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PÉNITENCIERS

HABITATIONS. — A Cayenne, toutes les maisons sont en bordure de la rue et adossées les unes aux autres. Les types sont assez variés : à côté de misérables cahutes tombant en ruines, de baraques en bois plus où moins bien construites, on rencontre de belles maisons en bois ou en pierres, pourvues de vérandas persiennées, permettant une large aéralion des appartements. Ces maisons sont assez confortables, en général mieux comprises et mieux appropriées au climat que celles des Antilles. Les cours de ces confortables habitations sont généralement propres et bien entretenues; celles des autres sont sales, plus ou moins inondées d'eau boueuse, dans laquelle pataugent canards et poules. ;

PÉNITENCIERS. — Après des tâätonnements aussi coûteux en vies humaines qu'en argent, après des essais, le plus souvent malheureux, tentés un peu sur tous les points de la colonie et cela depuis 1852, l'administration pénitentiaire semble aujourd'hui vouloir s'arrêter à un système de concentration sur quelques points de la Guyane, avec l'espoir que ces pénitenciers deviendront peut-être des centres de colonisation. Ce système, s’il ne donne pas ce dernier résultat, permettra au moins d'avoir au bout de quelque temps des pénitenciers assainis et convenablement aménagés, alors que jusqu'à présent, en disséminant la transportation dans toutes les régions de la Guyane, aussi insalubres les unes que les autres, on créait partout du provisoire, au grand détriment de la santé du personnel et des condamnés et aussi au détriment des finances de l'État.

Actuellement on compte à la Guyane trois pénitenciers où sont réunis les condamnés : Saint-Laurent du Maroni, où se trouve l'administration centrale et où réside le directeur; ce pénitencier

est affecté aux transportés; — Saint-Jean du Maroni, affecté à la relégation ; — les îles du Salut, où sont les condamnés difficiles à

surveiller, les condamnés à la prison cellulaire, etc.: ces dernières catégories sont les mieux partagées, car les iles sont relativement salubres.

Saint-Laurent du Maroni a été érigé en commune. C’est aujourd’hui un des points les moins insalubres de la Guyane. Le village, habité par les fonctionnaires, les commerçants et les libérés, prend chaque jour de l'importance. Les rues sont larges, coupées à angle droit et relativement bien entretenues. Les habitations des fonctionnaires et des commerçants sont généralement assez confortables. Conformément à un programme adopté, on procède actuellement à la réfection des anciens bâtiments du pénitencier : des pavillons à élage avec rez-de-chaussée surélevé sont construits pour les surveillants militaires. L'hôpital, qui laisse beaucoup à désirer, est en voie de reconstruction : il doit comporter toutes les améliorations que nécessite la prophylaxie des maladies tropicales, notamment la prophylaxie du paludisme.

On a adopté pour les condamnés un type de pavillon à rez-dechaussée surélevé. Les matériaux empioyés sont le fer et la brique.

Le pénitencier de Saint-Jean, affecté aux relégués, est très insalubre. Il reste beaucoup à faire pour assainir et aménager cet établissement. Le taux de la mortalité y est très élevé. Cependant ce pénitencier s’assainit chaque jour davantage.

Les iles du Salut, où se trouve le plus ancien des pénitenciers, sont relativement salubres. Le paludisme y est rare. Ce pénitencier comporte une caserne et un hôpital très bien construits; de bâtiments pour les fonctionnaires, généralement peu confortables. Les baraquements des condamnés, très anciens, laissent beaucoup à désirer.

Le régime cellulaire est appliqué aux îles dans les conditions les moins mauvaises possibles. Les cellules, bien comprises, respectent les règles de l'hygiène, autant que le comporte ce genre d'habitat.

Nous devons cependant signaler chez les hommes punis de cellule et de prison une maladie, dans l'espèce en quelque sorte professionnelle, le scorbut. Les hommes punis sont soumis à un régime alimentaire qui n'a rien d'hygiénique, et, dans certains cas, une ou deux fois par semaine, ce régime est celui du pain sec et de l’eau. Le médecin n'a qu'à s'incliner devant ces mesures coercitives, reconnues nécessaires par ceux à qui incombe la lourde tâche d’assurer la discipline et la sécurité du bagne!

Le couchage des condamnés se compose d'un hamac avec fourreau et d’une couverture de laine. Les hamacs sont tendus pour la nuit, sur deux rangs, entre des barres de fer fixées de chaque côté des baraquements. Le nettoyage des hamacs se fait à des jours déterminés.

I n'y a plus depuis longtemps d'exploitation agricole à la Guyane. L'agriculture, peu rémunératrice, a été complètement abandonnée pour les exploitations aurifères, qui restent la seule ressource de la colonie.

L'or est extrait par le lavage des alluvions. Les hommes employés à ce travail sont des noirs ou des métis venus un peu de tous les côtés et particulièrement des Antilles. Les Hindous employés autrefois sur les placers ont tous succombé.

Les mineurs de la Guyane vivent généralement dans des conditions hygiéniques assez précaires, surtout les prospecteurs et les ouvriers des petites concessions le plus souvent exploitées en maraude. Sur les grandes exploitations, les logements, quoique très rudimentaires, sont suffisants. Nous avons déjà dit que l'alimentation laissait souvent à désirer sur les placers.

Les ouvriers employés au travail de l'or payent un lourd tribut à la maladie, et, quand ils ne succombent pas, ils doivent, au bout de quelques mois, revenir à Cayenne pour se reposer et se soigner.

La diarrhée, la dysenterie et surtout le paludisme sont les affections qui déterminent le plus grand nombre de décès sur les placers. On est également frappé des nombreux cas d'albuminurie et d'affections cardiaques constatés chez les mineurs de la Guyane. Il s’agit d'une véritable maladie professionnelle sévissant sur les hommes employés au lavage de l'or. Quand les découvertes sont importantes, ces hommes, ordinairement indolents et paresseux, sont pris de la véritable fièvre de l'or; ils passent toutes leurs Journées et même une partie des nuits dans l’eau, s’arrêtant à peine pour prendre leurs repas: ils mangent, tout en travaillant, un morceau de morue ou de cassave (1) et boivent à même l'eau des schluss (2), qui tient en suspension des quantités appréciables de mercure ; sans compter qu'ils président eux-mêmes au travail de la désamalgamation de l'or, sans prendre aucun souci de se mettre à l'abri des vapeurs mercurielles. Si l’on ajoute à ces causes l’empoisonnement paludéen et l'humidité excessive qui règne à la Guyane, il n’est pas difficile d'expliquer les néphrites et les affections du cœur signalées plus haut.

Les malheureux mineurs arrivent souvent dans les hôpitaux du chef-lieu dans un état lamentable, absolument infiltrés, le cœur insuffisant, les urines chargées d'albumine, les fonctions digestives profondément troublées, les gencives ulcérées, saignantes, quelquefois même les maxillaires atteints de nécrose.

Le nombre des malades ainsi atteints augmente sensiblement au moment des grandes découvertes de mines d'or, et les symptômes présentés par eux ne laissent aucun doute sur l’origine de leur maladie.

On constate encore sur les placers des œdèmes généralisés à marche rapide, souvent mortels. Ces œdèmes, qui ne paraissent pas avoir été observés par des médecins, etqui, en tout cas, n'ont pas été décrits, sont connus dans le monde des placériens sous le nom d’enflures. Il s’agit peut-être d’une affection analogue à celle décrite en Amérique par Quincke, au Siam par Campbel Heghet et signalée au Congo Belge par van Campenhout et Dyrepondt (3), ou simplement de cas de béribéri.

= Nous avons déjà dit que tous ces travailleurs font une énorme consommation de tafia, qui joue, dans leur alimentation etaussi dans leur pathologie, un rôle très important.

Travail sur les pénitenciers. — Les condamnés sont employés

{1} Sorte de pain fait avec la farine de manioc. (2) Canaux en bois servant au lavage de l'or. (3) Travaux du laboratoire médical de Léopoldville

selon leurs aptitudes à des travaux de tous genres : construction de routes, d'habitations, exploitations forestières, etc. On rencontre sur les pénitenciers des ouvriers de toutes les industries; mais le rendement est excessivement faible, il est à peine égal autiers ou au quart de celui des ouvriers d'Europe.

La journée de travail sur les chantiers est de huit heures, de six heures à dix heures du matin, de deux heures de l'après-midi à -six heures. De dix heures à deux heures, les condamnés sont employés aux travaux d'entretien et de propreté des camps et prennent leur repas.

Les concessionnaires et les relégués individuels s'occupent selon leurs aptitudes et comme ils l’entendent. Les exploitations agricoles. du Maroni étaient autrefois assez prospères, mais elles sont aujourd'hui presque toutes abandonnées.

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