LÈPRE
ont, dès cette époque, été créées et des peines sévères édictées contre les contrevenants. Le dernier acte de cette nature est le décret du 11 mai 1891, qui peut se résumer comme suit : « Internement à la léproserie de Lous les malades sans moyens d'existence; obligations pour les personnes atteintes de lèpre et voulant se soigner à domicile de s’isoler à une distance de 12 kilomètres de Cayenne et de 1 kilomètre des bourgs. »
Enfin la lèpre est classée parmi les maladies dont la déclaration est obligatoire.
Ces mesures seraient suffisantes si elles étaient appliquées, mais elles sont loin de l'être. Nous devons avouer qu'en l'état actuel de notre société, avec nos idées humanitaires le plus souvent fausses, nos sentiments de famille plus ou moins judicieux, toutes choses contre lesquelles viennent malheureusement se heurter trop souvent les meilleurs arguments de la raison et de l'hygiène, nous devons avouer, dis-je, que le décret de 1891 n’est pas plus applicable dans une colonie que ne le serait en France une loi similaire. Rien, en effet, n'est plus facile que d'interner de gré ou de force des vagabonds, des mendiants, des gens sans asile et sans ressources, des condamnés; mais les difficultés commencent quand il s’agit de rechercher les lépreux dans les familles, de leur imposer l'obligation de se séparer des leurs pour habiter plus ou moins seuls, loin des villes et des bourgs. On rencontrerait à la Guyane une opposition d'autant plus grande de la part des familles que l’on est en quelque sorte habitué à vivre avec les lépreux, que l’on croit fort peu à la contagion. Nombre de personnes aisées croient plus volontiers au mauvais sort, « piaï », qu’au microbe transmissible. Il y a, du reste, des choses que l’on ne veut pas admettre quand soi-même ou des êtres aimés sont en cause.
Le décret de 1891 a donné cependant quelques résultats en permettant d'interner les lépreux errants. C’est aux médecins des familles qu'il appartient de faire le reste, en instruisant leurs clients des dangers qu'ils courent ou font courir aux leurs, en conseillant le maximum d'isolement possible, soit en ville, soit à la campagne. Le logement, la vaisselle, le linge, tout ce qui touche le lépreux doit lui être propre. Son linge doit être surtout d'abord désinfecté et ensuite lavé à part. Nous n'avons cessé de conseiller aux familles et aux individus de faire laver leur linge à domicile. Les blanchisseries communes devraient être interdites à la Guyane.
Les élèves des écoles doivent être surveillés d’une façon toute spéciale. Les enfants présentant le moindre symptôme suspect doivent être renvoyés dans leur famille et mis en observation.
C'est surtout la préoccupation de la lèpre qui a déterminé l'Administration de la Guyane à créer un poste de médecin inspecteur
des écoles.
La colonie possède une léproserie, l'Acarouany. L'établissement, bien situé, loin de tout centre habité, n'est installé que d’une façon très rudimentaire. Quarante lépreux environ y sont internés.
Les lépreux du personnel pénal, au nombre de trente, sont internés dans un îlot du Maroni, dans des conditions d'habitat très défectueuses.