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L'ensemble de ces courbes de poids, joint à l’excellent état général des enfants, suffit à prouver que si l'intervalle de trois heures entre les tétées, à partir du septième jour, abaisse la quantité de lait prise par le nourrisson, la méthode permet pourtant à ce dernier un développement normal.
Nous réfutons également à l’aide de ces courbes une objection qui arrive de suite à l'idée. En effet, de prime abord, il semble paradoxal de n'offrir à l'enfant qu'une tétée le premier jour, deux le second, ettroisle troisième, c'est-à-dire une quantité de lait relativement minime, alors que c’est précisément le moment de la chute dé poids. Ce serait donc le moment de suralimenter l'enfant pour lutter contre cette perte de poids.
Jacoby, après Winckel, Haacke et Ingerslew, prétend en effet qu'un enfant nourri dès sa venue au monde et d'une façon abondante ne doit pas perdre de poids les trois ou quatre premiers jours. Pourtant on n'obtient ainsi que des résultats déplorables, que des surcharges alimentaires nuisibles au tube digestif, donc à l'état général de l'enfant. Il faudrait pour lutter contre la puissance des facteurs de cet abaissement normal du poids, une quantité de lait incompatible avec le pouvoir digestif et la capacité stomacale du nourrisson.
Cette perte de poids est simplement physiologique : à quoi bon l'enrayer aux risques et périls de l'enfant.
Avec la méthode d'allaitement de M. le professeur Fabre, non seulement on ne cherche pas à l’enrayer, mais il semblerait presque qu'on la favorise par Île peu d'aliments qu'on laisse prendre à l'enfant. — Or il n’en est rien. La majorité des enfants de la Cli-
nique ne perdent du poids que pendant trois jours, ce qui est tout à fait normal. Et de plus les courbes de poids précédentes montrent une perte en tout comparable à celle que font les nourrissons autrement réglés.
Ribemont-Dessaignes (1) évalue la perte de poids du nouveau-né à 200 ou 300 grammes. L'augmentation de poids ne se ferait d'après lui qu'après quatre ou cinq jours chez la multipare ; après six à sept jours chez la primipare.
Or dans un travail fait à la Clinique Obstétricale de la Charité, le docteur Jaume (2) a montré que les enfants soumis au régime que nous venons de faire connaître ne perdaient de poids que pendant les trois premiers jours dans la proportion de 75 pour 0/0 ; que chez les enfants de multipares la perte totale était de 233 grammes ; etchez les enfants de primipares de 241 gr. 9.
Cette faible alimentation des premiers jours n’entraîne donc aucunement une déperdition plus considérable de poids chez le nouveau-né.
Toutes les indications que nous avons données portent sur le nourrisson normal : nous n'avons voulu envisager que la majorité des enfants, le débile congénital ne constituant que l'exception.
Mais même pour ce dernier nous pensons que la suralimentation n'est pas nécessaire et même nuisible. L'hygiène alimentaire que nous avons décrite doit s'appliquer aussi bien à lui qu'à l'enfant régulièrement développé. Des tétées de dix minutes pour un lait nor-
(1) Ribemont-Dessaignes, — Précis d'obstétrique 1904, (2) Jaume. — De la perte de poids du nouveau-né. (Th- Lyon 1904).
mal, et espacées de trois heures après le septième jour, peuvent aussi bien lui assurer un bon accroissement.
Nous avons eu la bonne fortune de recueillir à la clinique une observation particulièrement intéressante à ce point de vue.
La nommée Marie R... accouche, à la clinique obstétricale le 25 juillet 1904, d’un enfant de six mois et demi seulement. Cet accouchement prématuré est mis sur le compte d'une émotion violente ressentie par la malade. Pas de syphilis ; un accouchement antérieur à terme et normal d'un enfant qui a maintenant trois ans,
L'enfant actuel ne pèse que 1130 grammes. Pas de malformations; il est trop faible pour prendre le sein lui-même la mère est obligée, par une véritable traite, de recueillir son lait dans une cuillère à café pour le lui faire avaler.
Néanmoins elle suit le régime général de la Maternité et ne l’alimente qu'une fois le {er jour; deux fois le second, etc.,etc., sept fois à partir du septième jour, toutes les trois heures.
L'état général de l'enfant est bon, mais il a une déperdition de poids très tenace durant 13 jours. Ceci est absolument normal pour un prématuré. A ce moment, 7 août, il ne pèse que 860 grammes.
A partir de ce moment, il peut prendre le sein, et la courbe de son poids repart ascendante. Les tétées toutes les trois heures sont maintenues; on permet une durée d'un quart d'heure à cause de l’état de faiblesse de l'enfant.
La mère sort de la Maternité le vingtième jour. L'enfant pesait alors 990 grammes, c’est-à-dire qu'il avait acquis en sept jours : 130 grammes.
La mère revient toutes les semaines à la consultation des nourrissons ; l’état de l’enfant est très bon. — Le 23 octobre, trois mois après sa naissance, il pèse 2.310. — La mère affirme continuer la méthode qu'elle a apprise dans le service, la trouvant avantageuse. L'enfant se développe sans aucun trouble digestif.
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Il est probable que des tétées plus rapprochées et plus longues, destinées à relever son poids plus rapidement, auraient provoqué d'autant plus facilement des roubles gastro-intestinaux, que l'enfant était plus délicat et plus apte à les contracter; car chezle prématuré, c’est « le tube digestif qui reste la partie la plus vulnérable de l'organisme », ainsi que le dit Marfan.
Cette observation est en faveur du maintien de la méthode même chez le prématuré et le débile, et elle indique qu'a fortiori elle est avantageuse pour l'enfant normal.
Il serait oiseux de donner toutes les observations des nourrissons soumis à l'hygiène alimentaire de la Clinique. Elles sont toutes semblables et, d’ailleurs, les courbes de poids les résument parfaitement. L'enfant, ainsi alimenté, est le type du nourrisson allaité par sa mère et d’une façon exactement réglée; 1l en présente absolument le tableau, tel que nous l'avons donné au chapitre IT.
Nous devons pourtant mentionner une période de cris assez régulière qui se produit presque toujours à la .même heure. L'enfant partageant son temps entre le sein et le sommeil, pendant tout le reste de la journée, est agité vers le soir. C’est une période qu'il faut bien connaître, afin de ne pas s'en étonner, et que M. le professeur Fabre appelle : la crise du soir. I semble qu'à ce moment le nourrisson se révolte en quelque sorte contre le régime qu’on lui impose. Il crie, il s’agite et pleure; cet état dure une heure ou une heure et demie, quelquefois plus, pour réapparaître le lendemain, à peu près à la même heure. C'est entre cinq et
a 165 — huit heures du soir que cette crise s'observe le plus. Elle est d’une interprétation difficile et toute hypothétique, mais d'observation fréquente. Elle disparaît après quelque temps et reste sans importance.
Nous avons, enfin, entrepris quelques recherches sur la composition du lait des mères soumises à la méthode de la Clinique Obstétricale. Marfan, en effet, émet la cramte de voir la teneur d’un lait en beurre et en caséine s’abaisser si les tétées sont espacées de plus de deux heures et demie. Wolf à constaté chez l'animal l'influence du nombre des traites sur la composition du lait. Joly et Filhol ont montré que quand la traite est trop retardée, le lait reprend les caractères du colostrum.
Il reste donc établi que des tétées par trop rares amènent l’appauvrissement du lait de la mère en caséine et en beurre.
Mais 1 s'agit de savoir si l'intervalle de trois heures entre chaque télée est compatible avec une composition normale du lait.
Déjà l'excellent état des nourrissons, les plus certains réactifs du lait des mères, nous permettait de le penser. Les analyses que nous avons faites du lait des femmes de la Clinique Obstétricale nous confirment pleinement dans cette idée.
Nous n'avons tenu compte que de la teneur en beurre et en caséine, les seuls éléments importants pour la nutrition du nourrisson.
La composition moyenne du lait de femme pour ces deux éléments est la suivante : Caséine — 14 grammes. Beurre — 35 grammes (Budin). |