transformation fibrineuse, qui se trouve être la condition hémateuse régénératrice des globules et des principes azotés du sang ;
Que le véritable mode d'action des eaux thermo-minérales est d'être hyposthénisantes, parce qu'elles finissent par abaisser nos fonctions physiologiques , en empêchant les élaborations nouvelles , et surtout en provoquant la décomposition organique , c'est-à-dire des éliminations fibrineuses et azotées.