INFLUENCE DE LA CHALEUR
D'une façon générale, celle-ei se traduit par une exagération de la sécrétion sudorale et une perte en chlorures correspondante. Cette double déperdition par la peau entraîne une diminution de toutes les sécrétions, en particulier de la sécrétion urinaire et de la sécrétion acide de l'estomac. Dans une atmosphère sèche, comme celle de la première zone, la sécrétion sudorale est mieux employée à cause de la grande sécheresse de l'air, qui provoque une rapide évaporation et une économie d'autant plus grande pour maintenir la constante thermique du corps.
Sur les plateaux, la fraicheur relativede la température impose une dépense de sueur moins forte. Mais, dans les régions forestières, à humidité si grande et à température presque constante, les glandes sudoripares éliminent une quantité de liquide vraiment considérable.
Si la perte en eau peut être compensée, la perte en chlorures l'est moins facilement. Il en résulte une diminution de la sécrétion gastrique, une élimination insuffisante par l'urine des déchets toxiques et en particulier des déchets azotés, qui sont rejetés surtout grâce à la présence des chlorures.
L'hypo-acidité gastrique a de multiples inconvénients. La digestion est ralentie. A la faveur du faible degré d'acidité des matières alimentaires contenues dans l'estomac, les bactéries les envahissent et y provoquent une abondante fermentation. Cette fermentation s’installe très rapidement en présence des matières sucrées ou amylacées, amenant une sensation de ballonnement quelquefois très pénible et l'expulsion de gaz inodorants constitués par CO?.
Elle est suivie souvent, une ou deux heures plus tard, de renvois brûlants, causés par la rétention dans l'estomac des acides organiques provenant de l’activité fermentative.
Ces acides, en effet, franchissent difficilement le pylore, qui s'oppose à leur pénétralion dans le tube digestif, au moins pendant un certain temps. Nous avons montré (1) que cette fermentation gastrique avait pour conséquence de produire ces affections eczémateuses, si fréquentes dans les pays chauds, qui quelquefois envahissent tout le corps, mais sont plus souvent limitées aux pieds, aux mains ou à la marge de l'anus. Sans vouloir prétendre qu'elle soit aussi la cause de la furonculose et de l’ecthyma ou Foutenntann, nous nous contenterons de remarquer que ces deux affections sont généralement accompagnées de troubles gastriques avec hypochlorhydrie. Un bol alimentaire qui passe le pylore insuffisamment acide manque d'énergie activante sur le fonctionnement du foie et du pancréas, de sorte que les matières alimentaires traversant l'intestin grêle presque inaltaquées peuvent provoquer des accidents de diarrhée et de lientérie. Ou bien, retenues dans le gros inteslin, elles sont digérées par les
(1j E. Marcnoux, Étiologie et traitement de l'Eczéma. Bulletin et Mémoires de la Société médicale des Hôpilaux de Paris, juin 1905,
microbes qui y pullulent. Une partie est transformée en produits nutritifs qui sont résorbés, mais une autre sert à la fabrication de toxines plus où moins actives, qui entrent dans le torrent circulatoire. Le foie détruit sans doute une grande quantité de ces poisons, non sans en souffrir. Mais, le rein ne contribuant que très peu à leur élimination, une bonne part va influencer le système nerveux, provoquant ces phénomènes de paresse physique elintellectuelle souvent constatée, la neurasthénie, l'étrange susceptibilité nerveuse que les Allemands appellent le vertige des tropiques, l'hypocondrie et même la folie, qui doit à celle cause, pensons-nous, son extrême fréquence dansles pays chauds.
ÉRUPTIONS SUDORALES.— Les sueurs profuses causentencore un autre accident, très bénin celui-là, mais cependant pénible quelquefois. L'hypersécrétion sudorale entraine le développement d'une sorte d'érythème, constitué par de petites élevures confluentes et connu dans les pays chauds sous le nom de Bourbouilles. Cette éruplion, plus commune à la région thoracique, provoque des démangeaisons qui deviennent quelquefois alroces et causent l'insomnie.
COUP DE CHALEUR. — Enfin, quand l'évaporation ne suffit plus à maintenir la température normale du corps, celui-ci s'échauffe, et la mort survient par coup de chaleur. Le coup de chaleur est d'autant plus fréquent que l'humidité de l'atmosphère est plus grande.
L'élévation de température produite par le travail ou par la marche en favorise encore l'apparition. La marche en groupe est plus particulièrement dangereuse, sans doute à cause de l'atmosphère spéciale qu'une troupe d'hommes en sueur entrelient autour d'elle. Il convient donc, pour celle raison surtout, d'éviter les exercices violents aux heures chaudes de la journée et notamment dans la zone forestière ou côlière. En dehors des circonstances quiexigent des déplacements de troupes, le coup de chaleur est relativement plus rare aux colonies qu'en France, sans doute parce qu'on le craint davantage et qu'on s’y expose moins, où bien parce que l'organisme acquiert dans les pays chauds une assuélude particulière.
ÉRYTHÈME SOLAIRE. — L'insolation, ou érythème solaire, est encore plus rare que le coup de chaleur. Nous savons que cel accident est dù à l'influence des rayons chimiques el non à celle des rayons calorifiques. Ceci vient à l'appui des observations faites par Duclaux. En effet, par une série d'expériences pratiquées sous différentes labludes, 11 a vu que le nombre des rayons actiniques, à l'inverse de la température, allait en diminuant du pôle à l'équateur.
Aussi faut-il attacher peu d'importance à ces descriptions imagées d'insolalion par action directe des rayons chimiques qui, pendant si longtemps, ont jeté l'effroi dans l'esprit de tous les coloniaux. Par crainte d’un rayon de soleil, combien de gens se sont exposés à des dangers plus grands que ceux qu'ils redoutaient, se calfeutrant dans l'obscurité, fuyant la lumière, négligeant l'aération des maisons,