‹ Hydrothérapie générale; du véritable mode d'action des eaux de mer en particulier, des eaux thermo-minérales et de l'eau simple en généralChapitre 3 sur 64 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Malgré les efforts des Bordeu, des Alibert, des Anglada, des Pâtissier, des Marchant, des Gerdy, des Jaumes, des Gaudet, etc. , les eaux minérales sont demeurées comme une superfétation dans la thérapeutique. Elles constituent toujours une médecine séparée qui a ses dogmes, ses principes, sa pratique. La faute en est à nos facultés de médecine, à nos gouvernements qui ont laissé se former une école distincte, une doctrine à part : les premières, pour être restées muettes à l'endroit des eaux, et les seconds, pour avoir institué des médecins inspecteurs à chaque source, n'ayant aucun rapport avec l'enseignement général , n'en ayant même point entre eux. De là est résulté une telle confusion , que l'expérience particulière est devenue illusoire pour la science commune. En effet, là où une organisation scientifique eût été possible, en obligeant chaque médecin inspecteur à des observations régulières, aboutissant à une chaire de nos facultés, qui eût pu rassembler, comparer et conclure, il n'y a eu que des expériences personnelles qui, s'exerçant toujours sur des faits analogues, n'ont pu que s'égarer dans des vues exclusives.

En cet état de choses, il est arrivé qu'un paysan de la Silésie , expérimentant sur l'eau froide simple, a obtenu des résultats tels, qu'il a même pu faire croire non -seulement que l'eau ordinaire pouvait remplacer toutes les eaux minérales, mais être encore l'agent universel d'une thérapeutique générale. C'est ainsi que, par leur indifférence, nos écoles sont menacées de voir surgir en dehors d'elles et une doctrine générale et une nouvelle thérapeutique se substituant à la leur.

dépendant, il ne peut y avoir qu'une seule médecine, de

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même qu'il n'y a qu'une physiologie et qu'une pathologie. Quels étaient les moyens de la trouver ? C'était de prendre la voie inverse qui avait été suivie ; au lieu de faire des observations isolées sur chacune des eaux, il fallait en faire de parallèles sur les plus opposées et les plus distinctes, étudier le mode d'action physiologique de chacune d'elles sur nos divers appareils organiques, sur les modifications fonctionnelles qu'elles déterminent, et ensuite comparer à ces études les résultats thérapeutiques obtenus, non-seulement avec chacune de ces eaux , mais encore avec la médecine ordinaire.

C'est ce que nous a permis de faire, pendant plus de vingt ans, la position pratique au milieu de laquelle nous nous sommes trouvé. Entouré des eaux minérales salines froides ou thermales de Manosque , de Saint-Martin, de Pusclat, qui sont sulfureuses, salines et froides; des eaux de Digne, de Gréoulx, d'Aix, qui sont salines, sulfureuses et thermales à divers degrés ; enfin , des eaux de mer, puisque Manosque n'est qu'à douze lieues de Marseille, et que toute la contrée rayonne vers cette grande ville ; nous avons pu comparer les principaux résultats de ces eaux , et ces comparaisons unies aux recherches sur les eaux froides simples, faites à notre hôpital, nous ont donné, avec tous les éléments de la question , l'observation la plus générale.

Joignez à cela cette pratique des campagnes où le médecin est toujours en face des plus grandes difficultés pathologiques, et non des simples malaises de la sensibilité engendrés dans les grandes villes par l'atmosphère des salons, par rénervation des boudoirs, qu'augmentent encore toutes les passions soulevées dans les contacts si multipliés d'une civilisation raffinée et délicate, et alors vous comprendrez qu'il n'est plus possible de croire seulement à l'influence du voyage, du changement d'habitudes. Avec cette influence que nous ne récusons pas, il faut encore admettre, pour le genre de maladies et de malades que nous voyons, une puissance médicatrice réelle et bien positive.

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Dans une telle situation pratique, tous les véritables éléments de la pathologie générale et d'une thérapeutique universelle étaient sous notre observation ; pour nous persuader et nous convaincre, il ne s'agissait que de distinguer toute chose, et de trouver un fil conducteur qui, en ralliant ces différentes observations, pût diriger notre esprit dans cette immensité de faits. La comparaison nous conduisit à la physiologie, et bientôt celle-ci put tout dominer, en tout embrassant. Aussi avons-nous dû croire à la fidélité de notre guide, lorsque nous avons reconnu qu'il était aussi bien applicable à la médecine séculaire qu'à celle des diverses eaux froides ou thermales, simples ou minérales. (Voy. notre Synthèse pathologico-thêrapeuthique , ou Médecine expliquée par les mouvements naturels ou provoqués , Bulletin de thérapeutique , 1850.) La vérité ne se déduit-elle pas, en effet, de la généralité d'applications ; et l'expérience ne se réduit-elle pas en principes pour être saisissable? La plus vaste des expériences ne peut être qu'une théorie plus précise, plus rapprochée, mieux arrêtée, c'est-à-dire, une plus grande certitude de pouvoir faire d'une manière plutôt que d'une autre.

En 1847, la Société royale de médecine de Marseille, en mettant au concours cette question que j'ai conservée pour titre à cet ouvrage : Du véritable mode d'action des eaux de mer, me fournit l'occasion de mettre en ordre mes observations sous les principes qui en avaient émané, et je dus persévérer dans ces mêmes travaux après le jugement de cette honorable Société, qu'exprima si énergiquement M. le docteur Dugas, rapporteur de la commission. (Voy. le Compte rend a des travaux de cette Société, 1849, p. 60 et 61.) Les paroles si caractéristiques et si flatteuses d'un homme aussi éclairé que M. Dugas, sur une œuvre dont il ne connaissait pas alors l'auteur, ne purent que m'encourager, et me faire espérer que si je n'avais pas touché le but, j'étais au moins dans la voie qui devait le faire atteindre.

J'ai donc travaillé depuis avec un nouveau zèle, et c'est

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