‹ Hydrothérapie générale; du véritable mode d'action des eaux de mer en particulier, des eaux thermo-minérales et de l'eau simple en généralChapitre 29 sur 64 · SECTION VIII · texte numérisé non relu

SECTION VIII

DES DIFFÉRENTS MODES D'APPLICATION DE L'EAU DE MER EN PARTICULIER , DES EAUX FROIDES ET THERMALES EN GÉNÉRAL.

Médication intérieure.

La médication marine à l'intérieur devant donner au sang certains principes salins, corriger la composition chimique de quelques sécrétions , et surtout déterminant des excrétions directement, en impressionnant la membrane muqueuse digestive , et indirectement les autres organes sécréteurs sur lesquels elle arrive avec le sang , convient particulièrement dans les cas où il s'agit d'effectuer des éliminations.

Ce mode d'administration convient également, dès l'instant qu'il est possible, dans toutes ces circonstances pathologiques où il faut relever la tonicité de la fibre et corriger la dyscrasie humorale ; car il n'est pas douteux, comme nous l'avons dit, que cette même excitation que l'eau de mer absorbée porte sur nos organes sécréteurs , elle la porte aussi sur les tissus de toute l'économie qui en sont imprégnés. C'est même par cet effet qu'arrivent encore les éliminations et les dépurations humorales , activées par cette contractilité de la fibre générale réveillée. L'idée d'une telle action est forcée par tous les faits que nous avons produits , mais même elle est si vraie , qu'elle était venue spontanément à M. Auber , car il dit : « Non-seulement l'eau de mer chemine dans toute la longueur des vaisseaux absorbants, mais elle pénètre encore au sein de toutes les masses tortueuses et pelo-

toneuses des glandes lymphatiques. Et si quelque principe était fixé dans ces dernières , si des humeurs ou du sang s'y étaient épaissis, il est à présumer que l'eau marine, qui les pénètre en grande quantité, agirait là en vertu de ses propriétés chimiques, et remédierait ainsi à l'affection locale. » (Edouard Auber, Ouv. cit., p. 178.)

Malheureusement M. Auber admettait cette action par l'absorption cutanée ; tandis que l'observation et l'expérimentation ne nous permettent de l'admettre que par l'absorption intestinale, que personne ne peut révoquer en doute, puisque l'excrétion urinaire la démontre ici positivement par l'analyse chimique.

De cette manière, M. Auber ne voit qu'un côté des phénomènes; il méconnaît entièrement l'action des bains de mer à courte durée et celle de l'eau froide ordinaire. D'ailleurs, il fait ainsi, de l'économie vivante, si admirable dans ses actions et ses réactions médicatrices, un corps inerte, et du médicament, un être actif agissant.

Beaucoup de thérapeutistes, sans doute, sont tombés dans cette erreur pour les eaux de mer comme pour toute autre médication. Pour nous, l'étude générale de l'hydrothérapie, l'action de l'eau froide et de l'eau chaude, leurs conséquences reconstitutives ou décomposantes ne nous permettent plus de rapporter l'action médicatrice à l'absorption de la peau. Tout s'explique par les actions dynamo-plastiques, et il n'est nullement besoin d'aller recourir à l'hypothèse sans expression de la spécificité, pour se faire une idée de l'action médicatrice, qui, comme l'avait pressenti Hippocrate, se trouve dans la physiologie agissante. Que les principes chimiques, introduits par les voies intérieures, agissent sur l'impressionnabilité de nos organes, que, mêlés à nos fluides, ils modifient leur excitabilité, leur composition chimique même, et que, par ces divers effets, ils changent le mode des fonctions organiques et produisent, par les sécrétions, les actions reconstitutives ou décomposantes, nous n'y mettons aucun doute, puisque nous avons apporté de nouvelles preuves et de nouvelles considérations à cette idée. Mais pourquoi ne voir qu'un

côté des phénomènes, et ne le voir encore que par une idée écourtée, antiphysiologique, se faisant en dehors de nos mouvements organiques, si puissants cependant, puisqu'ils peuvent seuls suppléer à cette action chimique inexplicable du médicament sur la radicule du mal ?

Donc l'eau de mer, qui devra agir à l'intérieur, par des actions multiples, et sur les fluides, et sur les solides, conviendra dans tous les cas spécifiés dans ce travail , à moins que la dynamie générale ne puisse en supporter les effets, ou que les organes, qui doivent en subir le premier choc, se refusent à lui servir de support.

Dans ces cas, nous aggraverions le mal , comme nous l'avons déjà dit, parce que nous ruinerions l'économie, en l'obligeant à des efforts où elle ne peut s'élever encore ; ou bien nous imiterions la nature , lorsqu'elle amène des éliminations tardives (la diarrhée chez les phthisiques, la suppuration de la lésion anatomique), efforts qui, en ruinant l'organe, ruinent toujours l'organisme.

Une fois ces cas précisés, et d'après toutes les considérations que nous avons fait valoir, la première chose qu'il s'agit de déterminer en pratique , c'est de savoir , s'il faut donner Peau de mer à doses purgatives ou altérantes.

Ici encore, les mêmes distinctions, que nous avons cherché à établir dans le cours de notre travail, nous dirigent encore. S'il s'agit d'une constitution éminemment hyperalbumineuse, c'est-à-dire pléthorique, quoique dyscrasique, la médication purgative, rapidement éliminatrice, devra être préférée. Si, au contraire, il s'agit de remonter la dynamie organique générale, en même temps que de déterminer la résolution de lésions pathologiques, il faut opter pour la médecine simplement altérante, dirigée encore avec beaucoup de prudence, pour ne pas dépasser les bornes de cet effet, qui doit s'arrêter bien des fois lorsqu'il a relevé la synergie générale, à laquelle le soin de la régénération devra être principalement et ordinairement confié.

Dans bien des cas, l'expérience, que j'ai pu acquérir sur cette médecine diacritique , m'a porté à conseiller les eaux

minérales tous les trois jours, par exemple, à dose purgative, et, les jours intercalaires, à dose altérante.

Mais, ici, il y a une foule de susceptibilités ; j'ai pu observer que tel individu était parfaitement purgé avec un demiverre d'eau de mer, tandis qu'un autre ne l'était pas avec un litre; d'autres encore, avec les doses les plus rationnelles, au lieu d'être purgés, sont resserrés.

Mais ces derniers cèdent à l'usage du médicament, souvent en l'employant avec des boissons rafraîchissantes et relâchantes, et surtout en ne permettant, dès le début du traitement, qu'une nourriture peu excitante, pas trop tonique.

Après ces difficultés, auxquelles on peut parer aussi en laissant quelques jours de repos à la dose purgative, et par conséquent à l'impressionnabilité de l'organe, il s'agit encore de trouver le meilleur mode d'administration. Mais ici tout a été proposé et rien n'est résolu.

Les anciens sont pour ainsi dire muets sur ce mode d'administration, car les médecins grecs, Hippocrate, Dioclès, Thessalus et Thémison ne prescrivaient guère l'eau de mer qu'en lavement. C'est à Pline et à Dioscoride qu'on rapporte les premiers indices de l'usage de l'eau de mer en boisson. Seulement alors on ne la donnait pas pure, mais on en composait une sorte de remède, en la mitigeant avec moitié d'eau de pluie et suffisante quantité de miel ou de suc de raisin. Ce médicament, ensuite conservé pour l'usage, était appelé thalassomel.

Les modernes, pour la rendre potable, la mêlent avec du lait, avec diverses infusions sucrées, avec de la limonade, de l'eau d'orge miellée. D'autres répudient toutes ces additions, et conseillent d'aller la puiser profondément au large, pour être certain qu'elle ne contient point d'huile empyreumatique, qui la rend nauséabonde. Pour plus de sûreté à cet égard, ils conseillent de la laisser reposer, puis de la décanter ou filtrer.

Quoi qu'on fasse, cependant, on ne peut complètement faire disparaître le goût désagréable de l'eau marine, et je craindrais que ces dernières précautions, en enlevant une partie

des agents constitutifs de l'eau marine, ne nuisissent, dans bien des cas, aux effets physiologiques et aux résultats thérapeutiques qui en dépendent. Aussi, pensons-nous qu'une des premières conditions, c'est la ferme volonté du malade, car, ici, mieux qu'ailleurs encore, nous pouvons surtout dire :

Pouvoir, c'est vouloir.

Cependant, s'il m'est permis d'exprimer ma pensée, je dirai que je me rangerais du côté des praticiens qui , à l'imitation des anciens, miligent l'eau de mer. Seulement, au lieu de l'adoucir avec diverses infusions sucrées ou décoctions miellées, je ne la tempérerais qu'avec de l'eau ordinaire. Voici pourquoi :

D'abord, en la mitigeant avec des infusions sucrées, on court risque de dégoûter à la fois le malade et de l'eau de mer, et de l'autre boisson édulcorée, dont le mélange fait toujours une triste boisson. Ensuite on agit ainsi contre les principales lois de la physiologie, en ne se réservant pas divers moyens d'impressionner l'organe qu'on sollicite. C'est pour de pareilles raisons, que la pratique sanctionne, que je donnerais séparément ces deux liquides ; car on a reconnu que lorsque l'eau de mer, comme toute autre eau minérale, au lieu de purger, constipait, il suffisait d'en interrompre l'usage pour faire reparaître l'action purgative.

Je pratiquerais donc, dans la circonstance, de la manière suivante : eau de mer mitigée avec de l'eau ordinaire et donnée à dose purgative tous les deux ou trois jours. Dans l'intervalle, un verre ou un demi-verre de cette même eau pure ou mitigée, si on avait besoin de continuer la médication altérante, et, avant ou après ce verre d'eau de mer, une boisson adoucissante, une miellée préférablement.

Après ces détails pratiques, il ne nous reste plus à dire sur ce sujet, que les doses purgatives et altérantes de l'eau de mer doivent varier suivant l'ancienneté du mal, l'âge, la force, la sensibilité individuelle et l'état des organes digestifs, conditions dans lesquelles rentrent les diverses situations patholo-

giques générales que nous avons cherché à faire distinguer. Quant au mode d'administration à dose purgative, il varie depuis un demi-verre jusqu'à six le plus ordinairement, tandis que la dose altérante doit rarement dépasser un verre.

Mais ce qui varie plus encore, ce sont les durées de ces médications : la perturbatrice, c'est-à-dire la purgative, directement éliminatrice , peut durer depuis un jusqu'à deux mois, pour être reprise après un certain temps de repos dans lequel peut être continuée la médication altérante. Celle-ci, au contraire, n'a pour ainsi dire pas de terme approximatif, elle peut se continuer des années entières.

Toutefois, ce que nous en disons là, se juge plus de l'ensemble de la science que de ce qu'elle a pu acquérir de particulier; car ce que nous y trouvons d'inscrit est à peu près insignifiant, puisque nous n'y voyons guère que ceci : M. Lée, dans sa lettre à Russel, dit avoir vu l'eau de mer, bue chaque jour à la dose d'une livre, jusqu'à consommation de vingtcinq congés (mesure de liquides chez les Grecs et les Romains, contenant un pied romain cubique). D'après M. Guastella, on peut donner l'eau de mer jusqu'à mille ou quinze cents grammes, c'est-à-dire à peu près huit à douze verrées par jour.

La question d'administration de l'eau de mer à l'intérieur, soulève encore celle-ci : faut-il débuter, comme les Anglais, à haute dose, ou commencer par des doses fractionnées, pour les élever ensuite progressivement, ainsi que le pratiquent la plupart des médecins? Cette dernière méthode est la plus prudente, mais elle ne peut être la plus efficace dans tous les cas.

En effet, si elle est souvent obligatoire pour acclimater les organes qui doivent servir de support au premier choc médicamenteux ; si elle l'est encore dans tous les cas où la synergie générale ne pourrait permettre aucune perturbation trop violente, il est évident, d'après toutes les observations et considérations que nous avons produites, que, dans certains autres cas de pléthore humorale albumineuse, une médication rapidement purgative atteindra plus tôt le but en marchant

plus directement contre la radication du mal, qui se trouve dans la prédominance constitutionnelle humorale. Voilà donc comment l'observation, aidée de la théorie, peut concilier deux pratiques opposées , qui , certainement , devaient avoir chacune leur raison d'être, puisque toutes deux s'appuyaient sur des faits. Voilà comment, enfin, le raisonnement apprend à distinguer toutes choses, et à les mettre en tel ordre dans chaque circonstance, qu'il évite des inconvénients tout en assurant le succès. Voilà comment toujours l'expérience sans principes est dangereuse, parce qu'elle ne conclut à rien, ou conclut d'une manière trop générale.

Quant aux règles à suivre pour l'administration des eaux minéro-thermales à l'intérieur, elles reposent sur les mêmes principes, puisque, lorsqu'il s'agit de convertir une constitution albumineuse en fibrineuse, on peut insister davantage sur leur action purgative; tandis que, lorsque l'on veut obtenir leur action décomposante fibrineuse , il faut aider les effets produits par le mode balnéaire, c'est-à-dire pousser à la peau et aux reins. On obtient le premier résultat en choisissant les eaux salines très-minéralisées, et le second en préférant des eaux fortement thermales et faiblement alcalines , ou en les mitigeant , afin que la quantité d'eau introduite pousse aux reins, tandis que le calorique pousse toujours à la peau.

Médication extérieure.

Comme le but de cet ouvrage est de mettre quelque ordre dans le pêle-mêle des faits et des principes, c'est surtout dans cette question que toutes nos études doivent être mises à profit, afin d'indiquer aux praticiens les principales règles physiologiques, qui doivent les déterminer pour telles ou telles eaux et pour la manière de varier leur application.

Jusqu'ici les auteurs qui sont allés le plus loin dans cette voie directrice de la thérapeutique des eaux, se sont bornés à tracer le genre de médication, c'est-à-dire l'indication

capitale qu'on pouvait remplir avec tel ou tel mode d'administration ; mais, outre que ce travail n'était jamais que relatif à une espèce d'eau, il était encore insuffisant, parce qu'il n'embrassait isolément que les indications constitutionnelles ou organiques ; tandis qu'il est manifeste en pratique qu'il faut souvent agir sur l'organe malade, comme sur la constitution en général. C'est donc cette lacune que nous allons nous efforcer de combler.

Toutes les fois qu'il s'agit d'un traitement hydriatique à appliquer à un malade, comme dans tout autre genre de médication, le premier problème à poser est celui du diagnostic entier de la maladie. Seulement, ce problème, quoique simple, ne nous paraît pas aussi distinct et isolé qu'on l'a cru ordinairement, surtout l'école anatomique de nos jours. Il entraîne d'abord cette complexité :

1° Quel est l'abaissement ou la prédominance constitutionnelle, c'est-à-dire, comme on le disait, le tempérament originel ou acquis du malade, l'état ou les conditions de sa constitution générale?

2° Quel est l'organe malade, et principalement sa situation, par rapport aux mouvements physiologiques centrifuges ou centripètes qu'il s'agit de déterminer?

Cette première question diagnostique résolue, celle de la thérapeutique commence, et elle n'est pas la moins difficile, parce que c'est dans elle que résident les difficultés d'application , provenant de ces circonstances , souvent toutes contraires, comme, par exemple :

Une maladie d'un organe intérieur, de l'utérus, étant donnée, réclame une action des eaux pouvant amener un mouvement organique centrifuge, à la fois dérivatif et révulsif. Mais ce même mouvement, s'il est poussé trop loin, s'il est produit par la chaleur qui relâche nos tissus et favorise les excrétions cutanées, peut être fâcheux à la constitution en général, dont l'abaissement ne peut subir de nouvelles détériorations organo-plastiques.

D'autre part, la même maladie peut être alliée à une certaine prédominance organo- plastique générale, et toute mé-

dication par le calorique , en augmentant la dilatation des liquides, peut forcer les solides , et notamment ceux les plus atteints dans leurs propriétés physiologiques , ceux de l'utérus, agir donc au bénéfice de la phlegmasie, avant d'avoir pu produire ces excrétions cutanées qui , en modifiant l'état de la constitution, favoriseraient la résolution du mal. Tout pareillement les bains froids, en portant ces mêmes liquides de la périphérie au centre , agiraient au profit de la maladie de deux manières, soit en portant les liquides à l'intérieur, soit en excitant les organes élaborateurs , lorsqu'il ne faudrait qu'activer la décomposition par les éliminations. Ceci est si vrai, qu'à moins de pareilles maladies très-chroniques, passives, comme on les appelait, les eaux thermales et les^eaux froides administrées, ainsi qu'on le pratique beaucoup trop communément aux thermes et sur les rivages de la mer, sans faire attention à ces mouvements organiques déterminés et à leurs relations avec la condition de la plasticité , aggravent souvent la maladie. C'est ainsi que bien des malades reviennent des eaux plus gravement affectés qu'ils n'y étaient allés.

Comment faire, alors? Toutes nos ressources sont dans les modes d'application dirigés d'après les principes physiologiques posés, et toujours avec le régime diététique adjuvant qui peut convenir le mieux à l'état de la constitution générale. Au lieu d'agir sur tout notre corps , et uniformément avec le froid et le cl^aud, il faut les employer diversement et localement, comme la pratique hydriatique l'a prouvé dans ces derniers temps, et comme la physiologie peut se l'expliquer aujourd'hui par l'ensemble des faits que nous avons produits.

C'est ainsi que les douches froides et les douches chaudes peuvent agir de deux manières : selon qu'elles sont plus ou moins froides, plus ou moins chaudes , qu'elles frappent de haut ou non , qu'elles sont dirigées sur l'organe malade ou sur ceux qui lui sont le plus diamétralement opposés.

Les douches froides, si elles ne le sont pas trop, surtout au début, si elles touchent plutôt qu'elles ne frappent, si elles sont dirigées sur l'organe malade, si, principalement elles sont prolongées , déterminent d'une manière lente et soutenue la

DIFFERENTS MODES D'APPLICATION. ooo

contractilité de la fibre, et, par elle, l'expulsion des liquides ; de sorte qu'on peut les appeler dérivatives à toutes sortes de titres.

Les douches très-froides, à haute percussion et à courte durée , au contraire, ne peuvent guère être dirigées sur l'organe malade , parce qu'elles le contusionneraient , vu la faiblesse des tissus et leur engorgement par les liquides. Aussi sont-elles dirigées, loin de cet organe altéré, sur la surface cutanée. Là, dit M. Fleury, elles font l'effet de ventouses. Je ne sais si la comparaison est juste. Elle peut l'être pour le premier phénomène déterminé, la rougeur de la peau, mais cette idée est nécessairement insuffisante pour la complexité des phénomènes déterminés. L'observation nous les montrera. En attendant, constatons simplement, avec M. Fleury, que ces douches sont véritablement révulsives.

Les douches chaudes possèdent la même action que les froides révulsives, c'est-à-dire qu'elles font rougir la peau par le calorique qu'elles y communiquent et par la percussion qu'elles produisent; mais, il y a bien évidemment, entre ces deux espèces de douches froides et chaudes, cette distinction physiologiques que nous avons établie et dont ceci montre l'importance, que, tandis que la froide excite la faculté calorigénésique, la chaude peut bien le faire encore par la percussion, mais elle agit surtout par son calorique communiqué. C'est donc ainsi que nous pouvons dire déjà, qu'alors que la froide est révulsive et reconstitulive, la chaude n'est guère que révulsive. Ces conséquences physiologiques sont si parfaitement d'accord avec la pratique, que l'on peut voir, par les belles observations de M. Fleury, des guérisons de maladies de l'utérus et de véritables régénérations constitutionnelles au moyen de cette douche froide révulsive, tandis qu'on peut observer, à tous les thermes, les dangers de cette pratique banale , de diriger la douche chaude sur la partie malade.

Maintenant que voilà à peu près tout l'arsenal thérapeutique del'hydrialie, venons-en à l'application d'après les principes que nous avons établis , et disons tout de suite que c'est en vertu de ces principes que M. Fleury a réussi, parce que, avec

sa douche froide, il a obtenu à la fois une action révulsive et reconstitutive , c'est-à-dire , les deux conséquences du problème posé. Toutes les observations de cet habile praticien l'attestent ! Cependant, nous croyons ce traitement trop absolu et trop uniformément appliqué, et nous pensons que dans tous les cas d'inflammation assez active ou d'hypéresthésie, cette action est trop lente pour obtenir la dérivation (sédation) nécessaire au soulagement du malade. Avec le procédé de M. Fleury, enfin, on n'obtient pas assez tôt tout ce que la maladie exigeait de révulsion, tandis qu'il n'emploie pas tous les moyens dérivatifs (qu'il appelle sédatifs) , ni avec assez de persistance, ni avec assez de concordance avec les dérivatifs. . Des observations , l'une du médecin de Bellevue, et les autres nous appartenant , prouveront le précepte pratique que nous voulons poser.

J'analyse ici la belle observation du médecin par quartier de l'Empereur , qu'il a classée dans la médication sédative et hyposthénisante. Mme M*** , âgée de trente-neuf ans , d'une constitution grêle , mais robuste , après diverses couches où les préceptes de la prudence n'ont pas même toujours été observés, est atteinte, dès 1835, d'une affection utérine qui n'a cessé de s'aggraver jusqu'en 1849.

La douleur du côté droit, depuis l'aine jusque dans tout le membre pelvien correspondant, la pesanteur périnéale , les évacuations alvines rares , la difficulté de marcher , de se tetenir debout, et une sensation de chaleur, de cuisson, de brûlure, qui se fait profondément sentir dans toute la région hypogastrique et dans la cavité pelvienne , vont en s' aggravant jusqu'à ne laisser jour et nuit ni répit ni trêve. C'est une sensation de brûlure , de vésicatoire , de sinapisme que madame éprouve continuellement dans le bas-ventre. Madame reçoit les conseils de Lisfranc et de Marjolin. Ni les saignées révulsives du premier , ni les bains tièdes , ni deux mille cataplasmes arrosés de deux cuillerées à bouche de laudanum , conseillés par le second, avec une persistance de plusieurs années ; ni des cautères , de larges vésicatoires saupoudrés de morphine, n'arrêtent cette sensation et ces douleurs.

M.Monod n'est pas plus heureux, et après tous ces traitements infructueux, lorsque, avec les mêmes douleurs, les voies digestives sont tout à fait troublées, que l'émaciation est extrême, M. Fleury, n'osant entreprendre un traitement hydriatique complet, conseille pourtant : « injestion fréquente d'une petite quantité d'eau froide, compresses froides incessamment renouvelées sur le ventre , injections rectales et vaginales rendues graduellement déplus en plus copieuses et froides. »

Ce traitement, qui fut commencé le 17 août 1849, est à peu près invariablement suivi jusqu'au 10 juin 1851 , époque où la malade entre àBellevue. Alors, après des bains de siège et des bains entiers froids, depuis le 10 juillet jusqu'au 1er octobre , elle est soumise aux douches froides révulsives sur le tronc et les membres. Ces douches achèvent la guérison et rendent cette malade à la vie commune, d'une manière presque inespérée.

« Dans cette observation si curieuse, ajoute M. Fleury, l'action sédative de l'eau froide n'a pas opéré la guérison à elle seule, il a fallu lui associer Faction révulsive; néanmoins elle a joué dans le traitement un rôle considérable, prépondérant, et voilà pourquoi j'ai cru devoir placer ici la relation de ce fait remarquable. » (Ouv. cit. de la page 196 à 204).

M. Fleury reconnaît donc que l'action dérivative et révulsive peuvent s'aider puissamment, et, sans vouloir attaquer la brillante pratique de ce médecin, je puis dire, qu'en reconnaissant un tel fait, il est étonnant qu'il n'insiste pas plus directement sur l'une et sur l'autre. J'en découvre la cause en ce que M. Fleury ne reconnaît le fait que comme la conséquence de l'observation même, sans l'admettre encore en principe comme nous.

Or, je dis qu'il n'insiste pas assez sur l'action dérivative (sédative), parce que les compresses froides, les bains de siège froids, les grands bainspresque froids, les bains de siège à l'eau courante, les douches ascendantes vaginales et rectales qu'il conseille n'ont pas toujours entièrement et uniquement cette action. Ce fait est hors de doute par tout ce qui a été exposé dans cet ouvrage. Quant aux compresses renouvelées

toutes les cinq minutes, elles constituent une pratique trèspénible, sinon impossible, de l'aveu même de M. Fleury; et si elles restent plus longtemps, de telles applications deviennent stimulantes. Les bains de siège à l'eau courante et les douches ascendantes stimulent d'ordinaire aussi, de même que les bains de mer; tandis que, par le mouvement du liquide, les premiers peuvent occasionner de la douleur.

Je dois dire encore que M. Fleury n'insiste pas assez directement sur l'action révulsive, parce que, l'action delà douche froide est lente et plutôt reconstitutive que révulsive, comme le prouvent les diverses observations du praticien de Bellevue. C'est ainsi qu'il a fallu deux mois pour la malade que nous avons citée, tandis que d'autres malades y ont été soumises six à huit mois. Ce n'est pas que ce temps soit réellement long pour le traitement total, surtout en le comparant à l'inutilité des traitements antérieurs plus longs encore, mais il sera long pour le soulagement des malades, pour la dérivation de la phlegmasie qui, dans bien des cas, peut être obtenu en quelques jours. D'ailleurs, si ici, dans ce cas si grave, produit par M. Fleury, il n'a fallu que deux mois d'une' médication révulsive, cela ne tiendrait-il pas à ce que la maladie était déjà mieux amendée par les moyens dérivatifs (sédatifs)? Que serait-ce alors, avec une pratique à la fois dérivative et révulsive, d'une application plus directe et plus méthodique , qui ne pourrait jamais empêcher une certaine combinaison avec la révulsion reconstitutive î

En effet, après bien des observations datant de dix ans, après divers faits comparés, l'expérience nous a conduit et fixé à la pratique suivante, que rendront plus évidente les diverses observations qui vont suivre.

Madame X***, âgée de trente-quatre ans, d'une constitution grêle, eut, il y a environ dix ans, à Paris, des mélrorrhagies extrêmement abondantes à la suite d'une métrite pour laquelle M. Chomel conseilla divers moyens et pratiqua plusieurs cautérisations. La maladie parut amendée pour un certain temps, malgré un flux leucorrhéique très-abondantetdes douleurs passagères, pour faire place à des symptômes d'anémie

et à des troubles digestifs, tels que palpitation, diarrhée alternant avec la constipation. Cette dame, venue dans le midi, vit augmenter considérablement ses palpitations au point qu'elle ne put quitter pendant plus d'un an son lit ou sa chaise longue. Dans ces circonstances, la maladie utérine demeura stationnaire et ne se traduisait que par une excitation organique manifeste, que caractérisaient des rêves erotiques, des douleurs dans les seins et le flux leucorrhéique.

Divers médecins consultés prodiguèrent les ferrugineux, la digitale sous toutes les formes, l'opium, le laudanum sans résultat. C'est sur ces entrefaites et dans le courant de l'année 1846, que je fus consulté. L'examen du cœur et des gros vaisseaux me permit de rassurer la malade sur une affection du cœur dont elle était très-alarmée.

Rattachant tous ces phénomènes à une cause unique et première, l'affection utérine, les pertes sanguines primitives et les leucorrhéiques consécutives, je prescrivis : injection rectale et vaginale froide deux fois par jour, application de compresses froides sur le cœur et le ventre pendant une heure trois fois par jour, et lorsque tous ces troubles circulatoires se furent amendés, bains de rivière de courte durée.

Sous l'influence de ces moyens, tous les symptômes morbides s'amendèrent si réellement que non-seulement madame rentra dans la vie commune, mais qu'elle négligea de continuer son traitement que je lui annonçais n'être pas fini ; car, la maladie de matrice me paraissait être encore, avec les pertes blanches, la cause de troubles digestifs dont se plaignait de temps à autre la malade. Cependant, elle ne voulut pas se soumettre à un nouveau traitement, prétextant de son bienêtre ou d'affaires toujours nouvelles, qu'elle voulait terminer.

Les choses allèrent ainsi jusqu'en 1852, époque où, peut-être à la suite des troubles politiques ou plutôt insurrectionnels dont nos pays ont été le théâtre , les pertes leucorrhéiques devinrent plus abondantes et les troubles digestifs plus prononcés, caractérisés par une dispepsie extrême.

Je déclarai que tout cela tenait à la plegmasie utérine et

qu'il fallait, enfin, se soumettre à un traitement complet. Mais madame voulut encore attendre, prétextant du froid de la saison, et n'accepta que quelques lavements froids, des injections salées ou aluminées sous l'influence desquelles, le flux utéro-vaginal était modéré et les troubles digestifs diminués.

Les choses en étaient là, lorsque madame désira accompagner son mari dans un voyage fait à petites journées dans le département du Var. Mais alors, les douleurs devinrent si vives dans le bas-ventre, la pesanteur sur le fondement fut si intolérable, que madame voulut rentrer chez elle avant son mari. Elle s'y fit ramener, en effet, et me lit appeler.

Je la trouvai étendue sur son lit, avec un faciès décomposé, se plaignant d'une douleur poignante qui occupait tout le bas-ventre et notamment la fosse iliaque gauche, d'où elle s'irradiait dans le membre pelvien, mais cela, d'une manière telle, qu'elle ne pouvait goûter un instant de repos et que le moindre mouvement était intolérable. Pour faire son lit , il fallait qu'on la prît par les jambes et qu'on la traînât en masse et peu à peu sur une chaise longue. Les cataplasmes laudanisés, les lavements pareillement anodins qu'elle s'était administrés ne produisaient aucun soulagement.

J'explorai la matrice par le toucher et la trouvai énorme, occupant presque tout le petit bassin sur le plancher duquel, elle paraissait reposer par sa face antérieure , car le col était fortement en arrière et assez difficile à atteindre. L'émission des urines était rare et extrêmement douloureuse, tandis que l'ardeur, qui restait ensuite dans tous les organes pelviens, était atroce. La fièvre s'était allumée, et en quelques jours la figure de la malade était devenue méconnaissable ; à peine prenait-elle quelques bouillons, car toute autre alimentation la faisait vomir.

Je conseillai à madame de boire, par gorgée et souvent dans la journée, de l'eau froide, de prendre un lavement froid soiretmatin et d'appliquer sur le ventre, une heure le matin, une heure le soir, et une heure à midi, des compresses froides souvent renouvelées; en même temps que ces compresses

agiraient par la dérivation, placer chacun de ses bras dans un manuluve chaud et un peu sinapisé, afin d'obtenir une révulsion; pour nourriture, à peine quelques bouillons aux herbes.

En huit jours, il y eut une amélioration notable, madame dormait la nuit et pouvait le jour passer quelques heures sur sa chaise longue. Dès cet instant, je conseillai de remplacer les linges trempés dans l'eau froide par une douche ou irrigation utérine, au moyen d'un appareil très-simple, consistant en un vase supérieur et inférieur et un tuyau conducteur, la malade étant mise sur le bord de son lit , les pieds sur des chaises. Cette irrigation, qui devait être peu froide et ensuite beaucoup, mais toujours très-prolongée (une heure au moins), était aussi prise trois fois par jour, et, bien entendu, pendant que les bras de la malade étaient mis dans l'eau chaude.

En peu de jours, la dérivation (sédation) fut telle et la révulsion si marquée que madame ne souffrait presque plus, et qu'elle me dit avoir saigné du nez, ce qui ne lui était jamais arrivé de sa vie. Trois semaines après, madame courait la ville pendant toute une journée, et fut par conséquent rendue dans un bien court espace de temps à la vie commune.

Cependant, je ne considérai pas madame comme entièrement guérie et l'engageai, pour assurer cette fois sa guérison, de continuer ses irrigations utérines et immédiatement après de se soumettre à des douches froides, pratiquées sur les épaules et les membres supérieurs, au moyen d'un arrosoir. Mais madame, tout en le promettant, ne le fit pas, prétendait que ce traitement était trop pénible chez elle , et qu'elle se rendrait en un autre temps dans un établissement hydrothérapique. Jusqu'ici, elle n'en a encore rien fait, heureuse d'être bien, comme elle le dit et comme le témoigne sa gaieté et la reprise de ses occupations de ménage.

Madame R*** âgée de trente ans, d'une bonne constitution, fibrineuse (tempérament sanguin), éprouvait, à la suite d'un double accouchement, en 1848 et 1849, des douleurs abdominales, lombaires et des pertes sanguinolentes, laissant peu d'intervalle entre elles pendant quelques mois, puis se supprimant tout à fait pour quelques autres, et chaque fois, alors,

madame croyait à une grossesse. Aussi, n'avais-je pu lui persuader qu'il s'agissait d'une inflammation de la matrice, et n'avais-je pu obtenir qu'un traitement incomplet consistant en lavements, injections vaginales et bains de siège froids. Cependant, sous l'influence de ces moyens, tant bien que mal appliqués, il y eut une amélioration manifeste, pendant laquelle madame devint réellement enceinte. Elle accoucha, en effet, heureusement en 1850, et dès lors on consulta un autre médecin. Toutefois , peu après, il se manifesta de nouveaux troubles du côté de l'utérus, et après quinze mois du second accouchement, les pertes devinrent si abondantes qu'elles se transformèrent en une véritable métrorrhagie, qui persista en se renouvelant pendant trois mois. On lui conseilla une tisane de grande consoude, quelques potions avec le tannin, des viandes rôties ou grillées et le repos au lit. Tout cela étant parfaitement inutile et le médecin déclarant que ces hémorrhagies persisteraient jusqu'à l'expulsion de quelque môle ou l'effectuation d'un avortement, on jugea à propos de m'appeler de nouveau. Je trouvai madame extrêmement pâle, le pouls filant , tandis qu'elle était habituellement très-colorée et le pouls dur et plein. Elle se plaignait de douleurs trèsfatigantes aux reins, aux aines, au bas-ventre qui était sensible à la pression. Le doigt introduit dans le vagin me présenta aussitôt le col béant et l'utérus engorgé. Je fis cesser à la malade son régime tonique, ne lui permis que du lait et des soupes maigres, de l'eau froide en boisson et prescrivis absolument le même traitement dérivatif et révulsif que j'ai indiqué dans la précédente observation.

Après huit jours, il n'y avait plus trace d'hémorrhagie, les douleurs cessèrent peu après, et la malade n'accusait plus que de la faiblesse. Je ne permis cependant que progressivement et insensiblement une nourriture plus abondante et plus substantielle, et les irrigations froides utérines ainsi que les manuluves chauds furent continués pendant environ un mois, après lequel les règles parurent, durèrent quatre jours comme dans le meilleur état de santé et sans renouveler les douleurs. Aussitôt après, madame reprit ses irrigations froides, put se

lever , et si ce n'eût été les pertes de sang antérieures qui l'avaient pâlie , elle n'aurait pas conservé trace de son mal.

Une paysanne de cinquante-cinq ans vint me consulter, il y a plusieurs années, pour un essoufflement , une gêne de la respiration dont elle se plaignait depuis les travaux de la moisson. Au moindre mouvement, môme la nuit, étant couchée, elle en était tourmentée : « Je manque absolument d'air, » me disaitelle. Cependant pas de toux. Elle était plutôt pâle que rouge, mais c'était sa nature , ajoutait-elle. J'explorai le cœur , où elle accusait des palpitations, et sans y distinguer aucun trouble dans le rhythme des battements, aucun bruit anormal, je constatai une vitesse et une impulsion inaccoutumées, ainsi que des pulsations insolites dans tous les gros vaisseaux thoraciques. Ces troubles seraient-ils dus à un principe chlorotique? Dépendraient-ils d'une dilatation des cavités droites du cœur, de celle des veines pulmonaires? Je me décidai à prescrire la banale digitale, un régime doux et lacté; mais cela ne produisit presque rien, et la malade réclamait toujours avec instance une saignée. J'y consentis enfin , et elle produisit réellement un soulagement marqué de quelques jours. Seulement, huit jours après , malgré la continuation de la digitale , je suis appelé à la hâte, parce que, dit-on , la malade étouffait complètement. En effet , je la trouve dans un accès de dyspnée des plus fatigants. Toujours le môme problème du diagnostic se posait devant mes yeux : à quelle maladie avais-je affaire ? Ce n'était pas un asthme, puisque la malade n'avait jamais toussé; ce n'était pas une maladie du cœur avancée, puisque la malade ne s'était aperçue de cette gène dans la respiration et de ses battements de cœur que depuis deux mois. D'ailleurs , pas de bruit de souffle , ni de râpe , pas de matité anormale ; donc , point de rétrécissement aux ouvertures du cœur, point d'hypertrophie, de dilatation extrême. Ce ne pouvait être, par conséquent, que ce qu'on appelait une congestion , que je nomme plus exactement hypostase sanguine cardio-pulmonaire, stagnation favorisée par un abaissement de la contractilité du cœur et surtout des gros vaisseaux. Or, cette hypostase ayant entraîné une cer-

taine dilatation des parois du système circulatoire , à la suite de laquelle la circulation stagnante gênait le nouvel abord du sang, rendait impuissants les efforts multipliés de l'organe musculeux de la circulation pour se débarrasser du sang contenu et arrivant. Cette pensée me détermina sur-le-champ à la prescription suivante : aussitôt un bain de pied entretenu chaud pendant une heure , et en même temps entourer toute la poitrine d'une serviette trempée dans de l'eau froide souvent renouvelée. J'assistai à l'opération, et , au grand étonnement des personnes présentes , le soulagement fut trèsprompt. Le pouls se rapetissa bientôt, puis se ralentit, et la malade put , avant de sortir de son bain en même temps froid et chaud, respirer à pleine poitrine. Ces moyens dérivatifs et révulsifs, renouvelés deux ou trois fois par jour, ainsi que des applications de linges froids sur le cœur , dans tout autre moment, si la gêne de la respiration reparaissait, firent entièrement céder la maladie, et depuis, cette femme se porte à merveille.

Je fus appelé , il y a quatre ans , à Valensoles , pour une dame qui ne pouvait plus faire un pas , tant les palpitations du cœur qu'elle éprouvait étaient tumultueuses et rapides. Nous explorâmes avec M. Laurens , médecin ordinaire de la malade, la région cardiaque, et nous trouvâmes, avec une voussure des plus marquées de la poitrine, surtout à l'endroit du cœur, des battements tellement étendus qu'ils paraissaient se prolonger sur toute la paroi antérieure du thorax. Ces battements tumultueux étaient si rapprochés qu'il n'était plus possible de distinguer le bruit des oreillettes de celui des ventricules ; en même temps il y avait un ronchus particulier. Pas d'anémie, le teint de la malade était comme d'habitude ; on ne pouvait remarquer que plus d'amaigrissement.

Avec de tels symptômes , avions-nous affaire à une affection organique du cœur des plus anciennes et des plus graves ? Nous le craignions et nous manifestâmes nos craintes au mari. Cependant, nous prescrivîmes : applications froides souvent renouvelées sur la région du cœur, pendant deux heures, soir et matin, même s'il était possible une heure

encore au milieu de la journée ; pendant la dernière heure du matin et du soir , donner à la malade un bain de pied entretenu chaud ; pilules de digitale et d'acétate de plomb conseillées par Dupuytren; régime froid et spécialement lacté et herbacé. Trois semaines après, les choses étaient dans le même état, la malade était peut-être plus affaiblie et ne pouvait plus quitter le lit. Je conseillai néanmoins la continuation des moyens précédents , et de plus, de rendre le régime alimentaire plus exclusivement lacté, avec de l'eau froide, alcalinisée au bi-carbonate de soude, pour boisson. Après quinze jours, un mois et demi environ depuis le commencement du traitement, il y eut un peu d'amélioration : les battements du cœur paraissaient légèrement ralentis et un peu moins étendus, la malade n'était plus tant abattue. Alors, j'ordonnai seulement la continuation des moyens dérivatifs et révulsifs, et le régime lacté qu'on ne devait modifier que lentement, avec les progrès de l'amélioration. En effet , dans trois mois, les palpitations du cœur s'étaient considérablement ralenties , les battements rétrécis, et madame pouvait faire quelque exercice dans ses appartements. Au mois d'octobre, la fraîcheur de la température, aidant aux moyens employés , ramena tout à fait la contractilité organique , et ainsi, dans l'espace de cinq mois, tout indice du mal avait disparu pour ne plus reparaître.

Je pourrais multiplier ces observations d'hypostase cardio-pulmonaire du sang, notamment y joindre l'histoire d'une jeune femme que je traite en ce moment pour une pareille affection, dont la persistance, avec l'inutilité des moyens employés, avait entraîné une toux incessante, des crachements de sang à la suite , ainsi qu'une dyspnée habituelle et des palpitations de cœur, redoublant au moindre mouvement, et qui, depuis quatre ou cinq ans, retenaient cette jeune paysanne claquemurée chez elle. La nuit, la malade ne pouvait dormir, si elle n'était pas complètement relevée par des coussins, et l'action de monter sur son lit suffisait pour lui faire perdre la respiration. Des saignées, des sangsues, des vc'sieatoires , des cautères, successivement essayés pendant

six ans , ayant été inutiles , cette malade vint me consulter. Sous l'influence des moyens analogues à ceux que nous avons indiqués , la maladie s'amende insensiblement , et les symptômes disparaissent à mesure que se dissipe la stagnation sanguine, sous l'influence de la contractilité activée. Déjà, depuis huit jours, il n'y a plus de crachement de sang, la toux a diminué pour disparaître après un mois. Les nuits sont bonnes , car la malade peut dormir à plat , ce qu'elle n'avait pu faire depuis longtemps. Je laisserai, toutefois, cet ordre de faits pour en indiquer un nouveau.

Une dame de cinquante ans éprouve depuis bientôt deux ans, une douleur à la région spléno-gastrique. De temps à autre cette douleur s'avive, et il en résulte un vomissement d'un liquide séreux , quelquefois muqueux et toujours incolore, n'entraînant jamais les aliments ingérés. L'appétit se ralentit et la peau devient chaude , le pouls fréquent. Cependant son médecin lui assure toujours que ce n'est rien, et ne lui prescrit jamais un traitement sérieux. Sur ces entrefaites, je suis consulté; et, aux symptômes relatés, je reconnais une affection gastrique grave, dont je cherche la nature. Les observations cliniques de M. le professeur Andral et d'autres rattachent de pareils symptômes à des squirrhes , à des tumeurs mamelonnées , gaufrées de la membrane du ventricule. M. Casimir Broussais croit devoir assigner de telles manifestations à une phlegmasie chronique du duodénum , ou même du pancréas. D'autre part , on a vu bien des gastralgies avoir des phénomènes insolites. Pour mieux m'en assurer, je conseille divers moyens usités pour ces derniers cas, l'opium, la belladone avec un régime doux et succulent; mais je n'en retire, avec un amendement dans les vomissements, que plus de malaise général, et surtout plus de chaleur, plus d'agitation du pouls, de diminution de l'appétit. La malade ne peut encore toucher son côté, ni se coucher dessus, quoique l'exploration ne fasse découvrir rien de particulier.

Enfin , je me décide au traitement suivant : boire à petits coups, souvent, dans la journée, de l'eau froide, se nourrir de lait froid, de quelques soupes féculentes froides, de compotes

de fruits, également froides. Je prescris des lavements froids soir et matin, en même temps que des applications froides et le bain de pied chaud, comme dans les précédentes observations. Huit jours après, la douleur s'évanouit, le malaise cesse, et dans l'espace de quinze jours, le vomissement n'a paru qu'une fois, et le malaise ne s'est montré que rarement la nuit : je l'attribue à la chaleur du lit, et je prescris de mettre sur l'épigastre une compresse froide. D'ailleurs la malade peut palper son côté, s'appuyer, se coucher dessus, sans faire reparaître , comme auparavant , la douleur et le vomissement. Cependant la douleur semble fuir à droite. On la poursuit avec les mêmes applications. Enfin , à peine se montre-t-elle par moments, et la malade se trouve si bien, qu'elle prend un peu de viande froide sans mon autorisation. Le pouls est rentré dans sa normalité dès les premiers jours, la malade a repris ses petits travaux de magasin, et sa figure rayonne de satisfaction. Voilà un mois de cela, et le mieux , avec le traitement, continue.

Parviendrons-nous à une guérison complète1?

Ce qui devrait nous le faire espérer, c'est l'histoire d'un monsieur que je visitai deux ou trois fois au Plan-des-Mées , il y a quelques années. Ce monsieur , après des douleurs intestinales et des selles mélaniques provenant de l'exhalation du sang sur le point pathologique de l'intestin, était parvenu à une maigreur et à une anémie extrêmes. Je lui conseillai de l'eau froide pour boisson, des lavements froids, des applications froides, soir et matin, sur le ventre, des frictions sèches sur toute la surface de la peau, et surtout un régime entièrement lacté, frugal et froid. Je n'osai employer des révulsifs chauds aux membres inférieurs , à cause d'une dartre squammeuse humide (eczéma), que le malade avait eue dernièrement à la jambe. Cependant un médecin , dans l'espoir de révulser la maladie intérieure, en rappelant, au contraire, l'affection de la peau, fit appliquer des vésicatoires sur cette même jambe. La dartre, toutefois, ne reparut plus; mais, avec son régime,

1 Pendant que ces lignes s'imprimaient, nous y sommes parvenu ; cette dame n'éprouve plus aucun malaise.

les moyens dérivatifs employés , et même , peut-être les révulsifs vésicants, ce monsieur, après quinze mois de traitement, est arrivé à se bien porter et à reprendre ses occupations agricoles.

A une époque plus reculée encore , je fus appelé dans la même contrée , au château de Paillerols , pour une fermière qui se mourait, disait-on, d'un vomissement de sang. Je trouvai en effet cette femme, ayant vomi beaucoup de sang noir , en caillots ou liquide, et dans un tel état , que le pouls était filant, la peau entièrement décolorée, l'œil terne, l'intelligence entièrement affaissée. Ce phénomène, que j'ai observé quelquefois à la suite d'hémorrhagies abondantes, était si marqué, que la malade, lorsqu'elle vint me voir à Manosque, m'assura n'avoir pas du tout souvenance de mes visites, au point que, bien qu'elle me fût si reconnaissante, disait-elle, elle n'aurait pu me reconnaître sans être avertie. Dans cet état, j'ordonnai de l'eau glacée pour boisson , des compresses froides aussi , et constamment renouvelées sur l'épigastre , des sinapismes le long des extrémités inférieures, perpétuellement promenés de haut en bas et de bas en haut , des cruchons d'eau chaude aux pieds et à côté des membres. Sous l'action de ces moyens, l'hématémèse, qui se montrait déjà depuis longtemps avec des douleurs abdominales et des troubles digestifs , ne reparut plus ; tandis que , par la continuation d'une pratique fort analogue, les tissus du ventricule reprirent peu à peu leur contractilité physiologique, au point que cette femme se porte fort bien depuis plusieurs années.

Nous ne sommes pas les seuls , maintenant, à comprendre l'importance dérivative des applications froides , des irrigations, etc. Les faits suivants, que nous empruntons à M. Boullay, nous montreront les ressources qu'elles offrent et la valeur qu'elles peuvent avoir dans un traitement , quoique ici cette action dérivative ne soit pas secondée par la révulsive que nous employons concurremment.

« C'est ainsi qu'en disposant convenablement les irrigations, nous avons vu M. Rostan les pratiquer sur la tête dans le cas de méningite. M. Fleury reproche aux irrigations de

diviser l'eau et de lui faire frapper les parties sur lesquelles elle arrive; ce reproche ne me paraît pas foiidé ; et certainement on évitera cette force d'impulsion , de projection due au point élevé d'où part le liquide, si on a soin, comme je l'ai recommandé, d'après M. G. Amussat, démettre à l'extrémité du tube à irrigation des bandelettes de linge , qui dissémineront l'eau à la surface de la compresse qui recouvre la partie soumise à l'irrigation. Affecté à deux reprises différentes de phlegmon diffus du bras, j'ai été soumis aux irrigations, cela pendant six ou huit jours chaque fois , et je puis certifier que les précautions que je viens d'indiquer ayant été prises , le bras sur lequel était dirigée l'irrigation , n'éprouvait pas, de la part de l'eau, le moindre choc, et que, grâce à elle, quand, après quelques heures, la vive inflammation i qu'elle était destinée à combattre était calmée, je jouissais d'un bien-être et d'un sommeil qu'elle ne troublait en rien. Pour qu'elles agissent avec fruit, il est essentiel qu'elles ne soient pas interrompues; car alors 1 surtout au début du traitement, si l'eau cesse de couler seulement pendant quelques minutes, on éprouve une sensation de chaleur et de cuisson extrêmement pénible. Si, par hasard, la personne qui me veillait n'avait pas soin de maintenir de l'eau dans le vase destiné à l'irrigation, il m'arrivait d'être immédiatement réveillé par la douleur extrême que me causait l'arrêt de l'écoulement. (Il s'agit d'une inflammation aiguë.) Ce n'est donc que peu à peu, et lorsque l'inflammation aura disparu , ou bien quand, dès le début, comme j'aurai soin de l'indiquer , elles ne pourront pas être supportées, que les irrigations devront être complètement cessées. » (Charles Victor Boullay, thèse inaugurale, soutenue à Paris le 17 mars 1853, p. 40-41).

J'ai voulu laisser parler M. Boullay, pour qu'on pût bien comprendre , par lui qui les avait éprouvés, les effets de ces applications dérivatives. Je rentre maintenant plus particulièrement dans mon sujet en revenant à la pratique de M. Fleury, spécialement révulsive , et à la mienne à la fois et en même temps dérivative et révulsive.

Si je ne me trompe, la comparaison des faits que je produis avec ceux de M. Fleury prouve deux choses : qu'il ne faut pas. confondre, absolument le traitement révulsif avec le reconstitutif; qu'en pratique, la première indication à remplir consiste à détruire les phénomènes les plus saillants du mal, à arrêter son travail le plus actif. Or, par les moyens que nous préconisons, il est facile de voir qu'on peut déterminer la résolution, d'une phlegmasie, même chronique, en quelques jours, et qu'il, ne s'agit ensuite que d'en corriger ou d'en prévenir les tendances constitutionnelles. Je dois avouer, néanmoins, que la pratique que je prône a un inconvénient réel : c'est que beaucoup de malades, après avoir obtenu une amélioration que plusieurs praticiens ont regardée jusqu'ici comme une guérison, renvoient ou rejettent leur traitement définitif. N'importe, le médecin doit être l'homme consciencieux par excellence. Dès l'instant qu'il a fait pour le mieux, il doit tout avoir fait. Résumons-nous donc , et afin de mieux faire comprendre notre pratique , disons que pour nous, toutes les diverses espèces de médications qu'on avait admises toujours si distinctement, comme s'il pouvait y avoir quelque chose de parfaitement distinct dans notre organisme enchaîné dans un consensus indivisible, se mouvant dans un cercle sans fin, se réduisent véritablement à deux, mais liées encore à leur ori: gine à la différente impulsion organique imprimée. De sorte que tous nos traitements, quoique pouvant être distingués, ne sauraient pas plus être séparés que ne le sont nos mouvements organiques et nos actes fonctionnels dans notre machine vivante. Il s'agit toujours à la fois, d'une direction différente imprimée à la contractilité et partant aux fonctions complexes de la circulation , direction marchant à la reconstitution ou à la décomposition constitutionnelle, tout en effectuant la dérivation et la révulsion , pour seconder , avec ces deux modes thérapeutiques , la résolution. C'est ainsi que les médications hydriatiques , comme toutes autres peuvent se représenter par cette simple formule :

». , . . , . . ( reconstitutives, toniques.

Dérivation et révulsion \ , , ..'■*•: A,, .

( décomposantes, hyposthemsantes.

Dans ce petit tableau viennent se condenser et s'unjr toutes, les conséquences physiologiques, pathologiques et thérapeutiques de l'hydrothérapie. C'est ainsi qu'une maladie étant donnée, il y aura toujours, pour en suivre les indications physiologiques générales et particulières, la dérivation, la révulsion et la reconstitution à obtenir. Seulement, nous avons dit qu'il y avait bien des cas où il fallait produire la dérivation et la révulsion avant la reconstitution, et cela, d'autant mieux que souvent les forces organiques et vitales peuvent suffire pour les phénomènes constitutionnels. Vérité relative qui n'empêche pas, toutefois, dans certains cas, de poursuivre à la fois ces deux buts.

Nous croyons ainsi être si véritablement dans les voies sûres et naturelles, que dans nos distinctions thérapeutiques se trouve toute la médecine, puisque, dans certaines pratiques, elle se borne à l'un des deux genres de phénomènes organiques ou plastico-organiques que nous venons de signaler. En effet, pour beaucoup de médecins , les faits que nous avons cités seraient des guérisons complètes; tandis que, pour nous, nous n'avons cru parer qu'à un genre de phénomènes organiques. Voyons maintenant comment nous attaquons les phénomènes constitutionnels, les plastico-organiques.

La reconstitution tonique peut s'obtenir, comme l'a montré M. Fleury, par des douches, des allusions froides, par les bains de mer et d'autres eaux simples ou minérales froides, ainsi que l'attestent nombre de faits. Seulement, chacune de ces eaux réclame particulièrement des cas spéciaux, ou tout au moins, ceux-ci exigent à chaque eau des modes variés d'application. C'est ainsi que des bains de mer, de rivière , pourraient agir au bénéfice de la phlegmasie, si cette phlegmasie était intérieure , parce qu'ils agiraient nécessairement à l'inverse des phénomènes organiques dérivatifs et révulsifs qu'il importe d'obtenir. Dans ce cas donc, il faudrait des bains de trèscourte durée pour produire, par la réaction et la faculté calorigénésique excitée à la surface, ce même mouvement organique révulsif et reconstitutif que M. Fleury obtient avec les douches froides. En effet, si Ton se rappelle le rôle que

jouent les capillaires dans la nutrition et la ealoricité vitale, on comprendra bientôt comment l'assimilation et les élaborations doivent être modifiées, et, dès lors, par ce fait, la régénération constitutionnelle produite.

Mme ***, âgée de 35 ans, d'un tempérament lymphatique, à grosses formes, chairs molles, avec des taches de rousseur et des cheveux très-blonds, était épuisée, depuis plusieurs années , par une perte utérine décolorée que remplaçait une leucorrhée purulente, fétide. Il n'y avait pas de douleurs dans le ventre , mais de la constipation alternant avec la diarrhée et divers troubles dispepsiques. Le teint était décoloré, anémique, parfois bouffi. Le toucher ne découvrait aucun changement de position de l'organe, le col était béant, mou, comme fongueux sur le côté gauche. Cet état avait résisté aux ferrugineux , au tannin , et à plusieurs cautérisations pratiquées par divers confrères. Consulté en 1850, je conseillai à madame , de prendre matin et soir un bain de siège disposé à peu près comme celui dont je donnerai la figure et la description (fig. 2), et le soir d'aller prendre un bain de mer à la lame, en ayant soin de placer dans le vagin mon irrigateur. Cet instrument (fig. lre) que M. Charrière a bien voulu faire confectionner sur les dessins que je lui ai fournis, se place dans le bain de siège, comme dans le bain de mer ou tout autre, et a pour effet de seconder la dérivation; car, au moyen de notre bain de siège, on peut disposer les choses de manière que l'utérus reçoive la première impression de l'eau, puisqu'elle ne se répand dans le bain de siège qu'après avoir passé sur l'organe intérieur. Dans le bain entier ou le bain de mer, il suffit que la malade elle-même agite un peu, de temps à autre, le liquide, avec la main au niveau du pavillon extérieur de l'instrument, pour le faire pénétrer dans le vagin et arriver sur le col utérin. De cette manière, l'eau peut être aussi également bien renouvelée sur Porgane intérieur que sur la surface de la peau. Par ce moyen même, l'irrigaiion que reçoit l'utérus est aussi douce ou vive qu'on peut le désirer, en abaissant ou en relevant le réservoir qui fournit le courant dans le bain de siège (fig. 2), ou en modérant ou en agitant la main qui pousse

le liquide, lorsque la malade prend un bain entier froid , à la mer ou à l'eau courante.

Par ces conditions , on peut user de ce moyen dans différents cas : lorsqu'il faut amener tout simplement une dérivai tion et une révulsion reconstitutive, ou même exciter quelque tonicité sur l'organe même.

Comme on voit, toutes ces conditions étaient exigées par le cas présent. Aussi la malade prit pendant trois mois des bains de mer, des bains de siège de la manière indiquée, et se trouva si bien après, que ce ne fut qu'avec peine qu'elle consentit de retourner à la mer en 1851. Les pertes sanguines furent presque immédiatement supprimées, la leucorrhée, à peine sensible à la fin de la première saison, disparut complètement à la seconde. Quant à l'hématose, elle fut assez rapidement modifiée et la vascularisation de la peau manifeste dès la première quinzaine des bains de mer, car cette dame m'écrivait alors : « Comme vous le disiez, je me transforme ; avec de la force , je crois reprendre déjà quelques couleurs aux joues, et mes mains sont réellement moins jaunes. »

Voilà donc les cas extrêmes qui peuvent nécessiter avec des modes différents d'application , l'observance de nos principes : toujours dérivation, révulsion et régénération. Or, si dans les cas précédents, nous avons insisté d'abord et surtout sur la dérivation et la révulsion, pour celui-ci nous avons presque négligé la révulsion, nous contentant de seconder la dérivation, en même temps que nous poursuivions la régénération. Il est vrai que dans ces cas encore, une plus grande vitalité des capillaires de la périphérie peut être considérée comme un mouvement organique révulsif, seulement lent et insensible. Le médecin devra donc comprendre, en pratique, toutes ces nuances physiologiques, et il y parviendra facilement en comparant les faits aux principes.

Voici d'ailleurs quelques détails qui feront sentir toujours davantage la manière d'appliquer ces principes. Seulement, comme il serait trop long de rapporter encore de nouvelles observations, je mécontenterai de formuler ma pratique, telle qu'elle est résultée d'autres faits que je donnerai ailleurs,

dans un ouvrage plus approprié, avec tous leurs détails Historiques.

Dans les indurations chroniques du col ou de la matrice entière, avec granulation ou ulcération, les turgescences acu minées ou arrondies, molles ou fongueuses du col, nous avons utilisé les cautérisations; mais elles ne nous ont jamais suffi, rhypérémie ramenant toujours les phénomènes pathologiques locaux. Maintenant, aussi, nous négligeons souvent de tels moyens, parce qu'il est manifeste, par nos observations comme par celles de M. Fleury, que, l'hypérémie disparaissant, les ulcérations , les granulations disparaissent avec elles. D'autres faits nous ont témoigne, cependant, que ce pouvait être un bon moyen adjuvant ; et dans des cas graves, nous donnerions la préférence aux cautérisations avec le fer rouge, (faprès la méthode de notre ingénieux et habile ami , M. Jobert de Lamballe, qui a obtenu de forts beaux résultats par ce moyen héroïque. Cependant, nous croyons qu'il ne peut être encore qu'accessoire, et ne saurait dispenser de tous ceux qui sont destinés à lutter contre l'hypérémie et à modifier la constitution. Mais, je suis convaincu que ce moyen , combiné avec les pratiques hydrothérapiques, devra désormais sauver bien des femmes qui succombaient à des dégénérescences utérines. Je me souviens avoir lu quelque part que M. Àrnolt, de Brighton, aurait guéri une affection cancéreuse de l'utérus avec un mélange de sel marin et de glace qu'il portait sur l'utérus au moyen d'un spéculum en guttapercha, qui, par un canal particulier, permettait l'écoulement du liquide forme, par la fonte du mélange, au contact de l'organe. D'autre part, il y a vingt ans que mon illustre maître, le baron Alibert, mè disait , dans ses conversations intimes : Vpour les maladies de l'utérus, l'eau, toujours l'eau, rien que l'eau , » et me citait, à ce propos, une actrice célèbre qu'il croyait avoir guérie d'une affection même cancéreuse de l'utérus, en ayant disposé, avec beaucoup d'art et de soin, une douche qu'elle prenait plusieurs heures de suite, pendant qu'elle jouait à son piano. Evidemment donc , tous ces moyens combinés à propos ne peuvent que promettre les ré-

sultats les plus favorables. Nous avons, d'ailleurs, obtenu des succès presque inattendus de la pratique que nous allons exposer in globo, et avec laquelle nous sommes parvenu, notamment, par cinq ans de persévérance, à la guérison d'une maladie de l'utérus qui certainement était du plus fâcheux caractère , non-seulement par les symptômes qu'elle présentait, par la persistance du mal, mais surtout parce que la mère et une sœur de la malade avaient succombé au même âge, à pareille maladie. C'était au point que la malade, après avoir consulté vainement à Lyon et à Montpellier, s'était vouée à la mort, et qu'il a fallu les raisonnements les plus précis pour lui faire entreprendre son traitement, et l'expérience successive de l'amélioration de son état pour la faire persévérer dans les longueurs de la médication. Cependant, depuis deux ans cette guérison est aussi entière qu'assurée, car, outre le bien complet obtenu, cette dame est sortie de son époque critique, ce qui détourne de l'organe, même sa fluxion physiologique. Je n'ai pas donné ici cette observation, bien qu'elle rendit plus manifeste encore l'effet de l'eau froide, mais j "ai pensé que les longueurs de ses détails se placeraient beaucoup mieux dans l'ouvrage spécial sur ces maladies, que j'ai le projet de publier. Alors aussi , je pourrai parler de deux autres malades dont le traitement qui va suivre arrête jusqu'ici les progrès d'une dégénérescence, malgré que je n'aie pu obtenir un soin suffisant dans les moyens employés , à cause des conditions sociales qui entourent l'une et du dénùment de l'autre. Un obstacle aus3i à de telles pratiques, dans nos pays ignorants, c'est que les malades, ainsi que beaucoup de monde, croient encore positivement à l'action du remède contre le mal, et ne se doutent nullement que le médecin n'a d'autre pouvoir que celui de susciter certains mouvements de l'organisme, qui seul peut ainsi se débarrasser de la maladie. De ces fausses idées, il en résulte que l'on croit trop ou trop peu à la puissance de la médecine. Dans les deux cas, la conséquence est funeste : ou elle paralyse le médecin , ou elle empêche le malade de retirer tous les bénéfices de la science. Mais revenons à notn* traitement.

1° Suivant l'état général de la constitution , j'insiste beaucoup sur le régime alimentaire, et, en général , je ne permets des aliments toniques que lorsque la résolution de la maladie s'est presque effectuée. Pour la seconder, je me suis quelquefois assez bien trouvé de l'iodure de potassium et de l'extrait de seigle ergoté, conseillé par notre ami et ancien camarade, le docteur Arnal, médecin par quartier de Sa Majesté Napoléon III. Par contraire , je n'ai jamais rien obtenu de la ciguë tant vantée ;

2° Bain de siège froid matin et soir autant que possible, irrigation d'après le procédé que nous donnons (fig. 2) , ou' bien douche utérine, de manière à renouveler incessamment et seulement le liquide froid en contact. Aussi adoptons-nous parfaitement l'appareil imaginé par M. Maisonneuve, qui, comme le nôtre, agit sans percussion, et par conséquent plus i favorablement , dans la grande majorité des cas , que les douches ascendantes;

3° Immédiatement après l'irrigation utérine, lavement froid ou douche rectale , et toujours l'eau de plus en plus froide et les irrigations de plus longue durée ;

4° Pendant ces pratiques dérivatives (sédatives), s'il est besoin d'une puissante révulsion, manuluves chauds, quelquefois sihapisés; même, au besoin, vessie remplie d'eau chaude entre les deux épaules, où M. le professeur Velpeau lait appliquer des sinapismes dans le cas de perte utérine. Les vessies en caoutchouc vulcanisé, de M. le docteur Gariel, nous ont été, pour cette pratique, aussi utiles qu'agréables et commodes pour les malades. Immédiatement après ces pratiques dérivatives et révulsives, dans le cas surtout où il s agit de déterminer une révulsion reconstitutive, frictions rapides sur tout le corps avec une serviette trempée dans de 1 eau froide, frictions en drap mouillé et surtout immersion de quelques minutes dans la mer ; bain de pluie avec l'eau de mer ou l'eau froide; enfin, l'étuve sèche, et après elle la douche froide ou le bain de pluie , comme le pratique M. FJeury, sur les épaules et les bras. Tout cela suivant les indications du moment ou l'époque du traitement hydriatique. Je

dis suivant l'époque du traitement ou les indications de la maladie, parce que , dans le premier cas , il faut acclimater insensiblement et la sensibilité de l'individu et sa puissance organique de réaction au choc du moyen employé , et, suivant l'indication, le genre ou la puissance du moyen révulsif, les bains chauds partiels, l'étuve sèche ou la douche froide, le bain de pluie froid , celui de mer à la lame. Les moyens dérivatifs ne demandent pas tant de précautions, ils conviennent dans presque tous les cas.

Lorsqu'il s'agit de déterminer une puissante révulsion plutôt que la reconstitution , nous préférons l'étuve sèche , telle que la pratique M. Fleury. On verra plus bas que nous en avons obtenu des résultats remarquables. C'est au point qu'à la première occasion j'ai le projet d'organiser mon bain de siège irrigateur , ou l'appareil de M. Maisonneuve, de manière que , pendant que la malade reçoit une irrigation utérine froide, toute la périphérie de son corps soit soumise à la révulsion de l'étuve sèche. Il y aurait là, en même temps, un mouvement organique déterminé, tout à fait contraire à l'action pathologique, et d'une puissance prodigieuse, comme le montrera une observation incomplète encore, mais sur laquelle néanmoins je donnerai tout à l'heure quelques détails.

Les irrigations froides, dérivations combinées ou simultanément employées avec l'étuve sèche, un régime sédatif, peu nourrissant , seront utiles dans toutes les phlegmasies intérieures encore actives, où il est nécessaire d'obtenir, avec la dérivation, un mouvement de décomposition. Par contraire, si l'affection locale était tellement chronique , passive , qu'elle dépendit de la reconstitution de l'économie, les bains de mer, avec notre irrigateur, les douches ascendantes, les douches froides révulsives ou le bain de pluie reconstitutif et un régime tonique et analeptique, devraient être préférés.

Toujours, comme on voit, les mêmes indications sont posées et doivent être suivies, car elles se rattachent constamment aux mêmes principes physiologico-pathologiques que nous avons établis. En voici des preuves nouvelles dans des maladies différentes.

M. ***, avocat, est pris , à Paris, il y a environ dix ans, d'une paralysie des membres abdominaux et thoraciques, avec fourmillements, fusées électriques dans chacun de ces membres. L'intelligence était intacte, et M. le professeur Chomel, qui visita le malade, jugea que tous ces phénomènes provenaient d'une inflammation de la moelle allongée. Tel est , eh effet , le diagnostic que je vois encore sur les consultations de cet habile praticien. Divers moyens furent employés, mais l'amélioration ne fut que très -lente et tout à fait incomplète au bout de deux ans. Alors, on conseilla les eaux de Bourbon-l'Archanibault, qui firent encore quelque bien, en donnant un peu plus de liberté aux membres. Cependant, oh jugea le séjour dans le Midi nécessaire, et le malade se rendit à Nice , où il passa deux ans. Là , la stricnine fut essayée sans résultat, et il survint une fièvre intermittente qui dura seize mois, y compris de courts intervalles de cessation, occasionnés par le sulfate de quinine que le malade ne prenait qu'à petites doses, dans la crainte de contrarier sa maladie primitive , et aussi surtout parce qu'il s'apercevait qu'à chaque accès de fièvre il avait un peu plus de liberté dans ses membres.

A quoi pouvait tenir ce phénomène si étrange pour le malade, même pour les médecins qui l'observaient alors, et si naturel pour nous? 11 tenait, évidemment, à la dérivation des fluides de la moelle allongée, pendant que le frisson congestionnait la rate et le système veineux abdominal, tandis que la réaction , en portant à la peau , produisait une révulsion aussi , en même temps qu'une modification dans la plasticité du sang , par les sécrétions cutanées qui s'en suivent. L'action de la décomposition à la suite de la fièvre intermittente est bien manifeste par le teint pâle et anémique, les lèvres, les conjonctives décolorées que présentent les malades affectés , depuis quelque temps, d'accès fébriles. Ce fait proviendrait -il des pertes excrémentitielles faites par la peau, ou bien donnerait-il raison à M. Donné, lorsqu'il pense que les globules sanguins se forment dans la rate? Ce qu'il y a de positif, c'est que, par les phénomènes organiques d'action et de réaction circulatoires, et par l'atténuation des

i DIFFÉRENTS MODES D'APPLICATION. 37§

liquides, on peut comprendre les effets favorables de telles modifications organo-plastiques , dans les mouvements nécessaires à la résolution d'une pblegmasie.

Toujours est-il , d'ailleurs, que sous la seule influence du climat et de cette fièvre intermittente, les membres thoraciques se dégagèrent tout à fait, et que lorsque je vis le matâdet Gréoulx , les membres inférieurs seuls se ressentaient du retentissement du mal, à part cependant' encore quelques douleurs vagues et passagères dans les membres supérieurs. M. *** marchait, mais avec une canne, traînant et relevant les jambes d'une manière insolite. Sa démarche , il est vrai, avait quelque chose de pénible , de titubant , tandis qu'il ne pouvait rester sur ses pieds et immobile ; ce n'était que par le balancement de la marche qu'il pouvait se tenir debout et progresser. Mais, lorsque l'équilibre devait être le résultat de la contraction simultanée et tonique des muscles extenseurs et fléchisseurs des membres inférieurs, il se serait laissé choir après Un instant.

Dans cet état, il éprouvait des vertiges , des éblouissements et souffrait encore fréquemment de la tête. Je lui conseillai des applications, des affusions froides sur la lete, des bains de pieds chauds, des purgatifs répétés, des suppositoires stibiés; un régime herbacé et lacté, ainsi que de l'eau en abondance, alcalinisée avec le bi-carbonate de soude.

Par ces moyens, alternant avec les eaux de Gréoulx, qui poussaient aux urines et à la peau , "M. *** , en deux ans , s'est tout à fait rétabli et n'éprouve plus le moindre symptôme de sa maladie. Il se livre, sans en être fatigué, aux travaux de cabinet, comme à l'exercice à pied et en voiture, que réclame sa profession , qu'il exerce avec autant de sagacité que de distinction.

C'est pour Ce cas , comme pour de semblables, que j*ai vivement regretté que les eaux thermales ne fussent pas mieux disposées pour remplir les différentes indications dont nous avons traité. D'après ce fait et d'autres , il est avéré qu'on obtiendrait les plus grands et les plus prompts succès, si l'on pouvait administrer, dans de pareils établissements, des atfu-

sions, des irrigations froides sur la tête, pendant qu'on doucherait les membres inférieurs avec de l'eau thermale. J'ai bien cherché à y suppléer, mais toujours, comme on pense, incomplètement. Les bonnets à glace en caoutchouc vulcanisé de M. le docteur Gariel trouvent encore ici leur indication, et j'ai pu les utiliser.

T*** , maréchal-ferrant , âgé de trente-quatre ans , est atteint , depuis cinq ans , d'une diarrhée chronique , qu'exaspérèrent souvent des écarts de régime , de manière à ce que les selles deviennent séreuses , sanguinolentes et d'une fréquence inconcevable ; l'appétit , qui est perdu depuis longtemps , cesse alors absolument; la fièvre survient, souvent des nausées et quelquefois des vomissements. Tous ces phénomènes persistent assez longtemps d'ordinaire, et les potions, les lavements laudanisés, les pilules thébaïques , des potions anodines avec la cire en suspension, m'ont paru sans effets. Il n'y a guère que des lavements froids, des applications froides sur le ventre et l'abstinence , qui paraissent amender la violence du mal. Sur l'état chronique, le cachou, le ratanhia sous toutes les formes, le tannin, le diascordium, la thériaque , même la noix vomique, les lavements avec le nitrate d'argent, restent sans aucune action. Aussi, cet homme fort, robuste, musculeux, s'était-il extraordinairement amaigri et était devenu anémique. Sa figure, ses conjonctives étaient décolorées, jaunes même , il traînait ainsi une existence chétive , découragé qu'il était, ainsi que les divers médecins qui l'avaient soigné.

Pour moi , mon découragement venait surtout de ce qu'il n'y avait pas moyen d'obtenir de ce malade un régime alimentaire , dès qu'il était sorti des exacerbations de son mal. Aussi étais-je resté fort longtemps sans le voir, lorsqu'il vint de nouveau me consulter dans le courant de novembre dernier.

Je lui proposai un traitement hydrothérapique complet, pourvu qu'il me promît enfin de se soumettre à toutes les pratiques que je lui tracerais, et surtout au régime alimentaire convenable. Il y souscrivit, et je me décidai à essayer, sans

grande confiance à une parole qui m'avait fait défaut tant d'autres fois. Je lui prescrivis :

1° Lavement froid soir et «îatin , applications froides souvent renouvelées sur le ventre pendant une heure, soir et matin aussi , et immédiatement après frictions avec un linge mouillé par tout le corps, et, dans quelques jours, affusions froides sur les épaules, les bras et le dos; après , se vêtir de suite et faire de l'exercice proportionné à ses forces,

2° Pas de vin; de l'eau froide prise modérément et à petit coup, des soupes féculentes, du riz surtout mais constamment au maigre , quelques viandes rôties lorsque l'appétit se prononcerait, et principalement de la chair musculaire de bœuf ou de mouton crue, réduite en pâte et avalée en boulettes, jusqu'à concurrence de trois ou quatre onces par jour.

Dans une quinzaine de jours, l'appétit se prononça, les forces se relevèrent; les chairs augmentaient, le teint était meilleur, la peau plus tendue et plus nourrie. Cependant, deux mois après, cette pâleur était encore manifeste, ce qui m'annonçait que l'hématose n'était pas suffisamment modifiée, et par conséquent les forces organiques générales pas assez remontées pour servir de diverticulum à l'affection et relever ainsi l'organe malade. Je parlai d'étuves sèches, de douches plus puissantes, mais tout cela fut toujours ajourné.

Je dois dire que dès les premières affusions froides sur les épaules, les jambes s'œdématièrent. Preuve nouvelle de l'action de pareils moyens sur la contractilité des tissus et de l'influence de celle-ci sur la circulation des fluides. Le malade effrayé me demanda ce qu'il fallait penser de cet événement, et, pour toute réponse, je lui conseillai de commencer par les jambes quelques-unes de ses nouvelles affusions. En quelques jours, le phénomène en question fut dissipé, et le malade acquérait insensiblement de nouvelles forces ; car, il put faire de longues courses à pieds, et travailler à sa forge, ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps.

Quant à la diarrhée, elle s'amendait réellement, mais d'une manière fort lente. Toutefois, il n'avait plus de digestions pénibles, l'appétit était bon, les borborygmes et les coliques ne

382 HYDROTHÉRAPIE QÉNÉRALE .

tourmentaient plus le malade. Les selles mêmes étaient plu& consistantes, parfois presque moulées.

Ce fut au point qu'assuré plus que jamais de tenir enfin sa guérison, il se relâcha peu à peu sur son régime, et se sentant ses forces antérieures, il permit à son frère de faire une absence de quelques semaines, pouvant parfaitement lui seul suffire aux travaux de sa profession. Mais alors, il suspendit tout traitement, se trouva même mieux, disait-il, qu'il n'avait encore été, car sa diarrhée avait presque disparu. Je lui en fis de vifs reproches, lui déclarant, que sa figure, pâle encore, ne témoignait pas un retour définitif à la santé, que d'ailleurs, pour y croire, il faudrait, plus de six mois sans le moindre symptôme de mal.

Je prêchai encore dans le désert, et, peu de jours après, grâce à cette suspension subite de traitement et une gibelotte de lapin, le mal reparut avec sa primitive violence. Fièvre, nausées, inappétence complète, selles séreuses , incessantes, etc. Je prescrivis de la tisane de riz froide, édulcorée avec du sirop de coings, lavement d'eau froide et( linges trempés dans le même liquide en applications souvent renouvelées Sur le ventre, pendant une heure soir et matin. Manuluves chauds en même temps pour seconder l'action locale dérivative (sédative). Ces moyens amendèrent légèrement l'état des choses, et ce fut à ce moment que je montrai le malaçle à mon excellent confrère, M. le docteur Goyrand, d'Aix , à qui je communiquai le projet que j'avais de soumettre le malade à l'étuve sèche, une fois par jour, tandis qu'il continuerait les moyens dérivatifs indiqués.

A peine y a-t-il été soumis quatre jours, pendant 1Q* 1.5, 20 minutes, car j'ai toujours évité d'abondantes sueurs, qu'il put supporter un peu de nourriture (des soupes féculentes et quelques bols de viande crue), et que les selles furent réduites Vquatre ou cinq, puis à moins encore dans les vingt-quatre heures. Il est vrai que voilà seulement quinze jours de cela et qu'il s'est, maintenu parfaitement au régime alimentaire prescrit. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que, lorsque ensuite j'ai fait supprimer ces étuves, de crainte d'affaiblir le

malade par la sueur , la diarrhée a augmenté et le malade les a de nouveau réclamées. Pour obtenir leurs bienfaits sans inconvénients, maintenant que le malade est revenu à de meilleurs conditions (un mois et demi), je lui fais prendre l'étuve le matin, et de suite après une aspersion à l'eau froide. L'aprèsmidi, nouvelle mais simple aspersion et promenade rapide. Arriverons-nous ainsi au but cherché? Je l'ignore. Mais toujours est-il que jamais des effets pareils n'avaient été si rapidement obtenus par les autres moyens ; ce qui n'est pas moins un grand enseignement, que les praticiens apprécieront; car, par ces effets même, il est possible de comprendre qu'avec un sujet plus raisonnable et une observance rigoureuse des moyens indiqués, selon les principes que nous avons posés, on pourrait être presque assuré du résultat l.

D'après tous ces faits que je pourrais multiplier, notamment par une observation de cystite , qui avait résisté à tous les moyens conseillés jusqu'ici, il doit être bien établi que, dans toutes nos médications hydrotbérapiques ou autres, il n'est jamais question que de dérivation, de révulsion, de reconstitution régénératrice ou décomposante. Phénomènes locaux et généraux souvent liés ensemble, dépendant les uns des autres, mais pouvant avoir cette conséquence pratique : qu'il peut devenir plus utile de détourner les phénomènes locaux, ou au contraire de modifier les phénomènes généraux.

On devra donc choisir les eaux et disposer leurs modes

1. Voilà trois mois que j'écrivais ces lignes. Aujourd'hui , les selles sont devenues régulières , les digestions parfaites, l'appétit et les forces entièrement revenues, et T*** a repris tous ses travaux. Je lui conseille uéanmoins encore la plus exacte observance de son régime diététique, des soupes féculentes maigres et des viandes rôties; pas de lait, d'herbages, de fruits, absolument pas de ragoûts, des lavements froids tous les jours; de temps à autre quelques étuves sèches et des douches froides quotidiennes sur les épaules, en même temps que beaucoup d'exercice; car je ne considère pas encore sa guérison comme tout à fait assurée, Je n'y croirai que lorsque le teint aura recouvré toute son animation et témoignera ainsi autant de la régénération constitutionnelle que delà résolution complète et définitive de l'altération organique; la régénération devant être le témoignage le plus manifeste et le plus assuré de la parfaite équilibration organo-fonctionnelle. Déjà, toutefois, le teint a bien changé, puisque les pommettes se colorent, que tout le monde croit à la guérison du malade. Cependant, il n'y a pas dans toutes les parues de la peau de sa figure l'animaUon qu'il devrait y avoir.

d'application, dans la première circonstance, en vue de la dérivation et de la révulsion ; dans la seconde, en vue de la reconstitution régénératrice ou décomposante.

Chose étrange ! l'étude des eaux thermales comme des eaux froides s'est faite, jusqu'ici, par l'inféodation du médecin à tel ou tel établissement, de manière qu'avec les unes ou les autres on a prétendu arriver également au résultat. Nous avons montré, dans les chapitres précédents, que cette assertion n'était pas tout à fait exacte, et si, dans celui-ci, nous devons convenir, qu'en effet, suivant le mode d'application de ces mêmes eaux , avec le froid ou le chaud , on pouvait relever la dynamie vitale de notre organisme par la simple commotion imprimée, nous avons prouvé aussi qu'il y avait une médecine plus rationnelle, plus sûre, qui suivait plus immédiatement les indications locales et générales. Lesquelles indications on ne pouvait bien observer: les locales, qu'en se servant en même temps du froid et du chaud; les générales , qu'en utilisant particulièrement les eaux froides, pour les reconstitutions régénératrices , et les eaux chaudes, pour les reconstitutions décomposantes. Faits d'autant plus exacts que les principes chimiques de chacune de ces eaux agissent d'ordinaire à l'intérieur en déterminant des modifications constitutionnelles plastiques, correspondant aux modifications qu'entraîne différemment la différence de la température.

Nous montrons ainsi que les médecins des différentes eaux, en préconisant leurs établissements pour presque la généralité des maladies , vont trop loin , de même qu'ils abusent en pratique et de la dynamie vitale et de leurs eaux. Aujourd'hui, nul établissement ne pourrait avoir une telle prétention qu'en possédant, à des degrés divers, de l'eau froide et de l'eau chaude, et des sources minéralisées, de manière à être les unes altérantes, les autres recomposantes. C'est au point que, maintenant que la science peut comparer les faits qui émanent des traitements hydriatiques thermaux et froids, qu'elle peut se rendre compte des phénomènes physiologiques qui les commandent, nul établissement ne saurait être suffisant pour remplir les plus urgentes indications, qu'en possédant des appareils variés qui

permettent au praticien d'administrer en même temps, sur différentes parties du corps, de l'eau froide et de l'eau chaude. Jusque-là, la pratique hydrothérapique se fera aveuglément, et l'on pourra, comme le disait naguère un spirituel et habile professeur, M. Trousseau, « conseiller les eaux, et sur le revers de la consultation, ajouter : à moins qu'il n'entre dans les convenances de la malade de prendre les bains de mer. » {Bulletin de thérapeutique , t. XLIV, 1853, p. 33.)

Je ne disconviens pas qu'on puisse ainsi réussir , puisqu'on peut révulser avec l'eau froide comme avec l'eau chaude, relever même la tonicité de la fibre par le contraste de l'eau froide avec l'air chaud , comme de l'eau chaude avec l'air froid. Mais, dans cet état de choses , la thérapeutique et le médecin sont à la disposition du malade ou du baigneur, et toujours à celle de l'irritabilité particulière de l'individu. M. Fleury l'a fort bien compris, puisqu'il ne confie sa douche à la fois sédative et excitante qu'à lui-même. Mais même, dans ce cas, sommes-nous assez assuré de l'impression que nous allons produire? sommes-nous assez assuré d'atteindre juste cette dynamie vitale que nous allons toucher ainsi à sens et à contre-sens? On doit convenir qu'il reste encore trop de conséquences aléatoires, qu'une pratique plus sage , étayée sur les principes posés d'après l'ensemble de l'observation et de l'expérience, ferait disparaître.

D'ailleurs, avec les modifications dans les modes d'application , nous agrandissons véritablement le cercle de la thérapeutique, tout en rendant celle-ci plus sûre, puisque nous la faisons plus immédiatement suivre la raison physiologicopathologique.

En effet, on dit bien que par le bain froid, celui de mer, la douche froide, nous obtenons une révulsion par la réaction produite. C'est vrai; mais cette révulsion est surtout reconstitutive, ce qui ne peut convenir dans toute phlegmasie et même dans tous les degrés de cette même phlegmasie. Il faut donc, ici , non-seulement le plus exact diagnostic sur la maladie, mais encore la plus parfaite appréciation de la sensibilité de ce mal, si je puis ainsi parler, et toujours celle de

l'impressionnabilité de l'individu, de la condition plastique de ses liquides. Chose si difficile qu'elle est souvent impossible, comme le témoignent bien des malades qui s'en retournent des eaux, prises ainsi simplement au hasard , plus gravement affectés qu'ils n'y étaient venus. On éviterait ces inconvénients et ces dangers , si, par des moyens moins perturbateurs que régulateurs, on suivait pas à pas les indications des fonctions vitales organo - plastiques que nous nous sommes efforcé de distinguer, et que sûrement Ton peut atteindre, comme le prouvent les faits que nous avons produits.

Disons donc que l'immersion, les douches, les bains de pluie à l'eau froide seront indiqués toutes les fois qu'avec une révulsion à obtenir, on aura besoin d'une reconstitution tonique. Les faits de M. Fleury le prouvent surabondamment, tandis que déjà, les études physiologico-pathologiques auxquelles je me suis livré depuis 1847, et que j'ai présentées dans les divers concours de la Société impériale de médecine de Marseille, en donnent la raison et les motifs.

En effet , si ces pratiques hydrothérapiques ramènent la chaleur à la peau , cette action physiologique qu'on appelle réaction est complexe. Après la répulsion violente des liquides par la contractilité périphérique excitée, il y a vraiment retour du sang par des effets presque physiques. Mais en même temps, il y a des modifications chimico-vi taies dépendante la fois de la respiration d'un côté et de l'action des capillaires sur les fluides de l'autre. Si , au moment d'une immersion rapide d'une douche froide, d'un bain de pluie, on observe la respiration, on la trouve d'abord, comme arrêtée, puis tout à coup, se reproduisant par de vastes et longues inspirations. De cet effet, comme nous l'avons dit, le conflit de l'air et du sang étant augmenté dans le poumon , il devra y avoir plus d'oxygène introduit, plus de dissous dans le sang. Aussi lorsque ce sang arrivera aux capillaires, il se brûlera d'autant plus de carbone que ces mêmes capillaires, par leur contractilité excitée, auront acquis plus d'activité organique. C'est donc là ce qui explique la réaction , comme la reconstitution

à laquelle il faut ajouter les autres phénomènes de ki nutrition, qui ne doivent être que la conséquence de ceuxci, comme le prouvent tant de faits que nous avons évoqués.

Maintenant, par des effets inverses, les eaux thermales, les étuves sèches, les bains de vapeurs, les bains russes, ont une action définitive opposée, et cela même en usant de l'immersion, de la douche froide, après. Celle-ci ne fera qu'arrêter l'action diacritique de la peau, diminuer la susceptibilité; mais l'action la plus longue , la plus modificatrice reste avec sa révulsion et sa décomposition. C'est pour cela qu'on usera de ces moyens avec avantage, dans les phlegmasies chroniques intérieures, dans les diarrhées rebelles.

En effet, Halle, dans son article Bain du Dictionnaire en soixante volumes, avait déjà dit que, si Ton s'opiniâtrait dans l'emploi des bains froids, la diarrhée survenait. Ceux-ci donc ne seront vraiment utiles, comme nous l'avons montré, que lorsqu'il s'agira de dévier des affections cutanées et de modifier une constitution albumineuse par des sécrétions intestinales prolongées.

Les faits, d'accord avec le raisonnement, doivent faire repousser, dans ia plupart des cas, les immersions froides trop répétées comme les douches et les bains de pluie, par celte raison qu'il y a trop de déperdition de calorique sans laisser le temps à la faculté calorigénésique d'agir. C'est ainsi, qu'on cite l'histoire d'un naufrage où des individus qui, étant demeurés suspendus sur la carcasse d'un navire, et mouillés seulement de temps à autre par la vague, succombèient plutôt que ceux qui se trouvaient plus bas immergés continuellement jusqu'au cou. Les bains de mer qui furent conseillés à la reine Hortense pour la fortifier, étant ains-i des bains à immersions courtes et répétées, ne firent que l'énerver davantage (ou v cit. de Mlle Cocuelet). C'est ainsi que l'on utilise avantageusement , au contraire , de semblables pratiques, dans l'état inflammatoire de diverses fièvres.

Toutes ces questions, comme le comprennent d'ailleurs, tous les hydrothérapeutistes , dépendant de la vitalité ur-

gano-plastique ranimée ou dirigée , consistent dans la température du liquide et la durée de l'impression. On pourra donc désormais, surtout sous les beaux climats des rivages de la Méditerranée, en France, en Italie, en Espagne, administrer des bains de mer et surtout des douches et des bains partiels, en été comme en hiver. Il n'y aura que la différence de durée à observer avec la plus grande attention , et alors, surtout si l'on parvenait à avoir un établissement qui , par le chaud et le froid, permît de suivre toutes les indications, on pourrait ne discontinuer aucun traitement, et même profiter plus particulièrement de l'hiver, lorsqu'il s'agirait de reconstitution tonique, ainsi que bien des faits émanés de Graëfenberg le font admettre.

Pour utiliser donc tous ces principes, soit avec des eaux de mer, soit avec toute autre eau froide, soit avec des eaux thermales, il s'agira toujours, pour le praticien, de se faire une idée exacte:

1° Du mouvement organique centrifuge à exciter par rapport à la dérivation et à la révulsion ;

2° Des éliminations les plus nécessaires à provoquer, soit pour arriver à la reconstitution régénératrice, soit à la reconstitution décomposante;

3° Du besoin le plus pressant, pour l'état pathologique, ou de la dérivation ou de la reconstitution.

Avec ces données, la pratique hydrothérapique est fixée, aussi bien selon les lois de la physiologie pathologique, que de la thérapeutique générale. D'ailleurs, celle-ci ne nous a pas fourni jusqu'ici d'indications précises , ni donné de règles y correspondant. Toutes les médications reconnues n'établissaient aucune distinction à l'égard des rapports de l'organe avec la constitution; tandis que ces mêmes médications rentrent parfaitement dans les catégories de nos principes physiologico-thérapeutiques.

C'est donc maintenant que nous pouvons dire avec M. Fleury, que l'hydrothérapie, d'empirique, d'exclusive, d'aveugle, est transformée en rationnelle, méthodique et devant d'autant mieux être avouée par la science, qu'elle est, non-seulement

mise en rapport avec l'état actuel de nos connaissances physiologiques et pathologiques, mais encore, que tous les faits relatifs à la thérapeutique générale des eaux minérales, thermales, froides, simples, se prêtent la main , pour assurer les uns par les autres les mêmes principes, la même raison : le mode véritable de leur action médicatrice.

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