LA RÉUNION, — PATHOLOGIE SPÉCIALE
tels Cilaos, Salazie, et que l'existence des anophèles a été constatée dans ces régions. ‘
Quoi qu'il en soit, le paludisme, sur les côles, sévilavec force. Il les. rend d'autant plus malsaines que la température y est élevée et que ces deux facteurs anémient rapidement. Sur les hauteurs, c'est tout autre : les basses températures rendent l'anémie moins rapide et l'impaludisme moins grave.
Le paludisme cause plus du tiers du chiffre total de la mortalité (fig. 43) et représente environ les sept dixièmes des décès dus aux
(144 aludis 1e Mortalile générale Septembre Wovernbre
Mortalité Janvier
Fig. 43. — Mortalité générale et mortalité par paludisme, à la Réunion, suivant les mois (d’après G. Reynaud).
endémo-épidémies. Il sévit surtout dans la région « sous le vent »,. y causant deux fois plus de décès que dans la région « du vent ».
On y rencontre toutes les formes cliniques du paludisme, avec prédominance des formes graves, et le D' Lafont, directeur de l'Institut Pasteur de la Rénion, m'a montré de belles préparations de toutes les formes de plasmodies répondant à ces formes cliniques.
Parmi les localités les plus infectées, 1l faut citer Saint-Philippe, Saint-Joseph, Sainte-Rose, Saint-Paul et même la capitale, Saint- Denis.
Les accès pernicieux sont de plus en plus fréquents :
15 décès par accès pernicieux en 1876.
53 — — en 1900.
Quant à la {ypho-mularienne, elle s'accroit également. Toujours très grave, vu l'état d’affaiblissement et la misère de la population, elle a cette année encore (1904) fait de très nombreuses victimes. Elle est beaucoup plus fréquente qu'à Madagascar.
La fièvre typhoïde s'observe à l'état endémique. Elle apparaît quelquefois sous forme de véritable épidémie ; c'est ainsi qu’en 1901 elle a occasionné 58 décès à Saint-Denis et 16 dans le reste de l'ile, avec une mortalité pour 10000 à Saint-Denis de 6,3 en 1899; 3,8 en 1900; 20,4 en 1901. A Saint-Denis, l'endémie va vraisemblablement diminuer et peut-être cesser; car celte année on vient de faire de l’adduction d'eau abondante et pure.
La bilieuse hématurique, au contraire, est moins fréquente que dans l'ile voisine. Elle est d'ailleurs facilement confondue avec les fièvres rémitltentes graves à forme bilieuse.
Les maladies vénériennes spécifiques sont répandues à l'extrême.
La lèpre, beaucoup plus fréquente qu'on ne le suppose, existe dans toute la population, quelle que soit sa couleur.
Les décès déclarés comme lèpre ont été de 20 en 1899, de 18 en 1900, de 12 en 1901, chiffres au-dessous de la vérité, car la population répugne à l'internement. Les Bourbonnais appellent la lèpre couramment : maladie de peau.
Une seule léproserie existe à la Montagne, aux environs de Saint- Denis. Elle est absolument insuffisante.
Les mesures les plus énergiques auraient besoin d'être prises pour sauvegarder la population indemne.
La {uberculose, qui a fait le sujet d’une étude du D' Merveilleux, est extrêmement répandue et augmente chaque année. :
De 1896 à 1901, la proportion a élé de 23,94 p. 1000 habitants et 5,65 sur 100 décès de toutes causes à Saint-Denis, de 5,71 p. 1000 habitants et de 1,56 sur tous les décès pour l'ile entière. Rappelonsnous combien elle est peu fréquente à Madagascar et comment le D' Clarac a montré que la venue des recrues bourbonnaises avait élevé le taux des cas de tuberculose dans le contingent militaire à Madagascar.
Cette fréquence de la tuberculose s'explique facilement si on songe à l’état de misère, à la malpropreté, à l'encombrement, à l’alimentation insuffisante de la majorité des habitants adonnés à l'alcoolisme, comme nous l'avons déjà fail remarquer.
Ajoutons que la tuberculose évoluerait, d'après le D' Merveilleux, avec une extrème rapidité et deviendrait rapidement une tuberculose ouverte. C'est, on le voit, l'inverse de ce qui se passe à Madagascar.
Le béribéri, exceptionnel avant 1899, est devenu épidémique dans la deuxième moitié de 1899, causant : en 1899, 184 morts; en 1900, 108; en 1901, 498, ce qui, en évaluant la mortalité à 15 p. 100 en moyenne, ferait en 1901 3300 malades (Reynaud).