MILIEU COSMIQUE
APERÇU GÉOGRAPHIQUE ET CLIMATÉRIQUE. — Le Soudan français forme le centre des possessions françaises de l'Ouest-africain. — Du Soudan français, immense lerriloire n'ayant pas de limites précises au nord et s'élendant à l’est jusqu'au lac Tchad, partent, comme les cinq doigts d’une main, des bandes de terrain plus ou moins larges qui s'étendent jusqu'à la mer à Fouest et au sud. Ce sont, du nord au sud, le Sénégal, la Guinée française, la Côte d'Ivoire, le Dahomey et le Congo français. Ces diverses colonies, limitrophes du Soudan par l'intérieur, sont séparées les unes des autres par les possessions anglaises, allemandes et portu-
gaises de l'Ouest-africain. Dans ce vaste pays, on ne trouve point d'arète montagneuse. La ligne de partage des eaux est constituée par une très vaste étendue de plateaux dont l'altitude varie de 400 à 900 mètres. A la côte, les premiers contreforts de ce pays-haut sont formés par des sommets ou des lignes de sommets, tels que ceux qu'on rencontre en Guinée et dans la colonie anglaise de Sierra- Leone, comme aussi ceux qui constituent au Cameroun la chaine côtière el au Congo les monts de Cristal. Au delà, le pays s'élève vers l'intérieur par étages successifs. Si l'on pouvait Jeter un coup d'œil d'ensemble sur cette constitution orographique, on pourrait comparer la superposition des plateaux à une pile de tartes de diamètre décroissant. Le plateau supérieur, à quelques exceptions près, à une altitude moyenne de 600 mètres, qui va à 800 mètres au Foutah- Djallon et à 400 seulement en d’autres points.
Toutes ces galettes ne sont pas concentriques. À la Guinée, les bords sont plus rapprochés; dans les pays du sud et au Congo, ils sont plus écartés. De cette succession de bourrelets de terrains ou de murailles, les fleuves descendent vers la mer par séries de chutes ou de rapides, qui, en quelques points et sur de courtes distances, amènent des dénivellations de 100 mètres et plus. La même disposition par étages se reproduit en sens inverse, quand, après avoir franchi le plateau supérieur, on arrive le long des grands bassins fluviaux, comme ceux du Niger, du Nil et du Congo.
A peine interrompue par endroits, cetlenappe de plateaux se continue jusqu'à la boucle du Niger, dont elle détourne le cours vers le nord, donne naissance par le sud à tous les fleuves qui se jettent dans le golfe de Guinée, les accompagne sur une longue partie de leur cours el s'élale avant d'arriver au bord de la mer. Sur la rive gauche du Niger, les plateaux reparaissent dans le Sokoto et s'étendent jusqu'au lac Tchad, dontilssupportent la vaste cuvette. Le Bornou, le Baghirmi, l'Ouadaï sont sur ce plateau et à peu près à la même altitude. Dans le Haut-Oubanghi, la ligne de partage des eaux entre le Nil et le Congo est à peine dessinée, et la moindre levée de terre peut obliger un ruisseau à porter ses eaux vers l'Atlantique ou vers la Méditerranée (1).
Toutes ces colonies sont comprises dans la zone tropicale. — Cet immense lerriloire, qui s'étend du 23° parallèle nord au 5° parallèle sud, est tout entier situé dans la zone tropicale.
Comme dans tous les pays de la zone torride, l'année s'y divise en saisons sèches el en saisons pluvieuses. Le soleil, en se déplaçant sur l'éclipuque, entraine avec lui une masse de nuages qui suivent sa course vers le nord et vers le sud avec un léger retard. Ces nuages déversent leurs pluies en juillet-août sous le tropique du Cancer, en janvier-février sous le tropique du Capricorne.
1) Dr Cureav, Notes sur l'Afrique équatoriale. Revue générale des sciences,
Dans ces régions extrêmes, il y a donc une saison sèche et une saison pluvieuse. A l'équateur, il y a deux saisons sèches et deux saisons des pluies d'ailleurs d'inégale durée. Celles-ci se rapprochent au fur el à mesure qu'on va vers le nord ou vers Le sud, pour se confondre en une seule aux tropiques. Ces pluies sont toujours très abondantes en peu de temps, mais la quantité d’eau tombée varie avec les condibons orographiques. Les nuées sont arrêtées par les pays-hauls, qui reçoivent de ce fait une plus grande quantité d'eau: elles sont aussi condensées par les forêts. Les régions montagneuses et les régions forestières reçoivent donc plus d'eau que les autres, mais celle-ci s'écoule vite sur les terrains inclinés; elle séjourne plus facilement dans les creux et imbibe plus complètement les dépôts humiques des sous-bois, où l'évaporation est lente.
Au point de vue climatérique, on peut partager ces colonies en trois zones. — Les conditions météorologiques, la disposition orographique et le développement de la végétation forestière permettent donc de partager les possessions françaises de l'Afrique occidentale en trois zones : une région désertique, qui va du 23° parallèle nord au 13*environ; une zone de plateaux; une région de forêts.
Zone désertique. — Cette première zone comprend la Mauritanie, le Sénégal el une partie du Soudan. La chaleur y est forte, dépassant souvent 40° et atteignant quelquefois 47° et même 48°. Mais cette chaleur est extrêmement sèche et généralement accompagnée d'un vent assez fort, venant de l’est et du nord-est. Duclaux, dans son Traité de microbiologie (1), donne avec beaucoup de clarté les raisons qui expliquent la nature désertique de ce climat. Les couches d'air, chauffées au niveau de l'équateur par le soleil, s'élèvent et conslituent un plan incliné le long duquel elles glissent vers le nord, entrainant avec elles beaucoup de vapeur d'eau. Le courant ainsi formé accompagne le Gulf-Stream et vient frapper les côtes de France, d'Angleterre et de Norvège, se rapprochant de plus en plus du sol et se déchargeant progressivement de l'humidité qu'il renferme. Contournant la Russie et une partie de la Sibérie, 1l revient de plus en plus sec et de plus en plus chaud, à travers toute la ligne des déserts de la Chine, du Turkestan, de la Perse, de l'Arabie et du Sahara. Parvenu ur la côte ouest d'Afrique, il débouche dans l’Atlantique, où quelquefois sa violence écarte un peu des côtes les vents alizés, courants de remplacement qui du nord se rendent à l’équateur, déviés à l’est par la rotation de la terre. Ceux-ci, pendant huit mois de l’année, soufflent jusqu'au sud de Dakar, tempérant les ardeurs du vent d'est et provoquant des abaissements de température, qui, en décembre et janvier, amènent en certains points le thermomètre jusqu'à 12 ou 14°.
(1) Ducraux, Traité de microbiologie, Paris, 1898-1901, 4 vol. in-8.
Ces conditions météorologiques imposent à cette région un climat désertique. La flore y est pauvre, le terrain desséché. La saison des pluies, qui dure de juillet à octobre, avec un maximum en août, n'apporte que peu d'eau. Souvent les orages sont dissipés sans pluie. Le rayonnementterrestre échauffe les nuées,qui s'élèventetdisparaissent. Annuellement, on recueille 25 centimètres d’eau, quantité moyenne qui varie entre des minima de 12 centimètres à de certaines années et des maxima de 90 centimètres dans des années très pluvieuses.
Pendant toule cette saison, le vent d'est et les alizés soufflent plus au nord ; la direction normale du vent est du sud. L'atmosphère devient relativement humide et la chaleur pénible. Les parties basses sont remplies par les eaux, qui forment sur le fond argileux et sur les roches volcaniques où primitives des flaques quelquefois énormes. Alimentées par l'eau de suintement, celles-ci deviennent de redoutables marécages, rapidement envahis par une végétation touffue. Les cours d’eau, gonflés par la chute des pluies au voisinage de leurs sources, subissent une forte crue qui se manifeste par une dénivellation de 10 et de 12 mètres. Ils remplissent de vastes cuvettes, sortes de trop-pleins qui leur servent de régulateurs, sortes de lacs à niveau de ce fait très variable. Ces déversoirs d’orages ne suffisent même plus, et le fleuve sort de son lit, couvrant complètement le pays avoisinant sur des étendues qui quelquefois ont plus de 100 kilomètres de largeur (Haut-Niger). Le Sénégal, qui, à la saison sèche, n'avait dans ses biefs supérieurs que quelques centimètres d’eau, roule vers la mer une masse d'eau énorme, qui supprime le courant de marée, s'étale sur les rives et va remplacer l’eau salée au milieu des palétuviers du cours inférieur.
La végélation, qui élait nulle pendant la saison sèche, recouvre tout le sol d'un manteau de verdure. Comme pendant les étés polaires, la pousse se fait d'autant plus vite qu'elle doit durer peu. En effet, dès qu'arrive la fin d'octobre, le niveau des eaux baisse, le vent d'est commence à souffler pendant une partie de la journée, l'évaporation devient très active et déjà, au mois de décembre, les marais sont sans eau, les herbes desséchées, el la moindre étincelle allume d'immenses incendies. À ce moment, le rayonnement nocturne est énorme et provoque dans une même journée des variations de température de plus de 40°, Dans certains points du Soudan, on a noté — 2° au lever du soleil et 42° à deux heures de l'après-midi (1).
À partir du mois de novembre jusqu'au mois de juin, il ne tombera plus une goutte d'eau, et le vent d'est soufflera toujours, desséchant tout, chauffant le sol et les murs que la nuit ne suffit plus à refroidir, établissant partout une chaleur d'étuve qui n’est supportable qu'à cause de sa grande sécheresse.
(1) Lora, Thèse de Paris, 1887,
La sueur s'évapore au fur et a mesure de sa production, et la température du corps n'a pas de peine à se maintenir à lanormale. Au voisinage de la côte, la chaleur du vent d'est est tempérée par l'alizé, qui, quand il ne règne pas toute la journée, remplace le vent du désert entre deux heures et cinq heures du soir. Cette saute de vent, qui se produit très brusquement, amène un rapide abaissement du thermomètre, qui, en quelques heures, descend de 15 et même 20°, Il peut arriver qu'on observe 12° le matin, 35 ou 38° à midi et 18° le soir à six heures.
Zone des plateaux. — Dans la région des plateaux, qui rarement montent doucement de la mer ou des bassins fluviaux, plus ordinairement s'élèvent, comme nous l'avons dit, par ressauts, on n'a nullement l'impression d'un pays de montagnes. On ne se voit entouré que de vastes plaines recouvertes de sable ou de latérite, légèrement vallonnées, de place en place jalonnées de sommets isolés qui n'atteignent presque jamais 2 000 mètres et qui, le plus souvent, ne dépassent guère 700 à 900 mètres. Ces plateaux peu inclinés sont parfois coupés de vallées abruptes, au fond desquelles coulent les rivières. D'autres fois les cours d'eau serpentent au niveau du sol, tantôt resserrés entre deux rives rocheuses et descendant en rapides par bonds successifs, tantôt élalés dans une vallée marécageuse remplie de jones et de plantes aquatiques.
Pendant la saison sèche, ces terrains paraissent dénudés, arides et secs. Quelques bouquets d'arbres indiquent de loin la place des villages; de longs rubans vert sombre signalent aux voyageurs les rives des cours d’eau. Mais, au moment de la saison des pluies ou d'hivernage, le paysage change d'aspect. Le sol se couvre de pâturages qui nourrissent les nombreux troupeaux de ces peuplades de pasteurs et aussi les bêtes sauvages, gazelles, girafes, éléphants, hippopolames, que la civilisation n'a pas encore fait disparaitre.
La quantité d'eau qui tombe sur celte région pendant les mois pluvieux de l’année varie entre 1 mètre et 2%,50, atteignant même en certains points jusqu'à 3 et 4 mètres. C'est ce qui explique l'énorme crue des fleuves qui en descendent, alors même qu'ils traversent des pays à climat désertique.
La région des plateaux est la plus peuplée. Elle occupe presque tout le Soudan français entre le 8° et le 14 parallèle nord. Au Congo, elle forme presque tout l'intérieur du pays. Entre le 17 el le 95° degré de longitude est, entre le 5°et le 15° degré de latitude nord, les plateaux sont desséchés el quasiment désertiques. C'est une impression curieuse, comme l'a si bien décrite le D' Cureau, de voir les deux rives de l'Oubanghi. À la saison sèche, c'est la forêt touffue sur la rive gauche, le désert sur la rive droite.
La température, dans ces régions élevées, subit presque les mêmes variations que dans la zone désertique. L'eau y est quelquefois aussi
rare, le vent parfois aussi chaud. Mais la saison sèche est plus courte et la quantité d'eau de pluie bien plus grande. Les jours de sécheresse y sont suivis de nuits très fraîches.
Zone forestière et côtière. Sur le versant maritime, les pentes sont généralement boisées. C’est la région des forêts qui commence et qui va couvrir les plaines et les bassins inférieurs de presque tous les fleuves. Peu étendue en Guinée, elle occupe la majeure partie des terriltoires de la Côte d'Ivoire, formant de sombres forêts vierges, presque impénétrables, où ne vivent quedes bêtes sauvages etquelques tribus guerrières inabordables. Au Dahomey, la forêt devient producetrice : elle est en majeure partie formée de palmiers à huile qu'exploite l'abondante population de ce pays. La forêt couvre les trois quarts du Congo ; elle renferme beaucoup d'essences à caoutchouc très imparfaitement mises en valeur par une main-d'œuvre assez rare. Des trois zones, celle des forêts est la plus chaude et la plus humide. Si l'on excepte le Dahomey, c'est la moins peuplée, c'estaussila plus malsaine.
La température n’y varie guère. Elle est en moyenne de 26° avec des minima de 22° pendant la saison des pluies et des maxima de 38°
durant la saison sèche.
C'est à la zone forestière qu'il convient de rattacher les régions côtières maritimes ou fluviales. Les terrains y sont bas et souvent inondés, au moins pendant les crues pour les rives des fleuves, toute l’année le long de la côte. Les cours d'eau d'Afrique, à la saison humide, charrient des masses d’eau chargées de la terre qui a été entrainée par les pluies ou arrachée aux berges par la violence du courant. Pendant la saison sèche, leur débit s'abaisse tellement que le bas cours est rempli d'eau salée à peine mélangée d'eau douce. Ce régime si variable imprime un cachet tout spécial à la configuration de la côte. Tantôt le courant marin tend à fermer les embouchures des fleuves par les masses de sable qu'il transporte, tantôt au contraire le fleuve, rompant la barrière qui lui est opposée, marque son cours jusqu'à plusieurs milles en mer. Sous l'influence alternative de ces deux forces, 1l se constitue le long de la côte des terrains d’alluvions composés du sable de la mer etde l'argile déposée par le fleuve. Ces dépôts forment les barres des embouchures, sortes de bancs qui s'élèvent progressivement au-dessus des flots, détournent le cours des fleuves vers le sud et les obligent à couler parallèlement au rivage, jusqu'à ce que la masse d’eau se fraye une nouvelle route. Ce phénomène, que nous voyons se continuer encore de nos jours, a fini par provoquer la formation de cette longue bande de lagunes qu'on trouve tout le long de la côte ouest d'Afrique. Souvent ces lagunes font communiquer entre eux deux ou plusieurs fleuves, dont la masse d’eau pendant la saison sèche est à peine suffisante à maintenir la fixité des embouchures. Quand arrive la crue, cette voie plus ou moins obstruée ne suffit plus, et la bande de terrain qui sépare la lagune de la mer est
rompue par les eaux. Celle bande de terre, généralement basse, est couverte,surune partie desonétendue, de palétuviersquitrempent à marée haute leurs racines dans l'eau salée. Large de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres, elle est formée pour la majeure partie de sable, d'où s'élève une végélalion touffue, la brousse. On trouve des lagunes tout le long de la côte, mais c'est surtout à la Côte d'Ivoire et au Dahomey qu'elles prennent un notable développement. Dans ces deux régions, elles font communiquer tous les fleuves entre eux el permettent une navigation intérieure parallèlement à la côte, non seulement dans les limites de ces colonies, mais jusque dans les territoires étrangers voisins.
C'est entre la lagune et la mer, sur cette bande d'alluvions, que se sont établis les comptoirs européens.
Presque aussi humides que la région forestière, les côtes de la mer ont pourtant sur elle l'avantage assez grand d’être tempérées le soir par la brise du large, qui repose un peu de la chaleur du jour. Cette raison el la facilité des communications a guidé le choix de ceux qui ont fondé les établissements côtiers.
Politiquement les colonies de l’Ouest-africain sont divisées en deux grands groupes. — Au point de vue politique, l'Afrique occidentale française se décompose en un cerlain nombre de colonies réunies en deux grands gouvernements : celui de l'Afrique occidentale française, avec Dakar comme chef-lieu: celui du Congo, dont Brazzaville est la capitale administrative.
L'AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE COMPREND SIX GOUVERNEMENTS. — Au gouvernement général de l'Afrique occidentale française se rattachent : l
1° Le territoire civil de la Mauritanie, qui va des montagnes de l'Adrar à la rive droite du Sénégal:
20 Le Sénégal, qui s'étend de la rive gauche du fleuve du même nom jusqu'à la Guinée portugaise. La Gambie anglaise forme dans la colonie une enclave qui sépare le Sénégal proprement dit du territoire de la Cazamance:
3° La Guinée française, qui va de la Guinée portugaise à la colonie anglaise de Sierra-Leone ;
4° La Côte d'Ivoire, limitée par la République de Liberia au nordouest el la colonie anglaise de la Côte d'Or à l’est;
5° Le Dahomey, compris entre le Togo allemand et la Nigeria anglaise:
6° Le Haut-Sénégal et Niger, qui s'étend de la rivière Falémé au lac Tchad.
Il n'entre pas dans le cadre de cet article de décrire chacune de ces colonies. Qu'il nous suffise de dire que la Mauritanie, le Sénégal et une partie du Haut-Sénégal et Niger sont compris dans la zone
désertique.