AFFECTIONS CHIRURGICALES
établissements, mais la population montre fort peu d'empressement à se faire inoculer. La variole étant considérée, dans certaines castes, comme un bienfait de la Divinité, ce serait faire œuvre impie que de la combattre. Pour l'Hindou, le variolé est non seulement un malade, mais de plus un véritable sanctuaire où habite momentanément la Justicière du Ciel. Dès qu'un cas de variole apparaît dans une case, cette demeure est rendue sacrée par la présence de la Divinité. Chacun s'empresse de venir rendre visite au malade, de séjourner près de lui, de le toucher, etc. En cas de décès, ou quand il est rétabli, les nattes qui lui ont servi passent immédiatement à d’autres membres de la famille. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, la variole continue à décimer la population indigène.
La varicelle, la rougeole, la grippe, la dengue, revêtent parfois le caractère épidémique ; elles ne présentent aucune particularité digne d'être mentionnée, si ce n’est qu'elles occasionnent parfois un un assez grand nombre de décès, par suite des complications qu’elles entraînent.
CONJONCTIVITE INFECTIEUSE. — Connue dans l'Inde sous le nom de Dordeuil, cette affection apparaît chaque année en juin, à la période des chaleurs ; mais c'est surtout pendant les mois de juillet, août, septembre, octobre, que l’on constate le plus grand nombre de cas, et ce sont presque toujours les enfants qui en sont seuls atteints. La malpropreté et le défaut d'hygiène contribuent, pour une large part, à la propagation-de cette affection dont l'agent actif serait une petite mouche du genre Simulie, qui transporte le germe purulent sur les paupières. Cette conjonctivite, d'ordinaire très bénigne, cède rapidement à quelques soins de propreté et à l'installation d'un collyre au nitrate d'argent. Les empiriques la traitent par des caustiques violents, qui amènent souvent la perte de l'œil.
PESTE.— Jusqu'en 1905, nos territoires, bien qu'en relations constantes avec des villes anglaises contaminées, sont restés indemnes, A partir de 1899, deux ou trois cas de peste, importés, avaient été cependant signalés chaque année à Chandernagor; ils n'avaient jamais créé de foyer, grâce aux mesures énergiques prises. Il n'en a pas été de même en janvier 1905, époque à laquelle on constatait dans cette localité sept cas bientôt suivis d’un grand nombre d’autres. Le chiffre des atteintes n'a pu être établi, celui des cas enregistrés a dépassé 200 avec plus de 150 décès. La population s'est montrée réfractaire à la sérolhérapie et à toute mesure d'hygiène.
AFFECTIONS CHIRURGICALES.— Outre les maladies rangées dans les trois groupes que nous venons de passer en revue, il en est d’autres très nombreuses, les affections chirurgicales : fractures, fracas osseux produits par des accidents de machines et autres,
plaies simples, plaies compliquées de phagédénisme où de sphacèle. Cette dernière complication extrèmement fréquente est due, la plupart du temps, aux caustiques dont se servent les empiriques pour le pansement des plaies. Employés sans mesure, ils produisent toujours des délabrements considérables. Les autres pansements en usage : feuilles d'arbres, bouse de vache, ne sont pas non plus sans inconvénients et provoquent souvent des phlegmons. Les morsures de divers animaux : serpents, chiens, chats, scorpions, scolopendres, doivent également être mentionnées.
ENVENIMATIONS. — Les envenimalions sont peu fréquentes dans nos dépendances, une prime étant attribuée pour chaque cobra capturé. Le venin desséché de ces reptiles est expédié à l'Institut Pasteur de Lille, où le D' Calmette l'utilise pour préparer son sérum antivenimeux.
RAGE.— La rage est très rarement signalée ; dans un cas observé par P. Gouzien, l'animal mordeur était un chat. Les personnes mordues sont dirigées, suivant les circonstances, sur l'Institut de Saïgon ou sur celui de Kasauli, fondé par les Anglais, il y a peu de temps, près de Simla, dans les contreforts de l'Himalaya. Nos malades y sont traités gratuitement, à la suite d'un accord intervenu entre les deux gouvernements. Il faut sept jours de chemin de fer pour se rendre de Pondichéry à Kasauli.
PIQÜRES D'INSECTES. — Les piqûres de scorpions et de scolopendres, assez fréquentes, sont très douloureuses ; elles causent parfois des vomissements, des tremblements et un peu de fièvre chez l'adulte, des convulsions chez les jeunes enfants; il n'y a pas lieu cependant de s’en inquiéter, elles n’ont jamais été suivies de mort.
POISSONS TOXICOPHORES. — On ne relate pas d'accidents causés par les poissons toxicophores, dont on signale deux espèces : 1° le gobie porte-crin (Gobrius criniger)calou-oulouvé de Pondichéry ; 2° le hilsa (Clupea ilsha), famille des Clupeidæ. D'après G. Guilloteau, ce dernier poisson, dont la chair est excellente, remonte l'Hougly au commencement de la mousson de sud-ouest pour y déposer ses œufs et y séjourne jusqu'à la fin de l’année. Il n’est toxique qu'à l'époque du frai.