RACES
engagés pour une période de trente-six mois. Ces prétendus engagés n'étaient en fait que de véritables esclaves cédés aux habitants propriétaires des Antilles par les importateurs pour un prix variant de 1000 à 1200 livres de tabac! Ils étaient, en effet, traités comme des esclaves, parfois même d’une façon plus inhumaine; le maître, désireux d'obtenir le maximum de travail pendant les trente-six mois que durait l'engagement, ne prenait aucun ménagement vis-à-vis de son employé, alors qu'il avait tout intérêt à sauvegarder la santé de ses esclaves noirs.
Ceux de ces malheureux qui étaient employés aux travaux de défrichement fournirent une mortalité énorme. Ce qui se comprend facilement, quand nous voyons les ravages que produit encore parmi nos troupes européennes le climat de ces colonies, malgré les conditions d'hygiène à peu près parfaites dont bénéficient actuellement ces hommes.
Ces blancs, colons libres et engagés, sont les ancêtres des rares blancs créoles, qui subsistent actuellement et des métis qui forment avec les noirs, plus ou moins métissés eux-mêmes, la plus grande partie de la population des Iles.
Les colons de race blanche pure, ou admis comme tels, constituent actuellement une race parfaitementacclimatée, susceptible de résister aux influences climatériques. Toutefois, l’action débilitante du climat, plus vive à mesure qu'on avance vers la race caucasique, est moins active chez le noir créole, qui brave impunément toutes les influences.
Malgré l'apport fréquent d'Européens qui sont venus s'établir aux Antilles, le nombre des blancs est bien moins grand qu'il y a deux siècles, et ce nombre va sans cesse en diminuant :
Population blanche de la Martinique.
RE MR Ie RE 11 957 ETES tt 10 635 HÉTRQUT, rE AOASIORT | 1800 ARE Un 9 000 1788 PE MES 14969 (1) | A SAS Re 9 000 ons Te ee 12 068 ADR LT - ph 5 000 env. (2)
A partir de 1848, époque de l'abolition de l'esclavage, il n’est plus fait de distinction de race dans les recensements. La catastrophe de la montagne Pelée a dû faire disparaître plus de 2000 blancs.
La race blanche ne semble pas plus largement représentée à la Guadeloupe, où les causes de décroissance sont les mêmes. Ces causes sont nombreuses. Il paraît certain que le blanc créole, quoique relativement prolifique, ne peut se maintenir qu'à condition de se retremper par ses alliances avec des éléments nouveaux venus d'Europe. Ces unions sont relativement rares ; le plus souvent les
(1) Cessation de ce que l’on peut appeler la traite des blancs.
(2) Depuis la catastrophe de la montagne Pelée. Mème, d’après certaines statistiques, la Martinique ne compterait pas plus de 3000 blancs!
TRAITÉ D'HYGIÈNE. Xe 21
blancs créoles se marient entre eux, etles mariages consanguins sont très fréquents.
Le retour en Europe a contribué dans une large mesure à cette diminution de la population blanche, et ce mouvement d'émigration s’accentue chaque jour davantage.
À partir de 1738, époque à laquelle prit fin ce que l’on peut appeler la traite des blancs, qui dura plus de cent ans, on lui substitua la traite des noirs, procédé d'exploitation de l'homme par l'homme, tout aussi abominable que la première (1).Mêmeaprès l'abolition delatraite des noirs (1830), on continua à importer des noirs d'Afrique, sous le nom d'immigrants engagés. Quoi qu'il en soit, c'est cet apport de l'élément africain qui a surtout contribué à l'augmentation de la population des Antilles. Ces noirs eux-mêmes semblent ne s'y être acclimatés que par sélection et grâce à des métissages successifs.
Le noir est, moins que toutes les autres races, apte à résister à certaines épidémies, qui ont parfois ravagé la Martinique et la Guadeloupe : épidémies de variole et dé choléra. En 1865, cette dernière affection a fait plus de 12000 victimes dans la population noire et métis. Cet acclimatement des noirs, métissés ou non, ne s'est produit que très lentement et au prix d’une sélection coûteuse en vies humaines. A la Martinique, la population noire esclave est tombée de 86 299 en 1831 à 76517 en 1838 ; à la Guadeloupe, de 99464 en 1832 à 93349 en 1838 (la traite a été abolie en 1830).
De juillet 1857 à août 1862, 10521 noirs immigrants ont été importés de la côte d'Afrique à la Martinique. Au bout de huit ans, il n'en restait plus que 6955, malgré 427 naissances.
Il est impossible d'indiquer même approximativement le chiffre des noirs présents dans nos colonies des Antilles. Il n’y existe plus que peu de noirs africains de race absolument pure.
Par cette rencontre des deux races noire et blanche, les Antilles devinrent un grand théâtre de croisement, d’où est résulté le mulâtre ou homme de couleur, et actuellement les produits de métissage à des degrés divers constituent le fond des populations des Antilles. D'après certains auteurs, les enfants du blanc et du noir ne se reproduiraient pas entre eux au delà de la troisième génération (2).
Cette assertion demanderait une vérification, absolument impossible du reste, car il n'existe aucun moyen de déterminer le degré de métissage des procréateurs, degré essentiellement variable.
Quoi qu'il en soit, en tant que classe, le mulâtre ne semble nullement dégénéré; il s’est, au contraire, considérablement perfectionné par l'amélioration des conditions sociales et l'éducation: comme le dit Thévenet, « il peut tout ce que peut le blanc».
(1) Dès le milieu du xvrrt siècle, les Antilles avaient commencé à recevoir des noirs, soit des colonies voisines, soit d’ailleurs. (2) Evwrer et Lowc, Histoire de la Jamaïque.
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L'acclimatement des Hindous aux Antilles a donné des résultats plutôt désastreux. Au moment où fut supprimé l'immigration africaine, l'Angleterre s'engagea à fournir à nos colonies des Antilles des travailleurs indiens. Cette immigration dura pour la Martinique jusqu'en 1883. Depuis 1853 jusqu'en 1883, 25 509 Indiens furent introduits à la Martinique. Le recrutement laissait le plus souvent à désirer, car l'Angleterre se gardait bien de nous envoyer ses meilleurs travailleurs.
Cette immigration fournit le résultat suivant :
5631 Indiens sont nés dans la colonie :
15425 y sont morts; 11951 ont été rapatriés.
Au 31 décembre 1900, 3764 restaient encore dans la colonie, où ils constituent généralement la partie la plus misérable de la population. Ces immigrants rendirent bien quelques services comme cultivateurs, mais les résultats généraux furent plus que médiocres, puisque près de 50 p. 100 des indiens importés ou nés dans la colonie ont succombé dans un laps de temps relativement court.
Les tentatives d'immigration chinoise échouèrent encore plus misérablement.
D'après Walther, la mortalité moyenne annuelle serait, à la Guadeloupe, parmi les immigrants, de 9,66 p. 100 pour les Chinois, 7,66 p. 100 pour les nègres africains et 7,18 p. 100 pour les Indiens!
POPULATION.— La Martinique. — Cent ans après l'arrivée des.
’ premiers colons blancs (au nombre de 100 en 1636), la Martinique comptait 66 596 habitants de toutes races, et 175755 en 1886, c'est-àdire deux siècles et demi après l'arrivée des premiers colons.
Mouvement de la population de la Martinique, de 1883 à 4905.
; POPULA- NAIS- NAIS- ne DÉCÈS MA- MA- £ DÉCES. ES ci ai TION. SANCES. D. 1 006 hab. p.1000hab.| RIAGES. p. 4 000 hab.
La population s'est donc accrue notablement de 1883 à 1902; soit, pendant ces dix-neuf années, de 39892 habitants. Il y a eu des périodes
de diminution assez rares, correspondant à des épidémies, sans parler de la catastrophe de la montagne Pelée, qui aurait coûté la vie à plus de 30000 habitants.
Au 1% janvier 1902, on comptait 207011 habitants. Le dernier recensement du 15 janvier 1905 accuse 182024 habitants, soit une différence en moins de 24987 habitants seulement, ce qui indique que, malgré cette catastrophe, sans précédent dans l'histoire, la population a continué à s’accroître dans les mêmes proportions qu'avant, avec un gain annuel de plus de 2000 habitants.
Cet accroissement n’est pas en rapport avec l'excédent des naissances sur les décès. À moins d'admettre que les chiffres, officiels cependant, ne sont pas exacts, on est bien forcé d’expliquer l’accroissement de la population par l'apport d'éléments étrangers.
L'excédent moyen des naissances sur les décès accuse un croît physiologique annuel de 4,92 p. 1000 (chiffres de sept années). Le croît de fait ressort à 10 p. 1 000 (chiffres de neuf années).
La statistique démographique de la métropole pour la période de 1872 à 1876 accuse, pour 1000 habitants et par an, un croît physiologique de 3,8 et un croît de fait de 5,5.
La comparaison est donc absolument en faveur de la Martinique.
Natalité. — Dans ces dernières années, la natalité a subi un mouvement rétrograde évident. Cependant on peut accepter comme à peu près exact le chiffre de 31 p. 1000 habitants (portant sur sept années), chiffre notablement supérieur à celui de la métropole.
La sexualité est de 104,03 naissances masculines pour 100 féminines. En considérant la population globale, les chiffres sont renversés : on compte 107 femmes pour 100 hommes, 101,5 en 1905.
Mortalité. — En prenant la moyenne de sept années, bonnes et mauvaises, on obtient un taux obituaire de 27 p. 1000; en 1896, ce taux n'a été que de 22,3 p. 1000, sensiblement égal à celui de la métropole.
Si l’on considère la mortalité des troupes coloniales à la Martinique, on constate qu'elle est, en dehors des périodes d’épidémie, à peu près égale à celle des troupes coloniales en France, qui est plus élevée que celle des troupes métropolitaines :
Mortalité des troupes métropolitaines, 1902..... 4,24 p. 1 000 (1). —— — coloniales en France ..... 752 — (2) — — coloniales à la Martinique. 8,2 — (3).
Nuptialité. — Elle est en moyenne de 2,7 p. 1000 (métropole, 7,5 p. 1000).
En rapprochant ces chiffres de ceux de la natalité, on peut
(1) Période de vingt-sept ans, 8,8 p. 1 000.
(2) Période de trois ans, 1902 à 1904.
(3) Période de trois ans, 1893 à 1893.
conclure à une grande proportion d'unions et d'enfants illégitimes, <e qui est conforme à la réalité.
La Guadeloupe. — En 1759, un peu plus d'un siècle après l'arrivée des premiers colons, la population était de! 50643 habitants, dont 9000 blancs; en 1789, elle avait plus que doublé (106593). Au début de la colonisation, l'accroissement a été beaucoup plus rapide qu'à la Martinique; c'est le contraire qui s’est produit plus tard, Elle est due, comme dans cette dernière colonie, à l'apport constant d'éléments africains. L'élément blanc n'a fait que décroître à partir de 1850.
Mouvement de la population de la Guadeloupe, de 4859 à 4901.
3 POPULA- NAIS- NAIS- DÉCÈS MA- NUS ANNÉES. AE RTE SANCES DÉCES. RIAGES N. ANGES. | .4 000 hab. -1000hab.| RIAGES. |.1 000 hab.
De 1789 à 1859, le mouvement d'accroissement s’est considérablement ralenti; la différence entre les deux années n'est que de 28001 habitants, soit 400 par an, malgré l'apport considérable de l'élément africain et de l’élément indien, assez faible. Ce ralentissement est un peu moins prononcé dans la suite : de 1859 à 1901, malgré l'épidémie de choléra très meurtrière de 1868, l’accroissement est de 47518 habitants, soit un gain de 1 105 par an (8 p. 1 000 habitants), chiffre très inférieur à celui de la Martinique pendant la même période.
Le croît physiologique est absolument nul.
Natalité. — La natalité pour les périodes indiquées plus haut est de 25 p. 1000, à peu près égale à celle de lamétropole, mais inférieure à celle de la Martinique.
Mortalité. — Elle a subi, pendant ces dernières années, une marche décroissante. Elle est de 25 p. 1000, à peu près égale à celle de la France et un peu inférieure à celle de la Martinique. Celle des troupes européennes a été de 11,3 p. 1000 en 1903.
Nuptialité. — La nuptialité, à un taux déjà très bas en 1839, 5,84 p. 1000, va en s'abaissant sans cesse jusqu'en 1901, où elle est tombée à 2,1 p. 1 000 habitants.
A ce point de vue, la situation est encore moins bonne qu’à la Martinique. Les conséquences sont les mêmes en ce qui touche les naissances illégitimes.
La situation démographique de la Guadeloupe est réellement très fâcheuse: sa natalité sans cesse décroissante peut faire craindre
pour l'avenir de cette colonie, dont du reste la prospérité est loin d'égaler celle de la Martinique. L'immigration asiatique à été supprimée de fait; les Européens et les capitaux semblent se porter plus volontiers vers les colonies neuves, dont l'avenir semble plus séduisant.
Situation démographique de la Martinique et de la Guadeloupe comparée à celle. de la Métropole.
NA- MOR- moe CROÎT NUP-, ad OBSERVA- TALITÉ | TALITÉ | Sbjou. de fait | TIALITÉ . & p- 1000 h.|p. 1000 h. D: 1 000 h.[P+ 1000 h.lp. 1000 h. ROC. oae Martinique..| 31,9 27 4,92 10 2,1 18411)fe PEAR Guadeloupe | 25,0 25 0,00 8 D 102 1902, re Métropole...| 24,8? 22 3,8 5,9 Ha 72 ia catastrophe.