ASSISTANTE
1880 er 23 663 » »
1890 Serres 22 155 (3) » »
Le dernier recensement accuse 11937 hommes et 10218 femmes, soit 116 hommes pour 100 femmes. Cette différence, le contraire de ce que l’on constate aux Antilles, tient au mouvement d'immigration qui se fait sans cesse vers les placers de la Guyane. Les immigrants qui viennent pour se livrer à la recherche de l'or s'embarrassent le moins possible de femmes.
De 1889 à 1895, la population a diminué notablement dans dix communes et a augmenté dans cinq. Cette augmentation n'est réellement sensible qu'à Cayenne et à Saint-Laurent du Maroni;: dans cette dernière commune, grâce à l’arrivée de plusieurs familles de libérés. À Kaw, les deux tiers et, à l’Approuague, la moitié de la population ont disparu par la mort ou l’'émigration (4).
Natalité. — De 1889 à 1898, il est né à la Guyane 4295 enfants se divisant ainsi :
Garçons... ASE Denon À 2337, soit 233,7 par an. Piles CP ANER 1908 — 1488
en moyenne 19,2 pour 1000 habitants et par an, chiffre inférieur à ceux que nous avons donnés pour les Antilles, inférieur même à la moyenne de la natalité en France. Cependant il ne manque pas de département où la natalité est moins élevée qu'en Guyane (5) (Gers, 14,7: Lot-et-Garonne 15,5).
Il naît en Guyane 122 garçons pour 100 filles.
Morti-natalité. — Pour les dix années indiquées plus haut, on compte 563 mort-nés, en moyenne 116,8 pour 1 000 naissances, chiffre extraordinairement élevé, comparé à la morti-natalité de la métropole
(1) Suppression de l'esclavage.
(2) Chiffre probablement erroné,
(3) Garnison non comprise.
(4) La population de Cayenne, qui était de 11 000 habitants en 1889, est passée à 12351 habitants en 1895 (immigration des Antillais).
(5) La moyenne des naissances a été à Cayenne de 18,7 pour 1000 habitants.
(44p.1000), et même des Pays-Bas (56,6 p. 1 000), pays de l'Europe où la morti-natalité est le plus élevée (1).
Ce nombre élevé des mort-nés à la Guyane tient à des causes variables : naissances illégitimes très nombreuses, paludisme, incurie des filles-mères et aussi maladresse des matrones. Le rôle de la syphilis est peu marqué, cette affection étant rare à la Guyane. Le service médical de l’état civil laisse beaucoup à désirer et ne fonctionne du reste qu'à Cayenne.
Mortalité. — Pendant la période de 1889 à 1898, la mortalité se résume ainsi :
on
Ce qui frappe tout d’abord, c’est l'excédent considérable des décès sur les naissances, se traduisant ainsi : d
Excédent des décès masculins....…............ 2 741 - — LÉRANINS Eee arte de 876
au total 3617 décès de plus que les naissances. La population de la Guyane ne fournit qu'une partie seulement de cet excédent, qui tient surtout au grand nombre de décès qui se produisent parmi les étrangers ou les Guyanais émployés au travail des mines d'or. Le chiffre très élevé de la mortalité masculine indique que c'est bien là la cause de cet excédent de la mortalité. Les rares femmes employées sur les placers font un travail bien moins pénible que celui des hommes. La mortalité moyenne est, pour ces dernières années, 1889-1898, de 35,6 pour 1000 habitants. De 1859 à 1868, la mortalité a été de 28,6 p. 1000 habitants. Cette différence entre ces deux périodes tient à ce fait que beaucoup de décès, constatés à Cayenne surtout, sont fournis par la population flottante et un peu par les Guyanais, qui vivent en réalité sur les placers et ne viennent au chef-lieu que pour se soigner et souvent y mourir. De 1859 à 1868, l'exploitation de l'or était bien moins active et faite en grande partie par des Hindous qu'on laissait mourir sur place et dont le bureau de l’état eivil ne se préoccupait nullement ; la période qui s'étend de 1889 à 1898 est marquée par l'exploitation intensive des mines d’or, dont les découvertes ont amené en Guyane une affluence considérable d’immigrants. Pour ces raisons, on ne peut considérer la mortalité de 34,6 p. 1000 comme représentant la mortalité normale de la Guyane, puisqu'elle est due à la présence d’une population de passage, se livrant à un travail très meurtrier (2)
(1) A Cayenne, ce chiffre atteint 138 pour 1000 naissances. " ‘
(2) A Cayenne, on compte, pour la même période, 1948 décès en plus que les naissances. En fait, il faut considérer que la mortalité réellement imputable à Cayenne, ville très salubre, n’est pas supérieure à 23 ou 24 p. 1000. La durée moyenne de la vie est de trente-six ans. Les centenaires n'y sont pas très rares.
La mortalité des troupes européennes a été, pour la période de 1889 à 1898, exempte d'épidémie de fièvre jaune, de 13,8 p. 1 000. Elle a été de 27 p. 1000 pour la période allant de 1829 à 1849. Enfin, en 1903, cette mortalité est tombée à 5,1 p. 1000. Les troupes ne sont plus envoyées que dans des postes relativement sains ou restent à Cayenne. La Guyane vient actuellement au troisième rang, immédiatement après nos colonies les plus salubres, au point de vue de la mortalité des troupes: la Martinique et la Guadeloupe occupent le sixième et le septième rangs.
Le corps des surveillants militaires, composé d'hommes âgés de plus de vingt-cinq ans, dispersés sur tous les points de la Guyane, dont quelques-uns sont d'une insalubrité excessive, a fourni une mortalité moyenne de 22 p. 1000.
Nuptialité. — À ce point de vue, la Guyane peut marcher de pair avec les Antilles. Le taux de la nuptialité n’est que de 2,6 pour 1 000 habitants (3,3 p. 1000 à Cayenne).
Population pénale. — Toutes les races du globe sont représentées sur les pénitenciers; en plus des Européens de toutes les nationelités : Français, Italiens, Espagnols, Allemands, Anglais, Slaves, etc., qui constituent la partie la plus importante de cette population, on rencontre des Arabes, des noirs d'Afrique ou des Antilles, métissés ounon, des Malgaches, des Annamites, des Chinois, des Hindous, etc. Les Arabes sont les plus nombreux après les blancs.
La population pénale comprend deux catégories : les condamnés : aux travaux forcés et les relégués. Bien qu'au point de vue qui nous occupe ces catégories peuvent sans inconvénients être confondues, les statistiques telles qu'elles sont dressées nous obligent à les séparer.
Transportés. — Pendant une période de quarante-cinq ans, de 1852, époque de l'arrivée des premiers convois, à 1895 (1), 31 903 condamnés, appartenant à toutesles races, ont été transportés en Guyane ; 15978 sont morts dans la colonie, plus de 50 p. 100. Au 31 décembre 1895, 5 312 étaient présents; les autres avaient disparu pour différentes causes (libération, évasion, etc.).
Mortalité. — Pendant les épidémies de fièvre jaune, la mortalité a atteint parfois des chiffres effroyables ; elle a été de 380 p. 1000 en 1855 et de 180 p. 1000 en 1853 et 1856. Après dix-huit mois de séjour, la moitié environ des trois premiers convois avaient succombé. Plus de 50 p. 100 étaient morts dans les huit premiers mois de l’année; cette mortalité a été ensuite en diminuant.
De 1883 à 1899, la mortalité a varié entre 59 et 95 p. 1000 ; elle a été de 148 p. 1 000 en 1898. La transportation européenne, abandonnée pendant plusieurs années, a été reprise en 1896, sans que le taux de
(1) Les statistiques présentant quelque précision s'arrêtent à 1895.
la mortalité ait été beaucoup modifié par rapport aux années antérieures.
La mortalité annuelle moyenne pour la période allant de 1868 à 1886 a été de 64,6 p. 1000, alors que parmi les condamnés de la Nouvelle-Calédonie elle a été, pour la même période, de 34,3 p. 1 000.
Nuptialité. — Afin de favoriser la colonisation par la transportaüon, ce qui est le but poursuivi, sans grand succès il faut l'avouer, on a favorisé dans la plus large mesure possible les mariages entre les condamnés. Les résultats ont été absolument nuls. 418 mariages ont été contractés par la population pénale en l’espace de vingt-trois ans (1859 à 1882). Le plus grand nombre des unions ont eu lieu entre Européens ; l'élément coloré figure dans une faible proportion. D'une façon générale, l’affinité ethnique a dirigé le choix des conjoints.
Natalité. — Ces unions ont fourni une moyenne d'enfants de 0,96 par mariage, mort-nés compris, et de 0,906 sans les mort-nés. Plus de 50 p. 100 des mariages ont été stériles. Stérilité qu'il ne faut expliquer que par l’inaptitude de l’'Européen à procréer des enfants et à se perpétuer dans de bonnes conditions, sous un climat qui ne lui convient pas, car les conjoints ne pouvaient que désirer avoir des enfants, dont l'administration prenait la charge. Les mariages féconds n'ont donné qu'une moyenne de 1,98 naissances, mort-nés compris.
Le nombre des avortements est considérable. Orgeas pense que les avortements ont été au moins aussi nombreux que les accouchements à terme. Quant aux enfants nés vivants, au nombre de 379, 238 étaient morts à la date du 1° janvier 1882. La mortalité, trois fois plus forte qu'en France, est due à la misère physiologique résultant de l’hérédité et du climat : nés de parents impaludés, vivant dans un milieu insalubre, les enfants pâlissent, s’infiltrent, et ceux qui ne meurent pas sont presque tousfrappés de dégénérescence physique (1). C’est avec raison qu'Orgeas conclut de ces faits que la race blanche représentée par les transportés-colons de la Guyane, vivant à la Guyane en cultivant le sol, est éteinte dès la première génération
Relégués. — Les reléqués, c'est-à-dire les condamnés envoyés à la Guyane, en vertu de la loi du 27 mai 1885, sont presque tous des relégués collectifs, comme tels soumis à l'obligation du travail et au régime disciplinaire, qui ne diffèrent guère de ceux du bagne proprement dit.
Mortalité. — Cette partie de la population pénale a été encore plus maltraitée par le climat que les transportés : de 1887 à 1899, elle a fourni une mortalité moyenne annuelle de 124 p. 1000. En 1892, sur un effectif moyen de 1 714 relégués, 288 ont succombé ! Pendant les
(1) OnGras, La colonisation à la Guyane par la transportation, Doin, 1883.
mêmes périodes, la mortalité sur les relégués en Nouvelle-Calédonie n'a été que de 25 p. 1 000 (1).
De pareils chiffres se passent de commentaires et indiquent bien le taux d'insalubrité du pénitencier de Saint-Jean, affecté aux relégués. Il estimportant de dire qu'il s'agit d'hommes un peu de tous les âges, usés par la misère et le vice. |
Si l'on compare la mortalité des femmes reléguées à celle des hommes, on arrive aux résultats résumés dans le tableau suivant; cette statistique porte sur dix-huit années de 1887 (début de la relégation) à 1904.