‹ hygiene colonialeChapitre 125 sur 251 · IV. — HYGIÈNE · texte numérisé non relu

IV. — HYGIÈNE

Une bonne hygiène n'est pas à la portée de toutes les colonies. — Les conditions hygiéniques à adopter à la côte occidentale d'Afrique découlent naturellement de l'étiologie des maladies qui y règnent. Pour être efficaces, les mesures ne doivent pas se borner à des précautions individuelles, mais elles doivent s'étendre à la masse. Malheureusement toutes ces précautions entraînent de grandes dépenses, et il s'ensuit qu’elles ne deviennent applicables qu'à parür du moment où les ressources de la colonie le permettent. Alors qu'il semblerait plus naturel de commencer à rendre les pays habitables avant d'essayer de les mettre en valeur, c'est le contraire qui se passe aux dépens des premiers colonisateurs. Ce n'est qu'au fur et à mesure que les domaines coloniaux se développent que l'hygiène, toujours coûteuse, peut s'améliorer. Il n’en peut malheureusement être autrement, car aucun des budgets des différentes puissances qui se sont chargées d'apporter dans ces pays neufs les bienfaits de la civilisalion ne suffirait à une pareille tâche. Mais, $'ilest vrai qu'il faille ainsi toujours traverser une mauvaise période, le souci constant des gouverneurs doit être de profiter des moindres ressources financières pour améliorer l'hygiène des pays qu'ils dirigent. Les gouverneurs anglais des colonies de la côte ouest et le gouverneur général de l'Afrique occidentale française, M. Roume, ont d'ailleurs parfaitement compris leur devoir à cet égard et apportent tous les jours plus de soins au développement de l'hygiène publique. Quand tout est à faire, il est difficile de sérier les questions, et il faut, autant que possible, faire marcher de pair tous les travaux importants.

Ville. — Il ne peut entrer dans le cadre de cet article de traiter l'hygiène de Loutes les agglomérations de l'Afrique occidentale. Nous en avons décrit les principales et nous nous sommes efforcé d'en faire ressortir les qualités et les défauts. Qu'il nous suffise de dire que toutes les autres sont plus défectueuses au même point de vue ou à des points de vue différents. En donnant le tableau de ce que nous croyons indispensable d'établir pour une ville idéale quoique impar-

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faite, nous permettrons de faire des comparaisons entre elle et celles qui existent. Mais nous n’entendons pas limiter à celles que nous conseillons les améliorations qui peuvent être apportées.

Choix du terrain. — La nécessité de s'établir dans des centres de population a poussé les premiers colons à bâtir au milieu des villages indigènes déjà existants. Cette manière de procéder a entrainé la formation de centres européens dans des endroits souvent insalubres et a limité leur extension, qui ne peut être obtenue qu'en dépossédant les propriétaires indigènes. Il aurait mieux valu, tout en laissant au village les comptoirs des maisons de commerce et les bureaux de l'administration, choisir des points voisins, mais placés dans une meilleure situation hygiénique générale pour y établir la résidence des commerçants et fonctionnaires. Cette considération, qui a échappé trop longtemps à l'administration française, a souvent guidé les Anglais dans leurs installations, au plus grand profit des centres européens qui se sont formés dans la suite.

Le contact de la race noire, déjà sélectionnée par la maladie et immunisée de ce fait contre beaucoup d’affections graves, est très préjudiciable aux Européens que les conditions climatériques et les conditions hygiéniques de leur pays d’origine ont rendus plus réceptifs aux maladies qu'on rencontre à la côte d'Afrique. La ville européenne devrait donc toujours être assez distante des centres indigènes pour éloigner les chances de contagion, au moins tant que l'hygiène de ces populations primitivesn'aura pasfait desensibles progrès. Nous savons aujourd’hui quel rôle jouent les indigènes, comme agents de conservation des parasites du paludisme, de la fièvre jaune et de la trypanosomiase, pour ne parler que des maladies les plus importantes.

S'il est bien de protéger les Européens, il est meilleur encore de garantir à la fois les Européens et les indigènes. D'autant qu'à moins d’éloigner beaucoup les uns des autres il est difficile d'empêcher les insectes suceurs de transmettre au blanc les germes qu'ils auront puisés chez le noir. Il faut donc appliquer à tous les mêmes mesures.

Mais, pour déterminer l'efficacité de ces mesures, il est nécessaire de bien connaître les mœurs de tous les agents de transmission. L'eau stagnante est indispensable aux moustiques pour l'éclosion de leurs œufs et la vie des larves qui en naissent. Les anophèles, hôtes intermédiaires du parasite du paludisme, éclosent dans les marécages ou les dépôts d'eau stagnante envahis par les herbes. Ce sont des moustiques des champs, qui, après leur métamorphose, viennent à la ville chercher le sang qui leur est nécessaire pour permettre la ponte. Quoiqu'on puisse faire artificiellement piquer presque tous les animaux par le Slegomyia fasciata, celui-ci dans la nature a, peut-être encore plus que l’Anopheles, des goûts marqués pour le sang humain. Aussi est-ce un moustique exclusivement urbain; il naïîtet vit dans la maison ; il y pond dansles moindres dépôts d'eau et, après métamor-

phose, ne s'éloigne guère du quartier où il est né. On peut rencontrer des larves dans les bassins des jardins ou dans les mares intraurbaines : on n’en trouve jamais dans les marais circonvoisins.

Les Glossina vivent sous les ombrages, dans des endroits humides dont elles ne s’écartent guère ; elles pondent des larves qui gagnent un coin de terre sèche et se transforment immédiatement en pupes. Au bout de six semaines environ, a lieu la métamorphose.

De ces données, il ressort que, pour établir une ville, il convient de choisir un site élevé qui reçoive facilement la moindre brise, un terrain sec, déboisé jusqu'à une certaine distance, éloigné de tous marécages et pas trop voisin de cours d’eau à cours très ralenti. Ces conditions se trouvent rarement réunies en Afrique.

Aménagement du terrain. — Quand elles ne se rencontrent pas, il faut les produire artificiellement. Ilesttoujours possible de pratiquer le déboisement, de combler ou de drainer les marécages, mieux encore de les mettre en culture; de régulariser jusqu'à une certaine distance en amont et en aval le cours des rivières, pour éviter la formation d’anses où l’eau ne court plus et où peuvent vivre des larves de moustiques; d'éviter la formation de mares dans la ville et de proscrire les jeux d'eaux publics ou particuliers. L'arborisation des rues et des jardins doit être ménagée et non pas touffue, pour qu'elle n'oppose pas d'obstacle à la lumière et à la ventilation et pour qu'elle n'entretienne pasune humidité trop grande. Comme essences, il vaut mieux choisir des espèces à racines pivolantés, qui ne croissent pas trop en hauteur et qui supportent bien la taille pour forcer le développement latéral. Les voies seront macadamisées ou mieux bétonnées pour empêcher : pendant la saison des pluies, le ravinement et la végétation, qui ont toujours tendance à les envahir; pendant la saison sèche, le développement des insectes parasites dans le sable sur lequel tant de villes sont bâties.

Enlèvement des matières résiduaires. — L'enlèvement des eaux et détritus ménagers, comme des matières excrémentitielles, ressortira aux pouvoirs publics, soit que par un système d'égout on les rejette dans des endroits où ils ne sont pas susceptibles d'exercer des effets nuisibles, soit qu'on les évacue par charrois.

I ne faut jamais laisser aux habitants des soins de cet ordre, parce que chacun s’en débarrasse avec le minimum d'efforts et contribue à souiller les terrains ou les cours d’eau voisins. Des tas d'immondices qui s'amoncèlent autour de presque tous les villages d'Afrique, sortent des myriades de mouches qui contribuent pour une large part à la contagion des maladies microbiennes, telles que la pneumonie en particulier, et certainement d’autres.

Eau potable. — L'amenée d’eau ne doit pas être parcimonieuse. Ce n'est qu'à la condition de donner une quantité d’eau suffisante qu'on peut empêcher les dépôts domiciliaires. La distribution au robinet

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sans relai est la méthode qui s'impose. Les caisses à eau particulières dans lesquelles coulent des robinets jaugeurs ne peuvent être préservées des moustiques que par une surveillance constante et plus coûteuse que le prix de l'eau économisée. L'emploi du compteur et la vente de l'eau, au-dessus d’un certain débit tout au moins, sont tellement justes qu'on ne peut guère hésiter à les adopter.

La captation et l’amenée coûtent très cher malheureusement, et beaucoup de villes n'ont pas les ressources nécessaires pour faire de pareilles dépenses. D'autres, comme il s’en trouve dans la région désertlique, n'ont pas toujours de l’eau douce à proximité. Il faut alors se résoudre à creuser des puits ou à construire des citernes.

Dans un cas comme dans l’autre, il nous paraît que ce soin revient aux pouvoirs publics et non aux particuliers. Il est bien préférable pour la santé générale d'éviter les puits communaux ou privés, de même que les citernes particulières. Puits et citernes sont souvent souillés. Presque toujours, dans les maisons qui en sont pourvues, les moustiques viennent de la citerne. Entre les mains des pouvoirs publics, la protection de l’eau peut être efficace et la distribution égalitaire. Les puits creusés en nombre suffisant et munis de systèmes mécaniques d'élévation, le drainage des eaux de pluie non seulementsur les édifices publics, mais encore sur les maisons particulières, peuvent permettre de remplir des bassins auxquels se relie un réseau de distribution. En tout cas il faut couvrir {ous les dépôts d’eau et munir les ouvertures d'aération d'un écran en toile métallique fine.

Maison. — La construction des maisons demande aussi une grande attention.

Les débuts de la colonisation sont difficiles ; les maisons des premiers colons ne diffèrent guère des habitations indigènes. Plus tard, leur situation s'améliorant, les habitants songent à transformer leur domicile. Mais il est bien rare que la maison coloniale possède les qualités qu’elle doit avoir.

Les pouvoirs publics ont le devoir d'exiger que toute habitation soit construite de telle façon qu'elle ne soit pas un danger pour la santé générale. Il faut qu’elle soit désinfectable, qu'au cas où un des habitants auraitété atteint d'une maladie transmissible parles insectes il soit possible d'y détruire ces animaux avant qu'ils n'aient pu servir de véhicule aux germes. En un mot, il faut que, les ouvertures fermées, elle soit étanche aux vapeurs de soufre. Ce n’est pas le cas général. La paillotte bien entendu doit être proscrite. La maison, même pour les indigènes, sera construite en dur, c’est-à-dire en maçonnerie ou en béton. Munie de portes et de fenêtres, elle sera toujours, au-dessous la toiture, revêtue d’un plafond.

Pour ne pas offrir de retraite aux animaux parasites, on recouvrira le sol d'un carrelage ou d’une couche de béton.

On veillera à l'illumination et à ce qu'il n'existe pas de pièces obs-

cures, retraites de choix pour les insectes nocturnes. Pour les mêmes raisons, on exigera une bonne ventilation. Toutes ces conditions peuvent être réunies à peu de frais dans la maison la plus modeste. Réduite à ce minimum, elle sera saine, sinon confortable.

Tout en conservant de pareilles dispositions, la maison européenne peut présenter d’autres avantages.

Aupointde vue sanitaire, il faut la préserver des moustiques; au point de vue du confortable, il convient de la garantir de l’échauffement.

Contre les moustiques, il suffit de disposer aux fenêtres des écrans en toile métallique de 1 millimètre et demi de maille et aux portes des tambours à double ouverture. Grâce à cet artifice, les fenêtres peuvent rester largement ouvertes et l'air circuler facilement dans toutes les pièces.

Pour garantir la maison de la chaleur, il est nécessaire de veiller tout d'abord à son exposition. La maison sera orientée par sa façade du côté du vent dominant; toutes les pièces, portes intérieures et fenêtres ouvertes, devront pouvoir être balayées par le courant d’air. Isolée des autres autant que possible, elle sera entourée de vérandas ou galeries couvertes disposées pour la protection contre lesrayons dusoleil, sans cependant arrêter la lumière. Toutes les murailles seront creuses, soit qu'on les construise en larges briques perforées dont les cavités se correspondent, soit qu'on établisse deux cloisons en briques légères, séparées par un intervalle. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ces cavités peuvent servir de retraites à un grand nombre d'animaux de toute espèce, et on doit avoir le soin de munir toutes les ouvertures sur l'extérieur d'un écran de toile métallique. De tous les isolants, le matelas d’air est le meilleur.

On a essayé des parois de bois, de papier et de pierre. Elles présentent beaucoup d’inconvénients. Le bois et le papier sont peu conducteurs de la chaleur, mais, outre qu'ils sont rapidement détruits par les termites (1), l’un est trop léger, l’autre trop cher; tous deux subissent trop facilement l'influence de la sécheresse et de l'humidité.

Dans la région désertique en particulier, les murs de pierre ne conviennent pas non plus, au moins dans l'intérieur, où le vent d’est souffle pendant toute la saison sèche. Frais au début de la saison, ils finissent par s'échauffer tellement qu'ils rayonnent à l’intérieur comme les parois d’un four ou d'un poële de faïence.

On munira toujours la toiture d’une cheminée d'aération armée de toile métallique et couverte elle-même, à cause de la pluie, d’un chapeau débordant. Les cavités des murs, débouchant par des ouvertures obturables dans le grenier compris entre les plafonds et la toiture, apporteront ainsi de l'air qui remplacera celui que le rayonnement du toit aura échauffé et qui s’'échappera par la cheminée.

(1) L’acide arsénieux semble éloigner ces insectes rongeurs, qui, dans certains pays, causent les plus grands préjudices.

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Nous connaissons deux bons dispositifs, l’un employé par la Compagnie du Câble sous-marin qui dessert nos colonies africaines, l'autre imaginé par le général Joffre pour les casernes du Tonkin.

Tous deux comportent des systèmes d'aération différents et donnent des résultats satisfaisants.

Une maison du Câble se compose en général d’un étage sur rez-dechaussée surélevé. Chaque étage comporte quatre pièces s’ouvrant sur de larges vérandas qui entourent le bâtiment. Au centre est ménagée une cheminée d'aération, qui du rez-de-chaussée s'élève jJusqu'au-dessus du faite. Chaque pièce est reliée à la cheminée par une ouverture qui fait appel de l'air chaud et entretient le courant d'air venant de la porte ou de la fenêtre.

Le général Joffre a basé tout son système d'aération sur la conducübilité des toitures métalliques. Chaque pièce communique par des ouvertures avec le grenier compris entre les plafonds et une toiture métallique, en tôle ondulée par exemple, munie d'une cheminée. Pendant le jour, le soleil échauffe rapidement la tôle, et l'air du grenier qui s'échappe par la cheminée est remplacé par celui des chambres, qui est moins échauffé. Dès qu'arrive la fraîcheur du soir, la tôle se refroidit très vite et rafraichit l'air du grenier. Il s'établit dans les pièces un double courant, l'un d’air frais qui descend, l’autre d'air chaud qui monte. Ce système donne, paraît-il, de tels résultats que quelquefois on est obligé de fermer la communication avec le grenier à cause du refroidissement nocturne.

SALLE DE BAINS. — Pour terminer, nous insisterons sur l'obligation de prévoir toujours une salle de bains avec douche en pluie sur bassin de ciment. Il serait temps que nous rompions enfin avec des habitudes qui nous mettent au dernier rang des nations civilisées. Chez tous les peuples de la zone tropicale, dans toutes les colonies étrangères, la salle de bain est considérée comme une pièce de première nécessité et ne semble pas, comme chez nous, un objet de luxe. La douche en pluie a l'avantage sur le tub de consommer moins d'eau et d'être toujours prête, quand elle est installée sur la conduite.

Établissements publics. — Tout ce que nous venons de dire de la maison coloniale s'applique, bien entendu,aux établissements publics, tels que locaux administratifs, écoles, hôpitaux et casernes.

Plus encore peut-être que dans les maisons particulières, il con- “vient de veiller à la protection contre les insectes et à la bonne aération. L’accumulation d'un grand nombre d'individus dans un même local facilite la contagion et le rayonnement de tous les corps, entretient une chaleur qui a besoin d’être tempérée. IT serait évidemment avantageux d'adjoindre, dans ces cas, aux cheminées d'aération des ventilateurs mécaniques.

Toutes ces dispositions, importantes pour le bien-être des gens en santé, s'imposent encore plus pour les malades. Ce sont eux surtout

qu'il faut garantir des piqûres des insectes à cause de l'infection qu'ils peuvent leur communiquer. C'est quand on lutte contre la maladie que le bien-être doit être le plus grand.

La construction par pavillons séparés est de toutes la plus recommandable : dans les pavillons de classe et dans les bâtiments d'isolement, il faut choisir de préférence le système de la chambre individuelle. Pour la commodité du service, dans des pays où le soleil est ardent et la pluie diluvienne, il est indispensable d'établir entre les pavillons des galeries de communication couvertes, aussi bien à l'étage, exclusivemment réservé au couchage des malades, qu'au rez-de-chaussée destiné aux réfectoires, magasins et services accessoires.

Quant aux locaux disciplinaires, il conviendrait qu'on songeât à les améliorer. Les prisons en Afrique sont construites sur le mode usité en Europe. Ouvertes aux moustiques, fourmillant de vermine, c'est à peine si l'air y pénètre. Trop souvent les détenus sont soumis au régime cellulaire, qui en fait autant de victimes du béribéri. Cette maladie n'atteint que les prisonniers et, parmi eux, ceux qui ne travaillent pas; qu'à la rigueur on garde ainsi les criminels notoires, mais il paraît inhumain d’infliger ce surcroît de peine aux nombreux condamnés qui n’ont souvent péché que par ignorance. Le travail étant le remède prophylactique du béribéri, le travail obligatoire devrait remplacer la prison.

Vêtement. — La question du vêtement est importante, mais elle a été souventtraitée pour ce qui concerne les Européens. Il est à peine besoin d'en parler. Habitués aux froids de leur pays, ils savent se garantir contre les refroidissements. Il suffit de rappeler qu'il faut toujours se munir de deux genres de vêtement, toile ou coutil pour l'un, flanelle légère pour l'autre. Deux sortes de coiffures sont commodes. Le casque en liège forme un abri incomparable contre le soleil et la chaleur pendant le jour. Dès que le soleil est au-dessous de l'horizon, il devient embarrassant et il vaut mieux le remplacer par une coiffure moins débordante et plus légère. On a souvent vanté le chapeau de feutre à deux fins. Nous ne partageons pas l’enthousiasme de ceux qui le préconisent. Pendant le jour, l’'échauffement sous la coiffe est quelquefois de 10° plus élevé que sous le casque; le soir, les grandes ailes sont incommodes.

Quel que soit le costume adopté, un vêtement de dessous s’appliquant exactement sur la peau comme un jersey contribue beaucoup à éviter les refroidissements dus à l'évaporation de la sueur, Il faut le prendre en coton et non en laine. Les tissus de laine irritent l'épiderme humide. La faculté d'absorption qu'ils possèdent pour les graisses les rend difficiles à nettoyer. Les ferments se fixent dans les mailles du tissu, attaquent les corps gras et, tant par eux-mêmes que par leurs produits d'élaboration, contribuent à causer ces éruptions

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sudorales ou ces affections de la peau si communes et si gènantes aux pays chauds.

Pour les indigènes qui ne savent pas se garantir du froid, le vètement a plus d'importance encore que pour l'Européen. Les cotonnades enroulées dont ils se couvrent deviennent tout à fait insuffisantes à une époque de l’année, aussi bien dans la zone désertique que sur les plateaux. L'administration a le devoir, non seulement par humanité, mais encore pour garantir de certaines épidémies une population indispensable au développement des pays africains, d’user de tous les moyens de propagande dont elle dispose pour favoriser l'introduction et la vente des étoffes de laine. Par des faveurs douanières, par les cadeaux traditionnels aux chefs indigènes, par des distributions gratuites à l’occasion de certaines fêtes, ce but peut être atteint assez vite et sans grandes dépenses.

Alimentation. — Nous savons quel rôle important joue l'alimentation dans beaucoup d'affections des pays chauds. Doit-elle, comme le veulent certains hygiénistes, se rapprocher le plus possible de celle des indigènes, ou bien faut-il conserver aux colonies celle des pays d'Europe à laquelle notre tube digestif est adapté? Nous pensons que cette dernière règle est préférable à la première. Quelle que soit la propriété d'adaptation de nos glandes digestives aux aliments qu'elles doivent transformer, elle ne paraît jamais si rapide qu'on le croit généralement. L'abondance des déchets excrémentitiels avec les aliments indigènes prouve que l'attaque n'est pas complète. Notre expérience personnelle nous a averti souvent du danger que présente l'absorption continue des féculents qui forment la nourriture presque exclusive des indigènes. Nous avons même été frappé des inconvénients que présente l'alimentation végétarienne.

Les légumes et les fruits, les crudités en particulier, produisent fréquemment des troubles digestifs. La viande au contraire, à condition de ne pas être prise trop abondamment, se digère sans difficulté. L'artériosclérose et l'obésité sont plus fréquentes chez les individus de race blanche, à alimentation surtout végétale, que chez ceux dont la nourriture est principalement carnée. Les troubles digestifs sont moins communs chez ceux-ci que chez ceux-là. Toutes les viandes ne possèdent pas au même degré la propriété d’être faciles à digérer. Celles qui nous conviennent le mieux sont celles qui viennent des animaux les plus près de nous dans l'échelle des êtres. Les mamumifères fournissent une viande excellente, les oiseaux et surtout les poissons en donnent une beaucoup plus lourde, pour employer une expression bien connue et très expressive. Les œufs et le lait sont recommandables. L'absorption des sucres de toute espèce est souvent suivie de ballonnements pénibles de l'estomac.

Comme nous l'avons déjà dit, l'alcool est difficile à consommer; les vins et notamment le vin rouge, tant par l'alcool que par l'extrait sec

qu'ils renferment, gênent les digestions. L'eau doit être la boisson presque exclusive. Trop souvent malheureusement les loisirs de la vie de garnison, la difficulté de la promenade, l'absence de distraction font perdre cette notion à la population militaire et civile des différentes colonies africaines. L'usage de la glace est agréable, mais il excite la soif et entraîne l'absorption d'une trop grande quantité de liquide. Une boisson très chaude désaltère beaucoup mieux et pour plus longtemps qu'une boisson refroidie. Cette pratique à encore l'avantage de permettre la stérilisation de l’eau de boisson.

On a dit beaucoup de bien et beaucoup de mal de l'usage quotidien du piment. On a attribué à ce condiment beaucoup d'accidents dont il n'est pas responsable. Une simple observation suffit à faire penser que, loin d'être fâcheux, son rôle dans l'alimentation correspond plutôt à un besoin. Tous les peuples de la zone tropicale, en Asie, en Afrique, en Amérique et dans les iles de l'Océanie, en consomment à peu près à tous leurs repas, sans qu'il soit possible de reconnaître dans cette communauté de goûts l'influence d’habitudes introduites et développées par l'esprit d'imitation. La révulsion légère que provoque l'essence irritante du piment entraîne avec elle une activité plus grande de la circulation dans les vaisseaux de la muqueuse et favorise le fonctionnement des glandes. Ce pouvoir sécrétoire, comme aussi l’action favorable et bien connue qu'il exerce sur les dilatations variqueuses des veines hémorroïdales, non seulement justifient l'emploi de ce condiment, mais encore le rendent recommandable à toutes les personnes qui vivent dans les pays chauds.

Enfin, pour combattre la déchloruration et favoriser la digestion, l'absorption de quelques gouttes d'acide chlorhydrique après le repas est une pratique quelquefois avantageuse.

Exercice. — La digestion est facilitée par l'exercice. On n’en fait guère à la côte d'Afrique, au moins dans les colonies françaises, où la réunion dans les cercles et cafés est plus recherchée que les jeux en plein air et les sports, si en honneur dans les colonies anglaises. Une erreur traditionnelle éloigne les Européens de l'Afrique occidentale française de tout exercice corporel. La fatigue passe pour jouer un rôle important dans la production des maladies et du paludisme en particulier. Le travail de la terre, quoique l'étiologie scientifique de la fièvre ‘palustre nous ait éclairé sur ses origines, est regardé comme dangereux. Beaucoup de gens considèrent que la sieste est un repos indispensable. EL cependant les exercices entretiennent la souplesse du corps et facilitent l’activité intellectuelle. La sieste diminue l'un et l’autre, favorise l'obésité, prend un temps qui pourrait avantageusement être employé à des œuvres utiles, alourdit les digestions, gêne le sommeil nocturne et pousse les Européens à prolonger la vie quotidienne par des veillées tardives. Or, nous savons

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que c'est le soir et la nuit que piquent les moustiques convoyeurs de paludisme ou de fièvre jaune. Ce genre de vie expose donc à plus de risques que la vie active. En prenant rigoureusement les précautions que dictent nos connaissances actuelles sur l’étiologie malarique, le travail de la terre ne fait pas courir plus de risques que les autres travaux de tout genre. Il est évident qu'un exercice physique violent aux heures chaudes de la journée peut entraîner des accidents de coups de chaleur, mais il n’y a rien de spécial en cela pour les travaux des champs. L'acclimatement et l'habitude en ce cas jouent d’ailleurs un rôle préventif considérable.

C’est pour cette raison que les indigènes présentent au coup de chaleur une résistance plus grande que des Européens ne passant aux colonies que quelques années. Peu leur importe les heures de la journée quand ils travaillent, mais ils travaillent peu. Leurs besoins sont limités à leur mentalité. Ils sont très faibles.

Éducation des indigènes. — L'administration à cet égard encourt de grands reproches. Elle n'a pour ainsi dire rien fait pour apprendre aux indigènes quels sont leurs besoins essentiels. Si bien que, malgré la fécondité de la race, la population n’augmente guère. Dans beaucoup d’endroits elle diminue.

Faidherbe au Sénégal, dans un but politique, avait fondé une institution qui s'appelle l’école des fils de chefs. Cette école est restée ce que l'avait faite son fondateur. Les élèves y reçoivent une instruction insignifiante, on ne songe nullement à leur éducation. Ils couchent sur des nattes dans des pièces aux murs blanchis à la chaux, sans aucun meuble, et mangent avec les mains dans une calebasse commune.

Quand on possède un moyen de propagande si puissant, 1l est fâcheux qu'on ne s'en serve pas pour améliorer la condition hygiénique des populations indigènes. Bien logés, bien nourris à la manière européenne, bien couchés dans des lits commodes, habillés convenablement, instruits davantage, les jeunes gens qui sortiraient de cette école auraient d'autant plus de facilité à propager de nouvelles mœurs qu'ils jouiraient de plus d'autorité. Ainsi comprise, l'institution rendrait d'immenses services, tandis qu'elle ne sert guère qu'à faire de mauvais chefs. Étendue à toutes nos colonies de la côte d'Afrique, elle servirait mieux que toutes les mesures administratives à répandre dans le continent noir la civilisation et l'hygiène.

Au lieu d'administrateurs isolés qui, n'ayant pas le tempérament de l'opinion publique, finissent par prendre la mentalité de leur entourage en l’aggravant d'un raffinement de cruauté, on aurail des auxiliaires précieux qui établiraient une transition entre les indigènes et le pouvoir central. Celui-ci serait concentré dans les chefs-lieux de provinces, où les rapports quotidiens des fonctionnaires de tous

ordres, groupés les uns auprès des autres, maintiendraient un état d'esprit meilleur.

Comme, malgré tout, le recrutement de cette école dépasserait les besoins, il serait possible, parmi ces fils de chefs, de faire une sélection.

Après une première instruction commune, une partie d’entre eux, suivant leurs aptitudes, seraient dirigés sur deux autres écoles.

L'une, école d'application des méthodes agronomiques, formerait des chefs capables d'enseigner à leurs administrés des procédés agricoles moins primitifs et plus profitables que ceux qui sont couramment en usage. Les ressources particulières, ainsi accrues, permettraient aux indigènes des dépenses plus grandes pour acquérir un bien-être qu'ils ne recherchent pas actuellement, parce qu'ils en ignorent les avantages.

La troisième partie recevrait une instruction médicale sommaire, mais suffisante pour donner aux populations rurales des soins mieux dirigés que ceux qu'elles trouvent en ce moment auprès des guérisseurs. Ils pourraient en outre renseigner les médecins de leur district sur les maladies régnantes.

Assistance publique. — Ce serait un pas vers l'assistance publique qui, à proprement parler, ne fonctionne en aucun point de notre territoire. Les deux hôpitaux indigènes qui existent, l’un à Saint-Louis, l’autre à Gorée, sont tout à fait insuffisants. Chaque centre où réside un médecin devrait posséder au moins une infirmerie indigène et beaucoup d’entre eux un hôpital. Cette disposition mettrait à même de connaître les maladies des noirs, dont beaucoup nous sont encore inconnues, et de saisir l'entrée sur notre domaine colonial d'une épidémie quelconque. Elle attirerait aux Européens la confiance des indigènes et offrirait un mode de pénétration qui aurait une heureuse influence sur l'esprit de ces peuplades primiuives.

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