Hygiáene de la bouche
DESTINÉ A FAIRE RESSORTIR ^IMPORTANCE DES SOINS QUE RÉCLAME L'ENTRETIEN DE LA BOUCHE.
Il est dans l'Hygiène , ou la science qui traite de la conservation de la santé, une vérité première et fondamentale ; c'est que les soins que nous donnons aux différentes parties de notre corps doivent être proportionnés au nombre et à l'importance des fonctions confiées aux or-
ganes qui les composent : or, il en est peu , sous ce rapport , qui méritent une attention plus soutenue que la bouche.
Siège du goût, c'est elle qui nous fait acquérir la connaissance des qualités sapides des corps, et nous offre ainsi pour notre conservation, par l'intermède de ce sens précieux , des avis qui se renouvellent à chaque instant sous le caractère séduisant dli plaisir. Auxiliaire presque indispensable de l'estomac dans l'acte de la digestion, c'est elle qui fait subir aux substances étrangères dont nous faisons notre nourriture habituelle , le premier de ces changemens successifs , en vertu desquels elles deviennent pour chaque organe les élémens de sa nutrition et les matériaux de son accroissement.
Telle est F importance de la bouche , seulement sous ce double rapport du goût
et de la digestion , que tous les médecins, anciens et modernes, qui se sont occupes soit de rechercher les rapports qui existent entre la Structure des êtres organisés et les phénomènes dont sont chargés leurs organes, soit de déterminer les conditions sur lesquelles repose chez eux la conservation de la vie, n'ont rien négligé de ce qui pouvait conduire à la connaissance intime de sa composition.
Les poètes eux-mêmes, dont le génie s'enilamma toujours à l'idée de tout ce qui peut contrihuer au bien-être de l'homme, ont chanté les douceurs du goût et les avantagea de la mastication ; et si nous consultions l'histoire, nous trouverions que plusieurs peuples ont attaché tant de prix aux fonctions de la houche, qu'ils ont fait des précautions desquelles dépend son état de santé naturel, tantôt l'objet
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de soins légalement obligatoires (i), tantôt le sujet de préceptes religieux (2).
Mais quelque nécessaire que soit l'intégrité de la bouche pour l'entretien de la vie et la conservation de la santé, tout ce qu'on a pu faire ou dire à son égard semblerait peut-être exagéré, si cette partie ne procurait encore à l'homme quelque chose de plus que des intérêts purement matériels , ou, pour mieux dire, si elle ne contribuait de la manière la plus directe
à multiplier les jouissances de son être
moral en agrandissant la sphère de sa vie
de relation.
La bouche n'est-elle pas en effet le
centre et la partie la plus remarquable
(1) Il est défendu aux Turcs de se faire arracher une dent sans l'autorisation expresse d'nn officier pubiic.
(2) Voyez les lois de Moïse.
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de la physionomie, ce miroir si rarement trompeur sur lequel viennent se peindre tous les sentimens qui peuvent agiter le ( xbqt bu ma in , ce transparent vivant de
l'âmé qui tout-à-eoup nous séduit nu inspire de l'aversion.
Faisant de la bouche l'objet d'uri cuir»
non moins cruel que ridicule, (Quelques peuples sauvages ont pu, dans cette dépravation du goût qui accompagne 1 1gnoranec et la barbarie, faire subir aux lèvres et aux dents d'horribles mutilations, et outrager ainsi la nature en voulant Borner. Mais s'il est une vérité qui ne s'est jamais démentie, c'est que tous les peuples civilisés , toutes les nations chez lesquelles la culture des beaux arts a produit une connaissance intime de l'harmonie qui doit régner dans les formes humaines , et amène par suite ce senti-
ment exquis et délicat du beau , n'ont pas plus varié sur la part que prend une bouche saine et régulière dans la beauté et l'agrément de la physionomie , que sur le genre de soins dont les différentes parties qui la composent sont susceptibles.
A Athènes comme à Rome, et à Paris comme à Athènes, des dents sales, rongées par la carie ou couvertes de tartre , une haleine fétide , ont été des sujets de dégoût et des motifs d'éloignement ; tandis qu'il y a deux mille ans comme aujourd'hui, et dans deux mille ans comme demain, des lèvres fraîches, une haleine pure, des dents blanches et régulièrement placées, des gencives vermeilles ont été et seront assurément le plus vanté comme le plus piquant des attraits.
Tels sont même l'impression forte et
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l'ascendant irrésistible que peut exercer sur nous l'aspect que donnent à la physionomie certaines dispositions de la bouche , que nous nous trouvons quelquefois engagés pour la vie dans des nœuds indissolubles par un seul mouvement des lèvres et par la toute-puissance d'un sourire. Et, par un contraste frappant , que de personnes , hommes ou femmes , ne doivent qu'à l'aspect désagréable que donne à la figure une bouche négligée , l'éloignement de celles dont elles désiraient l'alliance ou l'amitié ?
Les avantages que l'homme retire , dans ses rapports sociaux , de l'intégrité de la bouche considérée comme partie essentielle de la physionomie , sont donc incontestables ; eh bien ! ils ne sont rien encore en comparaison de ceux qu'elle lui procure comme organe de l'articula-
tion de la voix , comme instrument de la parole; cette faculté précieuse qui lui fournit les moyens d'exprimer d'une manière facile, claire et prompte, ses sensations, ses sentimens, ses affections, tout ce qui résulte, en un mot, de l'exercice cle ses facultés intellectuelles.
Il n'appartient qu'aux hommes qui, parla nature de leurs fonctions, sont appelés à parler en public et à convaincre l'esprit de leurs semblables par les charmes entraînans de l'éloquence et les grâces de l'élocution , de sentir tout le prix d'une bouche saine et pure, et les soins , pour ainsi dire religieux , que nous devons apporter à sa conservation.
Interrogeons cet avocat qui , par les ressources de l'art sublime de la parole , maîtrise l'esprit de ses juges au point d'enchaîner leur raison ; cet acteur qui ,
par les seules inflexions de sa voix , rend tellement sensible la pensée qu'il est chargé d'exprimer , qu'il nous arrache malgré nous des larmes ou des soupirs ; et cette actrice enfin dont la voix pure et sonore produit ces sons harmonieux dont le charme entraînant nous subjugue et nous enivre ; tous nous diront que la bouche est l'instrument de tant de prestiges , et que sans les soins qu'ils prennent de conserver leurs dents ou de masquer leurs imperfections par quelque secret de notre art j leur voix ne serait \ dans bien des cas , qu'un sifflement continuel et souvent même un glapissement obscur.
Le grand nombre et surtout la nature particulière des usages de la bouche, démontrent donc assez clairement toute l'importance de l'étude des maladies qui
peuvent affecter les parties qui la composent, et justifient assez l'opinion des médecins qui , de temps immémorial , ont établi la nécessité de faire de ces maladies l'objet d'un art essentiellement distinct des autres branches de la médecine, sinon dans son étude, du moins dans sa pratique.
Cet art , malheureusement , après avoir été connu et cultivé avec succès par les anciens , resta pendant plusieurs siècles plongé dans le plus profond oubli , et il ne sortit de cet oubli que pour être exploité par les mains avides de l'empirisme le plus aveugle et du plus honteux charlatanisme , dont les travaux de Fauchard, de Bunon, de Bourdet, de Jourdain , et de quelques autres hommes recommandables, ne l'ont enfin arraché qu'avec peine sur la fin du siècle dernier.
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Depuis cette époque , la médecine dentaire , se ressentant de l'heureuse impulsion que l'esprit investigateur de notre siècle a imprimée à toutes les parties de Fart de guérir, et trouvant surtout un puissant motif d'émulation dans le prix que les progrès toujours croissans du luxe nous portent à attacher à tout ce qui peut relever l'éclat de la beauté , s'est enrichie de nouvelles découvertes et a fourni matière à plusieurs ouvrages.
Mais il est juste de le reconnaître , et il faut le dire, la plupart de ces ouvrages ne représentent notre art que comme un art purement mécanique, dont le principal mérite est d'exercer sur les dents quelque opération minutieuse, ou d'appliquer dans la bouche quelques pièces artificielles, et qui croirait déroger s'il s'occupait un instant de conserver la bouche intègre en prévenant ses maladies.
Aussi tous ceux qui , se destinant à cet art, prennent ces ouvrages pour guides, se trouvent naturellement détournés de l'étude de la physiologie et de l'hygiène générales, sans lesquelles le dentiste, quelqu'adroit qu'il soit, ne sera pourtant jamais qu'un praticien borné et servilement assujetti aux opérations de la main , qu'un artisan exercé qui opère machinalement, et dont le défaut sera d'être toujours trop prêt à opérer.
Convaincu par expérience que l'inconvénient le plus commun des opérations faites dans la bouche , était souvent d'être trop tardives, et que les personnes qui les subissent n'en recevaient par conséquent dans bien des cas qu'un soulagement passager , j'ai reconnu qu'on avait jusqu'ici beaucoup trop négligé de remonter a la cause des maladies des dents,
et je résolus de donner aux moyens de conserver ces précieux organes la même attention que tant d'autres ont accordée à la manière de les arracher ou de les remplacer.
Mon intention n'était d'abord que de publier le résultat de quelques observations particulières et de quelques recherches que j'avais faites sur la conservation des dents; mais plus j'approfondissais le sujet, plus j'entrevoyais l'immensité du champ qu'il me donnait à parcourir; car je restai bientôt persuadé que pour traiter convenablement l'hygiène de la bouche , il fallait nécessairement franchir les bornes que les usages ont assignées au dentiste dans l'étude de la médecine; c'est-à-dire étudier tous les points de l'hygiène en général avec une égale attention J pour appliquer ensuite à la bouche
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les principes de cette science tout entière.
Dès-lors je regardai les traités généraux d'hygiène comme les seuls ouvrages qui dussent servir de base à mes recherches. Le sentiment de l'équité veut aussi que je donne ici un témoignage public et sincère de ma reconnaissance à MM. les docteurs Londe et Lachaise, qui se sont acquis par leurs travaux une place distinguée parmi les médecins qui ont agrandi le domaine de l'hygiène , et dont les sages conseils ont plus d'une fois fixé mon attention sur les matières que je devais plus particulièrement approfondir.
Sans doute en entreprenant la tâche que je me suis imposée , je ne me suis point fait illusion sur la difficulté de son exécution, et je ne me suis point dissimulé les critiques auxquelles elle pourra
donner lieu de la part de quelques dentistes qui croiront à tort les intérêts de notre art compromis. Mais ne serai-je pas suffisamment dédommagé de mes peines si, en développant les soins sur lesquels reposent , à toutes les époques de la vie , l'entretien de la bouche et la conservation des dents , et en le faisant d'une manière tellement claire, que tout le monde puisse les appliquer à soi-même, je parviens à rendre inutile le ministère effroyable de tant de charlatans dont les manœuvres honteuses tendent à faire croire que notre art ne consiste qu'en un tissu d'actions fallacieuses, quand il ne se montre pas disposé à exercer sur les bouches un vandalisme destructeur ?
Je sais que l'idée d'enseigner pour ainsi dire à tout le monde l'art de conserver des dénis saines et belles jusqu'à une
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extrême vieillesse, n'est pas une idée en* tièrement nouvelle; mais cette idée me semble n'avoir été nulle part développée convenablement pour procurer tout le bien qu'on est en droit d'en attendre.
Me citerait-on l'ouvrage que M. Duval a publié sous le titre de Dentiste de la jeunesse? Je reconnaîtrais que cet ouvrage, de même que toutes les autres productions de cet illustre maître, renferme des choses précieuses, et offre un tableau complet de l'éruption des dents et des soins qui peuvent la rendre régulière; mais il est juste de convenir que le caractère scientifique y domine trop, et que les préceptes d'hygiène s'y trouvent ensevelis sous une foule de vers ou de citations du milieu desquels peu de personnes étrangères à l'art ont eu le courage de les arracher.
Quant au Dentiste des dames, de M. Lemaire, cet ouvrage a pu sécknre par son titre et sa forme ; mais aussitôt qu'on l'eut quelque peu examiné , on reconnut qu'il fourmillait de digressions étrangères au sujet, et on blâma ouvertement ce ton de prétention et d'afféterie , et ce style ampoulé qu'on y remarque d'un bout à l'autre. Si on veut, si on exige même aujourd'hui que les sciences ou les arts utiles trouvent un langage qui rende leur étude accessible à tout le monde, on veut aussi qu'on les fasse s'exprimer avec grâce et clarté, et non en phrases romantiques ou en style de madrigal.
Quoiqu'il en soit, d'ailleurs, du mérite de ces ouvrages , ils ont pu suffire pour l'époque oii ils ont paru ; mais les progrès tout récens de l'art si important de con-
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server la santé, permettent aujourd'hui de remonter plus directement à la source de toutes les maladies des dents , et les besoins de la société exigent en même temps sur chacun des principaux points de cette science un travail aussi précis dans son plan que simple dans son exécution , mais dégagé avant tout , autant que possible, de termes scientifiques qui en rendraient la lecture difficile aux personnes étrangères à la médecine.
Aujourd'hui la bouche est généralement le miroir de la propreté ou de la négligence , et à cet égard tout œil un peu scrutateur juge sévèrement. Telle est même l'opinion commune qu'on a de la malpropreté de la bouche, qu'on se surprend quelquefois à faire aux autres des reproches qu'on mérite soi-même.
On commence aussi à comprendre que
puisque de toutes les douleurs auxquelles les maladies assujettissent l'homme, il n'en est point qui soient plus insupportables que celles qui résultent de certaines affections des dents , on devient coupable envers soi-même et blâmable aux yeux de tous , de ne pas chercher de bonne heure à se mettre à l'abri de tant de maux par des soins de propreté ou par les secours d'un art qui , consulté à temps, peut prévenir des accidens fâcheux.
Ce que la crainte de la douleur a commencé , le désir de se conformer à un luxe naturel et bien entendu l'achèvera ; peut - être même ne sommes-nous pas loin du moment ou chacun de nous craindra l'application de cette idée forte , mais juste, de Lavater : « Celui qui n'a pas soin de ses dents trahit, par cette négligence , des sentimens ignobles. »
Ce sont les femmes principalement ; elles dont la destinée tout entière est de plaire et de- charmer; elles qui n'ont pas dans la vie un seul désir , un seul besoin qui ne se rattache à l'envie de nous séduire et de mériter nos hommages ; ce sont les femmes, dis-je, qui commencent à sentir tout le prix qu'il faut attacher à la conservation de leurs dents : elles sV perçoivent plus que jamais qu'une femme est rarement laide avec de jolies dents, tandis qu'il lui est impossible, même avec les plus jolis traits du monde, d'offrir l'aspect de la beauté , si sa bouche renferme des dents dont la carie se dispute les derniers vestiges , et elles reconnaissent enfin qu'il n'est point de parure si brillante qui puisse faire oublier leur perte.
Jaloux de seconder ce désir bien
louable qu'elles montrent de briller par des attraits naturels, j'écris surtout pour elles, et je leur dédie mon ouvrage. Il est imparfait sans doute, mais tel qu'il est je le crois susceptible de produire quelque bien , et par conséquent je ne pense pas qu'il soit tout-à-fait indigne de leur suffrage. Qu'elles consacrent à sa lecture une légère partie du temps qu'un grand nombre d'entre elles donnent à de frivoles occupations , et peut-être que toutes celles qui l'auront médité et auront fait sur elles-mêmes , et surtout sur leurs en^ fans , l'application des principes qu'il renferme 7 applaudissant aux vues qui l'ont dicté , le mettront au nombre des livres dont doit se composer la bibliothèque d'une mère de famille et d'une maîtresse de pension.
Platon veut qu'on instruise les femmes
parce qu'elles ont une grande influence sur la constitution physique et morale de l'homme, et par suite sur le sort des nations. Mais quelle science importe-t-il donc alors le plus de leur apprendre , que celle de con server et de bien élever leurs enfans. Ca j'en appelle ici au témoignage de la plupart des mères , en est-il une seule qui , en voyant le fruit de ses amours traîner une existence douloureuse , n'échangeât mille fois l'éclat que peuvent jeter sur elle les arts d'agrément dont l'étude a occupé toute sa jeunesse, contre le bonheur si doux de connaître par quels moyens elle aurait pu préserver son enfant de la douleur ?
C'est donc au philosophe moraliste à déployer toutes les ressources de l'éloquence pour exciter l'enthousiasme maternel ; mais c'est aux médecins , aux
médecins seuls, chacun en ce qui le concerne plus particulièrement, à se charger du soin de diriger convenablement cet enthousiasme.
Le désir de remplir une aussi noble tache a guidé ma plume; puissé-je donc ne pas être trompé dans l'espérance flatteuse que j'ai d'être utile aux femmes, et surtout aux mères, et je jouirai d'un bonheur que ne sauraient affaiblir ni le souvenir de quelques peines , ni la crainte de la critique , à laquelle s'expose tout homme que l'amour du bien porte à restreindre le domaine de l'erreur ou l'empire des préjugés !