V. — PESTE. — DÉFENSE SANITAIRE
PESTE. — En dépit de la proximité des foyers endémiques de peste du Yun-Nan et du Quang-Si, la peste n’a fait en Indo-Chine que des apparitions rares el courtes. Elle y a pénétré jusqu'ici par deux voies différentes : la voie terrestre, par la frontière nord du Tonkin et la
voie maritime, par les jonques qui naviguent entre Pakoï et la côte d'Annam.
Pénétration par voie de lerre. — C'est à peine si l'on peut citer l'observation de quelques cas de peste, développés dans de petits villages des régions de Lang- Son et de Lao-Kaï, au cours des vingt dernières années. Ces cas ont coïncidé avec l'existence de sérieuses épidémies dans les territoires chinois voisins. On ne saurait contester qu'ils aient eu là leur origine; on est seulement en droit de s'étonner qu'ils soient demeurés isolés. La difficulté des communications dans ces régions très accidentées en est la raison. Il n’y existait Jusqu'à présent que des sentiers, accessibles seulement aux cavaliers et aux piétons et traversant des territoires dépourvus de population, soit du fait de la piraterie, soit à cause de la pauvreté du sol. Les relations sino-tonkinoises à travers ces territoires montagneux demeuraient donc extrêmement restreintes. Or on constate que partout où se rencontrent ces conditions, pays montagneux et peu peuplé, communications difficiles, transactions réduites, la peste a beaucoup de peine à s'étendre.
Il est à prévoir que les voies ferrées en cours d'exécution, qui doivent faire communiquer le Tonkin avec le Yun-Nan et le Quang-Si, ouvriront sous peu d'années une voie d'accès à la peste, qui se trouvait auparavant barricadée en territoire chinois par les massifs montagneux de la frontière. Il est indispensable, si l’on veut éviter ce péril, d'exercer dès maintenant une active surveillance sur les points frontières où l'exécution des travaux de chemin de fer crée un mouvement, chaque année plus considérable, de transactions entre la Chine et le Tonkin.
Pénétration par voie de mer. — Moins discrètes, quoique dépourvues de gravité, ont été les irruptions de la peste par cette voie. Une première apparition a eu lieu dans les villages côtiers de la province de Vinh en 1894. Les habitants, pêcheurs de profession, ont des relations constantes, par jonques, avec les ports de la côte chinoise qui s'étend entre le Tonkin et le port de Pakoï. Ces ports sont très fréquemment visités par la peste. Elle existait notamment à Pakoï, à l'époque où elle est apparue à Vinh. Il est donc vraisemblable qu'elle ait été apportée de là au Tonkin. Après avoir sévi dans quelques villages sans y faire beaucoup de victimes, cette petite épidémie s’est éteinte spontanément.
La peste a été apportée de la même source, par des jonques de commerce, à Nha-Trang, en 1897 et 1898. Elle a manifesté une tendance plus grande à se propager de village à village, et l'on a dû employer des mesures rigoureuses, incendie des villages attaqués et déplacement de leur population, pour arrêter ses progrès. Cette épidémie a occasionné, du 15 juin au 31 octobre 1898, 72 cas de peste, dont 53 mortels.