HYGIÈNE DE L'EUROPÉEN DANS LE TONKIN
continue que s'il jouit d'un confort tout autre que celui habituel aux ouvriers.
Le rôle de l'Européen en Indo-Chine se borne donc à l’administralion du pays, au commerce et à la direction des exploitations, soil industrielles, soit agricoles. La main-d'œuvre doit rester indigène ; l’'Européen ne peut ni la remplacer ni lui faire concurrence.
Le nombre des colons, par suite, est forcément restreint et ne peut comprendre que des individus intelligents et instruils. La classe ouvrière européenne n’a pas sa place en Indo-Chine. A défaut d’autres expériences, la mortalité qui a sévi sur nos soldats, chaque fois qu'ils ont dû supporter des fatigues, montre que, dans les régions les mieux favorisées, le travail exigeant la fatigue musculaire ne convient pas à l'Européen.
Les enfants supportent aussi bien, ou mieux que les adultes, le climat de l'Indo-Chine. La femme est davantage éprouvée que l’homme dans la zone du climat cochinchinois.
Pour se bien porter en Indo-Chine, l'Européen doit avant tout posséder le confort. Il doit être bien logé, bien nourri, n'être astreint ni à des travaux pénibles, ni à l'obligation de s'exposer aux intempéries.
Il doit se pénétrer de deux vérités essentielles. La première, c'est que partout, même dans les régions qui passent pour salubres, il est exposé à contracter le paludisme. En conséquence, il doit s'astreindre, en tous lieux et en toute saison, à coucher sous une moustiquaire faite de telle façon qu'il soit absolument à l'abri des piqûres de moustiques pendant la nuit.
La seconde, c'est qu'une vie active est la condition de la santé. Une existence oisive et mal réglée expose l'organisme à subir toutes les déchéances qui guettent l'Européen en Indo-Chine.
Nous avons vu que, dans toutes les parties de l’Indo-Chine, la saison la plus dangereuse est celle du début de la période pluvieuse ; généralement elle comprend mai, juin et juillet.
Les Européens, fonctionnaires, militaires ou colons, doivent éviter d'arriver en Indo-Chine pendant cette période. Le dernier trimestre de l’année est la période de choix pour s'installer dans la colonie. Réciproquement, lorsqu'ils doivent la quitter, il est préférable qu'ils partent entre les mois de mars et de mai : d'une part, ils évitent ainsi une mauvaise saison coloniale; d'autre part, arrivant en Europe dans le cours du printemps, ils disposent, pour se réaccoutumer progressivement au froid, des saisons d'été et d'automne.
A son arrivée en Indo-Chine, tout Européen doit se faire revacciner.
HYGIÈNE DE L'EUROPÉEN DANS LE TONKIN, L'ANNAM ET LE HAUT-LAOS. — L'Européen qui arrive au Tonkin ne s'y
trouve guère dépaysé sous le rapport du climat. Aussi a-t-il tendance à s'y comporter exactement comme en France dès son arrivée et à y mener une existence très active.
Aucun inconvénient ne s'attache à celte activité cérébrale ou physique, du moment oùelle est mesurée, où les intervalles de repos, le sommeil et les repas sont réglés. L'homme dont l'existence est ordonnée peut fournir au Tonkin, pendant huit mois sur douze, à peu près la même somme de travail que dans un pays tempéré. Il doit modérer son activité pendantla durée de la période des fortes chaleurs, de juin à septembre.
Pour ceux qui n’adoptent pas une manière de vivre régulière, qui se laissent aller à l'intempérance, de quelque nature qu'elle soit, dont une partie de la nuit est consacrée à boire, à jouer ou à fumer l’opium, ils ne tardent pas à subir une déchéance physique, intellectuelle et morale. Ils offrent alors aux endémies paludéenne et dysentérique le terrain le mieux préparé.
Logement — Le logement doit être vaste et bien ventilé, pourvu de fenêtres vitrées et de cheminées pour se préserver du froid, surtout du froid humide de la période du crachin.
Hors des villes, le choix de l'emplacement de l'habitation doit être l'objet de beaucoup d'attention. Elle sera de préférence placée sur une hauteur et surélevée au-dessus du sol, garantie contre le soleil et la pluie par des vérandas, éloignée des lerrains boisés et des eaux dormantes. Ses abords doivent être dépourvus de végétation arborescente.
La principale préoccupation du colon qui s’installe à la campagne, soit dans la brousse, soit en région cultivée, doit être de garantir son habitation contre le soleil, l'humidité et les moustiques.
Vêtement. — Le climat lonkinois, avec sa saison froide, oblige l'Européen au portdes vêtementsde drap,pendant trois ou quatre mois. Les vêtements de flanelle et de toile conviennent pendant le reste de l'année. |
On doit se précautionner contre le refroidissement nocturne, surtout à craindre au commencement de la période des chaleurs, alors que les variations nychthémérales sont très accusées et l'atmosphère très humide. Ces refroidissements sont une cause occasionnelle fréquente des diarrhées et des dysenteries. Ils sont particulièrement à redouter pour les vieux impaludés.
La coiffure qui convient le mieux est le casque, soit en liège, soit en moelle. Le port du chapeau n'offre pas d'inconvénients pendant les mois de janvier et de février. En toute autre saison, il est une garantie insuffisante contre le soleil.
Alimentation. — Le régime alimentaire usuel dans la métropole convient également à l'Européen sous le climat Tonkinois. Les seules modifications à y apporter ont trait à la suppression descrudités.Les