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B. — MALADIES ENDÉMIQUES

Les maladies endémiques que l’on observe sont : l'anémie tropicale, le paludisme, la diarrhée et la dysenlerie, l'hépatite suppurée, la lèpre, l'éléphanliasis, la filaire de Médine, le mycétome, l'aïinhum, le Pian ou framboesia, le béribéri.

ANÉMIE TROPICALE. — Cette affection atteint tous les Européens après un certain temps de séjour et imprime un cachet particulier à toutes les maladies observées dans ces pays.

PALUDISME. — Le paludisme est l'affection la plus fréquente du groupe des maladies endémiques, ce qui était à prévoir, étant donnée la topographie de nos différents territoires entourés d'étangs éminemment propices à la pullulation des anophèles. Cette endémie sévit à toutes les époques de l’année. L'accès intermittent est la forme la plus ordinaire ; les accès pernicieux sont très rares. Le paludisme est toujours accompagné de phénomènes bilieux : vomissements, ictère ; ilne semble pas que l'ont ait observé d'accès bilieux hémoglobinuriques.

L'endémie palustre ne sévit pas avec la même intensité dans tous nos établissements. Chandernagor tient la tête avec une mortalité de 16,1 p. 1 000 habitants. Cette mortalité élevée se rencontre dans tout le Bengale et en général dans les deltas du Gange et du Brahmapoutre. Tous les médecins qui ont séjourné à Chandernagor signalent, comme plus particulière à cette région de l'Inde, l’hypertrophie considérable de la rate connue dans le pays sous le nom de basse. Il

'es! pas rare, d'après Fras, de rencontrer des rates pesant de

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HÉPATITE SUPPURÉE A14—:05

600 à 1 200 grammes, chez des enfants de deux à cinq ans et de 2500 à 3200 chez des adultes. La basse mène rapidement à la cachexie. Certaines maisons réputées dangereuses à cet égard, à Chandernagor, sont d'ordinaire abandonnées (Camail).

Pondichéry vient en deuxième ligne comme foyer malarien, avec une mortalité de 11,1 p. 1 000 habitants ; puis viennent, par ordre décroissant : Yanaon, dont la mortalité est de 10 ; Karikal, 9,1 et enfin Mahé, qui ne compte plus que 9 décès palustres par 1000 habitants. Nos différents territoires présentent, ainsi que nous l'avons déjà dit, les conditions requises pour assurer la propagation du paludisme : flaques d’eau, anophèles, gens impaludés; de plus, l'usage de la moustiquaire est inconnu de la plus grande partie des habitants, même de ceux d'origine européenne. Ces derniers lui préfèrent le panka; cette sorte d'éventail donne une sensation de fraîcheur que l’on n’éprouve pas sous la moustiquaire, mais il ne préserve nullement de la piqûre des moustiques. Des grillages métalliques cloués sur des châssis en bois et s'encastrant très exactement dans toutes les ouvertures donneraient, au sujet de la contamination par les anophèles, une sécurité absolue et n’exclueraient pas l'usage du panka.

Les créoles sont beaucoup plus sujets au paludisme que les Européens, ils ne présentent habituellement que des formes légères. Les indigènes, en raison de leur faible résistance aux agents pathogènes et de leur manque absolu d'hygiène, sont plus gravement atteints. Chez eux, l’endémie palustre aboutit le plus souvent à une cachexie profonde, d'autant plus rapide que les empiriques auxquels ils s'adressent ne leur prescrivent que des tisanes, sans efficacité aucune. L'administration anglaise fait vendre de la quinine, à très bas prix, dans tous les bureaux de poste, même sur le territoire français; mais ce spécifique n'a pu, pour encore, détrôner les drogues des charlatans, très en faveur parmi les Indiens.

DIARRHÉE ET DYSENTERIE. — Ces deux affections, endémiques dans nos dépendances, sont en général bénignes chez les Européens et cèdent rapidement à un traitement approprié. Il n’en est pas de même chez lesindigènes, qui succombent en grand nombre à ces deux maladies, surtout à la dysenterie, parce qu'il est impossible de les astreindre à suivre un régime, quel qu’il soit.

L'étiologie de ces deux affections est intimement liée à la consommation d'eaux impures. La dysenterie revêt parfois l'allure épidémique dans certains villages.

HÉPATITE SUPPURÉE. — Les affections du foie sont assez fréquentes, surtout à Chandernagor; en dehors de la cirrhose sporadique, le plus souvent d’origine alcoolique, les influences endémiques produisent parfois des manifestations graves, et il n'est pas rare d'observer l'hépatite suppurée, qu'il faut ranger à côté de la dysenterie, dont elle n’est le plus souvent qu'une complication,

L'abcès du foie, sans être très fréquent, a été signalé par tous les médecins en service dans l'Inde; il n’a pas été établi de statistique. Fras en a observé 17 cas en deux ans; de son côté, Moheread dit que l'on peut affirmer que les nombreux décès inscrits dans les hôpitaux de l'Inde, sous la dénomination d'hépatites, sont principalement dus aux abcès du foie, assez communs chez les Asiatiques.

LÈPRE. — Lalèpre est très fréquente dans nos territoires; il suffit, pour s’en convaincre, de pénétrer dans les groupements indigènes. D'après un relevé de 1898, le nombre des lépreux était à cette époque de 584, chiffre, paraît-il, au-dessous de la réalité. Quoi qu'il en soit, leur nombre semble augmenter depuis une quinzaine d'années. Les différentes formes de lèpre : tuberculeuse, mutilante, anesthésique, se rencontrent en égales proportions; la lèpre mixte est la plus souvent observée

Les Hindous n'ignorent pas la contagiosité de la maladie; les lépreux vivent néanmoins de la vie commune et exercent même des métiers. Il n’est pas rare de voir au bazar de Pondichéry des marchands de légumes dont les mains ne sont plus que d'informes moignons.

La population miséreuse paie un très lourd tribut à la lèpre; il ne semble pas que l’élément européen ou métis soit fortement touché. Il n'existe qu'une seule léproserie, située au chef-lieu, insuffisante pour abriter tous les malades. Les asiles réservés aux lépreux sont assez nombreux dans l'Inde anglaise: tous les malades qui se présentent y sont reçus, quelle que soit leur provenance.

ÉLÉPHANTIASIS. — L'éléphantiasis des membres inférieurs et du scrotum chez l'homme, des grandes lèvres chez la Re est assez commun parmi les indigènes.

MYCÉTOME (PIED DE MADURA). — Le mycétome n stteinl que l'indigène; les Européens et les métis n'en ont pas présenté. Carter affirme qu'on l'observe chez les indigènes riches et pauvres; il paraît cependant plus commun dans la classe des laboureurs qui séjournent longtemps pieds nuds dans la vase. Il est plus commun chez l'homme que chez la femme. On sait aujourd'hui que cette affection n'est pas spéciale au continent asiatique.

FILAIRE DE MÉDINE. — Cette filaire, assez commune dans le territoire de Pondichéry, d’après Rançon, n'a été signalée que dans les aldées d’Alancoupom, de Calapeth et de Sie leS Les atteintes n’ont porté que sur les indigènes de ces villages alimentés en eau par un étang situé au nord d’ ASC AO en a observé trois cas à Karikal. On rencontre également la filaire à Bombay etsur les bords du Gange. Ces vers siègent ordinairement aux extrémités inférieures et au scrotum. D'après Fernand Roux, on les observerait à la région dorsale, là où le portage de l’eau dans des outres se fait, dans l'Inde, à dos d'homme.

AINHUM. — L'aïnhum a été signalé à Pondichéry par Collas, puis par Bussière; il est excessivement rare.

PIAN OU FRAMBOESIA-Y À WS. — Le pian est une maladie des plus communes dans l'Inde, où il coudoie la syphilis (P. Gouzien). La malpropreté et la négligence des sujets atteints sont la cause de la dispersion de cette affection éminemment contagieuse. Le siège de prédilection des tumeurs framboesiques, où yaws, est en général le bord des orifices naturels; ces ulcères n'empièlent jamais sur les muqueuses. On les rencontre aussi sur toutes les parties du corps, mais plus particulièrement dans les régions sujettes aux frottements et aux transpiralions abondantes. Des soins de propreté joints à de l'antisepsie en ont facilement raison.

BÉRIBÉRI. — Cette affection existe dans l'Inde, surtout dans le sud. D'après Malcolmson, elle est fréquente dans plusieurs provinces, celle de Masulipatam entre autres. Le béribéri est, en tout cas, rarement signalé dans nos établissements; autrefois il était fréquemment constaté sur les immigrants revenant des Antilles ; c'est dans ces conditions qu'il m'a été donné de l'observer à Pondichéry. Une particularité intéressante à noter, c’est l'absence de béribéri à la prison du chef-lieu, alors que les Indiens transplantés à Madagascar et à la Réunion s'y montrent si prédisposés. La nourriture des prisonniers se compose de riz et de kambou, graine contenant une grande quantité de matières grasses et considérée comme très nutritive. Faut-il attribuer à la consommation du kambou l'absence de béribéri? C'est la question que se pose le D' Camail.

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