IV, — AGGLOMÉRATIONS URBAINES
En dehors des grands pénitenciers, la ville de Cayenne est la seule agglomération importante. Le chef-lieu de la colonie, bâti sur une sorte de péninsule, à l'extrémité de l'ile de Cayenne, se trouve exposé de ce fait aux grandes brises de l'Océan, ce qui contribue beaucoup à sa salubrité. La ville est bâtie en partie sur un terrain sablonneux reposant sur un banc de roches, en partie sur d'anciens marais remblayés et drainés. Tous les terrains qui entourent la ville au sud et à l’est sont plus ou moins marécageux; quelques-uns ne sont que de vastes savanes vaseuses, noyées pendant une bonne partie de l’année.
VOIRIE. — Les rues, disposées en damier (fig. 51), sont très larges, bien aérées; quelques-unes sont bordées de larges trottoirs et parcourues par un réseau d’égouts non encore achevé, mais déjà important. Les places sont spacieuses et plantées d'arbres. ;
Le manque d’eau ne permet pas de pratiquer le tout à l'égout. Ces égouts ne reçoivent que les eaux ménagères. Les vidanges se font au moyen de tinettes mobiles qui sont enlevées plus ou moins régulièrement. Beaucoup de maisons sont dépourvues de water-closets et de tinettes. Les matières fécales sont recueillies dans des vases de toutes sortes, qui sont vidés à la mer ou simplement dans des fosses creusées dans les cours des maisons. Les latrines publiques sont mconnues.
Une partie du service de la voirie est confiée aux vautours (catharte urubu). Ce système de nettoyage des cours et des rues est du reste pratiqué dans toutes les colonies étrangères voisines. Nous doutons que l'hygiène trouve un avantage quelconque à ce que l'on confie à ces immondes oiseaux le soin de débarrasser les cours
et les rues des charognes que les habitants y jettent d'autant plus volontiers qu'ils comptent davantage sur ces étranges auxiliaires de la voirie. Nous ne connaissons rien de plus répugnant que le spectacle, en pleine rue, de vautours se disputant les entrailles d'un chien ou d'un chat crevé et ne lâchant prise qu'après avoir vidé complètement l'animal, en laissant à des balayeurs plus ou moins problématiques le soin d'enlever les carcasses et les peaux.
Ces oiseaux sont nécessairement sacrés, et, dans certaines colonies, la destruction d'un seul d’entre eux est punie d'une assez forte amende. Ainsi protégés, ils prennent possession de la rue, des
Fig. 51. — Plan de Cayenne.
arbres et des toits; les environs des arbres où ils perchent sont absolument inabordables : toutes les toitures sont souillées et les eaux de pluie ne peuvent être utilisées.
Ne serait-il pas sinon plus simple, du moins plus conforme aux règles de l'hygiène, d'interdire le jet dans la rue des cadavres d'animaux et d'imposer aux habitants l'obligation de les déposer dans les tombereaux chargés de ramasser les ordures.
Une délégation du Cole d'hygiène surveille attentivement les épiceries, les pharmacies, les dépotoirs, les marchés, les distilleries et tous les établissements insalubres. Il est généralement fait droit à toutes les demandes formulées par cette délégation, touchant les améliorations à apporter à la bonne tenue de la ville.
Les bourgs de la Guyane sont plus ou moins misérables, bâtis et entretenus dans des conditions qui défient toutes les règles de l'hygiène.