LA RÉUNION. — PATHOLOGIE SPÉCIALE. AA
Il est à remarquer qu'à Maurice il n'y a pas eu d'épidémie grave depuis 1812 et qu'à l'heure actuelle la possession anglaise est indemne.
Le charbon bactéridien s'était cantonné en 1898 à Saint-Paul, mais n'a pas tardé à rayonner ensuite dans le reste de l’île et y a donné lieu à une grande mortalité, dont la cause resta longtemps inconnue. Des vaccinations préventives ont à l'heure actuelle enrayé l'épidémie.
La variole n'existe pas, et la population s'en préserve avec soin par de sévères quarantaines. Elle à pu ainsi échapper à l'infection qui désolait les îles voisines : Madagascar et Maurice.
A l'appel des recrues, les médecins militaires constatent quelquefois de rares cas de varicelle.
La rage n'existe pas, et cela grâce aux mesures prises contre l'introduction des chiens dans la colonie.
La pesle a été le sujet de controverses sans nombre entre les médecins de la Réunion et le D' Thiroux, qui fut envoyé en mission à la Réunion en 1899. Pour Thiroux, la maladie désignée à la Réunion sous le nom de Iymphangite infectieuse ne serait autre que la peste, el il est de fait que Thiroux a fait avec des préparations de malades atteints de Iymphangite infectieuse des cultures reconnues par Roux lui-même comme pesteuses.
D'autre part, des médecins très sérieux de la Réunion ne nient pas actuellement qu'en 1899, 1900 et 1901, une épidémie de peste ait pu se produire au Port et à Saint-Denis avec les allures de la Iyÿmphangite infectieuse, mais ils ajoutent que cette lymphangite infectieuse existe encore et que, dans les cas présents, il n'est pas possible de retrouver le bacille de la peste, que la lymphangite infectieuse est une entité morbide avec laquelle, à un moment donné, la peste a pu prêter à une confusion, mais qui n’en existe pas moins avec des caractères particuliers.
La question est des plus importantes et des plus graves. Il y aurait intérêt à ce qu'un bactériologiste, aidé par les pouvoirs publics, fit de nouvelles recherches de manière à savoir si les cas de lymphangite existant actuellement sont de la peste ou n’en sont pas.
L'éléphantiasis est relativement fréquent, tout comme la filariose beaucoup plus répandue qu'on ne le croît généralement et sous des formes diverses. Elle a besoin d’être cherchéé (Rigaud).
Le {élanos, que les habitants appellent « mal mâchoires », cause dans la population infantile de zéro à deux ans une grande mortalité. La moyenne triennale de 1899 à 1901 a été de 106 décès.
Ce que nous avons dit à ce sujet pour Madagascar pourrait être répété.
Le phagédénisme tend à s’accroître, et de jour en jour deviennent plus nombreux les ulcères phagédéniques que les habitants appellent
de divers noms : plaies arabes, boutons chinois (Rigaud). D'ailleurs, les puces chiques, introduites depuis peu par des Malgaches, se sont propagées très rapidement dans l'ile et contribuent à augmenter, vu l'indifférence des habitants à l'extraction du parasite et leur manque de soins et de propreté, la quantité des plaies phagédéniques.