V. — VIEILLESSE
Le passage de la cinquante -septième année à la soixante-deuxième est, pour la plupart des hommes, ce qu’est l’âge critique pour la femme. A partir de cette époque, les facultés viriles baissent chaque jour, et, à mesure que les années viennent peser sur la tête, la fonction reproductrice décroît et finit par s’éteindre complètement ; le sexagénaire doit avoir le bon esprit de n’y plus songer.
Les changements que ce passage opère chez l’individu ne se manifestent pas brusquement, mais peu à peu, d’une manière insensible. Aujourd’hui, c’est, pour les uns, des douleurs rhumatismales, des soupçons de goutte, une difficulté d’uriner, un catarihe, etc.; demain, c’est un embarras gastrique, une affection intestinale, des lassitudes dansles membres, une courbature tenace. — Pour les autres, ce sont des névralgies, des névroses, des catarrhes de la vessie ou du poumon, des hémorrhoïdes, etc., etc. La chose la plus impt riante n’est pas de combattre ces
affections, c’est de les prévenir; c’est d’en préserver le sexagénaire. Or, pour y parvenir, il ne faut qu’un peu de sagesse et de bonne volonté.
L’homme, par exemple, qui a mené une vie active, laborieuse et sobre, ne doit pas se prélasser dans un repos complet le jour où il s’est retiré des affaires, par la raison que les extrêmes sont toujours nuisibles à la santé. C’est cependant ce qui arrive assez généralement; une foule de personnes de toutes les classes de la société, après avoir travaillé péniblement toute leur vie pour arriver à l’aisance, croient bien faire en se livrant à un repos absolu. — Parmi les hommes qui ont éprouvé de la gêne, des privations, le plus grand nombre, une fois parvenus à la richesse, se livrent sans réserve à la bonne chère. Les uns et les autres se trompent amèrement et au grand préjudice de leur santé. Ainsi qu’on ne peut arrêter une machine, au plus fort de son mouvement, sans risquer de la briser, de même l’homme ne saurait, d’une activité physique longtemps soutenue, passer tout à coup à un repos complet sans en ressentir les funestes conséquences. Les habitudes contractées sont devenues obligatoires; l’homme adonné aux travaux physiques doit continuer ses travaux en les diminuant peu à peu. L’homme d’étude, le littérateur, doit également se livrer modérément à son travail, le varier et en abréger peu à peu la durée.
La frugalité du passé commande la sobriété du
présent. Les personnes habituées à une alimentation simple, qu’exigeaient leurs moyens, ne doivent pas, étant devenues riches, se livrer aux repas plantureux et faire un dieu de leur ventre, sous peine d’affections plus ou moins graves et quelquefois de l’apoplexie ! ! !
Enfin, le vieillard doit doser la quantité de sa nourriture sur l’exercice physique qu’il prend, sur les pertes qu’il fait et ses besoins de réparations. Il est évident que perdant beaucoup moins que la jeunesse en activité, il doit consommer une moindre quantité d aliments. — Le vieillard ne doit jamais trop manger, parce que son estomac, n’ayant plus la force d’autrefois, ne saurait digérer une quantité qui dépasse ses forces actuelles; d’où il résulterait une indigestion, et les indigestions sont toujours très-fâcheuses à cet âge. L’expérience prouve que les vieillards gourmets qui ne savent pas se modérer, abrègent leurs jours par des indigestions.
SECTION III
kégime alimentaire selon les climats, les baisons et leb