I. — DESCRIPTION GÉNÉRALE
Les colonies françaises des Antilles appartiennent au groupe des « petites Antilles » ; elles sont situées entre 14° 52’ et 16° 40’ de latitude nord, et 60° 6’ et 64° 9’ delongitude ouest; ces colonies sont la
Martinique et la Guadeloupe avec ses dépendances : Marie-Galante, les Saintes, la Désirade, Saint-Barthélemy et la partie française de Saint-Martin.
La Martinique et la Guadeloupe sont volcaniques dans la plus grande partie de leur étendue ; les dépendances sont calcaires, excepté les Saintes,
La Martinique, plus longue que large, a son grand diamètre dirigé du sud-est au nord-ouest et mesure 64 kilomètres de long sur 28 de large.
La partie sud, beaucoup plus basse que la partie nord, présente une configuration différente. Les bords sont largement découpés par des ports, des baies et les embouchures des rivières. Elle présente sur un grand nombre de points des plaines basses et étendues qui, à l'estuaire des rivières, constituent de vastes marécages. Au milieu de ces plaines s'élèvent deux massifs montagneux qui se relient avec les montagnes de la partie nord, de telle sorte que l'ile est parcourue, dans toute sa longueur, par une chaîne continue.
La partie nord, haute et accidentée, est formée par deux centres volcaniques principaux, les pitons du Carbet et la montagne Pelée. Cette partie de l’île, nécessairement très accidentée, est constituée par des plateaux et des plaines inclinés vers la mer, surtout sur le
versant est; de profondes fissures, au fond desquelles coulent des torrents, séparent les plateaux et les mornes.
Depuis 1902, la ville de Saint-Pierre, la plus importante de l’île, ayant été anéantie, la Martinique ne compte qu'une ville d’une certaine importance, Fort-de-France, chef-lieu de la colonie, située à l'extrémité ouest de la ligne de jonction des deux parties de l'île, sur les rives d'une vaste et profonde baie.
La Guadeloupe, orientée dans le même sens que la Martinique, est formée également de deux parties distinctes, séparées par un canal communiquant des deux côtés avec la mer.
La partie est, dite « la Grande-Terre », est plate et ne présente que des reliefs très peu marqués; son sol est composé d’un squelette volcanique, couvert d'une couche calcaire et d’une couche de terre végétale.
C'est dans cette partie que se trouve la ville de la Pointe-à-Pitre, grand centre commercial situé au fond d'une magnifique baie. Cette ville, édifiée en quelque sorte au milieu de marécages, est d'une insalubrité notoire. C’est un des points les plus paludéens des Antilles.
La partie Ouest, essentiellement volcanique, présente à peu près le même aspect que le nord de la Martinique ; les montagnes sont cependant plus élevées ; le volcan de la Soufrière mesure 1680 mètres d'altitude. La partie de la côte est, vis-à-vis de la grande terre, présente une bande de plaines alluvionnaires bordées de palétuviers. C'est sur la côte ouest, sur le bord de la mer, que se trouve située la Basse-Terre, chef-lieu de la colonie. Cette ville est construite sur un terrain accidenté.
La colonie présente d'autres centres de moindre importance, généralement disséminés le long des côtes, à l'embouchure des rivières.
Au point de vue de la salubrité, ces deux colonies présentent trois zones d’altitudes différentes : une zone centrale, peu habitée, couverte de forêts. Cette zone, située particulièrement dans les parties nord, ne nous intéresse nullement. Une deuxième zone, dont les altitudes variables ne dépassent pas 3 à 500 mètres, qualifiée par Dutrouleau de « zone supérieure des terres cultivées », présentant des plateaux et des collines d’altitudes variables, des cours d’eau rapides. C'est dans cette région, où la température est plus basse et l'air plus pur, quesont édifiés les sanatoriums de la colonie. Cependant cette zone ne jouit que d'une salubrité relative, augmentant avec l'altitude, car elle ne met pas toujours à l'abri du paludisme, de la dysenterie et de la fièvre jaune.
La zone inférieure la plus peuplée, la plus fertile, est également la plus insalubre. Elle est constituée par des terres alluvionnaires, argileuses ou vaseuses. Le sol, toujours humide, est plus ou moins imbibé d'eaux pluviales. Les rivières, à lit peu profond, forment à leurs embouchures des marécages plus ou moins étendus dans lesquels l'eau douce, sans cesse mélangée à l'eau de mer, imbibe absolument
le sol. Là pourrissent des détritus organiques venus de tous les côtés, ou formés sur place par les plantes qui y poussent, et notamment le palétuvier.
C'est sur les bords de la mer ou à l'embouchure des rivières que sont construits les villes et les bourgs les plus importants de la colonie; les exploitations agricoles les plus riches (canne à sucre) sont installées dans ces régions, alors que la zone supérieure est surtout réservée aux cultures dites secondaires (café, cacao, vanille).
Les conditions climatologiques ne varient guère dans ces deux colonies, en raison de leur proximité et de leur constitution géologique.
Les tableaux suivants résument les observalions faites dans ces dernières années. Les postes d'observations ne sont établis que sur un seul point dans chaque colonie (Voy. Tableaux, p. 318 et 319).
En ce qui touche la Guadeloupe, les seules observations récentes et exactes que nous possédions ont été faites au camp Jacob, c'est-àdire à 530 mètres environ d'altitude. Elles présentent cependant un certain intérêt, et on peut en déduire approximativement les facteurs climatologiques du littoral.
TEMPÉRATURE. — Les chiffres donnés plus haut sont sensiblement moins élevés que ceux qui figurent dans les observations anciennes. Les observations que nous rapportons, fournies par le bureau central de météorologie, sont à coup sûr plus exactes, car elles ont été faites avec des instruments plus perfectionnés et placés dans de meilleures conditions.
Aux Antilles, la marche de la température est régulière; l'écart entre les extrêmes des maxima et des minima moyens n'atteint jamais 3°.
Les températures moyennes les plus hautes s’observent en août et septembre et atteignent parfois 31 ou 32°, et les plus basses, en janvier et février, elles atteignent 20 ou 21°. L'écart entre le maximum moyenle plushaut et le minimum moyen le plus bas est de 10,2. La température moyenne de l’année oscille entre 25 et 26°, 26°,60 d’après Dutrouleau. Ce chiffre est trop élevé.
ÉTAT HYGROMÉTRIQUE. — La tension de la vapeur d’eau est toujours marquée et peu variable. Entre la moyenne des maxima, qui est de 22,1 en août, et celle des minima, qui est de 18"",1 en mars, il y a un écart de 4 millimètres. La moyenne annuelle de lhumidité relative est de 83 centièmes.
La quantité d'eau tombée et le nombre de jours de pluie sont considérables. Contrairement à ce que l’on constate dans d’autres colonies, comme au Sénégal ou à la Guyane, par exemple, on peut dire qu'il pleut aux Antilles pendant les trois quarts de l'année