XIE
Villes. — De même, la place nous manquerait pour nous étendre sur la description de tous les centres de population de ce grand gouvernement. Ils ne diffèrent guère les uns des autres. Ce sont pour la plupart des villages nègres bâlis suivant les coutumes des populations qui les habitent, avec quelques maisons européennes souvent très peu confortables, qui servent aux commerçants ou aux représentants de l'administration. Très peu d’entre eux méritent le nom de villes dans le sens que nous attribuons à ce mot. Sauf Conakry et Kayes, l'une capitale de la Guinée, l’autre du Soudan, toutes celles qui méritent d'être citées se trouvent au Sénégal, où notre domination remonte déjà à une époque éloignée. Ces dernières sont Saint-Louis, chef-lieu du Sénégal; Rufisque, centre du commerce, et Dakar avec l'ile voisine de Gorée, aujourd'hui siège du gouvernement général.
Saint-Louis. — Saint-Louis, construite dans une île du Sénégal, est une vieille ville à caractère arabe avec des maisons de pierres ou de briques. Les toitures en terrasse recueillent l'eau de pluie pour les citernes, dont presque chaque maison est pourvue. Les rues y sont bétonnées et généralement propres, mais il n'y apasd’'égoutset le jet au fleuve est la règle. On y trouve deux hôpitaux, l’un militaire, l’autre colonial. Le premier est suffisant, le second aurait besoin de notables améliorations. Malheureusement, les deux extrémités de l'ile sont occupées par la population indigène, qui habite des cases en paille. Deux grands faubourgs, réunis à la ville par de beaux ponts en fer, sont établis l’un sur la bande de sable qui sépare le fleuve de la mer, l’autre sur la rive gauche du fleuve. Le premier se compose de deux quartiers : G'uet N'Dar, où de nombreuses maisons européennes sont entourées de cases de nègres en paille, et N'Dar Toute, lout entier formé de paillottes. Le faubourg de la rive gauche, Sor, estbâti sur des terrains remblayés. À côté de maisons européennes entourées de jardins potagers ou fruitiers, loge dans des cases de paille une population indigène assez abondante. L'eau potable, emmagasinée à Sor, est puisée à 15 kilomètres de la ville, dans un des bras du fleuve, qui est fermé par des barrages à la fin des hautes eaux.
Malheureusement, à cause de l'absence d'égouts et de service d'enlèvement des ordures ménagères, les berges du fleuve, dans tous les points de la ville, sont encombrées d'immondices. Ainsi ont disparu les avantages apportés par la ligne de quais construits autrefois en bordure de l'ile de Saint-Louis. De simples dragages débarrasseraient les rives; mais on hésite à les entreprendre sur la foi des ignorants à cause de la fièvre jaune que de pareils travaux seraient capables de réveiller. Combien peu, cependant, pareille crainte est justifiée !
Tout autour de la ville, mais surtout sur la rive gauche, s'étendent de vastes marécages couverts de palétuviers. Au moment des crues,
ces marais hébergent de nombreux anophèles, qui disparaissent dès que l’eau devient salée. Le régime du fleuve limite donc la période où sévit le paludisme, qui disparait dès que la marée se fait sentir. Les grands travaux d'assainissement qu'on fait actuellement diminueront encore l'intensité de l'infection, peut-être même la feront-ils disparaître. Une pareille espérance n’est pas vaine, si l'importance des travaux est suffisante. Quand ils seront terminés, comp'étés par l'établissement d'un réseau d'égouts, par la filtration bien conduite ou mieux la stérilisation des eaux potables, enfin par l'installation d'un service vigilant de surveillance sanitaire, il sera bien inutile de chercher ailleurs un sanatorium pour la population européenne. Si bien choisi que soit le lieu de son installation, il ne réunira jamais les conditions de salubrité de la ville de Saint-Louis. Le climat y est plus agréable qu'à n'importe quel autre point du gouvernement général. Rappelant de très près celui du Caire, il a même sur ce dernier l'avantage d'être rafraichi de novembre à juin par le souffle des alizés, qui abaissent la température en décembre et janvier jusqu'à 12 et 14°. La santé des malades s'y rétablit vite dès que le paludisme disparaît. Avec quelques bons hôtels et des installations particulières convenables, on pourrait en faire une station d'hiver recommandable même à cerlains Européens.
Rurisque. — Rufisque est une ville nouvelle bâtie sur la côte. A la racine de la presqu'île du Cap-Vert, en face de Dakar, que par temps clair on aperçoit très bien. Propre et bien administrée, elle se compose presque uniquement de maisons de commerce et de vastes entrepôts d'arachides. Entourée de cases en paille et de marécages, elle est, au moment de l'hivernage, un foyer intense de paludisme.
Les travaux en cours amélioreront notablement cette situation. Elle est pourvue de bonne eau potable, mais malheureusement en quantité un peu insuffisante. Bientôt elle aura un réseau complet d'égouls.
Dakar-GoréE. — Dakar se trouve à la pointe de la presqu'île du Cap-Vert. Elle possède une très bonne rade et un excellent port qui en assurent l'avenir. Construite en majeure partie sur un plateau élevé de 20 à 25 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle est traversée de rues macadamisées ou bétonnées. L'installation du gouvernement général y a entraîné la construction d'un grand nombre d'édifices publics et de maisons européennes qui lui donnent déjà un certain cachet d'élégance.
Elle renferme un grand hôpital militaire, qui pourrait, avec de légères modifications, servir de modèle pour les élablissements hospitaliers aux colonies. Un réseau d'égouts draine vers la mer les eaux résiduaires et les matières excrémentitielles.
Elle possède aussi une canalisation d’eau potable excellente, mais insuffisante en quantité.
Comme ailleurs, le village noir est bâti en paillottes. Comme ailleurs, on trouve aux environs de dangereux marécages.
Mais le programme des travaux d'assainissement récemment entrepris prévoit pour Dakar comme pour Saint-Louis et Rufisque Île comblement ou le drainage des marais les plus proches. L'avenir nous dira si cette mesure doit être étendue à toute la presqu'île.
Le rocher basaltique de Gorée, qui s'élève en face de Dakar et qui en protège la rade contre les vents du sud, a aujourd'hui perdu toute son importance. Les maisons de commerce qui y avaient autrefois leurs dépôts de marchandises se sont transportées à Rufisque ou à Dakar. Avec ses maisons en ruine et ses rues désertes, elle semble une ville morte. Un bâtiment d'un ancien hôpital militaire excellent a été conservé comme infirmerie. Au moment de l'hivernage, on y voit un peu de paludisme qu'ilserait, par des mesures peu coûteuses, très facile d'éviter. Le climat y est agréable pendant la majeure partie de l'année. Sa situation sur la route des grands paquebots aurait pu la faire choisir comme sanalorium, sisa position stratégique ne la désignail pas pour un autre but.
Conakry. — Conakry, chef-lieu de la Guinée, est une ville toute nouvelle qui occupe à l'heure actuelle presque toute l'ile Tombo à l'extrémité de la presqu'ile du Caloum. Son développement très rapide, il y a quelques années, est momentanément ralenti parce que la nouvelle ligne de chemin de fer qui y a son point de départ et qui est en partie ouverte à l'exploitation à amené les commerçants à aller audevant du client, leurs maisons de Conakry ne servant plus guère qu'à l'entrepôt des marchandises. Jolie ville bien tracée, percée de belles rues et de larges avenues ombragées, elle pourra sans doute être débarrassée par quelques travaux du paludisme qui y sévit chaque année. Elle est pourvue d'un hôpital suffisant, depuis qu'il a été déplacé et reporté dans des bâliments qu'on a construit au sud-est de l'île.
Kaves. — Kayes mérite à peine le nom de ville. Les maisons de commerce, les bâtiments publics et le village noir sont séparés entre eux par d'énormes espaces, formant comme des groupes dispersés au milieu de la plaine. Malgré cela, le paludisme s'y montre avec rigueur pendant l'hivernage. Peut-être est-ce à cause de cette disposition que la fièvre jaune, en 1897, n’est pas sortie de l'hôpital. Quoi qu'il en soit, il faudra de gigantesques travaux pour faire de Kayes une ville et surtout une ville salubre.
Congo Français. — LE CoNGo FRANÇAIS EST FORMÉ DE QUATRE cou- VERNEMENTS. — Le Congo Français est maintenant une grande co-
lonie comprenant :
1° Le Gabon, avec Libreville comme capitale, qui va du Cameroun au Moyen-Congo;
2° Le Moyen-Congo, chef-lieu Brazzaville, qui s'étend de la mer et
du Gabon à l'ouest au Congo Belge à l'est: le territoire portugais de Cabinda le limite au sud :
3° L'Oubanghi-Chari, avec Bangui comme chef-lieu, qui va du Moyen-Congo au Bahr-el-Ghazal et qui est séparé de l'État Indépen dant par l'Oubanghi :
4 Le territoire du Tchad, qui s'élend jusqu'au lac de ce nom et touche par le nord au Soudan Français.
Tous ces chefs-lieux de coloniesne méritent guère une description. Quelques maisons européennes, sans aucun confortable, beaucoup de cases de noirs, voilà ce qu'elles représentent. Libreville, bâtie sur l'estuaire du Gabon, offre de loin un joli coup d'œil, perdue au milieu de la verdure qui la couvre. Moins près que les autres des villages indigènes, elle n'est pourtant pas moins malsaine.
Le paludisme règne en maitre partout el pendant l'hivernage frappe tout le monde. Combien de siècles s'écouleront avant qu'il en soit autrement ?
La protection publique exigerait des sommes tellement énormes qu'on ne peut de longlemps songer à l'établir sur les bases qui conviendraient.
Cel immense territoire n'estnalurellement pas occupépar les mêmes populalions: de nombreuses races s'y sont successivement établies. Nous n'avons nullement la prélention de parler de loutes; un gros volume n'y suffirait pas. D'ailleurs, au point de vue de l'hygiène, la race ne nous intéresse qu'à cause des mœurs el de leur influence dans la propagation des maladies. Les mœurs ne varient guère d’une race à l’autre, au moins tant qu'elles sont voisines. Nous ne ferons pas de distinction, par exemple, entre les différentes peuplades noires. Nous les traiterons en bloc en signalant ce qui est particulier à quelquesunes d’entre elles.
Ces réserves faites, disons que deux grandes races se partagent l'Afrique Française : la race blanche, représentée par les Européens et deuxrameaux sémites, les Arabes et Berbères d'unepartetles Peuls d'autre part: la race noire, comprenant des races conquérantes el des races autochtones. À côlé de ces dernières, on peul ranger : 1° une peuplade issue de mélis ayant fait retour à la race noire, les Toucouleurs provenant de noirs et de Peuls; 2° des métis de Maures et de noirs, les Pourognes, de peau noire, ayant les mœurs des Maures au milieu desquels ils vivent. ox
EUROPÉENS.— Les Européens sont commerçants, mililaires ou fonctionnaires.
On peut en évaluer le nombre à 7000 environ, répandus sur toule l'étendue de nos possessions. Le plus grand nombre réside dans les
villes du Sénégal et dans les chefs-lieux des colonies. À la population européenne, on rattache les mélis issus de l'union des Européens el des négresses. .
Dans les villes, les habitations européennes sont quelquefois assez confortables, quoiqu'elles manquent généralement d'air et de lumière et qu'elles soient souvent mal défendues contre la chaleur. Dans les villages, très fréquemment elles ne diffèrent guère des cases indigènes, même pour la propreté, qui laisse beaucoup à désirer.
Les soins du corps sont trop souvent négligés. Dans des pays où les fonctions de la peau sont exagérées, les soins corporels sont encore plus indispensables qu'en Europe. L'usage quotidien de la balnéation froide, tant en honneur dans les colonies étrangères, est assez rare parmi nos compatriotes. Peut-être faut-il en accuser un peu la pénurie d'eau, si grande en certains points.
L'alimentation est trop abondante et mal choisie, en vertu de ce principe répandu en France que l’anémie doit toujours être combattue par la nourriture. Quand l'appétit fait défaut, on l’excite par des crudités, salades, radis, etc. A la suite de ces abus, les fonctions digestives se troublent. Les digestions difficiles poussent au sommeil, d'où en grande partie l'habitude de la sieste.
Les domestiques mal éduqués et si peu soucieux pour eux-mêmes de la propreté et de l'hygiène cuisinent malproprement, ne nettoient guère ni les ustensiles de table, ni les aliments mangés crus. Ne comprenant pas la nécessité de la filtration, ils prennent souvent l'eau de boisson n'importe où, à l'endroit qui leur coûte le moins de peine à atteindre. Peu à peu ils inculquent leur dédain de toute mesure hygiénique à leurs maitres qui finissent, surtout quand ils sont isolés dans les postes de l'intérieur, par les imiter et même par croire faire acte de courage en bravant les règles de l'hygiène la plus banale.
L'usage non seulement du vin aux repas, mais des apéritifs et des liqueurs, est pour ainsi dire général. Le café est devenu l'unique lieu de réunion dans les villes. Dans les petits postes, les mêmes habitudes rassemblent aux mêmes heures les Européens autour de la table de l’un d’entre eux. On borne volontiers tout exercice physique à une courte promenade faite en causant à la tombée de la nuit.
Pendant le sommeil, l'emploi de la moustiquaire est la règle ; mais bien rarement l'appareil est suffisant.
ARABES ET BERBÈRES. — Les Arabes qu'on rencontre au voisinage de Tombouctou appartiennent à des tribus nomades, dont les mœurs ne diffèrent guère de celles des Maures et des Touaregs de race Berbère; Maures et Touaregs, jadis asservis par les Arabes, subissent encore le joug de cette domination. Les chefs el les membres de la caste guerrière sont d'origine arabe. Toutes ces populations mènent une vie nomade. Elles se livrent à l'élevage des bestiaux etse déplacent suivant la saison à larecherche des pâturages.
Pillardes et remuantes, elles sont souvent en guerre soit pour se voler des troupeaux, soit pour se prendre des esclaves. Ceux-ci sont presque tous des noirs du Sénégal et du Soudan.
Les Maures et les Touaregs vivent sous des tentes faites en tissus de laine de mouton ou de poils de chameaux. Celles-ci les garan tissent bien de la pluie, mais les défendent mal de la chaleur. Divisées en deux pour séparer les femmes des hommes, elles sont tendues chez les plus riches de peaux tannées el colorées.
Ces populations sont très sobres : quelques dattes, du laitage et de la viande provenant de leurs troupeaux forment toute leur nourriture.
Quoique musulmans et obligés par les rites à des ablutions fréquentes, les Maures sont très sales. Habillés de cotonnades teintes à l’indigo, leur peau prend une couleur bleue qui leur paraît d'autant plus élégante qu’elle est plus marquée. Les ablutions, généralement faites avec du sable, n'en diminuent pas la vigueur, la pluie seule l’altère.
Toutes les races musulmanes se mélangent très facilement avec les noirs. Peu de Maures sont de race pure, bien que les métis au premier degré, sous le nom de Pourognes, appartiennent à une caste inférieure.
En dehors des grands déplacements et de la surveillance des troupeaux, les Maures prennent peu d'exercice. Ils restent volontiers couchés et le soir passent de longues heures étendus devant la tente à écouter les histoires de quelque célèbre marabout.
PEULS. — Le Peuls ou Foulahs, ou Foulbés, forment des aggloméralions plus ou moins importantes depuis le lac Tchad jusqu’à la côte de Sénégambie, entre les 10° et 15° parallèles nord. Le D" Verneau, du Muséum, a montré que les Peuls, ethnographiquement, se rattachent aux Éthiopiens. La tradition conservée par eux les fait provenir de l'Est. Ils sont, sans doute, les descendants des Fellahs d'Égypte, repoussés par les invasions jusque dans l'Ouest-africain. Peuplades de pasteurs, elles ont amené avec elles le grand zébu gris, bœuf à bosse qu'on rencontre partout où elles ont passé.
Les tribus qui sont établies dans des pays à végétation pauvre vivent dans des campements provisoires. Obligées de se déplacer pour conduire leurs troupeaux à d’autres pâturages, elles n'habitent que des cases en paille, vite construites et composées de matériaux faciles à se procurer. Celles qui sont installées dans des pays plus riches, comme le Bornou, le Sokolo ou le Foutah-Djallon, ont fondé de grands villages biens tenus avec maisons en pisé, munies de toitures débordantes:
Les Peuls deviennent aisément cultivateurs. Économes et défiants, ils recherchent la fortune avec un peu d’âpreté et cachent leur richesse par crainte du vol (1).
(1) La plus grande partie de ces renseignements ethnographiques ont été empruntés à l'ouvrage du Dr Lasxer: Les races du Sénégal, Aug. Challamel, Paris, 1900. ?
Leur nourriture consiste en laitages, viande, couscous et quelques légumes, tels que patates, ignames, etc.
Leurs vêtements se composent de pièces d'étoffes différemment drapées en Luniques ou en pagne: et en plus, pour les hommes, d'un pantalon bouffant qui s’arrêle aux genoux.
Ils se mélangent facilement aux noirs et ont donné naissance à une population de mélis, les Toucouleurs, qui ont formé autrefois un puissant empire. La pureté de la race ne s’est guère maintenue, et il est dans bien des villages difficile de trouver des Peuls exempts de sang noir.
RACES MÉTISSES. — Les races mélisses ne méritent guère de description spéciale. Les Pourognes, nés de Maures et de négresses esclaves, sont libres, mais jouissent de peu de considération. Comme les esclaves libérés, ils se livrent aux travaux inférieurs. Leur mode d'existence ne diffère pas de celui des Maures.
Quant aux Toucouleurs, ils sont presque entièrement retournés au type noir, et leurs mœurs diffèrent trop peu de celles des nègres purs pour qu'il nous paraisse nécessaire d'en faire la matière d'une étude spéciale.
NIGRITIENS. — Les Nigriliens sont divisés par les auteurs en un très grand nombre de peuplades distinctes. La langue plutôt que les mœurs ou les types servent en général à les distinguer. Comme mœurs etcomme mentalité, les noirs sont si peu différents les uns des autres que Curéau, qui en a si bien pénétré la psychologie, n'hésite pas à les grouper dans la même description. On admet en général qu'ils se divisent en peuples autochtones et peuples d’invasion. Les autochtones sont généralement d'une esthétique plus conforme à nos goûls que les envahisseurs. Les Apolloniens de la Côte d'Ivoire ont même reçu un nom qui marque assez notre admiralion pour leur stature. Mais, en général, le mélange des races s’est fait si entièrement entre les deux types qu'il est difficile d'établir une distinction.
Dans la zone forestière el maritime, la case de paille forme le genre d'habitation le plus généralement adopté. Isolées où réunies par groupes, les cases sont rondes ou carrées. Les Loitures en pointe plus où moins aiguë partent quelquefois presque du sol, le plus souvent commencent à hauteur d'homme. Construites avec des faisceaux de paille, des feuilles de palmier ou des branchages, les parois de la case sont mal jointes. A peine protégé contre les regards indiscrels, on s'y trouve à la merci des moindres variations de température. Quelquefois l'intérieur est lapissé de nattes grossières, confortable qui est la marque d'une certaine fortune.
Dans les villes el sur la côte, au voisinage des Européens, on trouve des maisons en bois, quelquefois même recouvertes de tuiles.
Dans tous les pays où se trouve de l'argile, l'habitation se construit en pisé. Souvent très simple, la maison est quelquefois très compli-
quée. Composée de pièces séparées et de cours, dominée par une tour d'observation, elle rappelle dans certains pays les demeures européennes du moyen âge. Enfin quelques peuplades montrent une certaine recherche architecturale dans la construction de leurs maisons, goût pris au contact des Portugais, eux-mêmes grands amateurs de construction en terre à brique ou barra (Cazamance, Dahomey). Le mobilier, réduit à sa plus simple expression, une malle, un lit et quelques naltes, occupe une minime partie de la case, qui est encombrée de débris de toutes sortes entassés pêle-mêle. Souvent la maison sert à la fois aux hommes et aux animaux domestiques. Les ordures du village sont généralement déposées au voisinage des cases, autour desquelles elles finissent par élever le sol de plusieurs mètres. Nous ne connaissons que les populations du Bas-Dahomey qui utilisent les immondices comme engrais.
La nourriture est à peu près partout suffisante. Les céréales et les plantes alimentaires diffèrent avec les régions. Le mil et le sorgho, plus répandus dans le nord, sont remplacés au golfe de Guinée par le maïs. Le manioc, l’igname, la patate, le haricot complètent suivant les pays les ressources alimentaires en féculents. La chasse est pratiquée par quelques tribus. Les rivières et la mer fournissent d'excellents poissons, qui souvent sont desséchés au soleil et vendus dans les villages éloignés des rives. « L'anthropophagie est couramment pratiquée dans l'Afrique centrale, même dans les contrées les plus riches en ressources alimentaires de toutes sortes, végétales et animales. Elle n'est donc point conseillée à l'homme par la privation, par le besoin impérieux et bestial de satisfaire la faim. C’est simplement affaire de goût, prédilection pour un gibier de choix. L'anthropophage n’est pas nécessairement un homme féroce, c'est souvent un homme doux, gai, enjoué, chez lequel on est en sûreté. Volontiersil entreprend la guerre contre la lribu voisine pour y faire des prisonniers; faute de casus belli, il achète des esclaves. Puis il leur coupe la tête et les mange (1). »
L'odeur désagréable des aliments n'arrête pas les noirs, et lhabitude leur en fait absorber pour lesquels le goût n'intervient sûrement pas: poisson avancé, viandes faisandées pour ne pas dire plus, viscères pourris d’hippopotame ou d’éléphant, etc. Is ont l'estomac accommodant, même pour l'abondance. Qui n'a pas vu un domestique aller prendre son repas habituel, après avoir absorbé tous lesrestes de celui de son maitre, quelle qu’en puisse être la quantité.
L'eau de boisson est puisée n'importe où, au fleuve près du dépôt d'ordure qui longe la rive, dans la mare voisine, où l’eau croupit malodorante.
Sauf dans les pays musulmans, l'alcool fail partout des ravages.
(1) Dr Ad. Curéau, Psychologie des races nègres de l'Afrique tropicale. Revue générale des sciences, 1904.
Tafia, gin, makou, malafou, alougou, partout se vendent et se distribuent en gralifications.
L'usage du tabac est presque général. Dans les pays musulmans, les femmes en usent plus que les hommes.
Une autre passion fait quelques victimes dans certaines régions, c'est la fumée du Cannabis indica, vice emprunté aux Arabes durant leur domination.
Le vêtement est toujours fait de cotonnades. Pagnes, pantalons flottants, voilà le costume des pays musulmans. Bien plus rudimentaire est celui des fétichistes, qui se contentent souvent d'une simple lanière entourant les organes génitaux de l’homme ou de la femme, car les deux sexes ne sont jamais nus à la fois dans une même tribu. Les enfants vont tout nus jusqu'à la puberté, dans toute l'étendue de l'Afrique tropicale.
C'est une erreur de croire que les nègres n'ont pas le souci de la propreté du corps. Dans tous les endroits où l’eau est abondante, ils se baignent lous les jours et même plusieurs fois par jour. Même quand l'eau est rare, les musulmans en consacrent toujours une petile quantité à leurs ablutions ; à la vérité, cette réserve est quelquefois très petite. Des gens habiles arrivent à se contenter d'une tasse pleine pour laver tout le corps.
La coutume de la circoncision existe, souvent même pour les filles, dans tous les pays musulmans et chez quelques fétichistes.
L'accouchement est fait généralement en présence de quelque vieille matrone qui règle la coutume et coupe le cordon. Ce sont des marabouts et des sorciers qui soignent les malades.