‹ Hygiène alimentaireChapitre 42 sur 155 · HUMAINE · texte numérisé non relu

HUMAINE

Commençons par dire qu’il est nécessaire que le lait soit de bonne qualité; car, s’il est mauvais, s’il provient de bêtes malades ou mal nourries ou fatiguées, il est alors plutôt nuisible que favorable à la santé. D’un autre côté, il faut que l’estomac s’en accommode et le digère bien; car si la digestion en était laborieuse, elle pourrait occasionner des pesanteurs d’estomac; alors il estprudént de s en abstenir. Ces deux conditions posées, il nous sera facile de prouver que le lait ne peut avoir que des propriétés bienfaisantes.

Tous les tempéraments, en général, hormis le

tempérament lymphatique peuvent faire usage du bon lait ; on exclut ce dernier tempérament du régime lacté, parce que ce régime le conduirait à l’empâtement des tissus auquel il est naturellement prédisposé. Les effets du régime lacté sur la constitution sont analogues à ceux des aliments mucilagineux : l’énergie vitale est modérée, le système nerveux devient moins irritable et les fibres perdent de leur rigidité. Le lait adoucit les humeurs telles que la salive, la bile, les sucs gastriques et pancréatique ; en contact immédiat avec la membrane muqueuse de l'estomac, il apaise les irritations du tube digestif ou du moins les modifie; il modère la circulation et agit comme calmant sur les centres vicieux de calorification. Sous son influence le tissu graisseux , presque atrophié chez les personnes maigres, se remplit de sucs et un certain embonpoint se manifeste. Johnson nous apprend que les femmes indoues s’engraissent au moyen d’une espèce de frangipane faite avec du lait de la femelle du buffle, dont elles mangent d’énormes quantités.

Le régime lacté porte aussi ses effets sur le moral ; 11 ^chaîne les passions, modère les désirs, apaise les fougues du caractère, et porte sur tout le système nerveux son heureuse influence.

Il est des estomacs qui ne digèrent pas bien le lait, de même qu’on en rencontre qui ne peuvent digérer le lard, le jambon; qui sont incommodés de

la carotte, de l'oignon, etc., etc. L’estomac est doué d’un instinct qui lui est propre, il refuse ce qui ne lui convient pas ; et si l’on consultait un grand nombre de personnes, on apprendrait qu’il n’en est pas une qui n’ait un aliment antipathique. Ainsi, cette ■ proscription du lait que font certains médecins, sous le prétexte que c’est un débilitant, un relâchant, n’est rien moins que raisonnable ; je parle des personnes qui le digèrent bien et à qui on le défend. Le bon lait est une substance qui appartient â l’alimentation douce et réparatrice et qui convient à la plupart des individus, hormis les exceptions citées plus haut. Je ne prétends pas non plus qu’on fasse du lait sa nourriture exclusive ; les excès sont toujours pernicieux; mais je pense que les mets préparés au lait, les fécules surtout , les entremets sucrés au lait, les gâteaux de riz, les crèmes, etc., entremêlés à l’alimentation animale, ne peuvent avoir que d'excellents résultats. On accuse encore le café au lait de développer une incommodité, assez répandue parmi les femmes de Paris appartenant à toutes les classes de la société; cette accusation est-elle méritée? Ne serait-il pas plus rationnel d’admettre que cette incommodité dépend, dans la classe riche, de La vie nonchalante, du peu d’exercice, de la station assise une partie de la journée ; de l’air méphitique des soirées, des bals, théâtres, etc., de se coucher trop tard et de ne se lever qu’au milieu du jour; enfin, d’une foule

d’autres circonstances qu’il serait fastidieux d’énumérer? Dans la classe pauvre cette incomipodité dépend, sans nul doute, d’une mauvaise alimentation, et notez bien que le café au lait n’y entre que pour une partie minime, puisqu’on n’en prend qu’une tasse le matin. N’est-il pas plus rationnel d’en trouver la cause dans des locaux insalubres où l’air est confiné; dans la profession qui exige pendant toute une journée la position assise ; dans le manque de soins hygiéniques de la personne, etc., etc. Toutes ces causes sont plus que suffisantes pour déterminer le relâchement de certains organes ; pourquoi en accuser le lait comme la cause principale '?

En résumé, les effets, bien constatés, que produit le lait sur l’économie humaine sont :

1° De calmer peu à peu l’irritabilité nerveuse provenant soit de maladie, soit d’abus des plaisirs de la vie ;

2° De fournir aux estomacs fatigués, affaiblis, une alimentation douce, légère et réparatrice à la fois ;

3° De ne produire que fort peu de résidu excrémentitiel, circonstance très-favorable quand le gros intestin est irrité ;

4° De former un sang moins excitant que celui qui provient d aliments fibrineux, de viandes noires surtout; d’augmenter les sucs blancs; d’engraisser les sujets maigres et de blanchir les peaux bru-

nés (1 ) , si l’on se met à l’abri des rayons solaires.

Enfin, pour que les personnes qui liront cet ouvrage puissent s’éclairer et se former un jugement sur les cas où le lait convient, est utile, et sur les cas où il est contraire, nous formulerons les préceptes suivants :

Les tempéraments lymphatiques, les organisations g’orgées de sucs blancs doivent s’abstenir de lait ; ou, s’il entre depuis longtemps dans leur régime, n’en faire qu’une consommation très. restreinte.

Les tempéraments sanguins ne doivent s’en priver que lorsqu’ils sont menacés d’obésité.

Les constitutions délabrées, les convalescents de longue maladie, les femmes chétives, étiolées, et généralement toutes les personnes affaiblies par de longues souffrances, éviteront l’usage journalier du lait ou ne s’en permettront que de très-minimes quantités, de temps en temps. Une nourriture riche en principes nutritifs leur est indiquée, afin de réparer leurs forces, de tonifier les organes et de les relever de l’état débile dans lequel ils sont tombés.

C’est à tort que beaucoup d’auteurs de livres de médecine et d’hygiène, qui, probablement, se sont copiés les uns sur les autres, c’est à tort, disonsnous, qu’ils défendent l’usage du lait aux tempéra—

(1) Voyez, à ce sujet, l'Hygiène médicale du visage et de la peau, ouvrage des plus utiles aux femmes.

ments bilieux. Et pourquoi cette défense, puisqu’ils l’ordonnent au tempérament nerveux? Le bilieux vit généralement sous l’influence nerveuse; les adoucissants, les calmants, lui sont très-favorables; or, le lait, qui adoucit et calme, ne peut que lui être utile, si, toutefois, il le digère bien. Il est évident que celui qui ne digère le lait qu’avec difficulté, chez qui l’instinct de l’estomac refuse ce travail ou ne le fait que très-lentement et en se fatigant, il est évident que cette personne-là doit rejeter le lait de son alimentation; c’est une recommandation qui n’a même pas besoin d’être faite; car, tout individu est , porté à éviter ce qui lui fait mal.

Le lait ne convient pas lorsque la bouche est pâteuse au réveil, lorsque l’haleine est aigre et que l’estomac a des renvois acides. Les personnes affectées de gastro-entérite aiguë, de diarrhée, de relâchement de l’intestin, devront s’abstenir du lait pur, ou, si elles ne peuvent s'en passer, lui associer du sucre, un jaune d’œuf, un peu d’eau de fleurs d’oranger, pour le rendre moins malfaisant. Un mélange, par moitié, de café de glands doux et de lait, réussit à beaucoup de personnes qui n’auraient pu digérer le lait seul. Nous insistons sur le lait dans certaines affections intestinales ; car, nous avons été bien souvent témoin de ses bons effets. Plusieurs sujets , inutilement traités par les divers moyens médicaux, se sont débarrassés de leur ma-

ladie par quelques mois de diète lactée. Mais, nous ne saurions trop le répéter, il est de toute nécessité que le lait soit bien digéré.

Aborderons-nous la question du lait dans les gastralgies?... Parmi les médecins, les uns le défendent,

les autres, au contraire, l’ordonnent. Qui croire?

Le fait est qu’on voit des gastralgiques à qui le lait ne convient pas ; des éructations, des gaz, borborygmes, gonflement épigastique et autres signes leur crient de s’en abstenir. — Mais, en revanche, on rencontre d’autres gastralgiques qui se trouvent fort bien de son usage. Chez eux, il remplit le bon office d’entretenir la liberté du ventre, et c’est une qualité inappréciable dans cette triste maladie !

Continuez l’usage modéré du lait, dirons-nous aux gastralgiques, si vous vous en trouvez bien, et supprimez-le aussitôt que vous apercevrez qu’il vous est nuisible.

Lorsqu’une personne rend le lait qu’elle a bu, il est naturellement caillé ; ce qui a donné lieu à un préjugé très-répandu, c’est-à-dire de croire que le lait a tourné dans son estomac. C’est une erreur. Le lait qu’on boit se coagule, se caille aussitôt qu il est en présence du suc gastrique; il est nécessaire qu’il soit caillé pour être digéré. Les ruminants ont un estomac tout exprès pour ce but, qu'on nomme caillette. C’est avec cette caillette que les marchands de fromages caillent leur lait.

L’estomac de certaines personnes se trouve quelquefois comme paralysé dans son action sur le lait, parce que cet organe n'est pas suffisamment stimulé par ce liquide onctueux. Alors, il devient nécessaire de couper le lait, soit avec de l’eau de fleurs d’oranger ou de l’eau de Seltz, en été, pour les tempéraments bilieux ; soit avec de l’eau de Vichy ou tout autre eau alcaline, quand l’individu est lymphatique. Enfin, pour corriger la fadeifr du lait, on peut lui adjoindre du sel marin, des jaunes d’œufs, du sucre, du miel, du rhum ou autre liqueur spiritueuse, du thé, du café, etc. De cette manière, il fatig'ue moins l’estomac et se digère plus facilement.

Crème. — C’est la partie onctueuse du lait avec laquelle on fait le beurre. La crème sert à faire un grand nombre de préparations de cuisine et d’office aussi délicates que distinguées. La crème mang’ée seule est indigeste pour beaucoup d’estomacs ; si l’on y ajoute des jaunes d’œufs battus et du sucre, elle devient plus digestible. On 'dit que la crème ne convient pas a tous les tempéraments, le bilieux surtout doit s en sevrer. Par ces mots : on dit, nous voulons parler des auteurs qui ont écrit sur les aliments. Mais si le bilieux digère bien la crème, s’il digère bien le lait, pourquoi lui interdire un aliment doux, rafraîchissant et un peu relâchant? Le lait, qui est plus favorable au bilieux qui le digère qu’à tout autre tempérament, pourquoi le proscrire de son ali-

mentation? En voici la raison : les premiers auteurs connaissaient probablement quelques bilieux chez lesquels le lait ne passait pas bien et qui le sentaient longtemps sur l’estomac; ils écrivirent donc que le lait ne convenait pas à ce tempérament, sans prendre garde si d’autres sujets du même tempérament le digéraient bien. Les écrivains postérieurs ont copié ce qu’avaient dit leurs devanciers, sans réfléchir que ce qu’ils avançaient était un paradoxe. D’autres écrivains, qui viendront plus tard, répéteront, sans doute, le même paradoxe. Et, parce que la plume de ces Messieurs aura biffé le lait du régime alimentaire des bilieux, il faudra que ces derniers en soient à jamais privés!... C’est fort singulier, en vérité. Nous qui connaissons une foule de personnes de tempérament bilieux qui se trouvent parfaitement de l’usage du lait, nous dirons à nos lecteurs bilieux : Buvez du lait, mangez de la crème, si votre estomac les digère bien ; ce sont des aliments fort sains et qui ne peuvent que vous être favorables. Et, s’il vous fallait une démonstration physiologique pour détruire toute espèce de doute, la voici : La crème, le lait et toutes les matières grasses, pour être digérées et converties en chyle, doivent être d’abord émulsionnées dans le second estomac {duodénum). L'émulsionnement des matières grasses ne peut se produire qu’au contact de-la bile et du suc pancréatique. Le sujet à qui ces: deux humeurs feraient défaut se trouverait dans

l’impossibilité absolue de digérer toute substance . grasse. Il est prouvé par l’expérience que les sujets bilieux mangent beaucoup-et digèrent vite, à cause de la plus grande abondance de bile et de suc pancréatique. Or, d’après cet exposé, je demande au lecteur si le sujet bilieux ne doit pas digérer aussi bien le lait et la crème, pour ne pas dire mieux, que les sujets des autres tempéraments moins riches en bile et en suc pancréatique?

SECTION II

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