SECTION IX
HYGIÈNE DES BAIGNEURS AUX EAUX DE MER EN PARTICULIER ET AUX EAUX MINÉRO-THERMALES EN GÉNÉRAL.
Si j'ai été assez heureux pour faire bien comprendre que les eaux de mer n'agissaient sur nos états pathologiques et constitutionnels, qu'en modifiant la sensibilité, la caloricité, par la contractilité et la nutrition, et vice versa , on a dû reconnaître que les conditions hygiéniques, dont on doit entourer les malades, doivent être de la plus grande importance, en môme temps qu'elles doivent varier suivant qu'il s'agit d'amener des éliminations et par elles l'exaltation de l'absorption, ou de rétablir simplement l'équilibration fonctionnelle, en excitant, par les commotions imprimées, la dynamie synergique.
Dans tous ces cas, les moyens hygiéniques adj uvants peuvent tous et de différentes manières être uiilisés. Je dis plus : ils sont ordinairement indispensables. Depuis le climat qui agit sur toutes les fonctions, jusqu'aux impressions qui retentissent spécialement sur la sensibilité, toutes les conditions de l'existence ont la plus grande influence sur les différents états morbides et constitutionnels auxquels les eaux de mer et l'hydrothérapie en général peuvent convenir.
Circumfusa. Nous avons déjà vu que l'air atmosphérique, la lumière solaire, la latitude du pays, la nature du sol, pouvaient avoir les effets les plus directs sur les individus malades. C'est ainsi que presque tous les états physiologico-pathologiques, où les eaux de mer sont utiles pour déterminer des éliminations et des régénérations, réclamaient un climat sec et chaud, qui dût favoriser l'accomplissement des fonctions de l'absorption. En même temps, et j'insiste sur ce point, qui ressort déjà de nos études physiologiques, la médication ma-
rine, agissant par la température froide et la densité de l'eau, doit avoir plus de puissance relative, non-seuîement par l'air de la mer, qui dans un tel climat est nécessairement chargé de plus de principes chimiques évaporés et moins de dissous par les pluies, comme le confirment les récentes expériences de M. Chatin, mais encore parce que cette même action du climat, portant plus essentiellement l'économie à toutes les fonctionsexpansives, celle du bain froid doit exciter, en pareille circonstance, plus vivement le ressort de la contractilité. En effet, n'est-ce pas toujours par contraste que notre sensibilité est impressionnée? Par conséquent, il doit s'en suivre nécessairement que les bains de mer, pris sous un climat chaud et sec, doivent produire plus d'effets dans les maladies qui les réclament , attendu que sous de telles influences les actions et les réactions déterminées sont plus entières, plus complètes et surtout plus faciles.
On peut dire aussi des eaux thermales que, favorisant la décomposition et les éliminations par le mouvement organique expansif, elles doivent plutôt être choisies dans les climats chauds et secs. C'est ainsi que les eaux d'Aix, de Gréoulx, de Digne, des Camoins à Marseille, en Provence, nous paraîtraient bien plus favorables que certaines eaux thermales des Pyrénées où l'humidité des vallées et des montagnes exige, de l'aveu de M. Marchant, les plus attentives précautions.
Seulement, j'avoue que, pour que ces thermes puissent acquérir tout leur degré de prééminence, il faut qu'ils réunissentdes appareilscompletsquise prêtent mieux aux indications locales et générales que nous avons posées. C'est ainsi qu'ildevrait y av»;ir des douches froideset des douches chaudes de tout genre, des vaporium et des étuves de différentes espèces pour obtenir des modifications constitutionnelles, et des appareils divers, afin de pouvoir administrer en même temps des bains locaux froids et des bains chauds qui déterminassent les mouvements organiques de dérivation et de révulsion , dont nous avons établi l'importance médicatrice.
fngesto. Ce qui manque encore et surtout à ces thermes
comme à tous les établissements d'eaux minérales, ce sont des tables de régime, ainsi que je le disais dans mon Dogmatisme pratique des maladies dartreuses (ouv. cité). Je ne veux pas parler d'une table comme celle de Graëfenberg, uniforme pour tout le monde. Au contraire, ce mode a autant d'inconvénients que les restaurants de nos thermes en France. Il faudrait diverses tables où l'on servît, sur chacune, un régime exclusivement lacté , végétal , frugal , animalisé et tonique, froid ou chaud, afin de ranger autour les divers malades qui peuvent réclamer plus particulièrement chacun de ces différents genres d'alimentation. Tout ainsi serait sérieux et utile, toujours dirigé par le médecin et non pas livré à la merci des goûts du malade et au trafic de chaque maître d'hôtel.
Ce serait d'autant plus avantageux que, comme nous le disions en 1849, un régime diététique, approprié à chaque prédominance ou abaissement idiosyncrasique, corrigera, mieux que quoi que ce soit , l'effet réfractaire qu'on observe sur quelques organismes, pour les premières actions des eaux. Leur premier choc sera moins orageux et plutôt en harmonie avec l'action physiologique que l'on veut solliciter et finalement obtenir. D'ailleurs, disais-je, avec des tables de régime, ce qui est réellement pénible, chez soi, seul, soumis dans sa famille à pareille règle, deviendrait presque un plaisir par l'entraînement de l'exemple , par l'encouragement mutuel , par l'enthousiasme que fait naître une même espérance poursuivie en commun , par la confiance qu'inspire la vue des effets obtenus sur d'autres. (Voy. mon Dogmatisme cité, p. 40, 41.) Aussi , je ne doute pas que des établissements d'eaux minérales ou hydrothérapiques,qui organiseraient ainsi un système diétético-thérapeutique sérieux et complet , n'obtinssent des succès inespérés, des guérisons importantes, qui viendraient chaque jour s'inscrire dans la science et ajouter à la signification de nos observations, qu'ont étendues déjà les faits de M. Chossat ou les résultats de M. Pravaz.
D'ailleurs, tout ce que nous avons dit de l'action des eaux thermales ou froides prouve qu'il s'agit constamment d'atteindre la nutrition, de même que nous l'avons établi pour
la thérapeutique en général dans un autre travail {Synthèse pathologico-thérapeutique, Bulletin de thérapeutique, 1850;. Il s'agit toujours de lui enlever ou de lui faire acquérir ! Par conséquent, si le véritable mode d'action des eaux consiste à diminuer ou à activer les organes élaborateurs, il est incontestable qu'il faudra, dans différents cas, pour seconder encore mieux cette action, diminuer ou augmenter les matériaux de cette élaboration.
Aussi, si, dans cette question de physiologie thérapeutique, il est bien démontré que tous nos moyens , quelque élément de la vie, sensibilité, contractilité, caloricité, qu'ils touchent, atteignent toujours la nutrition, il reste également avéré que toutes nos questions thérapeutiques rentrent dans cette déduction physiologique de M. Chossat déjà citée : que toute maladie est un problème d'alimentation.
Cette vérité m'a été démontrée en pratique par toute sorte de faits. J'en ai cité quelques-uns, je pourrais les multiplier et même invoquer ceux de M. Pravaz ; mais je me bornerai à ceux-ci , que je ne saurais taire toutefois , parce qu'ils démontrent plus particulièrement qu'en modifiant la nutrition ou l'hématose, on arrête même des maladies charbonneuses, pustuleuses, du plus mauvais caractère. Cependant, on avait cru devoir attribuer ces maladies à un principe morbide trèsspécial, et, à défaut de spécifique pour les combattre, s'astreignait-on à détruire aussitôt tout le foyer du mal par le fer ou par le caustique.
Au commencement de ma pratique dans le midi de la France, je fus appelé à la campagne de Pontoise, et là, on vint me prier d'aller visiter un autre malade qui était alité depuis trois jours. Je le trouve avec une inflammation à la joue, dont le centre était dur et violacé, et les environs rouges, comme œdématiés jusques en delà du front et de l'oreille. Je reconnus un charbon des plus malins, mais n'ayant rien pour le cautériser, étant d'ailleurs à une grande distance de chez moi, j'engageai les parents d'aller chercher, dans la journée même, un officier de santé des environs, en le prévenant de ce dont il s'agissait. Mais, en attendant, devais-je rester ir>
actif devant cette maladie ? Le malade avait une fièvre extraordinaire, telle que je n'en ai peut-être jamais revu. Fort, jeune et robuste, il avait un pouls d'une distension, d'une plénitude étonnantes ; toute sa peau était rouge, comme tendue et gorgée; il ruisselait de sueur et se plaignait d'une douleur atroce générale de la tête. Je me posai cette question : en attendant des secours, pour combattre localement la maladie, n'y avait-il pas à craindre que de tels phénomènes inflammatoires compromissent quelque organe important , qu'ils aggravassent même la maladie charbonneuse? Dans cette double pensée, je me décidai à lui pratiquer une saignée. Je retirai un sang couenneux , et le malade prétendit aussitôt en ressentir du soulagement. Je repartis donc, et n'ayant plus rien entendu dire de ce malade, je craignis, pendant quelque temps, qu'il n'eût succombé, lorsque, trois mois après, à mon grand étonnement, je le vois apparaître lui-même, me déclarant qu'il n'avait pas suivi le conseil que je lui avais donné d'aller chercher un médecin plus à portée de lui; que , d'ailleurs , il avait moins souffert depuis la saignée et avait continué à beaucoup suer; qu'en conséquence, ses parents et lui-même pensèrent que le mal se dissiperait seul. D'autant, disaitil, que sa joue avait percé ; puis, il s'en était détaché un gros morceau , et c'est pour cela qu'il venait me voir. En effet, outre un ectropion que la cicatrice entraînait, il me montra sa joue transpercée de part en part de manière à y introduire le petit doigt. Je lui fis de vifs reproches, mais cela ne parait à rien ; il fallait remédier aux deux inconvénients qui étaient résultés el de cette grande mortification et de cette cicatrice. Heureusement, je pus y parvenir au moyen d'une opération et ensuite du fer rouge ; car, depuis longtemps, ce malade est débarrassé de sa double infirmité.
Mais la question n'est pas en ce moment dans ces circonstances chirurgicales, elle est dans ce fait : qu'une affection charbonneuse des plus graves guérit par les modifications qu'une saignée , des sueurs excessives peuvent apporter à l'hématose ; car, bien évidemment, les mêmes désordres locaux seraient survenus si l'on s était borné à un
traitement local ; on peut même se demander s'ils n'auraient pas été plus considérables, et si, sans la saignée, la vie n'eût pas été compromise? Les faits qui vont suivre le démontrent aussi clairement que possible.
Il y a trois ou quatre ans, je fus appelé, clans la commune de Sainte-Tulle, pour un homme que visitait l'officier de santé de la localité, M. Sicard. Cet homme fort et robuste avait été piqué, il y avait à peu près quinze jours, sur le dos de la main par une guêpe. D'abord, la partie s'enfla plus que d'habitude et présenta toujours, à l'endroit I de la piqûre, une ecchymose qui surprenait le malade luimême. Cependant, il passa outre, espérant que cela se dissiperait de lui-même , lorsque, au contraire, cette ecchymose I augmenta, puis noircit et s'entoura de petites phlyctènes renfermant, les unes, une sérosité noirâtre, les autres, jaune; le tout accompagné d'une inflammation œdémateuse du reste de la main. C'est dans cet état que nous vîmes le malade, qui avait de la tièvre, et qui, cependant, avait mangé jusque-là. Le mauvais caractère de la plaie ne fut douteux, ni pour M. Sicard, ni pour moi ; car, tous deux, nous nous demandâmes s'il fallait cautériser? Mais, quelles conséquences terribles! nécessairement, le caustique allait attaquer les tendons des muscles extenseurs de la main, et rendre ainsi cet homme impropre à ses travaux, comme je l'avais vu d'autres fois. Nous nous déterminâmes à attendre jusqu'au lendemain , et en attendant, nous résolûmes d'attaquer la nutrition en général, de manière à éliminer ou à détruire le principe morbitique. Pour parvenir à ce but nous conseillâmes :
1° Le malade étant très-fort et robuste, une large saignée;
2° Immédiatement après, l'émétique, d'abord à dose vomitive, et ensuite, en lavage, pour déterminer une purgation abondante ;
3° Des embrocations d'huile d'olive sur la main pour abriter la plaie du contact de l'air, et par-dessus des compresses imbibées d'eau froide, souvent renouvelées . afin de ranimer la contractilité locale et s'opposer à la stagnation des liquides, •n faciliter leur résolution.
Le lendemain, l'état des choses n'avait pas changé, le mal local n'avait pas augmenté. Le malade avait eu plusieurs vomissements et nombre de selles. Continuation donc de l'émétique en lavage et même traitement topique. Toutefois, remplacer l'émétique par du sulfate de soude, aussitôt que la tolérance du premier paraîtra être établie.
Le quatrième jour, la fièvre avait diminué, et à part quelques phlyctènes qui s'étaient ouvertes et l'œdème inflammatoire qui semblait abandonner la main pour se porter à l'avant-bras, l'escarre ne paraissait avoir fait des progrès, ni en profondeur ni en étendue. Purgation tous les matins avec le sulfate de soude et l'après-midi boire abondamment d'une tisane délayante avec addition de quatre grammes de carbonate d'ammoniaque par litre de liquide.
Ce traitement continué pendant dix jours triompha tout à fait du mal : la peau superficiellement mortifiée se détacha, l'inflammation ambiante se résolut peu à peu et le malade en a été quitte pour une roideur de sa main qui a duré plusieurs mois. Mais des douches d'eau froide et l'exercice en ont triomphé depuis longtemps, et cet homme ne conserve pas trace de la terrible maladie qu'il a eue.
Je dis terrible , puisque le fait qui va suivre a montré le danger auquel il était exposé , en même temps que la valeur des principes pratiques que j'émets pour la circonstance. Le fait dont il s'agit se passait à la même époque, ce qui prouve qu'il y avait dans la constitution atmosphérique quelque chose de particulier qui agissait sur l'état général de l'organisme. Je n'ai pas vu la malade dont il est question , mais j'en tiens les principaux détails d'un jeune confrère, M. Roche, qui avait suivi cette maladie sous la direction d'un autre médecin.
Une dame est piquée, par un cousin (culex pipiens), derrière la nuque. Comme dans notre observation, cette piqûre resta quelque temps sans vouloir se guérir; puis, tout à coup, elle prit un mauvais caractère, de sorte qu'on pratiqua des incisions jusque sur les portions de peau saine, afin d'empêcher les progrès gangreneux. Mais , cette pratique n'arrêta rien ;
car il fallut ainsi successivement suivre le mal jusque sous 1<? bras, et, lorsqu'il parut s'arrêtera ce point, il se montra inopinément sur l'une des hanches où les mêmes moyens furent inutilement employés, puisque, enfin , quelques jours après, la poitrine s'embarrassa subitement et la malade succomba. Comme toujours on parla de métastase à l'intérieur, mais il n'était pas besoin de cette circonstance pour attester que la maladie était générale avant d'être locale. L'ordre des phénomènes l'indiquait assez, surtout lorsqu'on avait vu le mal se porter tout à coup sur l'une des hanches , c'est-à-dire à un lieu distinct et séparé de son premier point de départ.
En effet , les circonstances seules de cette dernière observation prouvent qu'il s'agit d'une infection générale, de même que le résultat calamiteux de cette dernière, comparé avec la terminaison de la précédente, qui lui est si identique, achève la démonstration. Démonstration qui porte nécessairement cette instruction pratique , qu'en modifiant l'hématose ou la nutrition générale, on peut atteindre même les principes morbides dans lesquels la médecine avait dû reconnaître une certaine malignité essentielle , et que, faute de spécifique pour la combattre, elle avait au moins recommandé un traitement chirurgical qui détruisît sur place le foyer pathologique, afin de préserver de son venin le reste de l'écouomie. Après de tels résultats, on peut juger de l'insuffisance de cette manière de voir et de l'importance de nos principes physiologico-thérapeutiques, attestant toujours mieux que, dans quelque maladie que ce soit, nous sommes presque toujours obligés d'agir sur la nutrition, soit directement, soit indirectement par les autres facultés physiologiques que nous avons reconnues. J'ai montré, ailleurs, en mettant à profit et en étendant les observations de Dupuytren, que l'on pouvait guérir de cette manière certaines gangrènes séniles {Bulletin de Thérapeutique, t. XXXV, 1848). C'est donc ainsi que la proposition de M. Chossat est presque toujours vraie et applicable; car, en l'observant exactement , si nous savions à temps et à propos donner ou enlever à la nutrition,
nous obtiendrions des résultats aussi heureux que surprenants. En voici un exemple significatif.
Il y a plusieurs années qu'un homme de trente-cinq ans environ présentait, depuis deux ou trois ans, un ictère général. 11 avait déjà subi divers traitements, et était depuis près d'un an à l'hôpital de Manosque, sans avoir retiré la plus petite amélioration des différents remèdes employés par mes confrères et par moi. Cependant, dans les premiers temps que cet homme fut soumis à mon observation, je ne pus croire à une affection grave du foie ; car il mangeait, se prêtait même difficilement aux plus légères modifications de son régime alimentaire, et je ne constatai, d'ailleurs, aucun engorgement de l'organe hépatique. Mais cet état se prolongeant pendant près d'un an devant mes yeux , le malade étant toujours d'un jaune orangé pour ainsi dire plus intense , je me demandai s'il ne pourrait pas s'agir d'une cyrrhose, de calculs biliaires formés dans la vésicule du fiel, d'une altération de tissus particulière, de celle de certains canaux de l'organe? Toujours est-il que l'insuffisance des moyens employés et la persistance du mal m'autorisaient à employer un moyen énergique. Je ne crus pas qu'il y en eût de plus efficace qu'un régime alimentaire exclusivement frugal. Mais le malade, qui se tenait difficilement à un régime herbacé, comment consentirait-il à ne manger que des fruits, sans pain, sans vin, ni aucune autre espèce d'aliments? Je lui dis, cependant, qu'à son âge, il fallait guérir, fut-ce par les moyens les plus extrêmes et les plus pénibles; que, d'ailleurs, s'il ne voulait pas se prêter à mes prescriptions, je ne pourrais le garder à l'hôpital, ne pouvant m'associer plus longtemps à son incurie. Ces raisons le déterminèrent : il ne mangea donc que des melons, des pastèques, des raisins, des poires et des pêches, et dans l'espace d'un mois, la coloration jaune si foncée de sa peau avait beaucoup diminué; dans l'espace de deux mois, il n'y avait plus trace de maladie.
Après ces divers genres de faits, on doit comprendre toute l'importance d'un régime alimentaire en pratique générale. Ainsi est-il question de ces constitutions albumineuses dont il
faut déterminer l'excrétion de l'excédant humoral et régulariser les assimilations et les élaboralions nouvelles? est-il question de principes tuberculeux à résorber et à éliminer, il est évident que si, pendant que l'action des eaux de mer tend à faire excréter certains principes animaux, la nourriture que Ton accorde aux malades n'apporte guère que des matériaux analogues aux fonctions de l'élaboration pathologique, nous perdrions tout le bénéfice réel de la médication.
Est-il besoin, au contraire, de modifier aux eaux thermales une constitution fibrineuse et d'éliminer un principe morbide iqui s'allie aux éléments du sang les plus animalisés, comme dans la goutte, le rhumatisme , la gravelle, nombre de dermatoses? on conçoit qu'avant de chercher à excréter, par la peau et les reins, au moyen de l'action des eaux, les matériaux protéiques et azotés de la nutrition , la première et la plus simple condition consiste à ne pas en fournir par l'alimentation. Ainsi, de même, pour toutes les maladies qui, en s'alliant avec de telles situations de la nutrition, empêcheraient la résolution de l'altération, soit parce que, sous une telle situation de la plasticité des liquides, les solides ne pourraient pas réagir, soit parce que, comme nous l'avons dit, ce genre de constitution des liquides, trop similaire aux éléments qui constituent la lésion , ne ferait qu'augmenter cette dernière.
Ainsi donc, comme nous l'avons exposé, dans notre Dogmatisme des maladies dartreuses , la première condition hygiénique ou même médicatrice, que l'on doit faire concorder avec l'effet que l'on veut obtenir des eaux, réside dans le régime alimentaire. S'il s'agit de diminuer l'animalisation de la plasticité par des éliminations rénales et cutanées : régime frugal, lacté, herbacé; régimes que, dans les cas graves, lorsqu'il s'agit d'obtenir une reconstitution générale et une résolution difficile par une modification profoude, on doit rendre chacun entièrement exclusif. C'est ainsi que divers praticiens du midi de la France, notamment MM. les docteurs Ducros, de Marseille, et d'Astros, d'Aix , ont obtenu
i guërieonft fort importantes par la diète sèche, qui con-
siste à ne permettre au malade que des galettes de marins , des figues, des raisins secs, des amandes et des noisettes torréfiées. J'ai obtenu aussi de cette manière la résolution de différentes maladies, surtout celle de certaines scrofules hyper-albumineuses et de plusieurs espèces de syphilides, qui avaient résisté aux traitements prétendus spécifiques dirigés par les hommes les plus habiles de la capitale. Ce résultat fut particulièrement très-heureux sur un jeune marié que m'avait adressé un digne confrère du département des Vosges. La maladie récidivait pour la troisième fois avec les symptômes les plus formidables et les plus dévastateurs.
Je parvins également, par la diète lactée exclusive pendant neuf mois, à guérir une ascite , qui avait nécessité quinze ponctions , chez mon regrettable et digne ami , M. Gravier, médecin et pair de France. Neuf de ces ponctions avaient été faites à Paris, et six ici par moi-même, Elles étaient devenues nécessaires tous les mois et même tous les vingt jours, en produisant quinze , seize et dix-sept kilogrammes de liquide. Cependant, M. Gravier, contrairement à l'opinion de plusieurs confrères très-éclairés, guérit si complètement de son ascite , qu'il a vécu quelques années exempt de sa terrible maladie, et qu'il a succombé plus tard tout à coup à une invagination intestinale.
Mais je m'arrête là ; car, dans le cours de cet ouvrage, j'ai cité diverses observations où ces différents régimes alimentaires ont été utilisés. Il doit me suffire, après ceux que je viens d'ajouter, de dire que le genre d'alimentation choisi doit être exclusif pour en obtenir un résultat complet. Alors, sous son influence , puissamment modificative ou altérante, comme on le disait, on voit augmenter les sécrétions , diminuer l'espèce d'assimilation similaire à la pathologique; d'où les conséquences résolutives.
Pour obtenir un résultat favorable, il faut enfin que tout concorde : moyen de l'action, comme matériaux de la réaction. C'est ainsi que dans ces diverses conditions de la physiologie pathologique, je conseille des aliments qui ne contrarient point d'abord les mouvements d'élimination , et de manière
que l'économie n'assimile guère que les principes dont je veux remonter les proportions dans la constitution humorale. Je sais bien qu'ici , pour arriver à un résultat complètement satisfaisant, la science a encore beaucoup de progrès à faire: cependant déjà mon expérience particulière, en se fondant sur les acquisitions faites et des observations cliniques que j'ai données ou d'autres que je ne puis reproduire dans ce travail, est arrivée à poser certains principes et certaines règles que j'ai exposés dans mon Dogmatisme pratique des maladies dartreuses. C'est ainsi que, comme on le pratique assez généralement, je repousse pour les constitutions albumineuses que je veux changer en fibrineuses, le lait, les féculents, tous les genres de viandes, ou de parties animales plus particulièrement constituées d'albumine, telles que les cervelles de tous les animaux, les viandes de veau, d'agneau, de cochon, et particulièrement les pieds de ces animaux; je recommande au contraire, les légumes herbacés , les \iandes noires adultes rôties, les poissons, et le pain très-cuit et très-chargé de gluten.
Mais, cependant , je n'applique pas banalement à tous les cas, comme on l'a fait, un tel régime; je ne l'applique pas, surtout à toutes les conditions pathologiques, à toutes les phases d'un traitement. S'il s'agit de favoriser aussitôt des éliminations et des résolutions, on doit s'en préoccuper avant de songer à la régénération constitutionnelle. C'est alors qu'un régime alimentaire, spécialement herbacé et frugal, peut être indiqué ; tandis que, plus tard, il peut cire presque exclusivement animalisé et aussi hbrineux'que possible. On prescrit à ce moment des viandes noires rôdes, des fruits secs ou confits, des amandes torréfiées, du pain dur ou biscuit et du vin généreux. Le gros vin du midi et le café chargés de tannin m'ont paru particulièrement indiqués.
S'il s'agit de provoquer la résolution d'une simple phlegmasie chronique, d'engorgements indurés vraiment inflammatoires , au milieu d'une synergie organique encore puissante dans sa vitalité, alors, même aux eaux de mer, un régime lacté ou frugal peut être utile ou indispensable; tandis
que, dans de simples perversions fonctionnelles nerveuses, dans des appauvrissements généraux de la constitution , le régime alimentaire doit être mis en rapport , soit avec la force organique digestive, soit avec celle de la dynamie générale, comme avec le genre et le degré de la maladie. J'ai remarqué souvent que , pour que nos remèdes narcotiques ou antispasmodiques pussent atteindre la sensibilité et la comprimer sous leur action sédative, qui n'est jamais, à mes yeux , qu'une soporification , une ébriété , il fallait diminuer la plasticité humorale qui , dans l'ordre physiologique , est l'excitant de la contractilité comme de cette même sensibilité. C'est ainsi que je produirai un jour de curieuses observations, même des guérïsons de l'épilepsie, par un régime débilitant et divers narcotiques qui , sans cette condition constitutionnelle produite, eussent été sans action.
Fait si vrai , si bien lié avec l'ordre harmonique de la physiologie, qui rattache invariablement la sensibilité à la nutrition, qu'il est manifestement avéré par la pratique général* de tous les jours, que nos médicaments qui tonifient la sensibilité, et par elle la contractilité, sont sans effets durables, si l'on ne peut en même temps augmenter la plasticité et l'animalisation des fluides. Que de fois n'a-t-on pas vu le quinquina, les ferrugineux, les spiritueux, rester sans résultats, dès l'instant qu'on ne pouvait pas donner au sang des qualités nouvelles, soit par les obstacles qu'apporte la position de fortune des malades pour suivre un régime alimentaire convenable , soit parce que les organes digestifs ne peuvent pas le supporter et fournir, par leurs élaborations, à l'assimilation , e partant, à la synergie générale!
Dans des cas semblables, notamment dans des dyspepsie de différentes espèces, où le malade périssait, pour ains dire, par inertie des organes digestifs ou par épuisement , la suite de diarrhées chroniques , de lienterie , je me suis très -bien trouvé de faire avaler de la viande crue , réduite en pâte et mise en pilules , en bols , que l'on roulait dans du sucre et que le malade avalait ainsi jusqu'à concurrence de plusieurs onces par jour. Peu à peu, les forces re-
venant, l'appétit reparaissait, et dès lors le malade pouvait ajouter à ce moyen un régime plus approprié à sa maladie et à ses goûts.
Les applicata , c'est-à-dire les vêtements , le genre de lit que l'on pourrait croire sans influence sur la plupart des maladies traitées aux eaux de mer, réclament également toute l'attention du praticien. J'ai été frappé de ces paroles de Lisfranc, lorsqu'il a dit : « J'ai connu beaucoup de femmes affectées de maladies de la matrice, dont l'habitude de se trop couvrir dans le lit a paralysé tous les effets des meilleures médications. » (Ouvr. cité.)
C'est ainsi qu'il est impossible d'oublier , même après toutes les recherches écologiques de M. Fourcault sur presque toutes les conditions sociales de l'Europe, l'observation que rapporte Bordeu, de ce pauvre petit mendiant, qui avait été bien portant, tant qu'il était à peine couvert de quelques haillons, qu'il marchait pieds nus, qu'il couchait maintes fois à la belle étoile et vivait des aumônes qu'il ramassait aux thermes; tandis qu'il mourut par suite des progrès de la scrofule, lorsqu'une princesse l'eut pris en intérêt et l'eut fait coucher dans les lits les plus moelleux et l'eut nourri avec les friandises les plus recherchées. Ouvr. cit., maladies écrouelleuses, t. I , p. 452.)
Ainsi , sauf indications particulières , toujours momentanées, comme pour les baigneurs à l'eau de mer, il s'agit constamment d'augmenter la contractilité de la fibre, en même temps que d'activer les organes chargés des excrétions et des élaborations intérieures, les malades ne devront être, ni trop vêtus, ni trop couverts pendant la nuit, tandis qu'ils devront préférer un lit dur à un lit trop moelleux.
Ln lit dur a l'avantage d'élever la tonicité de la fibre et en même temps d'entretenir i:»oins de chaleur, circonstances qui toutes arrivent à favoriser davantage la contractilité et le mouvement organique et vital intérieur que les bains froids de mer déterminent.
Ces conditions sont peut-être plus indispensables dans les climats chauds, afin de lutter plus heureusement contre le
mouvement d'expansion que l'agitation du corps et la chaleur du soleil, pendant la journée , provoquent. Aussi , remplaceront-elles, jusqu'à un certain point , cette obligation si bien reconnue aujourd'hui , pour soutenir la tonicité organique et la perfection fonctionnelle, d'habituer le corps aux plus extrêmes intempéries.
Ces observations hygiéniques , dans le midi , seront d'autant plus utiles, que lorsque nous avons montré qu'on devait préférer son climat, ce n'est pas pour repousser absolument le froid, mais surtout l'humidité et les obligations sédentaires qu'elle entraîne.
C'est enfin parce que, dans le midi , on peut mettre dans tout son entier, en application, cette maxime de Xénophon , confirmée par toutes les évolutions de la science, l'histoire des peuples et la comparaison des diverses conditions sociales de nos sociétés modernes : Pour conserver sa santé, il ne faut rester assis, ni à l'ombre, ni autour du feu , que nous, thérapeutistes aux eaux de mer, nous devons repousser le climat du nord.
Tout doit se lier dans les applications de l'art, comme tout s'unit et s'enchaîne dans la science ; et si nous optons pour le climat du midi dans la plupart des maladies auxquelles conviennent les eaux de mer, parce que les mouvements d'expansion imprimés par l'air chaud et sec, et ceux de contraction déterminés par la fraîcheur et la densité de l'eau, sont ainsi plus propres, parles actions et les réactions physiologiques développées, à ranimer la dynamie générale, à plus forte raison devons-nous utiliser les avantages de ce climat, pour retirer tout le parti médicinal possible de l'enseignement du disciple de Socrate.
C'est ainsi que les moyens hygiéniques qui rentrent dans les gesta ne sauraient être négligés sans s'exposer aux plus fâcheux mécomptes. Dans certaines conditions d'affaiblissement musculaire général ou partiel, ils sont indispensables, tandis qu'ils seront également nécessaires toutes les fois qu'il s'agira de reconstituer complètement des constitutions albumineuses dont nous avons parlé , puisque le but du médecin
doit consister surtout à changer ces prédominances humorales d'albumineuses en fibrineuses.
Pour cela, il ne suffit pas toujours de provoquer des éliminations et de fournir des matériaux nouveaux à la nutrition, il faut encore forcer, autant que possible, l'assimilation de la nouvelle transformation. Or, dans ce cas, il n'est pas douteux qu'au milieu de ces conditions organiques et fonctionnelles favorables que produisent les eaux de mer, des exercices musculaires répétés et diversifiés, en donnant à la fibre plus de tonicité, lui donnent plus de vitalité, et partant, de facultés assimilatrices. Les jambes des danseurs, les bras des boulangers et des forgerons en sont des preuves sans réplique.
C'est ainsi que, par ces conditions hygiéniques, le cercle de la nutrition sera complété; car, tandis que les eaux de mer disposeront ù l'élimination et aux résolutions, les conditions hygiéniques , que favorise le climat , faciliteront tous les genres d'endosmose, comme l'assimilation des nouvelles transformations humorales.
Voilà pourquoi l'équilation, les jeux gymnastiques , les courses à pied, etc., pourront êlre conseillés dans la généralité des maladies qui réclament les eaux de mer; tandis que, certaines d'entre elles exigent des modes spéciaux d'exercices musculaires. Dans certaines difformités, par suite de faiblesse des muscles , on devrait même combiner l'exercice de la natation avec celui de la gymnastique; aussi pourrait-on disposer fort utilement à cet effet, sur la mer, des échelles, des mâts, des cordes tendues, etc.
Enfin, il n'y a pas jusqu'aux conditions hygiéniques qui rentrent dans les percepta, qui ne doivent être prises en grande considération dans les maladies chroniques que l'on traite aux eaux minérales en général, et par conséquent, aux eaux de mer en particulier. Eu effet, comme il s'agit ici d'élever, souvent au moins, certaines puissances fonctionnelles, même pour changer la nature de nos humeurs, on ne devra pas oublier qu'au milieu de la joie, des plaisirs, des douces et agréables sensations, nos fonctions vitales et organiques s'exécutent avec beaucoup plus de facilité et de puissance. Une
digestion qui s'opère au milieu des plaisirs et une autre dans la tristesse rendent compte de l'influence de pareilles causes sur les fonctions gastro-intestinales, et par suite, sur celles de la nutrition. Les sécrétions, dans ces premières circonstances, sont même augmentées; car, en parlant de celles de la peau, M. Lhéritier dit : « Tous les actes dans lesquels la vie tend à se manifester par des mouvements d'expansion, augmentent la transpiration : elle diminue au contraire sous l'influence de la tristesse , de la douleur , de l'anxiété , et généralement de toutes les affections morales déprimantes.» (Ouvr. cit., p. 606.)
L'eau froide ou chaude, minérale ou ordinaire, ne peut agir sur notre organisme, comme tout autre agent, qu'en allant toucher, provoquer ou modifier une des quatre facultés résultantes de notre machine organo-fonctionnelle, constituée par des solides, des liquides et des fluides.
Ces derniers pourront, maintenant ou par la suite, être appelés esprit, âme, électricité, magnétisme, fluide nerveux, électro-magnétique, n'importe! Tout cela n'empêchera pas que la source première ne soit un mystère du Créateur et une œuvre magnifique qui atteste sa toute-puissance et son admirable grandeur.
Au milieu de ces merveilles les plus initiales, où doivent nécessairement se trouver les liens sublimes qui rattachent la créature à la cause infinie de toutes les causes, nous distinguons cependant quatre facultés primordiales manifestes, résultantes et motrices tout à la fois; terminaisons fonctionnelles et en même temps radicales, si essentielles à connaître dans la pratique de la médecine, qu'il n'y a pas une action morale, un effet hygiénique, un agent médicateur, qui puisse éviter de toucher et d'atteindre une de ces quatre facultés , si inhérentes à la vie que, sans elles, on ne peut comprendre cette même vie :
1° La sensibilité;
2° La contractilité ;
3° La nutrition ;
4° La caloricité.
Aussi, si l'hydrothérapie peut avoir la prétention de con-
stituer une médecine générale, c'est qu'avec les diverses qualités de l'eau on peut atteindre, suivant la manière de s'en servir, chacune de ces facultés. Il n'en est pas de même des autres moyens de la matière médicale : chacun ne s'adresse d'ordinaire qu'à Tune de ces facultés.
Toutefois, une chose évidente qui est la preuve de cette harmonie bien reconnue que l'on résume dans l'idée de la vie, c'est qu'il n'est guère possible de toucher ou d'impressionner une de ces facultés, sans donner une certaine impulsion à une ou plusieurs de ces autres facultés j qui changent alors les mouvements de l'organisme d'où elles dépendent et qu'elles dirigent en même temps. En effet, de même que ces facultés résultent de la construction, de l'ordre, du mécanisme de notre économie, pareillement par un consensus d'action qui termine le cercle, chacune de ces facultés générales est nécessaire à chacune de nos parties, c'est-à-dire à nos organes.
C'est donc à savoir quelle est celle de ces facultés qui , dans un moment donné, dans une condition de troubles pathologiques, doit être mise en action pour donner telle impulsion au mouvement organique, que consiste toute la médecine, et par conséquent, l'hydrothérapie, qui en est inséparable.
Or, nécessairement, comme .il s'agit d'un cercle, on doit comprendre que, rigoureusement , on peut arriver au même but, en touchant un segment différent de ce cercle; que même, comme organes et fonctions, solides, fluides et liquides, forment le tout, il a pu y avoir diverses opinions, différentes doctrines qui, avec quelque raison, aient assuré qu'on arriverait également en agissant primitivement sur les solides ou les liquides ou les fluides. Mais, comme chacun des systèmes qui en ont émané n'ont jamais pu, dans leurs vues exclusives, faire la part de l'ensemble, respecter parfaitement l'harmonie du tout, pareillement, surtout, n'ont-ils pu indiquer le mécanisme agissant et faire suivre à l'esprit, sur les mouvements manifestes de notre organisme, ce que l'intelligence devait essentiellement comprendre pour pouvoir diriger^ Aussi, partant d'une idée exclusive, ces systèmes sont-ils
arrivés à des résultats limités, et par ce fait, se sont-ils tour à tour détruits et remplacés.
Pour nous donc, guidé avant tout par la pratique, instruit surtout par elle, nous avons dû rejeter ces théories solidistes, humoristes, animistes, exclusives, par ce fait bien simple, que ces solides, liquides ou fluides avaient d'abord eux-mêmes une qualité, une fonction capitale, un but essentiel qui, tout en résumant leur individualité, témoignait principalement de leur puissance, de leur action et surtout de leurs rapports; que, dépourvus de cette essence, toujours dépendante d'une autre, ils n'étaient plus que matière inerte ou impuissance, s'évanouissant à nos yeux comme se soustrayant à nos moyens.
Il a donc fallu reconnaître et constater les qualités essentielles résultant de ces fluides, de ces solides et de ces liquides, et choisir celles qui étaient les prédominantes par leur importance, comme par les rapports qui devaient lier toutes les fonctions avec tous les organes. Or, nous l'avons dit, nous avions été assuré que nous avions démêlé ces facultés, au milieu de tant de phénomènes , lorsque nous avons vu qu'aucun de nos organes ne pouvait se passer de ces qualités générales ; de même qu'aucune action morale, hygiénique et thérapeutique ne pouvait tomber en dehors de ces quatre facultés. Nous avons d'ailleurs montré, dans notre ouvrage, l'hydrothérapie en action avec ces mêmes facultés ; il ne nous reste, pour rendre le lecteur meilleur juge de notre doctrine, qu'à rattacher les faits aux principes, c'est-à-dire qu'à résumer dans un tableau synoptique notre ouvrage tout entier.
De cette manière, les effets et les résultats se trouvant rapprochés autant que possible, il sera facile de reconnaître les avantages ou les inconvénients de notre manière de considérer les liaisons de la physiologie avec la thérapeutique, et de constater comment nous avons pu rendre assez clairs et évidents les rapports qui doivent fusionner l'ancien dogmatisme hippocratique, si vénéré parce qu'il est si lumineux, avec les progrès de notre physiologie anatomique.
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