MALADIES CONVOYÉES PAR DES ANIMAUX SUCEURS
La zone tropicale tout entière où la température est régulièrement chaude, où n'intervient pas l'action des intempéries, devient particulièrement favorable au développement de tous les animaux de petite taille qui vivent seulement en été dans la zone tempérée et sur lesquels le froid exerce une action néfaste et toute-puissante. Parmi ceux-ci, les insectes suceurs liennent une large place. Les uns sont spéciaux à l'Afrique, les autres se rencontrent dans tout ou partie de la zone tropicale; d'autres existent aussi dans les régions subtropicales et tempérées. Nous savons aujourd'hui quel rôle jouent certaines espèces dans la transmission de quelques maladies.
PALUDISME. — Parmi ces maladies, le paludisme est sans conteste la plus répandue et la plus importante. Il est convoyé par plusieurs espèces d'anophèles. Si le paludisme se montre dans presque tous les endroits marécageux du globe, nulle part il n’acquiert l'intensité qu'on lui voit en Afrique el notamment à la côle ouest. C’est lui qui, pour une bonne part au moins, a opposé si longtemps une barrière infranchissable à la pénétration de l'Afrique par la race blanche. Quand on n'avait aucun moyen de le combattre, il exerçait des terribles ravages sur tous les audacieux qui se risquaient dans ces régions où il régnait en maître. En ne voyant jamais revenir ceux qui parlaient pour ces contrées inconnues, les anciens avaient conclu que la route qui y conduisait menait aux enfers.
Le fait est qu'aujourd'hui nous voyons fréquemment dans l'Afrique occidentale le paludisme non traité entraîner la mort par accès pernicieux ou par cachexie. Il m'a été donné, dans une circonstance, d'observer six cas de paludisme aigu pris à Dakar et non traité. Le diagnostic n'avait pas été porté, trois malades étaient morts déjà quand j'arrivai, les trois autres étaient dans le délire. Le microscope a décelé chez tous l'hématozoaire de Laveran; la quinine a guéri les trois malades restants. Un pareil accident est rare, non pas que la maladie soit d'ordinaire plus bénigne, mais parce que le diagnostic est généralement porté plus tôt. Néanmoins il arrive encore que des cas d'accès pernicieux soient pris pour des insolations. Aussi doit-on hésiter toujours avant de se prononcer pour ce dernier diagnostic et se rappeler que, si l'insolation est rare, l'accès pernicieux est fréquent.
On peut poser en principe que, dans l'Afrique tropicale de l'ouest, la fièvre paludéenne existe partout. Elle n'est pas également forte à toute époque de l’année. Pendant la saison sèche, les chances d'infection diminuent toujours. Dans certaines contrées, la majeure partie de l’année est bonne. La région désertique lout entière et une partie de la zone des plateaux sont
dans ce cas. Quand le soleil a séché les maré ‘ages autour des centres de population, les anophèles diminuent très notablement, En certains points, ils disparaissent même à peu près complètement. C'est tout au plus s’il reste quelques hibernants cachés dans les coins obscurs des maisons. À Saint-Louis, par exemple, il est très difficile de trouver des anophèles dans l'ile pendant la saison sèche, Le paludisme y est d’ailleurs très strictement limité. Comme nous l'avons déjà signalé plus haut, les anophèles ne se développent dans les marais environnants que s'ils sont remplis d'eau douce. La période paludéenne y commence par suite avant la saison des pluies, parce que le fleuve est grossi plus tôt par les chutes d'eaux qui se font au voisinage de sa source. Elle cesse dès que l’eau devient salée
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En 1896, nous avons pu suivre de très près celle coïncidence. La saison des pluies a commencé en juillet et s'est continuée jusqu'en octobre ; le paludisme a commencé en juin et s'est terminé à la fin d'août. L'année avait été relativement sèche au Foutah-Djallon. Au mois d'août, l’eau du fleuve était déjà salée devant Saint-Louis. I] n'y avait plus de larves dans des endroits où quelques jours auparavant jen avais recueilli des quantités considérables. La courbe de la figure 44 indique la façon dontse sont produites pendant ce temps les entrées à l'hôpital pour paludisme. Cette courbe ne porte que sur la population militaire, très peu nombreuse à ce moment à Saint-Louis.
A Dakar, le paludisme se montre plus tard et dure plus longtemps. Il suit le régime des marécages, qui se remplissent en août et se dessèchent en décembre. Pareille observation peut être faile partout. Dans les endroits où les marais durent toute l’année, le paludisme sévit loute l’année.
Bien peu d'Européens échappent à l'infection paludéenne. S'il en est vraiment, ils constituent une exceplion tellement rare qu'il ne convient pas d'en tenir compte. Souvent, par exemple, on voit survenir un accès de fièvre hémoglobinurique chez une personne qui, à son dire, n'a jamais eu de fièvre. Or, s'il y a encore des divergences de vue au sujet de la cause occasionnelle de cette affection, personne ne met en doute qu’elle survienne toujours chez des paludéens. On# donc affaire en ce cas à des individus doués d'une immunité relahifr ie. Fé£ cs atteintes antérieures. ne immunité les
a à ne a ses Ho De manifestatigfé bénignes, ignorées ou, comme cela se produit, ( dédaignées, toujours non traitées. #
L'immunité apparente des nègres, qui n'est jamëi acquise dans le premier âge. Au prix de quelles atte lité infantile par paludisme est là pour le dire. Maï On à coutume d'admettre que cette immunité des noi pas quand on les change de pays, même en restant | des territoires de l'Afrique occidentale. Nous pensoi bien, dans celte affirmation, se glisser une erreur. Dans leur pays, les noirs consullent rarement le médecin. Déplacés, soit comme militaires, soit comme travailleurs, ils sont directement en rapport avec un homme de l’art ou fout au moins avec des Européens capables de reconnaître un accès de fièvre. D'où le petit nombre de cas enregistrés chez eux et le nombre relativement grand de leeux qui sont notés ailleurs. Mais, s'il est possible de constater de là fièvre paludéenne chez un noir adulte, on peut dire qu'il es} tout à fait exceptionnel qu'elle entraine la mort. À
FIÈVRE HÉMOGLOBINURIQUE. — La fièvre hémoglobinurique est rare chez eux; cependant on en connait un cerkain nombre de cas authentiques. Peut-être n’en voit-on pas davantage À général on n’a pas l’occasion de les soigner.
On est loin d'être d'accord sur la cause prochaine de câtte singu-
s absolue, a été ntes? La mortaelle est réelle.
sne se conserve lans les limites s qu'il pourrait
le monde acceple, mais tous les autres. \ Les commémoratifs sont d'un faible secours pour éclairer la ques-
en a été faite, que la quinine ne s’élimine pas par l'urine tant qu'elle est chargée d' hémoglobine, mais que son expulsion commence quand
les mictions donnent un liquide clair, il serait chaque fois bien facile de N
décider si, oui ou non, le malade avait pris de la quinine avant l'accès.
I suffirait de rechercher l'alcaloïde dans l'urine pour déterminer sil est vrai où non qu'il faille toujours incriminer les sels du quinquina comme cause occasionnelle de la maladie.
Comme le paludisme, dont le passage préalable par le malade est indispensable pour permettre l'éclosion de la fièvre hémoglobinurique, celle-ci est répandue dans tous les pays de la côte ouest d'Afrique. Mais, à l'encontre du paludisme, qui sévit surtout pendant la saison pluvieuse, elle se montre de préférence à la saison sèche. C'est à ce moment en effet que la fièvre palustre, contractée à l'hivernage, a provoqué par ses répétitions les lésions qui favorisent cette forme d'intoxication quinique.
FIÈVRE JAUNE. — A côté de l'infection paludéenne dont, grâce à la quinine, la majeure partie des malades se débarrassent, il faut placer une maladie qui impressionne bien plus vivement la population coloniale, parce qu'on ne connaît pas contre elle de remède spécifique et qu'elle provoque là où elle passe une mortalité considérable. C'est la fièvre jaune si redoutée et si redoutable à la côte ouest d'Afrique dont nous voulons parler. Originaire d'Amérique, où les premiers explorateurs qui ont découvert le Nouveau Monde ont eu à subir ses attemtes, celte terrible maladie s'est étendue à l'Afrique, où depuis lors elle a constitué de véritables foyers endémiques. Véhiculée par un moustique, le Slegomyia fasciala très répandu en Afrique, et peutêtre aussi par les autres Slegomyia qu'on y rencontre, c’est à une question sur laquelle il nous est encore impossible de nous prononcer, la fièvre jaune n'apparait à l’état épidémique dans les différentes colonies de la côte ouest d'Afrique qu'à des époques plus où moins éloignées. Ces retours offensifs à longue échéance ont fait croire soit à des réimportations d'Amérique, soit à des infections d'origine tellurique. Aujourd'hui que nous sommes mieux renseignés sur l’étiologie de la fièvre jaune, nous saisissons mieux le mécanisme de ces épidémies. Nous savons en particulier que la race noire, qui a passé pendant si longtemps pour posséder l'immunité contre le typhus amaril, est aussi sensible que la race blanche.
L'immunité apparente dont elle jouit est du même ordre que celle des créoles des Antilles ou de la population brésilienne. Elle résulte d'une infection antérieure, contractée généralement pendant la première enfance. Les tout jeunes enfants, en effet, fout en ayant pour le virus amaril la même réceplivité que les adultes, possèdent une sensibilité beaucoup moindre à son action nocive. La maladie chez eux passe inaperçue, comme il arrive souvent à cet âge pour le paludisme. Cette première alteinte, ordinairement légère, établit une immunité, peut-être renforcée plus tard par des récidives, mais qui reste assez solide pour prévenir la gravité de la maladie. La bénignité de celle-ci n'empêche pas les moustiques de s’'infecter et de donner ensuite naissance à des formes graves. On comprend d'après cela
comment la fièvre jaune peut gagner, par la population indigène des foyers endémiques, les contrées où les Européens non immunisés la contractent sous la forme épidémique. La résistance des noirs et des anciens colons de race blanche dans les pays où, comme le Sénégal, les épidémies sont très espacées, semblerait indiquer que la maladie sévil plus souvent qu'il n'y paraît. Elle se manifesterail alors sous une forme particulièrement bénigne, comme il arrive dans les Antilles pendant les périodes de repos de l'infection amarile, etserait méconnue.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'au Sénégal en particulier elle disparaît complètement à cerlaines époques. La raison en est à la disparition du Stegomyia lui-même, disparition que nous avons con-