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DE LA IÈVRE JAUNE EN AFRIQUE

Fig. 45. — Carte de la répartition de la fièvre jaune.

statée nous-même. En 1896, le Segomyia n'existait pas à Saint-Louis; en 1897, le vent d'est en apportait quelques exemplaires venus de l'intérieur ; en 1899, il était l'espèce de moustique dominante tant à Saint-Louis qu'à Dakar. On sait quelle redoutable épidémie a éclaté dans ce pays en 1900.

Ce que nous avions observé au Sénégal se produit-il ailleurs? C'est possible, sans qu'il noussoit permis de l’affirmer. Par l'observation de certaines espèces animales bien déterminées, on a pu constater l’existence d’une sorte de règle. À mesure que ces espèces se multiplient, les parasites de tous ordres qui vivent à leurs dépens se multiplient avec elle, et la puissance de développement de l'espèce diminue. Il est possible que les Slegomyia soient soumis à cette règle, arrivant à cerlains moments, sinon à disparaître complètement, au moins à diminuer dans de telles proportions que leur rôle infectant s’efface. En tout cas, ce phénomène ne se produit jamais partout à la fois. Il

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reste constamment quelques foyers endémiques cantonnés plus spécialement dans la région qui s'étend de Sierra-Leone au Bénin et de la mer au Niger (fig. 45).

I serait très important de déterminer l'étendue de ces foyers et de fixer les points où se rencontrent le Slegomyia fasciala et les autres Slegomyia.

On sait que la fièvre jaune est une maladie des villes, qu'elle s'étend rarement dans les campagnes, et même qu'elle épargne certains quartiers où les maisons sont éparses. On pourrait vérifier, comme nous l'avons fait dans d'autres pays, si les Slegomyia se trouvent dans tous les villages ou seulement dans quelques-uns.

Une série d'examens soigneux, faits suivant divers itinéraires, pourraient peut-être indiquer la route que suivent les épidémies qui s'étendent dans l'Afrique de l'Ouest par les pays de l'intérieur.

FILARIOSE. — Les moustiques, si abondants sous les tropiques, sont des insectes plus dangereux qu'on ne l'avait pensé pendant longtemps. Ils ne bornent pas leur rôle à convoyer seulement les deux fléaux dont nous venons de parler, ils transmettent encore par leurs piqûres un parasite de l’homme très répandu en Afrique. Les filaires du sang viennent du moustique et sont convoyées par des Culex, C. pipiens, C.ciliaris, C.faligans, etaussi par desanophèles, comme on l’a démontré pour À. costalis.

Trois espèces de filaires, à embryons sanguicoles, sont communes à la côte occidentale d'Afrique : ce sont Filaria Bancrofli, Filaria diurna et Filaria perstans. Cette dernière est même si répandue qu'on peut trouver des villages au Congo où plus de 50 p. 100 des habitants en sont porteurs.

On sait que les filaires provoquent par leur présence différentes affections : hémato-chylurie, chylocèle, ascite chyleuse, adénolymphocèle, abcès Iymphatiques. Certains auteurs les accusent d’être la cause aussi d’une affection connue à la Côte d'Afrique sous le nom de Cro-cro et signalent dans chaque papule la présence d'au moins un embryon de filaire.

De même, on attribue à la Filaria Bancro/fli la cause de l'éléphantiasis. Sans vouloir entrer dans une discussion de l’étiologie de cette affection, nous pouvons dire que les opinions sont loin d'être unanimes. L'obstruction des lymphatiques peut permettre effectivement la production de varices lymphatiques susceptibles de provoquer des infections locales. Mais la pachydermie n'est pas toujours accompagnée de filariose. S'il est des malades chez lesquels il a été possible d'en rencontrer quelquefois, il n’est point prouvé que, dans ces cas même, elles aient joué un rôle pour la production de la difformité locale. Quelques auteurs (Le Dantec, Sabouraud), non sans apparence de raison, rejettent loute la responsabilité de l'éléphantiasis sur le streplocoque, cause des érysipèles

à répétition qui accompagnent chaque période d'accroissement.

L'objection la plus sérieuse qu'on puisse faire à cette étiologie bactérienne est la distribution géographique de cette affection. S'il est vrai qu'on la rencontre partout, il est certain néanmoins qu'elle est particulièrement commune en Afrique.

Elle a été signalée dans toute l'étendue des territoires de la côte ouest. Quant à la filariose, elle est certainement beaucoup plus commune au Congo qu'au golfe de Guinée et surtout que dans la zone désertique. Toutefois, la géographie médicale précise de ces deux affections est encore à faire.

FIÈVRE RÉCURRENTE. — Les moustiques ne sont point les seuls animaux suceurs qui transmettent des maladies. Un acarien, Argas moubata ou mieux Ornithodoros moubata, a été reconnu comme l'agent de transmission de la fièvre à spirilles décrite par les auteurs anglais sous le nom de 7ick fever. Cette fièvre, qui ne paraît pas différer de la fièvre récurrente d'Europe, a été signalée à la côte ouest d'Afrique, au Congo et au Dahomey. Comme la spirillose des poules, la fièvre à spirilles africaine est convoyée normalement par un argas, qui se loge dans les lits, dans les parois des cases et des campements, mais toujours à l'abri de la lumière et de l'humidité. Il a les mœurs de la punaise des lits et ne pique que la nuit.

L'Européen y est aussi sensible que le noir. Celui-ci, dans les pays où elle sévit, est d’ailleurs généralement immunisé dès l'enfance.

On n’a pas encore déterminé pour les colonies françaises tous les points où se rencontrent l’Ornifhodoros moubala et la fièvre récurrente.

Nous ne pouvons que le regretter et souhaiter qu'on confie à quelques médecins missionnaires le soin d'élucider cette question.

TRY PANOSOMIASE. — Toutes les affections dont nous venons de parler se rencontrent ailleurs qu'en Afrique; la trypanosomiase humaine lui est au contraire spéciale. Elle ne sévit même que par places dans les régions qui sont comprises entre le 20° degré de latitude nord et le 10° de latitude sud. Cette aire de diffusion correspond à celle de la mouche qui la transporte, la Glossina palpalis. Elle sévit avec sévérité dans certains villages, mais on ne l'observe qu'au voisinage d’endroits humides, l'humidité étant nécessaire à l'existence de la Glossina. La carte de ja figure 46, empruntée à l'ouvrage de Laveran et Mesnil (1), donne l'indication des foyers endémiques. Jusqu'ici la Glossina palpalis est le seul insecte du genre qui paraisse devoir être accusé de communiquer la trypanosomiase humaine; mais il faudrait de nouvelles recherches pour démontrer que les autres Glossinane peuvent servir d'hôte à Trypanosoma gambiense. La maladie du sommeil, toujours fatale (2), est le

(1) Laveran et Mesxir, Trypanosomes et Trypanosomiases, Pris, 1904. (2) Depuis que ces lignes ont été écrites, il semblerait qu'on puisse guérir la trypanosomiase, même alors que le liquide céphalo-rachidien renferme des parasites, par

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