PROTECTION SANITAIRE DES FRONTIÈRES. 4A
Quand on compare, au point de vue de la peste, la situation de l’Indo-Chine durant les dix dernières années avec celle de la plupart des autres pays d'Extrême-Orient, on peut être tenté de considérer notre colonie comme réfractaire à cette maladie. Nous n’admettons point cette manière de voir. L'exemple de Nha-Trang est de nature à tenir en éveil la suspicion des autorités sanitaires vis-à-vis des provenances des ports contaminés, de la côte de Chine principalement. C'est, d'une part, au faible mouvement maritime qui, en dehors des services de paquebots postaux pourvus de médecins, existe entre nos deux grands ports indo-chinois, Haïphong et Saïgon, et le port de Hong-Kong pestiféré depuis 1894, d'autre part à la vigilance des autorités sanitaires, que l'Indo-Chine doit, à notre avis, d'avoir évité, durant cette période, la contamination des grands centres, où la peste trouverait les conditions favorables à son développement. Un relâche ment de cette vigilance suffirait pour permettre à la peste de s'installer à Saïgon, à Cholon et à Haïphong, comme elle s’est installée à Bombay.
La ville de Cholon mérite une mention spéciale ou point de vue des conditions exceptionnelles de réceptivité qu'elle présente pour les épidémies de peste.
Peuplée de plus de 100000 habitants, dont 80 000 Chinois, entrepôt de toute la production de riz de la Cochinchine qui est décortiqué dans ses vastes usines, cette ville est bâtie dans les conditions déplorables d'hygiène qui caractérisent les cités chinoises. Le rat d’égout (Mus decumanus) y pullule. Les logements indigènes, mal distribués, mal éclairés et mal aérés, sont encombrés d'habitants. Si la peste était importée dans cette ville, on peut être certain qu'elle y sévirait avec la plus grande rigueur.
PROTECTION SANITAIRE DES FRONTIÈRES TERRES- TRES ET MARITIMES. — On a vu que la variole et le choléra sont endémiques en Indo-Chine. Ce n’est donc que dans des cas très particuliers que le Service sanitaire peut avoir à prendre des mesures contre leur introduction, sur un point du territoire, par voie de l'étranger. La surveillance doit s'exercer surtout en ce qui concerne l'extension de ces maladies aux régions indo-chinoises indemnes, quand elles se manifestent en une région de la colonie.
Il n’en est pas de même pour la peste. L'Indo-Chine est placée sur son chemin, et l'on ne saurait veiller avec un trop grand souei à empêcher son introduction, tant par voie de terre que par voie de mer. Nous avons, en traitant la prophylaxie de cette maladie, indiqué les points principaux qui appellent l'attention de l'administration à cet égard.
Une lacune grave est à signaler : c'est l'absence à Saïgon, à Haïphong et à Tourane, de lazarets qui répondent aux nécessités de
ja défense contre la peste et les autres maladies épidémiques contagieuses.
La fièvre jaune n'a aucun foyer en Extrème-Orient. On ne sail quelles surprises, à son sujet, peut réserver l'ouverture du canal de Panama.Le Stegomyia fasciala existe en Indo-Chine, et, par conséquent, l'importation de malades amarilliques serait susceptible d'y créer des épidémies. Il n'y a pas lieu jusqu'ici de se préoccuper de cette éventualité.