DE QUELQUES ALIMENTS SECRETS, EXPLOITÉS PAR L’INDUSTRIE
Nous consacrons ici un chapitre à la description de quelques produits alimentaires tenus secrets, et dont le prix exorbitant donnerait à croire, soit à leur rareté, soit à leur excellence ; mais qui, par le fait, sont exactement les mêmes que ceux dont on use journellement.
Ces produits, décorés de noms plus ou moins énigmatiques, sont accompagnés d’un brillant prospectus, auquel malheureusement se laissent prendre ïes personnes souffreteuses et crédules. D’après le prospectus, ces aliments possèdent une foule de rares propriétés, dont les moindres sont de guérir les maladies des voies digestives, même la gastralgie!... ô effronterie!... d’abréger les convalescences, de rele-
ver les forces abattues ; enfin, de ramener agréablement à la santé les malades qui veulent en faire usage !
Déjà, un de nos plus savants chimistes, M. Payen, membre de l'Institut, dans un remarquable ouvrage sur les substances alimentaires, a fait connaître la composition de ces sortes d’aliments. Si nous traitons cette question après le maître, c’est que nous croyons très-utile de dévoiler toutes les petites ruses que le charlatanisme met en jeu pour faire de l’argent. Notre description des aliments secrets a deux buts : le premier, d’éclairer les consommateurs sur les produits qu’ils achètent ; le second est de leur démontrer que les guérisons miraculeuses opérées par ces aliments, n’existent que sur le prospectus ; que celles certifiées de vive voix viennent toujours de compères payés pour cet office; que si, par hasard, quelqu’un de bonne foi a été g'uéri d’une maladie, il faut attribuer cette guérison, non à l’aliment, mais au rég’ime ou encore à la nature; car il arrive assez fréquemment qu’une maladie usée , disparaisse peu à peu d’ellemême , et l’on ne manque pas d’attribuer cette guérison soit au remède secret, soit au médecin survenu à cette phase de décroissance. Notre but est enfin, d’inculquer dans l’esprit des lecteurs qu il n’est pas possible de relever les forces perdues , d’abréger les convalescences, de rendre la santé par l’usage d’un seul aliment. Nous avons déjà démon-
tré qu’une alimentation complète exigeait le concours de substances végétales et animales ; que l’usage exclusif d’une seule substance devait être considéré comme une alimentation très-incomplète, qui finirait, en peu de temps, par détruire les forces et altérer la santé.