JOURS
l I". — Climats.
L alimentation des hommes, selon les climats et les pays qu ils habitent, est un fait trop connu pour que
nous nous y arrêtions; il nous suffira de dire que les habitants des contrées méridionales mangent beaucoup moins que les habitants des régions septentrionales; que les aliments des premiers sont généralement tirés du règne végétal, tandis que les seconds font une énorme consommation de viande et mangent fort peu de légumes. La cause de cette différence existe dans le besoin qu’ont les septentrionaux d’une nourriture substantielle et tonique qui les mette à. même de résister aux rigueurs du climat. Sans sortir de notre pays, nous trouvons un exemple de ces deux genres d’alimentation. — Le paysan du nord de la France, ayant à lutter contre le froid, a besoin d’une nourriture animale et de boissons fermentées- — Le paysan du midi , vivant dans un climat chaud, est devenu instinctivement frugivore et ne consomme que fort peu de viande. Le premier ne pourrait résister au froid avec la ration du second, et celui-ci se trouverait fort mal de l’alimentation du premier.
Les pays tempérés tiennent le milieu entre ces deux extrêmes ; leurs habitants se nourrissent de viandes, de légumes et de fruits. Cette alimentation variée est la plus favorable au développement des qualités physiques et morales de l’individu.
Ces exemples concernent spécialement les hommes de travaux manuels, dont la réparation doit être en rapport avec les pertes qu'ils font. Les hommes du
midi et du nord , dont la position sociale ne demande pas une dépense de forces aussi grandes, ont un régime alimentaire à peu près le même, quant à la quantité ; il n’y a de différence que dans les préparations culinaires. Cet état de choses se rencontre non-seulement en France, mais dans toute l’Europe civilisée.
Saisons. — La température de chaque saison, le passage d’une saison à une autre, les influences météorologiques, l’état électrique et hygrométrique de l’atmosphère, etc., font passer les organes de la digestion par divers états d’activité, d’énergie, de faiblesse.
En France même, où le climat est tempéré, nous éprouvons des froids rigoureux et des chaleurs extrêmes, accablantes; nous passons d’une constitution chaude humide à une température froide-humide. Ces diverses oscillations de température réclament tantôt une alimentation substantielle, tonique, et tantôt une nourriture stimulante, mais légère, douce et rafraîchissante .
On conçoit facilement que pendant les changements de saison, pendant les perturbations atmosphériques, les dégradations de température et autres ii régularités, notre économie doit éprouver des atteintes plus ou moins sensibles, surtout chez les personnes nerveuses ou maladives. Tantôt, ce sont les organes de la digestion et leurs dépendances qui
sont atteints; tantôt ce sont les organes de la circulation, d autres fois, c’est le système nerveux qui souffre et qui donne lieu à des symptômes inquiétants. Or, en de pareilles circonstances, il est sage, il est urgent, de veiller attentivement aux perturbations qui affectent le tube digestif ou tout autre syssystème, et d’y porter un prompt remède.
Si l’on a soin de se mettre au régime et d’adopter les précautions hygiéniques nécessaires, dès le début de l’indisposition, bien certainement on préviendra, on évitera une maladie. Ces précautions sont faciles et n’entraînent aucun embarras. Ainsi, par exemple, dans les premiers jours du printemps, si les matinées sont fraîches, si la température reste à dix degrés au-dessus de zéro, conservez vos vêtements d’hiver et continuez votre même alimentation ; seulement, diminuez-en la quantité, dans le cas où vo3 digestions ne s’exécuteraient pas aussi librement qu’avant. Un plat de viande ou de poisson de bonne qualité, un légume de la saison, des compotes de fruits ou des confitures doivent, pour le moment, vous suffire. — Si un mal de tête, une courbature venaient vous assaillir et diminuait votre appétit, supprimez un repas et retranchez sur la quantité des autres. — Néanmoins, si le cas l’exige, gardez la diète aujourd’hui , prenez fort peu d’aliments demain, et le troisième jour l’appétit reparaîtra, l’indisposition, combattue par le régime, cessera.
g II. — RÉGIME SELON LES SAISONS.
Hiver. — L’hiver, le triste hiver, ordinairement froid et humide en France, exerce sur les personnes âgées une fâcheuse influence ; c’est la saison la plus rude pour le vieillard, celle qu’il a le plus à redouter. Les pluies froides, les gelées, les brouillards amènent avec eux une foule d’indispositions et de maladies. Le froid fait converger les fluides du corps à l’intérieur, et donne lieu, par conséquent, aux irritations intestinales, aux rhumatismes, aux catarrhes, aux névralgies, péripneumonies, hydropisies, paralysies, etc., tristes fruits qu’apporte l’hiver. Les personnes âgées et les convalescents ne sauraient être trop attentifs à éviter le froid, surtout le froid humide , qui est un des débilitants les plus funestes ; elles ne sauraient aussi mettre trop de soins à se préserver du froid des pieds ; à se vêtir chaudement avec des étoffes de laine doublées de soie, afin de retenir une plus grande quantité de calorique, et, peut-être, de fluide électrique, l’excitant vital par excellence. Les convalescents et les vieillards doivent toujours se tenir en garde contre les variations atmosphériques; un refroidissement est bientôt gagné et, pour eux, un refroidissement est toujours la cause occasionnelle d’une maladie plus ou moins grave. La flanelle sur la peau devient pour eux une
nécessité, c’est un excellent préservatif. Pendant les journées froides et humides, ils devront rester prisonniers dans leurs appartements et, pour ne pas rester dans l’inaction, marcher, agir, faire quelques exercices de gymnastique s’il leur est possible.
Le régime alimentaire du vieillard doit être essentiellement tonique : des viandes succulentes, des vins généreux en quantité modérée; des légumes de facile digestion, surtout, des purées de légumes qui possèdent le précieux avantage de ne point fatiguer l’estomac; des fruits bien cuits et sucrés, une tasse de bon café selon l’habitude contractée, composent l’alimentation le plus favorable au maintien de la santé du vieillard, et la plus propre à développer la somme des forces nécessaire pour résister aux froids de l’hiver. Le gibier et autres viandes noires excitantes, peuvent, de temps en temps, faire partie de leur nourriture, si elles ne fatiguent pas l’estomac.
I ni
Printemps. — Tout ce qui vit sur notre globe, depuis le végétal jusqu’à l’homme, éprouve l’influence du printemps. Devant le riant tableau de la nature qui reverdit, le vieillard se sent plus dispos et croit rajeunir aux tièdes rayons d’un beau soleil d’avril. C’est alors qu’il doitredoubler d’attention sur le travail de ses voies digestives. Il sort de la saison d’hiver
pendant laquelle la stimulation du froid avait augmenté son appétit et les forces de l’estomac ; il pouvait manger beaucoup de mets qu’il doit s’interdire aujourd'hui, parce que la chaleur printanière a diminué son énergie gastrique ; parce qu’à son insu, il s’opère un mouvement clandestin dans son économie : la vitalité que l’hiver avait concentrée à l’intérieur, va s’épanouir à l’extérieur par l’influence du printemps. Il doit donc surveiller ses digestions et, au moindre indice de gêne dans les voies digestives, modifier son régime. Son appétit vient-il à diminuer, un mal de tête, une courbature, viennent-ils à l’assaillir? C’est une indication non équivoque de réduction dans le régime alimentaire. Selon les circonstances, il devient nécessaire de supprimer un des repas du jour et de diminuer la quantité des aliments des autres repas. Quelquefois, lorsque le cas l’exige impérieusement, le vieillard doit garder la diète aujourd’hui et recommencer àmanger le lendemain, mais très-légèrement, puis revenir peu à peu à sa nourriture ordinaire. C’est le seul moyen de conjurer un orage qui se prépare et de prévenir une atteinte dont on ne connaît pas les suites.
Le malaise qui précède l’invasion d’une maladie est un signe qu’il y a défaut d’équilibre entre les forces vitales de tel organe et celles des autres organes, et que l’économie est menacée sur un point. La diète, pendant quelques jours; puis un régime bien enten-
du, préviennent presque toujours les troubles que le travail pénible de la digestion occasionnerait dans l’estomac ou les intestins, et, par sympathie, à plusieurs autres organes.
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Été. — Les fortes chaleurs de l’été, les vents du sud, la'sécheresse, etc. , sont défavorables aux personnes âgées, parce qu’elles éprouvent des pertes par la transpiration et un affaiblissement de forces. Elles devront contre-balancer l’influence de la saison par un régime à la fois tonique et rafraîchissant; c’està-dire entremêler les viandes rôties aux légumes herbacés ; les œufs frais, les potages au gras, les bons fruits dans leur entière maturité. Il ne faut pas oublier que la saison d’été prédispose aux irritations gastro - intestinales, aux fièvres, aux congestions cérébrales, etc., les hypochondriaques,les gastralgiques, les hystériques, et tous les sujets âgés ou malingres seront très-réservés sur la quantité de leurs aliments; ils rejetteront de leur régime toutes les substances indigestes et choisiront celles qui, sous un petit volume, offrent le plus de matériaux à la nutrition ; à laplus légère perturbation dans les voies digestives, ils devront se mettre immédiatement au régime réduit ; c’est-à-dire, se retrancher une certaine quantité d’aliments à chaque repas. Les fem-
mes exposées aux pertes, auront soin de sepréserver des grandes chaleurs , qui renouvelleraient leurs hémorrhagies.
Automne. — L’automne, dans sa première moitié, diffère peu de l’été; plus tard, les soirées deviennent fraîches, humides, pendant que le milieu du jour a été très-chaud. Alors, les maladies deviennent plus nombreuses et plus graves : un simple relâchement de ventre peut, s’il est négligé, passer de la diarrhée à la dyssenterie. Les fièvres intermittentes, les rhumatismes, les congestions cérébrales et pulmonaires et tant d’autres maux qui affligent notre espèce, prennent un très-mauvais caractère en automne, si on les néglige. C’est pourquoi les personnes âgées ou souffrantes devront redoubler de prudence et suivre, sans jamais s’en écarter, un régime alimentaire et hygiénique qui leur donnera le bénéfice de la prophylaxie de ces maladies. Leur régime alimentaire sera le même que celui de la saison d’été, hormis quelques modifications dans la quantité des aliments.
Quant au régime alimentaire selon les jours, il s’en rencontre dans toutes les saisons de l’année qui sont défavorables aux bonnes digestions. Ainsi, les variations brusques de température dans la première moitié du printemps, les chaleurs excessives de l’été ,
— le chaud humide et plus tard le froid humide de l’automne ; les brumes, les brouillards de certaines journées d’hiver, etc. Ces divers états de l’atmosphère ont une influence très-marquée sur les personnes nerveuses et les vieillards ; il est prudent de se mettre au régime réduit dès qu’on s aperçoit d une digestion laborieuse ou d’une perturbation quelconque.
CHAPITR E Y I